‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 102 sur 180 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

mais, en 4595, lorsque l'Ordre ieütonique fut cassé, et lorsqu'on forma un duché de Prusse, ou Prusse ducale ou électorale, vassale de la couronne de Pologne, on donna à cette partie une autre division territoriale qui conserva, jusqu'à 1775, c’est-à-dire jusqu'au premier partage de la Pologne, l’organisation suivante :

10 LA PRUSSE POLONAISE OU ROYALE était COMposée de trois palatinats : Poméranie, Culmie et Malborghie, et duché-évêché de Warmie.

Le palatinat de Poméranie était subdivisé en dix districts : Tezewo (Dirschau), Nowe (Neuenbourg), Gdansk (Dantzig), Swiecie (Schwetz),

Tuchola (Tuckel), Cszlochow (Szlochau), Mira-

chow (Mirchau), Puck (Putzig), Koscierzyn (Behrendt), Skarszew (Schoëneck). Les districts ou starosties de Lauenbourg et de Butow, qui en faisaient autrefois partie, furent cédés, en 1657, aux brandebourgeois.

Le palatinat de Culmie était subdivisé en deux terres : de Culm et de Michalow,qui composaient sept districts : Chelmno (Culm), Torun (Thorn), Grudziondz (Graudentz), Radzyn (Rehden), Kowalew (Schæœnsee), Brodniça (Strasbourg), Nowemiasto (Neustadt).

Le palatinat de Malborghie était subdivisé en

quatre districts : Malborg (Marienbourg), Sztum

(Stuhm), Kiszpork (Christhourg), Elblong (Elbing).

Le duche-évéché de Warmrie était subdivisé en onze districts ou plutôt grandes paroisses :

Brunsberg (Braunsberg), Warmia ( Frauenbourg), Melsak (Mœbhlsach), Ornerta (Wormidit), Swientagora (Heilsberg), Bisztynek (Bischofstein), Gakteszkat (Gutstadt), Ieziorany (Seebourg), Olsztynek (Allenstein), Wartherga (Warthbourg), Roszla (Rœssel).

Ilo Le pucué DE PRUSSE ou PRUSSE DUCALE formait deux départements, allemand et litvanien. Chaque département se divisait en districts, et ces derniers en grands et petits bailliages.

Dans le département allemand il y avait trois districts : Samland, Natangen, Oberland. (Cette dernière dénomination était connue sous deux noms : Oberland ou Hockerland, provenant de Hohenland, qui veut dire pays haut ou élevé.)

Le département litvanien était divisé en bailliages dits de Litvanie et ceux de Pologne.

Les grands bailliages du département allemand étaient, dans le district de Samland : Krolewiec

:(Kœnigsberg), Rybaki (Fischhansen), Szakinie

(Schaaken), Labiawa (Labiau), Tapiewo (Tapiau ; dans le district de Natangen : Gorzelice (Brandenbourg), Balga (Balghen), Bartoszyce (Bartenstein), Gorzdawa (Gerdauen), Barciany (Barthen), Rozany (Rostenbourg), Angora (Argenbourg), Szostow (Schesten); dans le district d'Ober- Jand : Dombrowa (Gilgenbourg), Szezytno (Ortelsbourg),Nidborg (Neidenbourg),Ostrow (Osterode), Ielawa-Niemiecka (Deutsch-Eylau), Kwidzyn (Marienwerder), Gurowo (Schœnberg), Morawa (Mohrungen), Marchia (Preuschmark), Golondz (Preusch-Holland).

Dans le département hitvanien, il y avait les grands bailliages Ltvaniens : Klaypeda (Memel), Tylza (Tilsit), Ragneta (Ragnit), Ostrowieg (Instérbourg) ; et des grands bailliages polonais : Olecko (Oletzke), Elk (Lyck), lanowo (Lohannisbourg), Loszyce (Lœtzen), Runowvo (Rhein), Nowydwor (Neuhof).

Après le partage de là Pologne en 1775, le cabinet de Berlin, pour donner plus d'ensemble aux provinces envahies, et dans l'intention de fondre plus intimement la Prusse polonaise avec Ja Prusse ducale, forma deux provinces appelées West-Preussen (Prusse occidentale) et Ost-Preus-

sen (Prusse orientale). La première fut parta-

gée en West-Preussisch Kammer-departament (Chambre départementale de la Prusse occidentale) et en Neiz-Districkt (Distrier de Notec).

Cette Chambre départementale formait alors |

sept arrondissements (Kreiss) : Kwidzyn (Marienwerder), Malborg (Marienbourg), Chelmno (Culm), Michalow (Michelau), Tezewo (Dirschau), Starogrod (Stargardt), Choynice (Kontiz).

