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La Pologne devant l'Europe

L'Europe est à la veille (Tune transformation politique que tout le monde prévoit, mais dont personne ne saurait apprécier la portée et les conséquences. Cette transformation menace le nord et l'orient de l'Europe, et plus particulièrement la Russie et l'Autriche, qui ont toujours

opposé la plus énergique résistance à la civilisation occidentale , et n'ont accepté les idées nouvelles qu'autant qu'elles pouvaient accroître et consolider leur pouvoir absolu et seconder leur politique ambitieuse.

Une question immense, la plus importante de toutes celles qui aient surgi en Europe, la question des nationalités, agite aujourd'hui tous les esprils. Cette question, née a l'époque la plus fatale pour le principe monarchique, est l'effet et le produit des deux plus grands événements des temps modernes, le partage de la Pologne et la révolution de 89. Ces deux événements ont une corrélation frappante et ont exercé réciproquement une influence . considérable sur les destinées de la France et de la Pologne.

Le démembrement définitif de la Pologne, préparé avec un raffinement inouï de perfidie et de violence, fut précipité et accompli en haine de la

révolution française, qui servit de prétexte à cette inique spoliation (1).

Depuis cette époque, l'ordre politique et moral, en Europe, a été ébranlé jusque dans ses fondements ; les trois cabinets co-partageants se montrèrent attentifs aux moindres changements intérieurs des autres Etats, et intervenaient dans tous les démêlés entre les souverains et leurs peuples avec cette entente et cette solidarité qu'un crime commun donne à des complices également intéressés. Si la victoire avait couronné leurs armes lors de la première invasion, ils auraient vengé la royauté, comme ils ont partagé la république polonaise. N'ont-ils pas élevé leurs prétentions sur la Lorraine et l'Alsace, en vertu des mêmes droits et des mômes principes que l'Autriche a fait valoir pour s'incorporer la Gallicie, la Russie pour s'emparer de la Russie blanche,

(1) Voiries notes et pièces justificatives.

de l'Ukraine, de la Lithuanie, et la Prusse pour prendre le duché de Posen et les villes de Thorn et de Dantzick , objets de sa longue convoitise ?

Dès lors les Polonais et les Français, se trouvant en face et aux prises avec les mômes ennemis qui ont juré à la révolution de 89, comme à l'indépendance de la Pologne, une haine implacable et une guerre à outrance, ont contracté une alliance intime qui ne s'est jamais démentie, quelle que fût la situation réciproque des deux nations. La France a toujours couvert de sa protection la Pologne ; les Polonais n'ont pas cessé de considérer la France comme une seconde patrie. Aussi la Pologne ne croira jamais son indépendance rétablie et ses libertés assurées, sans l'intervention de la France agissant dans la plénitude de sa puissance en ' Europe.

La première alliance fraternelle entre les Français et les Polonais, depuis la révolution de 89, s'est faite en Italie; elle s'est cimentée sur les

champs de bataille. L'Italie vit avec étonnement se déployer, au milieu de ses peuples divisés, le glorieux étendard de la nationalité polonaise.

Cependant, les légions polonaises étaient formées pour la plupart avec des soldats sortis des rangs russes, autrichiens, prussiens, qui abandonnaient leurs drapeaux avilis par le honteux partage de la Pologne, pour se rallier sous l'étendard de leur patrie opprimée, démembrée, effacée de la carte de l'Europe.

Quel terrible enseignement pour ceux qui président aux destinées des peuples ! Les bannières des Habsbourg et de Brandebourg, autrefois l'emblème de Thonneur, de la sainteté du serment et de la fidélité au souverain, perdirent tout leur prestige dès qu'elles eurent servi à couvrir en Pologne la trahison, la perfidie, le renversement de tous les principes et de tous les droits. On vit dès lors s'élever à leur place le drapeau des nationalités, qui représente aujourd'hui les immortels

principes de moralité, de justice dont les gouvernements, comme les individus, ne peuvent s'écarter impunément. Ce sont les Polonais, le peuple le plus malheureux et le plus injustement opprimé, qui les premiers ont défendu et arrosé de leur sang ce nouveau signe de ralliement de tous les peuples qui veulent être indépendants et libres !

