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CE QU4L FAUT FAIRE

Croyez-Yous qu'il sera facile, Jean-Claude, d'arriver à la république fédérative, à la justice dans l'impôt, et à tant d'autres bonnes choses que tous nous devons souhaiter.

Hélas ! il faut compter avec l'ignorance de presque tous, et le mauvais vouloir des autres.

L'ignorance est universelle dans les campagnes, elle est grande aussi dans les villes ; et les affaires se sont arrangées de telle manière, que ceux-là qui ont acquis un peu d'instruction, et qui pourraient aider au bonheur de tous, se sont servis de cette instruction pour profiter des défauts de notre société. Loin de chercher à diminuer ces défauts, ili

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cherchent à les grandir, parce qu'ils espèrent y gagner davantage.

Il y a des professions qui s'appellent libérales, je ne sais trop pourquoi, — par exemple celles de médecin, d'avocat, d'ingénieur; cherchez maintenant, Jean-Claude, et voyez si beaucoup de médecins et beaucoup d'avocats, sont réellement libres. Les médecins qui devraient être les plus indépendants de tous les citoyens, sont liés au gouvernement par mille attaches ; les préfets distribuent les places de médecins des hôpitaux, de médecins des pauvres ; les tribunaux nomment les médecins qui parlent en justice ; les établissements qui dépendent de l'autorité prennent les médecins que l'autorité leur donne. Réellement un médecin qui n'aime pas le gouvernement a bien de la peine à exercer son état, parce qu'il n'a pas l'occasion de se faire connaître.

Comprenez-vous, maintenant, comment les hommes des professions libérales, et les autres hommes aussi, trouvent bon tout ce que fait le gouvernement, et comment ce qui est mau-

Tais peut durer sans que personne ne sache ou n'ose se plaindre ?

Jean-Claude, il faut savoir et il faut oser. Occupez-vous de politique et agissez.

Il faut agir par le vote.

Je vous ai montré, en gros, il est vrai, le but auquel il faut arriver, le chemin est maintenant visible. Votez pour les hommes qui veulent le même but.

Ces hommes sont rares encore. Beaucoup, au lieu de fédéralisme demandent la décentralisation, c'est une moitié de fédéralisme; beaucoup aussi ne veulent que la diminution de l'armée, au lieu de sa suppression; beaucoup désirent que les juges ne dépendent plus du gouvernement; beaucoup souhaitent qu'il n'y ait plus de budget des cultes, plus d'octrois, plus de lois contre les journaux, les livres, les réunions des citoyens; — à défaut d'hommes meilleurs, votez pour ceux-là, Jean- Claude, ils sont au moins sur le bon chemin.

Il faut surtout arriver à ce que chaque commune puisse faire ce qu'elle veut chez elle ; il faut délivrer le conseil municipal de

l'autorité d'un maire nommé par le gouvernement; il faut sortir de la dépendance du préfet et de toutes les autres dépendances. C'est le commencement de la République fédérative.

Pour cela, Jean-Claude, choisissez parmi vos amis des hommes indépendants, fermes, honnêtes, et voulant ces mêmes choses que vous voulez ; — portez-les au conseil municipal.

Les élections municipales qui vont venir, vont être les élections les plus importantes que jusqu'ici nous ayons faites. Il faut y songer et se préparer, Jean-Claude.

Souvenez-vous que le bien de tous dépend du bon vouloir de chacun ;

Souvenez-vous que chacun doit s'occuper du bien de tous ;

Pensez que celui qui ne prend pas à cœur les affaires de la société — n'est pas digne de l'estime des autres hommes.

Mai 1870.

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