D'après Y Action française du 5 décembre
faudra témoigner la moindre surprise. Eh ! quoi, un protestant contre le protestantisme? Il n'est rien de plus naturel. L'habitude de protester et de réclamer contre tout mène à se déchirer soi-même. L'anarchie protestante devait se retourner contre les protestants. Gela s'est déjà vu par quelques exemples célèbres : le pasteur Dide en France, le fils de pasteur Nietzsche en Allemagne. On le revoit par M. Onésime Reclus.
Au lieu de commencer l'article par son commencement, il faut d'abord jeter les yeux sur ce savoureux paragraphe 2 de la page 321, d'après lequel, le protestantisme n'ayant pas « perdu toute force agressive », « l'ardeur du prosélytisme n'étant pas éteinte », « le moment a paru « favorable à une grande entreprise ». M. Reclus ne nomme pas cette entreprise, mais il en laisse deviner le nom, qui n'est autre que la conversion de la France au protestantisme, à la faveur du Gouvernement, de l'École el de la haute et basse Presse démocratique.
M. Onésime Reclus énumère les circonstances et les conditions de ce moment jugé favorable a la conquête huguenote :
Des dirigeants tellement pénétrés de « michelél.isme », de « quinétisme », d' t hugotisme », de
t garibaldisme », d' « intellectualisme », de libre pensée (ou soi-disant telle), d'incompréhension de l'histoire qu'ils en sont enfantins; la prêtrophobie prise dans son sens le plus étroit, la haine et l'horreur du prêtre catholique seul, comme si pasteurs, évangclistes, colporteurs bibliques, rabbins, muftis, et tutti quanti, n'étaient pas aussi des prêtres; l'éclatante prospérité des nations en presque totalité ou en grande majorité protestantes attribuée uniquement à leur protestantisme, sans aucun égard au milieu, au climat, au sol, à la jeunesse ou à la vieillesse du peuple, à l'étoile bénigne ou maligne 1; le fabuleux triomphe de Bismarck; le parlementarisme anglais, le libre-échange anglais et le make money anglais devenus les trois grandes religions non révélées; et, comme conclusion naturelle au spectacle du monde moderne : « Comment ne préférerions-nous pas à notre pauvre catholicisme caduc cette Réforme qui a fait les Anglais si riches, les Hollandais si patients et tenaces, les Allemands si savants, les Scandinaves si vertueux et les Yankees si puissants?
Tel est le rêve des admirateurs et des amis du protestantisme en France. Telle est leur suggestion. Maurice Pujo l'a mise à la scène dans ses
1. On est reconnaissant à M. Onésime Reclus de en dédain qu'il marque ainsi à la * nuée « de la prospérité des nations protestantes. Ceux qui manœuvrent cet argument de réunion publique oublient, par exemple, entre les facteurs de prospérité moderne la houille et, entre les peuples prospères, la Belgique. Ils ne tiennent pas compte non plus de la déproteslanlisalion graduelle des peuples protestants prospères, qui évoluent simultanément, semble-t-il, vers des formes qui se rapprochent du catholicisme ou vers l'agnosticisme le plus complet.
mémorables Nuées. Ceux qui veulent donner une morale à la France la tiennent toute prête depuis trois siècles environ, et c'est la morale commune à ces riches Anglais, à ces Hollandais patients et tenaces, aux doctes Allemands, aux Yankees puissants et aux « vertueux Scandinaves », morale plus ou moins tempérée, laïcisée, masquée, mais reconnaissante toujours à l'odeur et à la saveur. On veut user des forces de l'État, de la presse et de l'école pour entraîner le peuple français au protestantisme. Avant de laisser faire, il est bon d'écouter M. Onésime Reclus. Son style chaud, un peu touffu, est plein de couleur.
M. Onésime Reclus examine deux choses : quel droit auraient les protestants à nous faire ainsi la leçon? A quelle conséquence française ou antifrançaise aboutit l'école où se donne cette leçon? Nous l'avons souvent dit. Mais voici une autorité devant laquelle les indécis s'inclineront.
M. Onésime Reclus commence par noter que la France a « élevé des autels à la majorité ». Elle a fait du suffrage universel, de la moitié plus un son maître et son Dieu. Or, « en divisant le nombre des Français par celui des protestants » (650.000, dit-il), on trouve qu'ils ne font pas même le soixantième de la nation. Nous éprouvons un certain plaisir à transcrire les résultats de ce calcul par la
« règle de trois » que nous avons souvent opéré.