En vain les souverains spoliateurs delà Pologne croyaient, dans leur aveuglement, augmenter leur puissance en agrandissant leurs Etats; en mettant sur le pied de guerre de nombreuses armées, ils ne s'apercevaient pas qu'ils faisaient entrer dans les rangs de leurs soldais, jusque sous leurs drapeaux, les éléments les plus dissolvants. En effet, les légions polonaises faisaient une propagande plus dangereuse que la démagogie révolutionnaire la plus active, car elles énervaient les forces vitales des armées combattantes. Les soldats polonais qui donnaient à leurs frères d'armes des exemples si subversifs de Tordre et de la discipline, traités

en criminels dans leurs armées, devenaient des modèles de toutes les vertus militaires sous le drapeau national, et montraient la bravoure dans les combats, la" constance dans l'adversité, la fidélité à toute épreuve à la cause qu'ils servaient.

L'étendard des nationalités élevé en face des bannières des vieilles monarchies a transporté sur les champs de bataille la lutte des principes, lutte qui n'avait lieu jusqu'alors que dans les assemblées délibérantes, les clubs ou les sociétés secrètes. Le sentiment national illumina l'esprit des peuples, changea l'emblème des drapeaux et fit disparaître le prestige qui environnait les couronnes. Les légions polonaises, comme plus tard les légions de l'Italie unitaire, comme le seront, un jour, les légions hongroises, croates, bohèmes, etc., ont été, de retour dans leur pays, l'idole, la gloire du pays et le symbole de son indépendance.

La création du duché de Varsovie fut la récompense de l'héroïsme des légions polonaises. Cette

résurrection partielle opérée sous la protection de la France et de son armée donna la mesure de ce que l'Europe peut attendre, un jour, d'une Pologne rétablie dans ses droits et dans ses limites. Pendant tout le temps de cette existence nationale, laPologne a montré un esprit gouvernemental, une soumission constante aux lois; aucun trouble, aucune

opposition n'ont signalé cette époque difficile de son indépendance, où elle avait à déployer des ressources extraordinaires dépassant ses moyens et ses richesses. Elle voulait prouver, avant tout, qu'elle était digne d'appartenir à la grande famille européenne dont elle a fait si longtemps partie et qu'elle a défendue plus d'une fois contre l'invasion de la barbarie tartare, turque et moscovite.

La Russie a reconnu, la première, ce qu'il y a de force, de vitalité et d'avenir dans ce principe de nationalité. Elle s'en est emparée pour s'en servir, comme elle s'était servie des principes de liberté politique et de tolérance religieuse pour fomenter

des désordres en Pologne, organiser des soulèvements en Allemagne, encourager les partis démocratiques en France et en Espagne. Alexandre I er se fit le restaurateur de la Pologne, lui donna des institutions constitutionnelles, sachant bien que la liberté entre les mains d'un despote qui dispose d'un million de soldats barbares, n'est qu'un jouet qu'il peut briser à son inoindre caprice. Le royaume de Pologne, sous la tutelle de la Russie, ne fut point, comme autrefois sous Sobieski et les rois nationaux, un boulevard contre la barbarie, une sentinelle, avancée de la civilisation, sur les limites de l'Europe et de l'Asie; la Pologne reconstruite et organisée pour la Russie ne fut que sa place d'armes, son camp permanent, sa première étape contre l'occident de l'Europe.

Aussi Alexandre I" consacra-t-il toutes les ressources du pays à la création d'une armée polonaise, dont il fit le modèle de toute l'armée russe. Organisée à la manière française, administrée avec soin,

tenue sur le pied de guerre, payée quatre fois autant que les troupes russes, l'armée polonaise fut considérée comme un corps d'élite ; elle fournissait des instructeurs à tous les régiments russes et jouissait des faveurs particulières du souverain, pour lequel elle était un objet d'orgueil et de grandes espérances.

