Cité par S. Éin. le Cardinal Billot (Traclalus, p. 'à
prendre garde à ces mots : « principe du gouvernement », surtout à principe.
Car, si, sous le nom de gouvernement du nombre, vous parlez d'autre chose, si vous donnez au nombre un maître, un souverain, — loi divine ou humaine, loi abstraite ou vivante ', — vous pouvez dire : « J'ai associé le nombre au gouvernement »; vous ne pouvez pas dire que le nombre est le gouvernement, car ce gouvernement serait gouverné lui-même, selon votre propre langage, par un maître, par un guide, par une règle autre que lui. Cela peut être mieux, cela peut être pis, c'est tout autre chose, à coup sûr : c'est autre chose qu'un gouvernement ayant son principe dans le nombre.
Or, c'est de ce dernier que nous voulons parler; il est le seul en discussion.
Donc, nous respectons trop le peuple pour aller lui dire : — // suffit de compter les voix des incompétents, pour résoudre les questions d'intérêt très général qui exigent de longues années d'étude, de
1. Je destine cette remarque à ceux qui promettent de baptiser la démocratie. Ce baptême n'est pas plus impossible qu'autre chose. Mais l'effet du sacrement sera de déplacer le siège et l'axe du gouvernement d'une manière aussi radicale qu'un coup d'Élat ou qu'une Restauration. Ce no s?ra plus la démocratie qui gouvernera : ce sera la loi catholique. Les vertus de ce gouvernement et ses bienfaits seront ceux du catholicisme, non ceux de la démocratie, dont la nature sera plutôt de les contrarier et de les retarder. Et, toutes choses supposées égales d'ailleurs, on pourra se demander encore si le règne du catholicisme n'aurait pas été obtenu plus vite, à meilleur compte, dans des conditions plus durables, au moyen de la monarchie ou de l'aristocratie. — Mais la monarchie n'existe plus 1 L'aristocratie n'est qu'un nom I — Vraiment? Ft votre République théocra tique, existe-t-elle? Le catholicisme des masses, leur conversion, leur disposition à recevoir une loi religieuse, ne sont-ce pas des choses à créer et des simples possibles, tout comme l'aristocratie ou la monarchie?
pratique ou de méditation; il suffit de recueillir et d'additionner les suffrages des premiers venus pour réussir les choix les plus délicats '.
Nous aimons trop le peuple pour aller lui chanter ces choses. L'amour et le respect du peuple nous permettent de proposer au peuple, j'entends par là l'ensemble des citoyens organisés, la gestion des intérêts où il est compétent, ses intérêts locaux et professionnels. Le même sentiment nous oblige à lui refuser la gestion des intérêts généraux de la nation, je dis la nation française, parce que ces intérêts sont beaucoup trop complexes pour être également et clairement sensibles à la pensée de tous.
Prise en fait, « la démocratie c'est le mal, la démocratie c'est la mort2 ». Le gouvernement du nombre tend à la désorganisation du pays. 11 détruit par nécessité tout ce qui le tempère, tout ce qui diffère de soi : religion, famille, traditions, classes, organisations de tout genre1. Toute démocratie isole et étiole l'individu, développe l'État au-delà de la sphère qui est propre à l'Etat. Mais, dans la sphère où l'État devrait être roi, elle lui enlève le ressort, l'énergie, même l'existence. « Nous n'avons plus d'État, nous n'avons que des administrations. » La forte parole de M. Anatole France se vérifie partout où l'erreur démocratique affecta les institutions et les lois. C'est un fait que la démocratie corrompt tout. Nous le disons au peuple, parce que cela est.
Dire au peuple ce qui n'est pas, serait lui manquer de respect. Lui débiter des fables pernicieuses, c'est tantôt le haïr, tantôt le mal aimer. Profiter,