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La politque de Jean-Claude

Des gens vous disent, mon brave ami Jean- Claude, que vous ne devez pas vous mêler de politique.

C'est votre maire, ou son adjoint, ou c'est votre curé. Souvent, si vous vous rappelez, ce sont ceux-là qui, aux jours des élections, vous donnent le bulletin pour aller voter.

Ne pas vous mêler de politique, vous le savez, signifie ne pas chercher à comprendre ce que fait le gouvernement, ni pourquoi il y a un gouvernement. — ne pas vous inquiéter des raisons qui font que les impôts sont si

lourds, «t que presque tous les jeunes hommes bien bâtis, sont pris par la conscription au lieu de pouvoir travailler tranquillement chez eux, pour le bien de leur famille et celui de tout le monde.

Ne pas vous mêler de politique, signifie ne pas parler enmal des fautas de toute espèce que peuvent commettre tous les hommes du gouvernement, depuis l'empereur et ses ministres, jusqu'aux gendarmes et au garde champêtre de votre commune ; en comptant les sénateurs, les députés, les membres du conseil d'Etat, les préfets et les sous-préfets, les généraux, les gens de la justice et le clergé ; car le clergé lui-même est payé sur l'argent de l'impôt, il est du gouvernement, et il trouve bon quelquefois de se mêler de politique, quoiqu'il ne trouve pas bon que vous vous en occupiez.

Ne pas vous mêler de politique, signifie ne point vous fâcher contre beaucoup de ces gens riches qui n'ont jamais su ce que c'était que travailler, et qui, non contents de faire travailler pour eux les paysans et les ouvriers

comme des bêtes de somme, pour pouvoir vivre bien à l'aise, les volent encore véritablement de toutes les manières qu'ils peuvent. Les travailleurs ne peuvent pas réclamer et se faire rendre justice, parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour payer les procès. Ne pas vous mêler de politique, signifie encore ne pas chercher à savoir comment il y a tant de misère dans notre monde ; — comment bien des gens ont pu devenir riches par de mauvais moyens, tandis que tant d'autres vivent au jour le jour, sans être jamais sûrs d'avoir le lendemain du pain à manger; — comment le bonheur est tout du côté de quelques-uns, tandis que les autres suent au travail toute l'eau de leur corps, et n'ont même pas le travail assuré ; — comment aussi on se fait tant de tort les uns les autres, comment il y a tant de haine par le monde, comment la vraie honnêteté est si rare, ainsi que la vraie instruction qui rend la vie plus facile. Ne pas vous mêler de politique, signifie enfin ne jamais lire les bons livres et les bons journaux qui vous feraient penser juste sur

toutes les choses que je viens de vous dire ; livres et journaux que bien des prêtres, et d'autres gens encore, appellent de mauvais écrits, parce qu'ils ont peur que vous les lisiez , que vous compreniez comment on vous fait la mauvaise part, et que vous ne vouliez plus travailler pour les gens qui ne vous rapportent rien.

J'espère cependant, Jean-Claude, que vous lirez jusqu'au bout ce petit livre, parce que je tâche de vous apprendre le mieux que je puis pour votre bien et celui de tous ; et que vous ne devez pas vous défier de mes paroles, à moi, qui ne vis pas sur l'impôt que vous payez, et qui ne dépend en rien du gouvernement.

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