La révolution de juillet 1830 jeta dans une grande perplexité le Czar de Russie et toute la Pologne. Nicolas fit aussitôt d'immenses préparatifs de guerre et envoya des ordres à son armée polonaise pour une entrée immédiate en campagne. Ces ordres et le séjour à Berlin du vainqueur des Turcs, Diebitch, qui combinait déjà les plans de caqipagne contre la France, firent revivre dans le cœur de la nation polonaise tous les souvenirs glorieux conquis sur les mêmes champs de bataille. En vain les hommes d'État du pays, les plus illustres généraux, des patriotes éprouvés, représentaient tout le danger d'une insurrection en face des ar-

mées russes, qui s'ébranlaient déjà de toutes les parties de l'Empire ; en vain conseillaient-ils d'attendre, de laisser la Russie s'engager dans une lutte contre la France, pour tenter ensuite une diversion en sa faveur, la Pologne n'eut que cette pensée, briser les liens qui l'attachaient forcément à son terrible ennemi et manifester hautement toutes ses sympathies pour la France. Dans tous les cas, marcher en avant-garde des Russes contre la France semblait aux Polonais une trahison envers la liberté, envers la civilisation dont ils étaient les interprètes et les initiateurs aux yeux des autres populations de race slave. Aussi les sentiments de fraternité et les instincts généreux triomphèrent d'un patriotisme trop craintif et firent briller d'un éclat nouveau le caractère polonais, en montrant une seconde fois, aux peuples étonnés, le drapeau des nationalités relevé par des mains polonaises. Le dictateur que les Polonais se choisirent, vieux soldat français, ne comprenait pas

l'élan du pays ni les sentiments qui l'animaient. Ce dictateur, lorsqu'il se vit acculé par les masses russes, sur les bords de la Vistule, n'ayant qu'un seul pont pour retraite, point de remparts pour arrêter l'ennemi, pas une forteresse pour rallier son armée, réunit ses généraux et, en leur montrant le champ de Grochow, il leur dit ces seuls mots qui peignent la situation désespérée des Polonais et leur héroïsme : « Il faut ici un large tombeau; sauvons l'honneur national. »

Le gouvernement de Juillet, qui trouva la France désarmée, ayant une partie de ses forces de terre et de mer occupées en Algérie, ses places fortes dé-

garnies, ses arsenaux et ses magasins vides, ne fut pas en état de secourir la Pologne ; mais il se hâta d'intervenir diplomatiquement et légitima son insurrection. 11 ouvrit aux débris de l'armée polonaise les portes de la France, et le peuple, plus généreux encore que le gouvernement, les accueillit en héros et les traita en frères. Les Chambres prolestèrent

en faveur de la nationalité polonaise et grâce à la bienveillance du pouvoir, les réfugiés polonais purent servir dans les rangs de l'armée française en Algérie et dans les diverses branches de l'administration. Le plus grand nombre fut admis dans les écoles et les ateliers, où ils puisèrent des enseignements utiles et des moyens honorables d'existence, en conservant pour les jours meilleurs le feu sacré de la patrie*

Le premier Empire français a été jusqu'à ce jour le seul véritable protecteur et allié de la Pologne depuis son démembrement. Napoléon 1 er rétablit en partie son existence politique et surtout il réhabilita sur le champ de bataille son caractère natio- • nal. Le gouvernement de Juillet n'est pas intervenu directement en faveur de la Pologne, mais il lui a rendu de grands services et moralement il a main* tenu son existence politique en constatant le droit de sa nationalité. Ce fut sous ce gouvernement, par l'intermédiaire de l'émigration, que les instilu-

tions, les lois, les sciences, les progrès matériels, les mœurs et les habitudes françaises pénétrèrent et se répandirent le plus clans le pays, malgré tous les efforts de Nicolas pour extirper les souvenirs et les principes qui rattachent la Pologne à la France. Cette propagande libérale et pacifique ne se bornait pas à la Pologne, elle gagnait les autres peuples qui étaient unis avec elle par la communauté de race et les anciens rapports d'amitié et d'alliance. Les Slaves, les Hongrois, les Croates, les Serbes, les Roumains, etc., qui fournissaient le plus de soldats aux armées coalisées contre la France, annonçaient un terme désir d'imiter et de •s'assimiler les lois et les réformes politiques et sociales françaises.

