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DES SLAVES DU MIDI ET DU SUD-EST DE L'EUROPE

Los Slaves du midi et du sud-est n om jamais formé de grandes nations compactes et homogènes; disséminés sur une immense étendue de territoires si variés par leur situation géographique, leur culture et leur ric hesse, ees peuples belliqueux et laborieux n'ont pu, comme les Polonais, résister à

eux seuls aux Turcs qui les opprimaient, ni aux Allemands qui s'emparaient de toutes les branches du commerce et de l'industrie de leur pays.

Depuis la grande invasion de l'Europe par les peuples d'Asie, une race puissante, la race magyare , d'origine caucasienne, est venue s'établir dans les vastes plaines que domine le plateau de Transylvanie. Cette race vaillante se môla aux indigènes, contribua à la défense du pays et maintint chez eux l'esprit belliqueux, l'amour de la patrie et de l'indépendance. Les peuples slaves les plus voisins, les Croates, les Esclavons, les Dalmates, les Serbes, s étant joints aux Hongrois , formèrent un seul État, et combattirent avec eux pour la sûreté et l'indépendance commune. Le prestige et l'ascendant moral des Hongrois devint très-grand parmi tous les peuples de cette partie de l'Europe. Aujourd'hui encore un Serbe, un Bulgare, môme un Roumain, lorsqu'il devient un homme de quelque importance, prend un costume

hongrois comme une marque de distinclion, un signe d'honneur.

La Hongrie et les peuples slaves, liés autrefois à l'empire d'Allemagne par des contrats de famille, des constitutions librement consenties, se montraient très-atlachés à la maison d'Habsbourg ; ils furent ses auxiliaires les plus dévoués dans toutes les guerres contre la Turquie, et dans ses entreprises en Italie, en France et au centre de l'Europe. Mais, lorsque les Empereurs d'Allemagne, après le démembrement de la Pologne et les guerres désastreuses contre la France, abandonnant leur politique traditionnelle, se sont faits les complices de la Russie et de la Prusse, les peuples slaves commencèrent à se détacher de la maison d'Habsbourg, qui les sacrifiait à ses alliés du nord. L'Autriche ne songea désormais qu'à fusionner tous ses États en un seul, et, pour y arriver, déploya une grande énergie et une rare habileté. Elle organisa une bureaucratie centralisatrice et une armée puissante,

qui ne tardèrent pas à devenir les arbitres des destinées de l'empire. Alors, avec une persévérance inflexible et une patience immuable, elle régla à chaque province, à chaque peuple, à chaque classe de la société, la somme de liberté, de lumières, de bien-être, qu'elle croyait devoir leur accorder.

La bureaucratie est devenue le premier corps rie l'Etat, un Etat dans l'Etat, ayant ses prérogatives, sa hiérarchie, sa discipline. Choisis parmi les jeunes gens de la noblesse pauvre, ou de la bourgeoisie remuante et ambitieuse, les membres delà bureaucratie, appartenant tous aux familles allemandes ou germanisées, formaient une véritable franc-maçonnerie vouée au culte des principes monarchiques*, sous le gouvernement unitaire, despotique de la maison d'Habsbourg.

La langue allemande, complètement inconnue des masses dans les quatre cinquièmes de l'empire, devint pour la bureaucratie un langage officiel et en quelque sorte privilégié. Disséminés

dans les provinces, dont ils ne connaissent ni la langue ni les besoins, les bureaucrates autrichiens vivent isolés, exécutant aveuglément les ordres qui leur sont transmis. Ç'ils deviennent trop oppressifs et trop antipathiques dans une province, on les change de résidence ; mais leurs successeurs continuent d'agir dans le même esprit de camaraderie et d'hostilité systématique à tous les vœux du pays, à moins qu'ils ne soient favorables aux intérêts allemands. La bureaucratie, en un mot, est comme un fluide actif qui doit infiltrer partout l'élément germanique et l'obéissance passive.