L’Ost-Preussen (Prusse orientale) fut partagée en Ost Preussisch Kammer-departament (Chambre départementale de la Prusse orientale), et en Littauische Kammer-departament (Chambre départementale de Litvanie). Le premier département contenait les huit arrondissements suivants : Samland ou Schaacken, Tapiau, Brandebourg, Braunsberg, Heilsberg, Mohrungen, Neidenbourg. Le second département contenait les arrondissements d'Insterbourg, Oletzko, Schehsten.

En 1807, à l'époque de la création du grandduché de Warsovie, Culm, Thorn, Bydgoszez (Bromberg), etc., firent partie du duché; mais en 1815, lorsque fut consommé le sixième partage de la Pologne, on donna aux terres prussiennes une nouvelle organisation. Il y a donc maintenant quatre grands arrondisssements :

4° De Kœnigsberg, divisé en vingt districts ;

20 De Gumbinen, divisé en seize districts ;

3° De Dantzig, divisé en huit districts;

4° De Marienwerder, divisé en treize districts,

La ville de Bromberg avec son territoire fait partie du grand-duché de Posen.

Une autre division territoriale est réservée à l'avenir, alors que toutes les parties de l’ancienne république polonaise se trouveront de nouveau réunies, et qu’on tracera des frontières aux palatinats, aux castellanies, et que les noms des villes er des villages germanisés retrouveront leurs dénominations nationales : slavo-polonaises.…..

$ IL. — Histoire politique; cultes religieux.

Les Hérules sont ies ancêtres des peuples qui habitent les bords de la mer Baltique, dans sa direction sud-est. Les Litvaniens, les Samogitiens et les Prussiens en forment les principales branches.

La dénomination de Prussiens (Borussi ou Porussi des anciens) paraît provenif de Russ: c'est ainsi que s'appelle l’un des bras du Niémen, comme on l'a va plus haut. Les Prussiens qui ha-

bitaient le pays à l’ouest du Niémen, le long, du

Russ, s’'appelaient Po-Russ; de là Prussiens. Parmi les écrivains anciens et modernes qui ont décritces contrées, Théodore Narbutt, Litvanien, tient le premier rang ; son ouvrage n’est pas encore terminé ; mais, à en juger par le com-

| mencement, personne avan. lui n’a si bien appro-

fondi son sujet, et la fin de son travail est trèsimpatiemment attendue.

La Chronique du xue siècle, écrite par Chris-

tien, premier évêque catholique de la Prusse, est pleine de notions inexactes sans doute,

mais qu'on accepte à défaut de preuves.et de

détails plus complets, sur la religion, lesmœurs, les lois et les habitudes du pays. La Chronique

nous dit : Leshabitants de la Prusse étaient des

gens simples et hospitaliers, sobres et. tempé-

rants, d’une taille moyenne, peu, parlant, et ne sachant ni lire ni écrire, Quand une chose leur paraissait digne de mémoire, ou bien quand ils avaient à marquer le jour de leur assemblée, ils

incisaient leur bâton ou bien faisaient des nœuds

sur le cordon. Les vieillards, les malades, les femmes et les enfants s'abritaient dans des huttes d'argile ; la jeunesse restait toujours cam-

pée devant les grands büchers, jetant flammes et fumée à travers les branches des vieux chênes, sous lesquels les guerriers se plaçaient de préférence. Le gibier et les poissons leur servaient de nourriture ; le pain leur était inconnu.

Une troupe de Skandinaves, des Danois sans doute, jetée par la tempête sur la plage, leur apporta la civilisation moderne et deux chefs, dont ils se firent des rois. Mais, à peine civilisés, ils pillèrent les biens de leurs voisins.

Les Skandinaves apprirent aux Prussiens à bâtir les maisons, à élever le bétail et les troupeaux, à faucher les herbes pour les conserver pendant l'hiver, et surtout à élever les abeilles et à faire de leur miel des boissons enivrantes. La communauté des femmes rendit bientôt les Skandinaves membres de la même famille, et infiltra dans le sang et les mœurs prussiennes le désir du pillage. Les querelles et les assassinats commencèrent à désoler le pays; Bruteno et Waydewutys, deux frères, chefs skandinaves, se décidèrent, pour mettre un terme au désordre, à s'emparer du pouvoir, Bruteno assembla le peuple et le harangua de la manière suivante : « Le désordre est au comble, vous allez vous » égorger les uns les autres : ne vaut-il pas » mieux mettre un terme à ces horreurs ? Voyez les abeilles : quand elles n’ont plus de roi, elles périssent ! Il en sera de même de vous. Il » faut donc choisir un roi pour vous sauver, et lui » promettre obéissance ; il vous jugera dans vos » différends, punirales coupables, et vous défen- » dra contre les agressions de vos voisins.» Après ce discours, le peuple le proclama roi, et lui jura obéissance et dévouement. Bruteno, maître absolu du peuple, céda le pouvoir royal à son frère Waydewutys, et, de concert avec lui, institua des dieux et se fit lui-même grand- prêtre (Kriwe-Kriweyto, maître de la hache etde 12 hachette qui servaient au sacrifice). Bruteno, autre Moïse, s’occupa avec Dieu de rédiger la loi pour les sacrifices. C’est à Romnowé qu'il établit le temple : il y trouva un chêne qui avait six toises de circonférence ; il l’entoura d’ornements, et, après avoir assemblé le peuple dans ce lieu, il dit (1) : « C’est ici que vos dieux veulent rester à jamais, c'est ici qu'ils veulent recevoir

