D'après V Action française du 15 février
Il traite avec le dédain qui lui est permis (à Lui seul !) la question des mots. Après avoir exposé aux fidèles ce qu'il admet, ce qu'il ordonne et ce qu'il défend, Léon XIII écrit : « ... S'il faut « nommer cela aclion populaire chrétienne ou « démocratie chrétienne, cela importe peu, pourvu « que les enseignements émanés de Nous soient « observés intégralement, avec une égale com- « plaisance. »
Mais quels sont ces enseignements?
Le mot de démocratie a deux sens, également courants et qui sont mêlés à plaisir.
1° Au premier sens, conforme à l'étymologie, démocratie veut dire le gouvernement du peuple, de la foule, du plus grand nombre. Gouvernement de tous par tous, écrivait, l'automne dernier, un des chefs de la démocratie chrétienne en France.
Le Pape exclut ce premier sens.
« Qu'il soit tenu pour condamné (nefas sit) de « détourner à un sens politique le terme de démo- « cratie chrétienne. Sans doute la démocratie, « d'après l'étymologie même du mot et l'usage « qu'en ont fait les philosophes, indique le ré- « gime populaire; mais, dans les circonstances « actuelles, il ne faut l'employer (sic usurpanda « est) qu'en lui ôtant tout sens politique et en ne « lui attachant aucune signification que cette « bienfaisante action chrétienne parmi le peuple... »
2° Quant au second sens, invoqué volontiers par d'excellents nationalistes, même par de beaux royalistes, il est plus subtil- Démocratie, alors,
désigne « l'état démocratique de la société », état de confusion et de mélange qui supprime toutes les classes ou qui substitue à leurs nombreux rapports mutuels un système uniforme de nivellement et d'égalité.
Le Pape exclut pareillement la démocratie ainsi entendue au sens « social ».
La démocratie chrétienne, dit-il, « doit main-, « tenir la distinction des classes, qui, sans contre- « dit, est le propre d'un État bien constitué « (dispares iuealur ordines, sane proprios bene « conslilutse ciuilaiis) ».
« La démocratie chrétienne, ajoute-t-il, doit « accepter de donner à la communauté humaine « une forme et un Caractère en harmonie avec « ceux qu'a établis le Dieu créateur (eam demum « humano conviclui velit formam atque indolem « esse qualem Deus auclor indidii). » Nos amis naturalistes traduiront aisément en maxime de droit naturel cette haute doctrine de la beauté du monde et de l'ordre de l'univers, ici inspirée par le sentiment d'un droit divin. Nécessité de subordonner pour coordonner et pour ordonner, il n'y a point de faribole d'orateur qui puisse aller contre cette mathématique !
Mais, pour qu'on ne se trompe pas sur son intention précise, le Pape prend soin d'observer que, si l'on veut juger sainement de la démocratie chrétienne, il faut laisser de côté les opinions de certains hommes « sur la puissance et « la vertu d'une démocratie chrétienne, opinions
« qui ne sont pas exemptes de quelque excès ou « de quelque erreur (quœ immoderatione uliqua « vel errore non careanl) ». Laissant ces exaltés à leur rêve, Léon XIII enseigne que « l'action sociale chrétienne », par laquelle il définit la démocratie et que notre ami Henri Vaugeois a nommée la démophilie, ne pourra s'opérer selon la méthode démocratique (au sens historique et philosophique du terme) : cette œuvie, dit le Pape, exige le concours de la hiérarchie. Je cite : « Il « faut surtout appeler à son aide les bonnes « œuvres de ceux à qui leur situation » {locus, c'est-à-dire leur position, leur fonction publique et économique, leur rang, quelle qu'en soit l'origine), « leur fortune et leur culture intellectuelle « et morale donnent le plus d'autorité dans la « cité. Si cela fait défaut, à peine pourra-t-on « faire quelque chose de valable pour cette utilité « publique à laquelle l'on tend ».
Le Pape n'avait pas négligé, au début de la lettre, de bien marquer que la démocratie chrétienne, tout en s'employant au service des classes inférieures, ne négligeait point, ne mettait point de côté, n'omettait ni ne traitait par « prétention » {prselerire) les supérieures. « L'utilité de celles-ci, « écrivait-il, n'est pas moindre pour la conservait lion et l'amélioration de l' filât. » Telle est la sagesse papale. Telle est la haute politique du catholicisme romain, avec laquelle on ne s'étonnera plus aue des esprits tout pénétrés de Politique naturelle trouvent utile et nécessaire de construire
au plus tôt une barricade contre l'anarchie libérale et la barbarie égalitaire qui menacent.
Avez-vous noté un détail? C'est le critère politique du Pontife romain II juge des idées et des maximes politiques selon qu'elles tendent ou qu'elles ne tendent pas « à la conservation et « au perfectionnement de l'État : ad conservaiio- « nem perfeciionemque civilalis ». C'est la pure devise de V Action française. C'est notre critère tout pur. Un des nôtres, Léon de Montesquiou, n'a-t-il pas proposé, l'an dernier, de substituer à la souveraineté de la volonté populaire la souveraineté du salut public?
SUR LE TEXTE DU « SYLLABUS s »
— Qui fous meut? Qui vous poincl?
Rabelais.
Quelque diversité de sentiment et de volonté que les non-croyants de l'Action française aient apportée au commun effort, le point de vue du bien public, d'une part, et, d'autre part, le soin de se défendre de tout autre idée préconçue les a menés ou ramenés peu à peu à cette évidence que, sur la terre, qu'il s'agisse du spirituel ou du temporel, de l'ordre moral ou de l'ordre matériel, les vues, les intérêts, les suggestions et décisions du catholicisme concordent avec les intérêts essentiels de la patrie française et du monde civilisé. Je parle de ces intérêts entendus aussi exactement que possible. Je parle du catholicisme interprété dans sa stricte définition.
Il ne s'agit point de ce traditionnisme grossier qui formule : Nous avons été catholiques ; nous le