L'armée est un second État dans l'Etat. Autrefois, elle seule jouissait en Europe cl une sorte de constitution militaire. Mlle avait son code, ses règlements, et au sommet de l'armée un conseil aulique composé de toutes les illustrations militaires de rempire. Ce conseil formait une véritable chambre haute, qui décidait sur toutes les affaires militaires et souvent influait plus sur le souverain qu'il ne

dépendait de lui. Dans les temps de guerre, lorsqu'il s'agissait des décisions spontanées, des conceptions hardies, ou d'une action prompte et énergique, le conseil aulique comprimait parfois le génie des généraux et l'élan des troupes; mais il maintenait l'honneur du drapeau, veillait sur les droits de tous et créa cet admirable esprit de corps qui fit de l'armée autrichienne l'une des meilleures de l'Europe.

Aujourd'hui l'armée devenue un instrument aveugle entre les mains du souverain, livrée a une coterie qui tend à opérer dans ses rangs un amalgame des races dont les populations ont une si grande horreur, a perdu l'esprit de corps et l'amour de la patrie qui faisaient sa gloire et sa force. I/appât de l'avancement chez les officiers, la soif du butin chez les soldats * une discipline brutale pour tous, sont les seuls liens aujourd'hui de cette troupe hétérogène. Pour s'entendre entre

eux, les officiers, sous -officiers et soldats, répartis dans les corps d'une nationalité si différente, ont été obligés d'adopter un langage particulier, un idiome composé d'allemand, de bohème, de hongrois, de slave, qui est le patois inintelligible et dont un bâton de caporal est en dernier lieu l'interprète le plus écouté.

C'est ainsi que la bureaucratie et l'armée, gardiens et tuteurs de l'empire, disposent de toutes ses ressources, et se montrent souvent plus autrichiennes, plus impérialistes que les empereurs eux-mêmes.

Après avoir vaincu, avec l'aide de la Russie, la révolution de 1848, le cabinet de Vienne, enivré de ses succès, a voulu opérer définitivement et complètement une fusion générale de tous ses peuples. Cette tentative n'a pas duré longtemps. La défaite des armées en Italie, le désordre financier, le mécontentement général qui se manifestait de toutes parts dans l'empire, ont forcé la bureau-

cratie, en désespoir de cause, à recourir aux institutions consilutionnelles qu'elle a tant haïes et combattues. Aussi, pour conserver la suprématie dans l'Etat qui lui échappe, affiche-t-cllc les principes les plus démocratiques et même socialistes qui ne trompent que ceux qui veulent être trompés. Elle proclame l'unité de l'empire, mais elle veut que cette unité s'opère sous l'influence et au profit de l'élément germanique. Tous ses efforts tendent surtout à vicier les rapports et les contrais séculaires qui existent entre la maison d'Habsbourg et les Etals appartenant à la couronne de Saint- Etienne. Elle espère qu'en séparant les Magyares . des Slaves, les Slaves des Roumains, par la force ou par la ruse, en s'aidant tantôt de la liberté tantôt usant de violence, elle parviendrait à les amener tous à Vienne, foyer de l'élément germanique et centre de la bureaucratie.

Le Reichsrath, cette assemblée hétérogène des députés de l'empire, qui ne représente pas la moitié

de la monarchie, et dont plusieurs membres ne connaissent pas un mot d'allemand et ne savent même pas lire ni écrire dans leur propre idiome, le Reichsralh n'est qu'un expédient, dont se sert la bureaucratie, pour assurer dans le pays un triomphe légal à l'élément germanique.

.Mais une telle comédie dans le siècle où nous vivons n'est ni morale ni politique. La liberté comme la vérité ne peuvent se couvrir longtemps de voiles, la raison et la conscience publique finissent par les déchirer, souvent avec violence et à la plus grande confusion des auteurs de pareils stratagèmes constitutionnels.

Les peuples slaves ont peut-être plus que les peuples de la race allemande ou latine l'amour de la liberté, mais ils veulent la développer chez eux en harmonie avec d'autres intérêts qui leur sont non moins chers. Ils veulent aussi l'émancipation de leurs frères de la même race, qui gémis-

sent sous l'oppression musulmane et moscovite. Les

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