‹ La politque de Jean-ClaudeChapitre 7 sur 13 · LES RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES RÉVOLUTIONNAIRES

On vous a dit du mal des révolutions, et j'espère que maintenant vous comprenez qu'il faut en penser plus de bien que de mal. Mais on vous a dit du mal surtout des révolutionnaires, de ceux-là qui les premiers s'exposent pour faire une révolution.

Ah ! Jean-Claude , vous êtes chrétien, ou vous l'avez été, vous savez comme dans l'Eglise on honore les martyrs ; et cependant les martyrs ne mouraient pas pour les autres hommes, mais seulement pour leur petite part du ciel. Les martyrs allaient courageusement au supplice, comptant bien que pour les souffrances qu'ils allaient supporter ils auraient une éternité de bonheur.

Les révolutionnaires, Jean-Claude, vont mourir sur les barricades, — non pour leur part du ciel, ils ne croient guère au ciel, — non pour leur propre bien, car ils exposent trop pour gagner trop peu, — mais pour le bien des autres. C'est pour le bien du peuple que les révolutionnaires se font fusiller, mitrailler et hacher à coups de sabres et de baïonettes; c'est pour votre bien, Jean- Claude, qu'ils risquent, s'ils ont échappé aux soldats, d'être enfermés dans les cachots où ils meurent poitrinaires, ou d'être envoyés dans un bagne qui se trouve à mille lieues d'ici, àCajenne, où ils meurent de toutes les souffrances et de tous les ennuis.

Le martyr, quand il meurt, se console en pensant que sa mémoire restera chère à tous les chrétiens, il sait qu'on citera son exemple, il sait qu'il arrive à la gloire, il devine peut-être que dans mille ans on adorera des petits morceaux de sa chemise ou de ses os, précieusement conservés dans des châsses en or.

Le combattant qui tombe frappé d'une

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balle, ue pense à rien de pareil ; il sait que son action et son nom resteront inconnus ; il sait qu'on va l'enterrer à la fosse commune et que sa famille ne trouvera même pas l'endroit pour venir pleurer dessus ; il sait le malheureux, que si son enfant devenu grand ose dire : « Mon père est mort pour le peuple, » bien'des gens pourront lui répondre : «Votre père était une canaille î »

Eh ! oui, on les appelle canailles, ces révolutionnaires, ces rouges, ces démocrates ; il n'y a pas d'infamie qu'on ne dise contre eux quand ils ont été vaincus, et quelquefois aussi quand ils ont été vainqueurs ; ce sont les plus abominables bandits de la terre. A de certaines époques on promène dans les foires des grandes toiles peintes qui montrent les démocrates jetant avec des fourches des petits enfants dans le feu (1), et Jean-Claude, qui voit ces peintures, joint ses deux mains et

(i) Ceci n'est pas un fait inventé à plaisir; il s'est produit dans le Limousin en 1852; nous \■■^ tenons d'un témoin oculaire, ancien exilé, h citoyen Jacques Lorgue, actuellement à Londres, Percy street, n. 3.

o2 LÀ BOLlTiQUE

dit : c( Bon Dieu, faut-il que ces démocrates soient terribles ! » Et alors Jean-Claude se garderait bien d'avoir sur le gouvernement et la société les mêmes idées que ces scélérats !

Vous avez, Jean-Claude, la mauvaise habitude de saluer dans les chemins tous les messieurs en habit noir. N'êtes-vous pas autant qu'eux ? Et si vous valez autant , pourquoi tirez-vous votre chapeau le premier ?

Quand vous rencontrez un démocrate, Jean- Claude, ne le saluez pas, vous risqueriez de lui faire de la peine, — mais allez tout bonnement lui serrer la main, car c'est votre meileur ami.

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