La création d'une chaire de littérature slave au collège de France, confiée à un des plus illustres poètes polonais, Mickiewicz, a beaucoup contribué à opérer des rapprochements et des relations sympathiques entra la France et les populations

de la race slave, lin donnant à ces peuples une tribune à Paris, foyer de lumière et de liberté, c'était les appeler à se reconnaître, à s'éclairer sur les droits des diverses nationalités qui les composent et à manifester des tendances plus conformes à leurs intérêts réciproques et à l'esprit du siècle (1).

Cependant, tous les gouvernements qui se sont succédé en France n'ont pas été également favorables et bienveillants envers la Pologne. Chose digne de remarque, les derniers temps de la monarchie, Tépoque de la Terreur et la République de 1848 correspondent aux phases les plus malheureuses de la nation polonaise. Ainsi, sous le règne de Louis XV et sous celui de son successeur, comme pendant la Restauration, la Pologne a été abandonnée à toutes les vicissitudes de l'oppression de ses voisins, sans aucune intervention de la France, qui

(1) Voir la noie 2.

semblait môme vouloir lui l'aire comprendre qu'elle devait se résigner à sa triste destinée. La Convention ne témoigna pas plus de sympathie aux Polonais que la République de 1848. Cette dernière, au surplus, pendant qu'elle cherchait à nouer des négociations avec les ennemis de la Pologne, se débarrassait des émigrés en les poussant et en les aidant à retourner dans leur patrie, dont les frontières étaient gardées par des masses ennemies. Ces malheureux, avides de revoir le sol natal, . furent victimes de leur amour pour la patrie. Ils remplirent les prisons d'Allemagne et jonchèrent de leurs cadavres les chemins et les déserts de Sibérie.

Le rétablissement de l'Empire français a éveillé les anciens souvenirs et les sympathies pour la France dans toutes les provinces polonaises. Les Polonais, il faut bien le dire, sont persuadés que la résurrection et l'avenir de leur patrie sont intimement liés à la grandeur et à l'influence de la

France en Europe. Aussi la guerre d'Orient a trouvé les Polonais disposés à seconder de tous leurs efforts les armées alliées ; mais ils attendaient un mot d'ordre, un signal quelconque pour agir. La guerre a commencé loin de l'ancien territoire de la Pologne, elle s'est engagée peu à peu, et, au moment où ellè prenait tout son essor, *la paix est venue arrêter le bras vengeur de la France qui allait frapper au cœur la puissance moscovite. La France, du reste, a employé tous les moyens de persuasion pour faire connaître aux Polonais que leur intervention dans cette guerre, leur soulèvement général ou partiel, serait nuisible aux opérations militaires des armées alliées, en paralysant les bonnes intentions de l'Autriche, qu'on espérait alors décider à faire cause commune contre la Russie.

La Pologne obéit et comprima son ardeur patriotique, car rien n'est plus opposé à l'esprit de ce pays que de contrarier sciemment, et d'une manière

quelconque , les intérêts de la France en Orient comme en Occident. Cependant la Pologne préparait en silence une explosion générale pour le cas où une armée française aurait fait un débarquement sur les côtes de la Baltique, ou qu'un corps de troupes alliées se fût avancé vers les provinces du midi , par da Moldo-Valachie. Cette attitude de la Pologne a été comprise par le gouvernement russe , et il est à présumer qu elle n'a pas été étrangère à l'empressement avec lequel l'empereur Alexandre II accepta l'ultimatum de la France et de l'Angleterre. Néanmoins, un grand nombre de Polonais, sous le titre d'interprètes, de guides, d'éclaireurs, ont suivi sur les flottes, dans les armées de terre, toutes les phases de cette lutte gigantesque. Une position particulière, une mission que je remplissais au quartier général de l'armée française, m'a permis d'apprécier journellement, comme témoin oculaire, les sentiments qui animaient tous les Polonais que leur malheureuse

étoile obligeait de servir dans les rangs de l'armée russe. Quelques extraits des Mémoires que j'ai écrits sous les remparts de Sébastopoi prouveront que 'les Polonais, à cette époque, ne songeaient qu'à fraterniser et s'unir avec la France (1).

