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fomenlé les sociétés secrètes en Allemagne et ne devint-il pas ensuite l'âme et le chef de la Sainte- Alliance qui unissait, en un seul faisceau contre la France, les trois Monarques spoliateurs de la Pologne? La longue expérience de l'oppression mo& covite que les Polonais avaient acquise si chèrement, leur fit considérer les concessions du czarisme, comme ces mets fortement épicés qu'on présente aux inculpés en Russie pour exciter leur appétit. S'ils ont le malheur d'en goûter, on leur refuse à boire, jusqu'à ce que dévorés par la soif, ils se rendent à discrétion, font des aveux qui les conduisent en Sibérie, ou les rendent des instruments dociles entre les mains de leurs bour- • . reaux.
Certes, Alexandre II n'a ni le caractère fougueux et féroce de son père, ni son esprit hautain et vindicatif; mais, comme lui, il est entiché de tous les préjugés de son pouvoir autocratique, fondé sur un système de conquête au dehors et d'oppression au
dedans. Le czarisme craint autant en Pologne le sentiment de nationalité que les idées et les in é Mutions françaises, et il fait sur le Niémen et la Vistule une guerre à outrance aux mômes principes qu'il allait combattre, il y a cinquante ans, sur le ithin et sur la Seine. La Pologne ne veut pas reconnaître pour bienfaiteur et régénérateur du pays, le czarisme qui a organisé et maintenu le servage dans l'intérêt de son omnipotence, qui a voulu prendre les aigles polonaises comme emblème de ses conquêtes en Occident, et qui saisit aujourd'hui l'arme à deux tranchants du socialisme pour opposer une classe à l'autre et les soumettre toutes à son despotisme asiatique.
Voilà pourquoi la Pologne, au bord de l'abîme, ' à la veille d'une épreuve nouvelle et la plus terrible de toutes, éperdue et éploréc, se couvre de deuil, court à ses autels et cherche à conjurer l'orage, ii arrêter par des sacrifices volontaires, par une attitude résignée, cette guerre fratricide que le
czarismc prépare dans l'intérêt de son omnipotence.
Les conventionnels qui commencent cette époque de terreur en Pologne ne sont pas des fanatiques exaspérés ou abrutis, sortis de la lie de la société, ce sont les généraux et officiers, la plupart Allemands, séides aveugles du czarisme, qui dirigent froidement les baïonnettes de leurs soldats barbares contre les patriotes polonais, sans armes, sans défense. Ce sont les dignes successeurs du féroce Souvaroff. Dieu veuille qu'ils ne renouvellent pas , en excitant perfidement les passions populaires, ces massacres horribles qui ont inondé déjà de sang l'Ukraine et la Gallicie, les plus belles et les * plus riches provinces de la Pologne!
Démembrée, incorporée dans trois empires, mêlée à deux grandes races germanique et moscovite, la Pologne n'a ni gouvernement, ni armée, ni direction politique; mais elle a une force morale qui triomphera de tous les obstacles et lui
assurera une place digne d'elle dans la famille eu-
• ropéenne.
Nationalité, révolution de 89, voilà les deux bannières du peuple polonais, les deux principes dont il se fait le défenseur et le martyr !
La Pologne a un allié puissant dans l'opinion publique de tous les peuples civilisés. Sa cause n'est plus l'objet de quelques négociations diplomatiques, elle est la cause de l'ordre politique, de la morale et de la justice, et ne tardera pas à devenir une question européenne. Aucun traité, aucune alliance auxquels l'Angleterre et la France prendraient part ne peuvent se conclure en Europe sans qu'on ne s'occupe du rétablissement de la Pologne. Aussi, sent-elle sa puissance, elle prévoit son avenir, et voilà pourquoi elle s'agite, réclame et proteste. Elle se le doit à elle-même et aux peuples qui
• prétendent à l'indépendance nationale ; elle prend résolument sa place de soldat dans le rang des peuples opprimés. Elle unit sa cause à celle de
l'Italie, clic se joint de tous ses vœux à la Hongrie et ne laissera plus désormais la Russie aller au se- .
cours de l'Autriche sans défendre les droits et la
nationalité des peuples slaves.
De tous les temps, la Hongrie et la Pologne furent unies dans les mêmes sentiments et dans les mômes intérêts de résistance à la barbarie musulmane et moscovite, ainsi qu'au germanisme qui cherchait à les rendre toutes les deux ses tributaires et ses vassales. Autrefois alliées par les contrats de famille de leurs anciens Rois, jouissant des mômes libertés et institutions, la Hongrie et la Pologne ont conservé les relations les plus amicales et n'ont jamais été indifférentes à leurs destinées.
Pendant la guerre de la Hongrie contre l'Autriche, en 1849, une légion polonaise partagea le sort des armées hongroises, et toute la Pologne • était prête à se soulever, lorsque l'empereur Nicolas se décida à aller éteindre,, en Hongrie, le foyer
insurrectionnel qui menaçait d'embraser ses propres Etats.
Depuis ce temps, la Pologne et la Hongrie ayant les mômes griefs à venger, les mêmes intérêts à défendre, sont devenues l'espoir et l'avenir de la race slave. Une longue pratique des institutions constitutionnelles, leurs anciennes traditions de gloire, leurs malheurs, leur attachement aux principes de la civilisation occidentale, leur horreur de la domination germanique, toutes ces causes rendent les Hongrois et les Polonais chers aux autres Slaves, qui les considèrent comme les gardiens, les sentinelles dos droits et des libertés des peuples de leur race.
La Pologne surtout, qui est la plus illustre, la plus forte et la plus vivacc nationalité slave, quoique opprimée et tyrannisée par ses trois spoliateurs, est devenue le foyer ardent de tout mouvement libéral, comme de tout progrès intellectuel et moral des populations slaves. Un jour elle sera
peut-être, par rapport aux peuples de sa race, ce qu'est la France à l'égard des nations de la race latine. Varsovie donne déjà l'impulsion à tous les Slaves. Ses moindres actes, ses mouvements insurrectionnels se répètent aussitôt, non-seulement àVilna, à Kief, à Posen, à Lemberg, mais jusqu'à Pétersbourg et Moscou.
Pour mieux faire connaître et apprécier l'état des choses au nord et à l'est de l'Europe, où il existe, en ce moment, chez tous les peuples de la race slave une agitation et un réveil de nationalités et de liberté, nous allons exposer quelques données générales sur l'esprit et les tendances de ces populations et sur le véritable caractère du czarisme et du germanisme.