(1) Romnowe dérive du mot litvanien romume, modestie, recueillement, ou endroit destiné aux saints mystères de la religion. Ce temple était situé au confluent de Beïslein dans

le Frisching ; dans le voisinage se trouve jusqu'à présent,

un village nommé Romittea.

vos offrandes et vos sacrifices, écouter vos prières! et vous Les défendrez contre les ennemis. [ls vous déclarent, par Kriwe-Kriweyto, que, s'ils exaucent vos vœux, vous aurez de belles femmes, beaucoup d'enfants, de l’abondance, du miel ici-bas et dans l’autre monde. Mais si vous désobéissez, malheur à vous! les corvées et les redevances amaigriront vos corps et vous réduiront à là misère, vous éprouverez la faim et la soif, vos femmes et vos enfants deviendront esclaves, et le roi tombera dans l'ignominie, » À ces paroles de détresse, le peuple poussa des gémissements affreux ; Bruteno, profitant de la terreur, donna le signal, et on découvrit à l'instant trois idoles de bois... Voilà les dieux, à peuple élu! s’écria le prêtre, adore-les, prosterne-toi pour implorer leur clémence. » Et le peuple se jeta la face contre terre et adora les idoles. Une des statues représentait le dieu des moissons : Warpintas (Warpus, l’épi en laiton); une autre, le dieu du feu et de la foudre : Perkounas; et la troisième, Piktahis (Piktamis, la méchanceté), dieu de la colère et de la mort.Cestrois divinités furent introduites dans les cavités du chêne. Devant Warpintas on plaça un vase plein de lait, couvert d’une gerbe, dans lequel on mit un serpent qui devait y être conservé avec soin. Perkounas avait pour offrande perpétuelle une bâche, et le feu était entretenu par les prêtres. À Piktalis on offrit dans un vase trois têtes : une d'hommes, une de vache et une de cheval; c'était l’offrande de la vie. À une certaine distance, tout autour du chêne sacré, on étendit des voiles qui cachaient les divinités aux yeux du vulgaire : l'entrée n’en était permise qu’au grandprêtre et à ses vicaires, les Weïdalotes, sorte de lévites. Les weïdalotes étaient choisis parmi le peuple ; mais leur conduite devait être irréprochable,et la chasteté leur était prescrite; la garde du lieu sacré et son entretien leur furent confiés; la réception des offrandes, l'alimentation du feu perpétuel et des feux des fêtes leur appartenaient. Ils devaient rester dans les environs du temple, enseigner aux habitants la crainte des dieux, et prêcher la concorde.

Après l'inauguration des dieux, Kriwe-Kriweyto fit entendre une seconde fois le discours précédent.

Ces promesses de bonheur firent le meilleur effet sur le peuple; il se retira dans ses campagnes, confiant dans la justice de ses nouveaux protecteurs, et dans la sagesse de Kriwe-

Kriweyto. L'idolâtrie,comme toutereligion naissante, en imposant de nouveaux devoirs, donne des nouveaux plaisirs.

Outre les trois principales idoles, Kriwe- Kriweyto fit comprendre au peuple l'existence d'un Dieu supérieur, le Dieu de tous les temps et de toutes les nations, le Père éternel. Ce Dieu, selon Kriwe-Kriweyto, régnait sur la terre et dans le ciel; mais aucune prière, aucune offrande ne lui furent adressées ; il était inflexible dans sa volonté; il régissait le monde entier, tandis que les autres dieux ne veillaient qu’au bonheur du pays qui les adorait : c’est l’Al/fader. Mais, outre le Dieu suprême et les trois dieux de la province, les Prussiens reconnaissaient plusieurs dieux subalternes, dont voici les noms :

Szwayksztis, dieu de la lumière ( Braga des Scandinaves, Phœæbus des Grecs).

