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Je ne viens point, aujourd'hui, plaider une fois de plus la cause de la Pologne. Cette cause est gagnée dans tous les esprits, bien qu'elle soit trahie dans tous les faits. Je viens réclamer, je viens obtenir un secours immédiatement nécessaire aux pauvres de Fémigration polonaise.
Allons droit à ce douloureux fait. Ils sont là, devant nous, sans asile, à cinq
cents lieues de leur pays, blessés, malades, épuisés par les efforts excessifs d'une lutte vingt fois inégale; ils ont faim et froid; ils ont échappé par prodige à la mort ou à la Sibérie ; ils ont atteint le sol de notre France. Là ils sont tombés, sans force, et dans l'état de ces extrêmes détresses d'où la pauvre créature humaine ne peut plus se relever seule*
Voulez-vous les abandonner ou les secourir ?
Je parlerai aux nobles cœurs, les seuls dignes de toucher à cette sublime infortune. Qu'ils me laissent leur rappeler quel devoir c'est pour eux de secourir les membres souffrants de la Pologne.
Je leur dirai ce peu de' mots : Ceux que vous avez devant vous sont des hommes, des héros, des chrétiens, des
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alliés. Voilà les raisons que vous avez de les secourir.
C'est d'abord une obligation d'hommes; et je n'invoquerai, si l'or^veut, que ce seul mot pour prétendre a tout. Il y a dans l'exilé, dans le vaincu, dans l'hôte errant, dans le fugitif qui aborde un rivage étranger, il y a dans cet homme un caractère sacré que l'antiquité a connu, et qu'elle a eu la gloire de respecter.
Couronné de son malheur, armé seulement de sa misère et de sa faiblesse, pauvre, nu, délaissé, sans nom, voilà l'homme : c'est-à-dire un misérable, et cependant encore un roi; immortel objet de compassion et de religieux respect!
Je réclame ce respect pour les pauvres exilés de Pologne. Je le réclame, au nom de ce sentiment de fraternité humaine
qui dok toucher tous les cœurs, sans^distinction d'opinions ni de croyances. Je ne demande point d'abord au pauvre fugitif quel est son nom, son rang, son histoire; je ne lui demande pas même quelle est sa religion. Je ne le demande pas davantage à ceux dont je sollicite les secours. Je leur dis : vous êtes des hommes, et vous avez devant vous d'autres hommes frappés par un grand malheur.
C'est assez. Reconnaissez-vous. Donnez et recevez, comme il convient à des frères, nés du même gémissement d'une femme, et portés dans le même berceau.
L'homme antique accueillait l'homme et le laissait asseoir à son foyer. Puis il lui demandait le récit de ses malheurs; et si la misère du vêtement cachait un héros, il lui offrait la place d'honneur
sur le lit d'ivoire, et lui passait la plus belle coupe.
Les grands pauvres dont j'ai l'honneur de plaider la cause^ n'auront pas besoin de raconter l'odyssée de leurs malheurs.
Le monde entier sait d'où ils viennent.
Ils nous arrivent, portant sur leurs pieds la poussière illustre de ces champs de batailleoiila gloire de Sparte s'est avouée vaincue par un plus pur héroïsme.
Je réclame l'admiration pour cet héroïsme : non une admiration stérile qui se plaît au spectacle des actions d'éclat et ne se croit engagée à rien autre qu'à rentrer aussitôt dans l'égoïste indifférence; non une admiration barbare, qui, volontiers, se repaît chaque matin de violentes émotions :qui, grâce aux récits d'un journal, assiste à un combat, à un
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massacre comme à un drame, oii se cache rintérêt desavoir que Tacteur est réellement égorgé : mais sans le voir, ce qui serait trop fort, et dépasserait la mesure.
Admiration sacrilège! admiration de païens au cirque ! goût caché du sang à travers les parfums de l'amphithéâtre...
Ayons horreur de ces sentiments. Admirons pour agir ! Admirons pour compatir et pour soulager! L'homme qui a touché le seuil de notre porte est un héros; il vient de combattre des combats dignes d'une éternelle mémoire. Sachons au moins faire pour lui ce que faisait l'homme des poëmes antiques. Sachons lui donner une place au banquet, lui offrir la coupe de la libation, lui présenter la lyre, lui demander avec de graves et douces paroles le chsuit de ses malheurs.