Réponse au pasteur de Saint-Élienne le 12 janvier
sept à cent quarante-quatre. Le sectarisme catholique est plus de vingt fois moindre, d'après les nombres mêmes que M. Gaston Japy nous a fournis spontanément, et seule l'habitude l'a pu rendre insensible à l'énormité de la différence.
S'il avait pris garde à la question de proportion, M. Gaston Japy ne nous parlerait pas des protestants sectaires dont la majorité relative est énorme, comme d'une infime minorité.
« Quelques protestants ! » écrit-il :
« N'est-il donc pas injuste de dire les Proies- « iants, parce que quelques protestants marchent « avec les hommes amenant l'anarchie et la « tyrannie en France? »
Nous disons les protestants, parce que l'esprit protestant, la communauté protestante, les corps, l'intérêt, le courant intellectuel et moral du protestantisme, vont du même côté et penchent dans le même sens que la majorité des personnes protestantes. Le commandant Lauth est un héros antidreyfusien. Mais les Lauth forment une famille, une communauté, une organisation dreyfusienne. Le commandant Lauth a été ce qu'il a été, quoique Lauth, quoique protestant. Et les autres Lauth et le reste du « peuple protestant » ont été ce qu'ils furent, parce que Lauth et parce que protestants. Il me semble que notre façon de parler est conforme aux réalités, aux classifications habituelles du langage. Le système de M. Japy tendrait au contraire à nous faire prendre l'accident pour l'essence et la règle pour l'exception.
« Que penseriez-vous, Monsieur le Directeur, « de nous protestants, si nous disions : les catho- « liques sont tous des fanatiques, prêts à nous « massacrer, parce que quelques exaltés, pré- « tendant pratiquer le culte catholique, tiennent « des propos inconsidérés. »
Franchement, nous ne connaissons pas de catholiques « prétendant pratiquer le culte catholique » et « tenant des propos inconsidérés », c'est-à-dire concluant à massacrer les protestants : il y a eu des menaces de guerre civile : pas une n'a été motivée, même de très loin, sur une considération d'ordre "religieux. Quand les protestants aidaient de toutes leurs forces au sauvetage du traître et à la désorganisation de l'armée, on les a menacés de les traiter en ennemis publics; j'ai lu bien des outrances depuis vingt ans, je n'ai pas lu une seule fois des menaces contre les protestants en tant qu'hérétiques. S'il y a des faits, en voilà certainement un. Et si l'on répond que le fanatisme religieux se colorait d'un prétexte de politique, je répondrai simplement que l'on rêve éveillé.
Il n'y a qu'à signer les appels à la concorde auxquels M. Gaston Japy se complaît en terminant. Mais que ne prêche-t-il un aussi suave évangile aux Doumergue et aux Réveillaud ! Que n'excommunie-t-il de sa basilique chrétienne les haineux prêcheurs du Signal et les sournois brouilleurs de cartes des Débats et du Temps !
« La religion du Christ dit : — Aimez-vous les uns « les autres. Si donc Catholiques ou Protestants « nous ne songeons qu'à semer la haine et la guerre
« civile, nous ne sommes pas Chrétiens, par consé- « quent ni Catholiques ni Protestants, ne l'oublions « pas. »
11 évoque ensuite le visage de la patrie. Comme autrefois Ronsard, il s'apitoie publiquement « sur ce peuple mutin divisé de courage », et, nous qui éprouvons même pitié que lui, nous le félicitons de l'éprouver si vivement, étant donné les idées maîtresses de sa doctrine et les principes de sa religion, qui tendent à l'émiettement systématique et à la division de tous les éléments sociaux. Déraciné, dissocié, décérébré même par ses doctrines, ce bon Français s'élève contre ses propres postulats historiques et philosophiques, et, s'il y met peu de logique, la vigueur de sa volonté et la force de son amour n'en apparaissent que plus magnifiquement méritoires. Quelle indignation frémissante à la pensée d'être traité de « juif », assimilé au juif !
« Nous ne sommes pas de Palestine, nous Pro- « testants, nous sommes de France.
« Devant les dangers qui menacent notre chère « France, n'est-il donc pas nécessaire de songer à « la Patrie et de sonner le rappel de tous les bons « Français, qu'ils soient catholiques ou protes- « tants; si ce rappel avait résonné, il y a des « années, notre pays ne serait pas tombé où il « est!
« J'ose espérer, Monsieur le Directeur, que « vous voudrez bien insérer, dans votre estimable « journal, cet appel à la concorde d'un protestant
« de France. Je ne doute pas que votre loyauté « me donne satisfaction.
« Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'as- « surance de ma considération très distinguée.
« Gaston Japy. »
M. Japy l'oublie, ce n'est pas nous qui classons le protestant dans la juiverie : c'est lui qui se met avec elle. Mais, qu'importe, d'aussi nobles paroles doivent être entendues. On ne peut pas promettre à M. Gaston Japy d'épargner désormais la puissante communauté politique qui travaille évidemment contre les intérêts capitaux de la France. Mais on peut, on doit lui promettre de se souvenir à chaque heure de ce combat, de sa belle et juste réclamation : « Nous ne sommes pas de Jérusalem. » Il y a chez les protestants un vieux ferment de sang de France. Gomment rendre à cet élément sa suprématie profonde? Et comment le faire prédominer sur les éléments qui lui sont venus du dehors? Il me semble que ce doit être en extirpant, non pas les hommes protestants, qui sont de nos frères, mais l'esprit protestant, qui est notre ennemi et le leur.
Il n'est pas commun de voir critiquer le protestantisme dans une revue juive, par un protestant, membre d'une des tribus protestantes les plus honorées et les plus puissantes de ce pays. C'est pourquoi je prierai tous ceux de nos lecteurs disposant de la faible somme de vingt-cinq sous, de se procurer La Revue (ancienne Revue des Revues) (du juif naturalisé Finkelhaus, dit Finot), en son numéro du 1er décembre 1911, et d'y couper précieusement l'article de M. Onésime Reclus, les Protestants en France. Ces quinze pages pourront faire un service utile, notamment confirmer et vérifier, avec des preuves non suspectes et des aveux probants, ce que nous ne cessons de dire et d'écrire depuis quelque vingt ans, sur la prééminence illégitime de l'État huguenot en France et ses offenses à la tradition morale et à l'esprit de la nation.
Ni avant de le lire, ni après l'avoir lu, il ne