Pilwitis, dieu des granges et des richesses.

Pergrudis, dieu des prairies, des feuilles et des grains.

Gardaytis, dieu des pilotes.

Anuszantis, dieu de la santé et des maladies.

Atrimpas, dieu des mers (Niord des Skandinaves).

Puszkaytis, dieu des arbres sacrés.

Et de plus, une foule de dieux, de demidieux, des gnomes et des sylphes, etc. Les femmes étaient exclues de ce ciel païen. En Prusse, les fêtes en l'honneur des dieux se célébraient ordinairement par des libations. À l'approche du printemps, avant de sillonner la terre, on rendait hommage au demi-dieu Pergrudis. Les habitants des villages voisins s’assemblaient dans une maison où l'on avait transporté d'avance deux ou trois tonneaux de bière : leur nombre diminuait ou augmentait selon le nombre de fidèles’ qui, dans cette occasion, se présentaient en foule pour boire de la bière et encore pour honorer les dieux. Quand tout le monde avait pris place,le weïdalote, qu'on appelait Wurszkaytys, saisissait la coupe pleine de bière, l’élevait dans ses mains, adressait une prière au dieu fêté, et l'implorait pour qu'il donnât un bel hiver et un doux printemps.

Après cette invocation, il déposait la coupe sur la table, puis la reprenait avec ses dents et buvait la bière d’un seul trait ; après avoir bu, il jetait la coupe par-dessus sa tête: un homme attrapait la coupe en l'air, et la remettait sur la table ou la remplissait denauveau, Le weïdalote faisait, a près,

une cérémonie en l’honneur de Perkounas, pour le conjurer d’épargner les blés, de ne pas tuer les hommes par la foudre et ne pas incendier les maisons. La coupe attrapée en l’air passait pleine de bière dans les mains du plus âgé, du plus riche et du plus honorable parmi les assistants; chacun buvait et remettait la coupe à son voisin. Ce tour achevé, les demi-dieux Szwayksztis, Pilwitis, n'étaient point oubliés dans cette fête. Les dieux et les anciens régalés, on en venait au vulgaire, et la même coupe servait encore à toute la compagnie, jusqu’à ce qu'on eût vidé lestonneaux. Ensuite on entonnait les chants en l'honneur des dieux. La libation s'appelait Gérymié. La bière pour la fête s’achetait sur les fonds des villages fédérés à cet effet : c'était une espèce de dime; chaque village cédait un terrain et le cultivait à tour de rôle gratuitement; le produit de ces terres était destiné à l'achat de la bière. Au moins cette corvée profitait à tout le monde.

Après les fêtes d’invocation, on faisait des offrandes en expiation. Les dieux farouches voulaient du sang; les Prussiens sacrifiaient un bœuf ou un bouc en preuve de repentir, et c’est le sacrificateur Wurszkaytis qui était chargé de l'exécution. Tous les assistants cireulaient autour du bouc, et confessaient leurs péchés en silence ; la promenade finie, Wurszkaytis égorgeait la bête, et le peuple recueillait le sang de la victime pour en asperger les maisons, les granges, le bétail et même les enfants : le sang de l'animal consacré apportait le bonheur. La chair de la victime, dépecée par Wurszkaytis, était mise dans une chaudière ; et pendant que la viande cuisait, le prêtre récitait des prières et faisait des contorsions; les hommes s’asseyaient autour de la chaudière, et les femmes leur apportaient un pâté de farine de seigle. Il n’était pas permis d’emporter les restes de cette viande ; on les remettait dans la chaudière pour en régaler le premier venu. La bière arrosait le repas ; et ordinairement Wurszkaytis jetait beaucoup de sel sur la viande, pour que les brasseurs pussent avoir leur part dans l’offrande.

Les Prussiens encore païens brülaient leurs morts. Cette coutume se pratiquait, en cachette, même après l'introduction du christianisme ; et on découvrit dans le pays des vases remplis de cendres, qui provenaient de la consécration des corps. Voici la cérémonie telle que l'ont décrite les chroniqueurs. Un homme à peine était-il mort, on le mettait dans un bain et on lé lavait, après

