‹ La politique universelle, decrets de l'avenirChapitre 82 sur 94 · XIII. — LE TRAVAIL DES FEMMES · texte numérisé non relu

XIII. — LE TRAVAIL DES FEMMES

Il est à remarquer que dans tous les métiers exercés par les hommes et les femmes, on paye la journée de l'ouvrière, moitié moins que celle de l’ouvrier, ou, si elle travaille à la tâche, son salaire est moitié moindre. Ne pouvant pas supposer une injustice aussi flagrante, la première pensée qui nous frappe est celle-ci : — A raison de ses forces musculaires, l’homme fait sans doute le double de travail de la femme. Eh bien! il arrive justement le contraire. — Dans tous les métiers où il faut de l’adresse et l’agilité des doigts, les femmes font presque 1 e double d’ouvrage que les hommes.— Par exemple, dans l’imprimerie, pour composer (à la vérité elles font beaucoup de fautes, mais cela tient à leur manque d'instruction); dans les lilatures de colon, fil ou soie, pour rattacher les fils; en un mot, dans tous les métiers où il faut une certaine légèreté de mains, les femmes excellent. — Un imprimeur me disait un jour avec une naïveté tout à fait caractéristique : — « On les paye moitié moins, c'est très-juste, puisqu’elles vont plus vite que les hommes; elles gagneraient trop si on les payait le même prix. » — Oui, on les paye, non en raison du travail qu’elles font, mais en raison du peu de dépenses qu’elles font, par suite des privations qu’elles s’imposent. — Ouvriers, vous n’avez pas entrevu les conséquences désastreuses qui résulteraient pour vous d'une semblable injustice faite au détriment de vos mères, de vos sœurs, de vos femmes, de vos tilles. — Qu'est-il arrivé? Que les industriels, voyant les ouvrières travailler

plus vile et à moitié prix, congédient chaque jour les ouvriers de leurs ateliers et les remplacent par des ouvrières. — Aussi l’homme se croise les bras et meurt de faim sur le pavé! — C’est ainsi qu’ont procédé les chefs de manufactures en Angleterre. — Une fois entré dans cette voie, on congédie les femmes pour les remplacer par des enfants de douze ans. — Économie de la moi ié du salaire! — Enfin on arrive à ne plus occuper que des enfants de sept ou huit ans, — Laissez passer une injustice, vous êtes sûrs qu’elle en engendrera des milliers. « (F. Tristan.)

« Certaines industries semblent organisées tout exprès pour faire du vice une nécessité. Ce sont celles qui sont sujettes à des chômages périodiques un peu prolongés, et plus particulièrement les manufactures d’apprêts de toile, de coton, qui occupent, aux époques de commande, des jeunes femmes qu’on renvoie aux époques périodiques de repos. Quand la manufacture refuse le travail qui donne le pain, on s’adresse à d'autres voies pour l’obtenir.

« Le lien sacré des familles, s’il est jamais formé, est bientôt rompu par la dissolution et l’indiscipline des enfants, et par la négligence des parents. Les sentiments de la paternité et de l’amour filial ne résistent pas aux rudes épreuves de la misère. f

« Qui ne sait que la femme isolée n’est pas en état de gagner de quoi vivre honnêtement dans notre société? Nous parlons, bien entendu, du grand nombre. Le vice, ou du moins la facile galanterie, est la ressource régulière de beaucoup de jeunes ouvrières de la ville de Paris. On nous accusera d’e; agération si nous affirmons qu’à un certain degré de misère, dans certaines professions, la jeune fille pauvre est nécessairement vouée au mal, et qu’il lui faudra plus qu’une volonté humaine, qu'il lui faudra de l’héroïsme pour résister aux séductions qui l’entraînent dans le vice. « (Buret, Misère des cia sses la borieuses . )

« L industrie force généralement les jeunes filles à recourir a de vicieux moyens d’existence. A Sedan, dont la population ouvrière est supérieure en caractère et en ressources à celle des autres villes manufacturières, on déplore généralement la mauvaise conduite prématurée des filles, la tendance qui les entraîne à de mauvaises mœurs. Il est de notoriété publique que les jeunes ouvrières des grandes villes ont recours, pour aider à leur entretien, à la subvention qu elles retirent d'une conduite honteuse. On assure qu'a Lyon, les commis de fabricants qui sont les intermédiaires des commandes, auraient abusé plus d’une fois de leur position vis-à-vis des ouvrières pour prix du travail qu’ils accordaient...

« Le fait le plus remarquable et le plus triste en même temps , c’est le nombre des femmes indigentes comparé à celui des hommes. Il est presque généralement une fois plus élevé. Dans notre société, la femme a beaucoup plus de peine à vivre que l’homme, bien quelle ait moins de besoins et des habitudes généralement plus sobres.' Nous ne voulons point faire de déclamation sentimentale, mais un tel résultat n'est— il pas déplorable?

« La condition de la femme pauvre, de la femme ouvrière, est affreuse ; son travail, moins assuré que celui de l’homme, est aussi moins rétribué. Elle

n’est pas moins habile, elle est plus faible. Seule, il lui est presque impossible de subvenir à ses besoins. I! faut que l’homme s'associe à elle et lui accorde sur ses salaires un supplément indispensable. Quand elle est jeune, elle ne manque guère d’appui : si un mariage légitime ne l’unit pas à un époux, le vice se charge toujours de lui payer une subvention d’autant plus large qu’elle est plus honteuse Plus tard, quand sa jeunesse est passée, elle reste seule à porter sa misère, et le poids est trop lourd pour ses forces. Le 12e arrondissement de Paris, porté au tableau pour un total de 1 1 ,357 indigents, compte sur ce nombre 4,643 femmes adultes. « (Villermé, Existence 'physique et morale des ouvriers.)

Dans le livre que j’ai publié, en 1850, sous ce titre : l’abolition ne la misère par l’élévation nu salaiiie, j’ai émis et formulé ainsi la proposition que je crois devoir rappeler ici :

« Le travail a ses lois naturelles qu’on doit se garder de fausser.

« La première et la suprême fonction de la femme est de mettre au monde des enfants fortement constitués, sains, robustes, de les nourrir et de les élever.

« C'est donc à l'homme de travailler et de pourvoir le ménage;

« A la femme d’épargner et de l’administrer.

<« Elle ne doit faire que ce qu’elle peut faire sans quitter le toit maternel quand elle est fdle, le toit conjugal quand elle est femme, le berceau de ses enfants quand elle est mère.

« L'admission des femmes aux travaux de l’atelier, de l’usine, de la fabrique, de la manufacture, devrait être prohibée de la manière la plus absolue, jusqu’à ce que cette règle, devenant un usage, ait passé des lois dans les mœurs.

« Le mariage est une association dans laquelle l'homme doit représenter le Travail et la femme l'Économie.

« La femme qui travaille dans l’atelier, la fabrique, la manufacture, loin d’ajouter aux ressources du ménage, les tarit, car elle fait baisser le salaire Quand l'homme, la femme et l’enfant travaillent concurremment, ils sont trois qui gagnent pour un; si l’homme seul travaillait, un gagnerait pour trois. «

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