‹ La Politique religieuseChapitre 46 sur 92 · Aujourd'hui évêque. — Noie de · texte numérisé non relu

Aujourd'hui évêque. — Noie de

être à modérer le zèle généreux de certains esprits qui, sans croire au catholicisme, ne lui ménageraient aucun signe de déférence, de respect et d'honneur.

En effet, beaucoup ont appris d'Auguste Comte à défendre la civilisation catholique contre les forces d'anarchie et de barbarie. Un de nous a jadis essayé dans un petit livre d'expliquer à quel point était maintenant nécessaire la rencontre des athées et des catholiques. Je ne sais si on l'a compris ; mais la rencontre a eu lieu et, si tous n'en ont point senti les raisons, ils y ont pris part. C'était l'essentiel.

Reste à savoir, à présent que les voilà réunis par l'identité rigoureuse de leurs sentiments politiques, quels seront le ton et la règle de leurs rapports privés. Rien ne relie les hommes, cela est presque un pléonasme, comme la religion; rien non plus ne les divise comme elle. Assurément, il est de beaucoup plus facile à des libres penseurs de supporter les formules dogmatiques du catholicisme qu'à des catholiques de supporter avec la même égalité des formules directement opposées à leur foi. Un indifférent, un positiviste peut fort bien se sentir honni chez les catholiques et ne point s'arrêter dans ses déclarations d'estime, d'affection et même de vénération ou d'amitié pour le

catholicisme. Il peut donner sans espérer de recevoir, et ne souffrir d'aucun sentiment d'une duperie. Et plus les catholiques se manifesteront rigoureux catholiques, c'est-à-dire précis en matière de dogme, richement nuancés en science morale, réalistes en politique, plus ils auront de droits à l'admiration de cet esprit positif 1. On ne parviendra point à le blesser en l'excommuniant. Il conviendra qu'il n'est point de la communion, mais que la communion lui paraît belle, forte et utile au bien de l'État. C'est tout ce qu'il accordera,dans l'ordre de la pensée. Il l'accordera de grand cœur.

Car dans l'ordre des sentiments il devra faire bien davantage. Notre manière de sentir, déterminée tout d'abord par nos père et mère, retentit de tout ce qu'ont été nos prédécesseurs : ils ne sont morts qu'en apparence. Ils maintiennent dans nos natures les caractères qui les ont distingués autrefois. Ils sont, à dire vrai, la chair et le sang que nous sommes. Bon gré mal gré, ce sang, cette chair, nos premiers éléments de pulpe nerveuse, ce que nous sommes d'intime, de physique, d'ori-

1. A ce point de vue, ceux qui ont suivi nos campagnes peuvent porter témoignage du grand soin que nous avons pris, comme la loyauté l'exige, d'éviter jusqu'à l'occasion de la plus légère équivoque et d'éveiller, au point voulu, la défiance du lecteur. Que de fois nous avons prévenu spontanément nos amis catholiques que tel ou tel de nos ouvrages, comme on le verra plus loin pour Anihinca, était susceptible de les froisser. Nous avons été à nous-mêmes notre « Index ». — Noie de 1912.

ginel, tout cela n'a pas eu à choisir une religion. On discute un dogme de foi. Mais on subit un culte, une morale et une sensibilité.

De sensibilité, de mœurs, de culte, et, par là même, à bien des titres, de « religion », nous sommes des organisations catholiques : les mou- i vements et les paroles dont nos ancêtres s'élevaient à une conception générale de l'univers ont pu perdre pour nous de leur sens philosophique : les émotions qu'ils en recevaient subsistent et se continuent dans notre âme. Toute atmosphère catholique nous pénètre de l'air spirituel qu'ont respiré nos morts. Elle excite chez nous quelquesunes, de leurs plus profondes réminiscences.

J'ai trouvé chez tout véritable Français de France ce catholicisme instinctif, et l'on serait bien étonné si j'inscrivais le nom de l'évolutionniste éminent qui fait sa lecture ordinaire de l'Office des Morts 1. Il n'y a guère que les anciens séminaristes et encore les défroqués, familiers de l'autel, qui soient en réaction contre ce sentiment. Un sentiment aussi général rendra de grands et précieux services à l'unité morale de la nation. Combien d'entre nous qui, sans foi, mettent leur point d'honneur, et le plus délicat, à ne point se bannir volontairement des cérémonies catholiques intéressant le cercle de leur famille ou celui de leurs relations ! Les seules pompes religieuses,

1. L'allusion est tombée dans le domaine public. Il s'agissait de M. Jules Soury. — Noie de 1912.

dignes de célébrer les grandes aventures de la patrie et capables d'attester les morts aux yeux des vivants, seraient encore, pour tous les esprits dont je parle, les pompes du catholicisme.

On pourra donc se rencontrer ailleurs qu'aux portes des églises : sinon à la table mystique, dans les nefs et aux bas-côtés. Hors de l'église on pourra causer. Et l'on cause déjà. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de s'interdire, dans cette conversation, tout propos d'ordre dogmatique. Ni les catholiques, ni leurs amis non catholiques ne le supporteraient; par fierté tout d'abord, et aussi par désir de ne point se diminuer en se fréquentant. Auguste Comte a conseillé aux catholiques et aux positivistes le ménagement mutuel. « Certes », dirai-je, s'il est permis de parler après un si grand homme, « ménageons-nous, respectons-nous, et, dans les contradictions les plus vives, prenons garde que la foi religieuse ou philosophique est ombrageuse et sensitive, qu'un rien la peut blesser et précipiter d'irréparables malentendus ! Cependant, ce conseil de retenue ne suffit pas. Des oublia peuvent être commis d'une part ou de l'autre. Eh bien ! en ce cas, il importe de travailler à se comprendre et à se traduire exactement.

« Traduisons-nous les uns les autres, c'est la première condition de l'œuvre commune.

« Toute épithète vive, même adressée à la plus vénérable des idées, à la plus sacrée des personnes, n'est pas nécessairement un blasphème ou un sacrilège dans la pensée de son auteur : consen-

tons à examiner son intention précise. Si nous ne savons accorder à nos amis ce crédit secret, nous ne saurons rester unis contre l'ennemi national. Si nous ne savons pas maintenir l'union nationale, nous continuerons d'être gouvernés, politiquement et philosophiquement, par l'État Monod, la Synagogue et le Prêche confédérés. Et nous aurons mérité ce gouvernement *. »

1. Dans Y Action Française du 15 février suivant, M. Auguste Cavalier répondit par un arlicle : « Catholique- et libertin- ». On y lisait, entre autres choses : « Le catholicisme ne comporte point de transaction, mais la charité chrétienne est sans limites. » — JSole de 1912.

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