La guerre d'Orient a eu des conséquences plus grandes qu'on ne se l'imagine ; elle a commencé l'époque de décadence de la Russie. Après linsurrection de 1830, Nicolas, pour soutenir le prestige et l'influence de la Russie, augmenta démesurément l'armée déjà hors de proportion avec les

ressources du pays. Il réussit à lui donner encore

un vernis trompeur qui en imposa à l'Europe et au Czar lui-même, mais mina dans ses fondements l'Etat et la société.

La dernière guerre, qui n'atteignait cependant le territoire russe que sur un point isolé, mit au

(1) Voir la note 3.

bout de quelques mois ce vaste empire au bord du précipice. La nation en fut profondément humiliée. Parmi les Russes, plusieurs hommes d'État et écrivains éminents dénoncèrent à l'opinion publique de l'Europe les vices de ce monstrueux gouvernement qui, pour continuer à s : ingérer dans les affaires des autres États européens, livrait le pays à l'influence des coteries allemandes , en sacrifiant à leur politique ambitieuse les véritables intérêts nationaux. Ils demandaient que lcczarisme so modifiât lui-môme, consultât le pays en convoquant des assemblées délibérantes, rendît la justice indépendante et plus conforme à l'esprit du siècle, et commençât par réorganiser son administration corrompue et corruptrice.

Les Polonais, voyant la Russie à la veille d'une anarchie qui menaçait toutes les provinces comme toutes les classes de la société, animés du plus nobie patriotisme, ont voulu chercher le remède a des maux présents et à un triste avenir, dans le

développement des principes de 89. Ils se sont mis courageusement à l'œuvre et ont commencé par demander l'abolition du servage, ce fléau moscovite qui s'était surtout développé depuis le démembrement de la Pologne. En effet, Catherine II, pour s'attacher la classe nombreuse et influente des nobles polonais, les gratifia, avec une perfide générosité, de tous les privilèges dont les boyards russes ont joui sous la longue et avilissante domination des Tartares.

La Lithuanie a pris l'initiative de cette grande réforme. La noblesse, qui possède de vastes 'domaines dans cette province, a demandé elle-même au Czar l'autorisation d'abolir le servage. L'ancien royaume de Pologne, où cette plaie n'existait plus, mais où était maintenu un système d'exploitation rurale par corvée, a voulu donner l'impulsion à tout le pays en organisant une Société agricole composée de l'élite des citoyens. Cette Société a pris pour tâche, en sacrifiant ses intérêts, d'amc-

ner une conciliation entre la classe des propriétaires et celle des paysans, et de faire rentrer la Pologne dans le giron de la civilisation occidentale.

La Société agricole, qui comptait déjà plus de 4,000 membres, et dont les autres provinces polo naises cherchaient à imiter l'organisation et les tendances, porta ombrage à la Russie, qui se hâta de briser violemment ce moyen de régénération morale. Le czarisme entreprit seul alors l'abolition de la servitude , mais il voulut agir dans la plénitude de son autocratie, sans autre intermédiaire que le soldat brutal et l'agent de police rapace et odieux. Cette résolution d'Alexandre II produisit une agitation générale dans tout l'Empire, qui redoutait moins la mesure que les moyens employés a son exécution.

Les puissances allemandes qui cherchaient toujours par d'autres moyens que la Russie, mais dans l 'intérêt d'une même politique, à s'assimiler les provinces polonaises qui leur étaient tombées en par-

tage, excitèrent le Czar à user des plus grandes rigueurs pour étouffer avant tout l'élan national qui se manifestait en Pologne et à ne pas reculer môme devant 1 horreur d une guerre civile. La France n'a rien compris aux réformes socialistes si pompeusement annoncées par le Czar; elle ignorait la situation de la Pologne qui n'avait aucun moyen régulier de faire connaître ses droits et ses souffrances ; le gouvernement français, dans la crainte d'attirer de cruelles répressions, encouragea même les Polonais à se fier aux promesses du Czar et à accepter ses concessions qui n'avaient d'autre but que de paralyser les tendances libérales, patriotiques et humanitaires de la Pologne.

Aussi, pour la première fois, les Polonais restèrent sourds aux conseils de la France qui, souvent victorieuse de la Russie sur les champs de bataille, se laissa facilement abuser par sa diplomatie astucieuse. Alexandre 1", dont on a tant glorifié la générosité et le libéralisme, n'a-t-il pas

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