quoi on apportait une tonne de bière ; on en vidait la moitié, et on s’asseyait autour du corps pour vider le reste. Chacun des convives, en buvant, parlait au cadavre : Pourquot es-tu mort, mon am? lui disait-on; est-ce que tu n'as pas de belles femmes, des enfants et des bestiaux ? Après le tour du dernier, on prenait congé du mort et on le priait de saluer les parents, les frères, les cousins et les amis, et on lui recommandait de vivre avec eux en bonne intelligence. Cette recommandation faite, on mettait au mort ses plus riches habits, on lui attachait ses armes, on lui donnait un morceau de toile avec quelques pièces de monnaie, et on posait sur sa tête un pot de bière bien enfermé. Si c'était une femme, on lui jetait du fil pour qu’elle pût reprendre sa robe quand elle serait décousue. Pendant qu'on mettait le mort sur un chariot, la jeunesse montait sur des chevaux et commençait à courir. Il y avait toujours un poteau sur lequel on mettait une pièce de monnaie; le premier arrivé s’en emparait. En courant on criait : Eyte, pareyte, pakielte ! (Allez, arrivez, ramassez !) Cette lutte voulait dire qu'on poursuivait et dispersait les mauvais esprits qui pouvaient barrer le passage au mort. Cela fait, on trainait le chariot au lieu de la sépulture : les riches, on les enterrait; les pauvres, on les brülait. Au grand seigneur tous les honneurs : hors le feu, on lui sacrifiait son cheval et ses chiens, pour qu'il pût chasser dans l’autre monde. De plus, on jetait dans l’urne des agrafes de colliers qui devaient lui servir d’ornement dans les fêtes. Si c'était un prince qui mourait, le peuple le pleurait pendant quatre semaines ; chaque passant ou voyageur était obligé de boire au bonheur du décédé, et de recevoir un cadeau en souvenir de l'événement.

Les mariages étaient aussi pompeux que les inhumations. Un homme, en choisissant une fille, était obligé de l’acheter à ses parents par un don de plusieurs vaches ou chevaux, et en outre il lui donnait un jupon. La fille achetée invitait ses amies à pleurer et à se lamenter avec elle. O ma mère! 6 mon père! s’écriait-elle, qui vous fera votre lit? qui vous lavera les pieds? qui gardera et soignera vos troupeaux ? O mon chat bien-aimé! 6 mon chien, mon oie, mon cochon de lait ! qui vous caressera? Tout cela était accompagné de pleurs et de gémissements qui amaigrissaieñt et enlaidissaient la jeune fille; et, faut-il le croire, il était de nécessité qu’elle s’enlaidit ayant le mariage. Enfin quand elle était tout à

fait laide, on lui déconseillait la tristesse, on lui disait de se conserver pour son mari, et la jeune fille de rire et de sauter sur le chariot que le mari envoyait pour l’amener chez lui.

Arrivée au village de son fiancé, elle était reçue par un homme qui lui présentait un tison et de la bière, en lui disant : Tu entretiendras le feu chez ton mari, comme tu l'entretenais jadis chez tes parents. Bois de la bière, c’est ton mari qui te l'envoie pour te rafraîchir. Lorsqu'elle s’approchait de la porte, on criait : Kie la vezis atdarik ! (Holà ! ouvrez la porte!) Son cocher sautait du chariot et courait attraper un mouchoir déposé sur un tabouret; les convives lui disputaient le passage; mais il devait tromper leur vigilance et emporter le mouchoir ; après quoi on asseyait la fiancée sur le tabouret, et on lui lavait les pieds. Ensuite on la régalait de bière, on lui bandait les yeux, puis on lui mettait du miel sur la bouche. Un des anciens la prenait par la main et faisait le tour de la maison, et à chaque porte lui disait : Trauk (tre): les portes se sont ouvertes. La promenade finie, un ami du mari apportait dans un sac toutes sortes de graines, les répandait dans la chambre en disant : Que les dieux vous donnent l’abondance, si vous gardez la foi. Le repas suivait les cérémonies; après le repas, les danses. Ala dernière danse, une des jeunes compagnes coupait par surprise la tresse de la fiancée, et les femmes mariées lui mettaient un bonnet qu'elle devait porter jusqu’à la naissance d’un fils. On la menait au lit : elle résistait, on la battait, la pinçait, la poussait, jusqu’à ce qu’elle tombât dans la couche nuptiale. Le mari arrivait gai, joyeux, avec ses camarades qui apportaient en même temps un coq rôti. Les mariés le mangeaient en présence de la compagnie, qui se permettait à cette occasion des propos badins. II fallait absolument que ce fût un coq, et non pas un chapon, ni aucun animal qui pût engraisser. Ainsi finissait Ja cérémonie nuptiale.

Un homme pouvait avoir trois femmes, ni plus ni moins ; mais si cet homme en possession de trois femmesrendait mère une fille, il était condamné à être dévoré par les chiens. Cette loi marquée au coin de la férocité avait un pendant dans uneautre contre l’adultère. Ce délit, soit qu’il füt commis par la femme ou par l’hommme, était puni par le supplice du bûcher ; les cendres des criminels étaient jetées au vent; les enfants nés de ce commerce étaient jugés incapables de

remplir les fonctions de weïdalotes. Une veuve jeune sans enfants pouvait avoir commerce avec des célibataires jusqu'à la conception.

