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Quand le christianisme est venu dans le monde, il a revêtu le fugitif, l'exilé, le suppliant, d'un caractère plus grand que n'avait pu le rêver le génie même d'Homère. En amenant l'hôte inconnu au foyer de l'amour nouveau, il a dit au chrétien : (c Tu honoreras dans ce pauvre, et tu recevras Jésus-Christ, et ce que tu feras de bon pour cet homme, tu l'auras fait à ton Seigneur. » Depuis ce jour, tandis que le suppliant antique se présentait à l'homme couvert de la majesté de l'homme, l'hôte moderne nous arrive couvert de la majesté de Dieu ; et c'est une différence qui doit se faire sentir en toutes manières dans l'hospitalité des chrétiens.
Mais si le suppliant est chrétien luimême, quelle douceur nouvelle à l'ac-
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cueillir et à l'aimer! Tout homme, par ses origines éloignées, se rattache à Dieu, mon Père ; mais tout chrétien porte avec moi, dans ses veines, le sang de Jésus- Christ. Ce partage intime et profond d'une vie plus haute nous rapproche une seconde fois; il ajoute une ardeur divine à l'ardeur de la fraternité naturelle; il nous fait dire avec plus de force et de bonheur : mon frère !
'Or, je vous le demande, chrétiens, quand trouverez-vous de plus grands chrétiens sur le chemin de votre charité fraternelle? et pouvez-vous vous promettre une plus belle occasion de pratiquer l'Évangile? F^es fils de la Pologne portent au cœur un sang qui a coulé pour la foi. A l'heure oii, dans un suprême effort, le despotisme musulman menaçait
encore la liberté chrétienne, leurs pères ont couvert de leur poitrine ses derniers remparts. Des saints illustres ont sancti* fié le trône de cette nation; et depuis cju'elle n a plus ses rois^ c'est sa noblesse et son peuple qui ont maintenu la tradition de sa fidélité religieuse. L'histoire sacrée n'oubliera pas les cinq années que vient de traverser la Pologne. Quand a-t-on vu tout un peuple donner à Dieu et à son droit le témoignage du martyre, accepter les supplices, accepter la mort sans défense, tomber les bras en croix sur le seuil des églises, n'ayant pour arme qu'un chant sacré, n'ayant pour vengeance que l'indomptable espoir en la justice de Dieu .^ Et, puis, dans l'oubli de tous, la patience même devenant un scandale, et l'honneur l'ayant commandé,
ce peuple a été jeté, malgré lui, sur les champs de bataille. Alors, comme il avait étonné le monde par sa sainteté, le géant chrétien Ta ébloui par sa bravoure. Il a lutté seul, comme il arrivait jadis aux chevaliers des époques chrétiennes, contre une armée de barbares ; enfin, sous les efforts combinés de ses ennemis, les uns frappant avec le glaive, les autres dressant les filets de la trahison, il est tombé : grand, fier, superbe, regardant l'avenir par-delà son tombeau, la croix dans les mains, la prière sur les lèvres, sans maudire la trompeuse justice des hommes, mais en appelant de son dernier cri la justice de Dieu.
Je demande pour de tels chrétiens tout ce que des chrétiens peuvent donner de sympathie et d'admiration frater-
nelles. Je demande un effort de charité qui réponde à Teffort de leur héroïsme. Je demande une lutte entre la grandeur des victimes et celle de notre dévouement. Souvenez-vous, enfants de l'Eglise, des traditions de vos pères dans la foi, et de ces Eglises martyceâ secourues de loin, dans leur détresse, par des Eglises plus fortunées; souvenez-vous des prières des apôtres; souvenez-vous du grand saint Paul se faisant, à travers le monde romain, quêteur de secours et d^àumônes pour les chrétiens ruinés, dispersés, martyrisés de Jérusalem ^ Il n'y a rien de plus ancien parmi nous que la gloire de la charité. Le monde disait alors^ parlant des chrétiens : <sc Voyez comme ils s'aiment! » — En grâce, donnons-lui
' * Rom., XV, 31»