Étant donné leur nombre, dit M. Onésime Reclus, les huguenots (c'est-à-dire en allemand, Eidgenossen, les compagnons, les confédérés du serment) « ne devraient donc avoir qu'un ministre, un député, un sénateur, un juge de paix, un fonctionnaire, un préfet, un sous-préfet, un trésorierpayeur général, ainsi de suite, sur soixante et au delà : soit un cinquième de ministre (il n'y a que dix ministres), dix députés au plus, cinq sénateurs, un préfet et demi, six sous-préfets, quarante-huit à quarante-neuf juges de paix. En stricte justice ils ne compteraient qu'infinitésimalement dans l'infinie machinerie de l'État, au lieu d'en être presque le rouage essentiel. La même anomalie avantage encore plus les israélites. Ils n'auraient droit qu'à un trentième de ministre, à un député et demi, à moins d'un sénateur, et à moins de huit juges de paix. Menus burecucrates, majestueux ronds-de-cuir, distributeurs ce la justice, mandataires du peuple souverain, administrateurs et délégués sont, pour ainsi dire, choisis en raison inverse de l'extraordinaire infériorité numérique des gens de la religion prétendue réformée et des fils du patriarche Abraham d'Ur en Ghaldée. »
On sait les protestants peu nombreux, ajoute M. Onésime Reclus. Cependant, on s'exagère encore leur nombre. « On le proportionne involontairement à la place démesurée » qu'ils se sont acquise ;
« Parfois, souvent même, on entend qualifier de protestante telle ville du Sud, du Sud-Ouest; or, cette ville est catholique, aux trois quarts, aux quatre cinquièmes, aux neuf dixièmes.
« A mieux connaître telle ville réputée protestante, on comprend très bien qu'elle en ait le renom. Le député, un protestant, en est originaire. Le maire est protestant, l'adjoint aussi, et peut-être la plupart des conseillers municipaux; le médecin, le notaire, le juge de paix, le percepteur, le grand épicier, le maître négociant, presque tous les honoratiores, et les hommes les plus riches, et par conséquent, les plus considérés ! »
M. Reclus n'explique pas par les mêmes causes que nous cette disproportion du iiombre des protestants avec leur importance politique et sociale. Il ne se rend pas compte de la force de ce petit État cohérent et uni dans la masse (« dissociée et décérébrée », comme dit Barrés) de la France du xixe siècle. Et cela l'oblige à en revenir aux faibles et fabuleuses explications qu'un Monod, le professeur Stapfer, dont le nom prit deux p lorsque les Stappfer étaient Suisses, fournissait il y a dix ou douze ans, dans la même revue à laquelle collabore M. Reclus :
— Nous sommes les plus forts parce que nous sommes les meilleurs, les plus fiers, les plus fins, les plus beaux, les plus malins et les plus sages; nous sommes les premiers parce que, de droit naturel, le premier rang revient aux lions, donc à nous.
Pour M. Onésime Reclus, ces arrogants propos ne sont plus vrais, mais ils eurent leur vérité. Le protestantisme fut une aristocratie. Seulement elle est dégénérée, elle dégénère. En moins de deux générations, la prospérité l'aura corrompue.
Je le demande à toute personne de bon sens, qu'est-ce qu'une aristocratie douée des premiers avantages de l'intelligence et du cœur et à laquelle trente ou quarante ans d'influence et de richesse auront suffi pour consommer sa ruine? Il est trop clair que ses vertus étaient de façade, et ses mérites d'illusion. Un observateur perspicace qui avait pu observer le protestantisme méridional à son âge héroïque, Auguste Comte, a su très bien remarquer, à propos d'un protestant qu'il avait aimé tendrement, son professeur de mathématiques, Encausse, la faiblesse intime et profonde du protestantisme français. Les Français de ce culte ont vécu à l'écart de l'esprit et du cœur de la France aux deux époques décisives de la formation et de l'organisation du pays, l'époque de François Ier et de Ronsard, l'époque de Richelieu et de Bossuet. Préservé ainsi de quelques menus défauts de la civilisation nationale, le protestantisme n'en a pas connu les qualités les plus hautes et les plus profondes, qui tiennent à l'ordre et à la direction de nos idées et de nos mœurs.
M. Onésime Reclus n'hésite pas à reconnaître que le monde huguenot communiqua avec l'étranger beaucoup plus que ne le faisait le reste de la nation. Et quel étranger ! celui de l'Est et du Nord, « l'Allemand, le Hollandais, l'Anglais, l'Anglais 'surtout », c'est-à-dire le plus dissemblable de nous. Que de fois nous avons marqué cette conséquence directe du retour des exilés de 1685 ! Le retour de l'émigration de 1815 n'amena qu'une couche superficielle d'apports anglo-allemands. Le retour de 1790 institua, tout au contraire, entre les protestants français et les religionnaires du Nord et de l'Est, un mouvement de va-et-vient qui dure encore.