Après quoi elle devenait weïdalote (vestale), et, sous peine de mort, gardait la chasteté, et c’est la communauté qui l'entretenait. Un homme qui perdait sa dernière femme pouvait se remarier ; car, dit la loi, € il n’est pas bien qu'il s’at- » triste jour et nuit, et qu'il n'ait personne pour » le consoler. » Pourtant la femme qu'il avait choisie ne devenait son épouse qu'après un premier enfant. Voilà pour les mariages. Les autres coutumes n'étaient pas moins sauvages.

Si un membre de la famille, femme, enfant, frère, n'importe, tombait malade, le chef de la maison pouvait ordonner qu'on les brülât tous, » et les dieux s’en réjouiront, » dit la loi. « Il » est permis à chaque homme de se brüler lui et » son enfant en holocauste à Dieu. Le feu le con- » sacrera, et il se réjouira avec les dieux. — Un » assassin pouvait être arrêté par les parents de » la victime qui disposaient de sa vie. — Quicon- » que commeltait un vol était pour la première » fois fustigé avec des verges; en cas de récidive, » on employait les cordes; enfin, au troisième » délit, on était livré aux chiens. » Quant au servage, la loi disait explicitement : « Personne ne » peut être forcé au travail, mais doit y être » engagé par une convention volontaire. »

Quiconque dépassait les autres dans une course de chevaux était réputé noble, Enfin Kriwe- Kriweylo recommandait au peuple de visiter « les dieux et leur apporter des offrandes, ce qui » leur était agréable, » Pour compléter ce tableau des mœurs des anciens Prussiens, il nous reste à décrire quelques cérémonies religieuses, comme celles des anniversaires des morts, et plusieurs autres superstilions et coutumes.

La fête commémorative des morts s’ouvrait par des larmes et finissait par de la bière. Les hommes s'asseyaient à une table particulière, servis par deux femmes. Elles tiraient de leurs besaces du pain, du sel, des poissons cuits ou frits. Un profond silence régnait dans toute l’assemblée. Chacun jetait sous la table une partie des mets, et on versait une coupe de bière :

c'était une offrande pour les morts. Après le repas, tout le monde se levait, et on se mettait à boire jusqu'à s’enivrer. En buvant on criait : Gaydis pas gaydis; wie nus pan andros : Le coq après le coq; l’un après l’autre, et la fête était finie, Ceute fête des morts, que les traditions

ont conservée jusqu'à nos jours en Samogitie, à été décrite, en belles scènes dramatiques, par le poëte Adam Mickiewicz, dans son poëme : Dziady (la Fête des morts), traduit en français par M. Burgaud des Marets.

Les Prussiens païens partagaient encore les superstitions des autres peuples,

On consultait les devins et les sorcières pour savoir chez qui se trouvaient les effets volés; la sorcière disait le secret après avoir répandu de la bière et fondu de la cire, ou entaillé un bâton d’une manière bizarre.

En entrant dans un village, il fallait faire attention : car le pied droit mis le premier signifiait le bonheur ; le pied gauche, au contraire, pronostiquait un fâcheux accident.

Celui qui se réveillait le premier la nuit des noces était sûr de mourir le premier.

Il yavait dans cette prédiction un cruel tourment, surtout pour les deux époux !

Quand un lièvre traversait la route, c'était un signe de malheur; un loup, au contraire, était un signe de bonheur. On explique ce préjugé de cette manière : il valait mieux que le lièvre fût tué et mangé, et il est heureux que le loup soit passé sans faire de mal.

Une maladie quelconque était un indice de la disgrâce divine : donc, au lieu des médicaments dont on ne connaissait pas alors l'usage, les parents et les amis recommandaient le malade, par des prières et des offrandes, à la protection des dieux. La mort était regardée comme une juste punition ; le rétablissement signifiait la miséricorde divine ; mais 1l arrivait souvent que le Wurszkaytis, voyant les tourments du malade, demandait pardon aux dieux de couper court à leur toute-puissante vengeance, et, avec une pieuse résignation et des larmes anx yeux, s’approchait du malade, lui mettait un oreiller sur la figure, et l’étouffait ainsi avec une tendresse atroce. Voilà les Prussiens tels que les avaient formés leurs hôtes et maîtres, les Skandinaves, les Danois. Ils leur apprirent à adorer des dieux sanguinaires, et abrutirent Jeur esprit par l'usage démesuré de la bière, cette ambroisie des Skandinaves. Ils firent une loi contre la débauche qui n'existait pas avant leur arrivée; ils établirent la distinction du tien et du mien, et par conséquent la punition du vol. L'esprit belliqueux des Danois passa dans les Prussiens, et les provinces avoisinantes s'en ressentirent bientôt, La province de Mazovie, située au

