‹ La PologneChapitre 4 sur 14 · XVIJ · texte numérisé non relu

XVIJ

ardeur d'espérance, et quelle confiance en cette France si puissante et tant aimée, nos paroles imprudentes étaient accueillies par la Pologne en armes. Vingt fois, à la veille de s'éteindre sous l'effroyable compression de trois puissants ennemis, la flamme de l'insurrection polonaise a été réveillée par cette parole venue de la France: « Tenez bon! Encore deux mois! la Pologne doit reparaître au rang des grandes nations de l'Europe! Nous le voulons, nous viendrons! » — Hélas!

la Pologne le croyait ! Quand les derniers coups l'ont abattue, elle tournait encore les yeux et les mains vers nous; et l'on me dit qu'à l'heure où j'écris ces lignes, des débris des bandes nationales, perdus dans les forêts, et séparés de toute nouvelle d'Europe, tiennent encore.

— xviij —

et brûlent leurs dernières cartouches, en attendant la France qui va paraître, car elle l'a dit!

N'hésitons point à comprendre quelle grave responsabilité pèse sur nous dans les derniers malheurs de la Pologne. Acceptons de voir l'évidence. Ne rejetons point la vérité parce qu'elle nous éclaire sur nos devoirs.

Nonî ce n'est plus seulement à un devoir de charité, mais de justice ; c'est à un devoir de haute et solennelle réparation que je convie ceux qui liront ce livre. . .

Les pauvres de l'émigration polonaise ont dçs droits sacrés à être accueillis par nous, soutenus et sauvés par nous dans leur ruine présente. Malheur au temps où nous vivons, si de tels droits, revêtus de

la majesté de tels souvenirs, ne parvenaient plus à soulever dans notre France l'élan d'un immense dévouement!

Que Dieu nous épargne cette humiliation trop grande!

La justice vient d'être poignardée sous nos yeux, et nous sommes restés immobiles : ayons du moins l'honneur de panser ses divines blessures.

Le monde n'a pu reconnaître hier la vieille France au poids de son glaive qu'il la reconnaisse aujourd'hui à la grandeur de ses regrets et de ses dons*

49 mars 18654

Page 1