«Des relations continuèrent entre les émigrés et leurs parents restés en France; en même temps, de nombreux étrangers, luthériens ou anglicans, venaient s'établir dans nos villes, principalement dans nos grands ports, pour fins de commerce et d'industrie.
« Il s'ensuivit que maintes familles, notamment des familles de pasteurs, envoyaient un ou plusieurs de leurs enfants, soit en Allemagne, soit de préférence en Angleterre, en Ecosse, soit chez des pasteurs, soit chez des laïques, soit dans des institutions strictement réformées où l'on comptait bien qu'ils s'affermiraient dans les principes de
la Réforme en même temps que dans le mépris pour la doctrine catholique romaine.
«De ce séjour chez les «frères» d'outre- Rhin et chez les « frères » d'outre- Manche, de ces souvenirs de jeunesse, quoique pour beaucoup ce fût la jeunesse cloîtrée, presque tous revenaient avec la germanomanie, encore plus avec l'anglomanie. Ils restaient tels parce que la littérature chrétienne protestante est beaucoup plus riche en terre anglaise qu'en terre française, malgré le secours de Genève, de Lausanne, de la Feuille religieuse du canton de Vaud, des traités, pamphlets, brochures, livres, sermons de la Suisse romande...
« A n'en pas douter, cette connaissance des langues septentrionales défrancisa maints huguenots. »
Il résulte de cet exposé de M. Reclus, que nos deux thèses sont exactes. Premièrement, la domination incontestable du monde protestant est celle d'une minorité infime, et qui s'exerce contrairement au « droit » de la démocratie, qui est le gouvernement de la majorité, laquelle, en France, n'est et ne peut être que catholique (« il n'y a guère en France que des catholiques vrais ou faux »). Secondement, le règne de la minorité protestante tend à nous dénationaliser, à nous « défranciser » : que les protestants soient patriotes ou non (ce n'est pas la question, il ne s'agit pas des volon-
tés, ni des intentions), leur esprit, leurs mœurs, leurs façons de sentir et de vivre se sont peu à peu éloignés des façons, des mœurs et de l'esprit de notre pays. Issus de bons et authentiques Français du xvie siècle, leur type a dévié sous les influences de conceptions et de sensibilités étrangères, profondément différentes de nos traditions historiques les plus vivaces.
C'était ce qu'il fallait démontrer.
.Mais M. Onésime Reclus ne s'en tient pas là. Il en dit bien plus long sur la corruption présente des huguenots :
« On l'ignore généralement : les calvinistes, qui furent les plus féconds des Français, sont maintenant les derniers parmi les évocatcurs df la vie française : ils sont trop riches.
« Dans les plus opulentes de nos villées du Sud-Ouest, pour ne parler que de celles-là, telles paroisses calvinistes n'opposent en moyenne qu'une naissance à trois, voire à quatre décès! Si nous avons bonne mémoire, il n'y a plus que sept parpaillots dans un bourg hautement et magnifiquement situé qui regorgea de vie protestante: et à vingt-cinq lieues de là, à peine si deux à trois dizaines de fidèles (en convoquant le ban et l'arrière-ban) assistent au culte dans un charmant temple, ombragé de tilleuls, qui fut trop petit, il y a cinquante ans au plus, pour contenir tous les disciples à la Noël, à Pâques, à la Pentecôte, à la Communion de septembre. »
Cette vignette de philosophie morale est divertissante. Mais elle exorbite nos thèses. Et nous laisserons semblablementde côté le chapitre amusant où l'écrivain huguenot et fils de huguenots « pleure de rire » au défilé des « cent cinquante manières de comprendre et d'adorer » qui sont propres à la religion protestante. Ce « poudroiement » des « églises » autour du « roc de l'Église » sera lu avec intérêt par les ecclésiastiques compétents, comme un bon appendice à l'inébranlable Histoire des Variations. Qu'il me suffise de transcrire, au terme du constat, les bonnes et savoureuses lignes par lesquelles M. Onésime Reclus a terminé une confession générale, qui sans être une abjuration, ni même une accusation, pourra donner à bien des protestants français quelque envie d'abjurer, à bien des patriotes quelque volonté d'accuser.
« Cela dit sans approuver le moins du monde « les merveilles de la très sainte Inquisition, ni « toutes sortes de campagnes tendant à diviser « entre eux les Français... »
Il ne s'agit pas de les diviser, cher Monsieur Reclus, il ne s'agit que de les unir ou de les réunir, afin de brise" ensemble le plus insupportable et le plus inique des jougs.
L'INDIVIDU CONTRE LA FRANGE l