midi de la Prusse, fut la première qui reçut le Choc terrible de ses voisins. Plusieurs princes mazoviens parvinrent à dompter et à assujettir

momentanément les Prussiens, et même à obte- | tour de l'héritier de la couronne, Kasimir Ier le

nir d'eux un Pbut en enfants ; mais, dès que la force: revens. & ceux-ci, ils se révoltaient contre leurs maîtres. Cet état de guerre continuelle décida, en 997, Boleslas le Grand, roi de Pologne, à convertir ce peuple à la religton Chrétienne. Dans ce but, il invita Adalbert, évêque de Prague, à venir dans le pays prussien pour y prêcher la foi; mais l’apôtre fut tué par les Prussiens le 25 avril 997, et son corps futenterré à Gnèzne. Boleslus le Grand, inquiété à l’est par les ducs russiens, et à l’occident, sur différents points, par les Margraves, remit à d’autres temps les affaires prussiennes ; et les Prussiens, ne sentant plus l'autorité qui les contenait, ravagérent Île pays, emmenèrent les enfants et le bétail, et les vendirent aux marchands qui venaient par la Baltique. Ces désastres forcèrent le roi à châtier le brigandage des Prussiens. Il entreprit contre ces paiens une expédition en 1014; la victoire suivit ses pas : il conquit leurs trois plus fortes villes de ce temps, Radzyn, Bälga et Romnowe. La terreur saisit les Prussiens: les unss’enfuirent dans des bois et des marais inabordables; les autres se mirent à genoux devant le vainqueur, lui demandant grâce, et promettant d'embrasser sa foi et de lui payer un tribut. Boleslas,en signe de domination dans ces contrées, fit enfoncer dans la rivière de l'Ossa,aux environsdes villes actuelles Radzyna (Rehden) et Leszno (Lissa),des colonnes en fer et y fit graver ces mots : Iciest la Pologne (Hic est Polonia). Les Prussiens ne tinrent pas leur promesse dans la suite; les colonnes de Ia domination polonaise furent renversées plus tard par les chevaliers teutoniques pour détruire les souvenirs de la suprématie de la Pologne; mais le souvenir en survécut jusqu'au temps où la Prusse, fatiguée de l'oppression monacale, invoqua la protection de la Pologne,comme on le verra plus bas. Les désordres qui affligèrent la Pologne après Ja mort de Boleslas le Grand et Mieczyslas il, surnommé, à juste titre, le Fainéant, enhardirent les Prussiens à faire de nouvelles incursions en Pologne. Dans la partie nord-est, au delà de la Wistule, un lieutenant du roi Mieczyslas, nommé Maslaw, se fit de nombreux partisans, et établit sa puissance en transformant cette contrée en une province distincte de la

Pologne, sous lé nom de Mazovie. Les Prussiens, d'abord combattus par lui, lors des désordres qui suivirent en Pologne la mort de Mieczyslas IX, devinrent ses intimes alliés au re-

Restaurateur. La campagne à peine ouverte, Maslaw éprouva la perversité de ses alliés : il

| perdit la bataille ; les Prussiens, craignant pour

leurs biens, se suisirent de l’usurpateur et Île

pendirent, en écrivant au-dessus du gibet ces

mots : Tu as voulu l’elever trop haut, et bien haut

Liu es pendu (1047). Cette trahison les préserva | de la juste punition qu’ils méritaient pour leur | brigandage. L'obéissance, les tributs, la conver- | sion furent promis au roi et tenus jusqu'à sa

mort. Mais son successeur, Boleslas Il le Hardi, fut forcé de sévir encore contre ce peuple. Boleslas, à peine arrivé dans leur pays, fut obligé de lever le siége de la ville de Grodek (Graudentz), et de se porter d’un autre côté pour combattre les Bohémiens et les Moraves. Cette retraite subite enhardit les Prussiens : ils s’élancèrent sur la Pologne, et la ravagèrent ; mais le retour inespéré de Boleslas les refoula dans leurs bois et marais, où, poursuivis vigoureusement, ils se trouvèrent dans la nécessité de feindre pour la troisième fois la fidélité au roi des Polonais.

Les successeurs de Boleslas furent placés dans la même nécessité que leurs prédécesseurs : Wladislas-Herman, Boleslas If, dit Bouche-de-Travers, Boleslas le Frisé, Kasimir IL le Juste, Leszek le Blanc firent des expéditions en Prusse, la combattaient et l’assujettissaient toujours. Le partage de la Pologne entre les enfants de Boleslas ILE, en affaiblissant ses moyens, enhardit ses ennemis. La Mazovie, voisine de Ja Prusse, échut en partage à Konrad à l'époque du règne de Leszek le Blanc, son frère. Ce prince injuste et emporté avait peu de souci des malheurs du pays.

Vers ce temps, au commencement du xrn® siècle, les chevaliers croisés, chassés de la Palestine, se vouèrent à l’extirpation du paganisme en Europe. Dans ce but, on les expédia dans les pays entre les bouches de la Wistule et le golfe de Finlande. Les nombreuses peuplades qui habitaient les bords de la mer Baltique étaient de la même race que les Prussiens, et reculaient en différents sens devant les Teutons qui envahissaient le littoral. Des réfugiés du nord-est, arrivés en Prusse, unirent leurs forces pour dévaster la Mazovie. Le prince de ce pays, Konrad, s’obligea envers les Prussiens, pour obtenir leur

amitié, à payer le tribut, Un ‘jour, ne) pouvant décider ses sujets à lui fournir de bon gré les différents effets que lui demandaient les païens, il invita ses vassaux à un festin, et, à la fin du repas, il commanda à ses soidats de dépouiller les convives de leurs habits et bijoux, et envoya ces hardes aux Prussiens comme tribut demandé. Il se fit brigand de son peuple. Mais comme les Prussiens ne cessaient, malgré les tributs payés, d’envahir la Mazovie, d'emmener les enfants et les femmes, de décimer la race mâle et de brüler le pays, Konrad se décida à faire la guërre, et appela à son secours les chevaliers Porte-Glaives. Vingt-cing de ces chevaliers arrivèrent en Pologne pour exterminer [a nation prussienne, et s’établirent à Dobrzyn sous le nom de frères de la milice du Christ; maisils furent bientôt exterminés eux-mêmes. Aiors Konrad, incapable de forcer les Prussiens à respecter ses frontières, engagea, en 1225, les croisés de Jérusalem établis en Allemagne à venir à son secours, et leur donna des terres aux environs de Chelmno (Culm), sur la frontière de la Prusse. Les croisés, de leur côté, s’engageaient à combättre les Prussiens, afin de conquérir leur pays et de rendre la moitié de la conquête au duc de Mazovie; en cas d’infraction à telle clause de l'engagement que ce soit, les croisés se réservaient tout le droit à la possession de toute la terre conquise. Une foule de guerriers arrivèrent d'Allemagne, se dispersèrent dans la Prusse et commencèrent à y fonder leur domination. Pour la Pologne, ses rela-

tions avec les Prussiens finissent, et les guerres

avec les croisés commencent : c’est une nouvelle époque dans l'histoire de Pologne; les combats continuent, mais l'ennemi change.

Par leur esprit altier, par le déchaînement de leurs passions, les croisés se firent bientôt détester par les Polonais. Ils vivaient dans le célibat, mais ils n’en étaient pas moins corrompus, et ils eurent une funeste influence sur les mœurs du peuple. Ils ne considéraient et ne cherchaient que leur profit; en un mot, l’avarice et la luxure furent leurs principaux caractères ; l’astuce et la force furentleursuniques moyens. La Terre-Sainte renvoya ces démons en Europe pour la punir des vices que cette dernière voulait implanter dans son sein, tourmenté depuis tant de siècles par tous les barbares du monde connu, par les païens et les chrétiens.

L'entrée des croisés sur la terre prussienne, comme on l'a vu, fut marquée par une défaite

complète, Mais les renforts qui leur arrivèrent de la Pologne et de l’Allemagrie remirent bientôt leurs forces, et leur permirent de tenter de nouvelles expéditions. Ils se fortifièrent d’abord à Culm, où commandait Konrad de Landsberg, fameux par son bras vigoureux et son œil vigilant ; ils poussèrent même jusqu’à Thorn, et élevèrent en face de cette ville un petit fort, qu'ils appelèrent Dembowa. Les Prussiens,deleur côté, se retranchèrent dans une position derrière la ville, et nommèrent ce lieu Rogow. Les forces

des deux côtés étaient au grand complet; en 1229

un engagement décisif tourna au profit des eroisés et des Polonais : les Prussiens se retirèrent successivement deThorn, de Marienwerder, d'Elbing ; Pipin, leur chef, pris par les croisés, fut attaché à un arbre et éventré vif. On fit mourir en sa présence plusieurs centaines de ses compagnons d'armes : le feu dévorait les victimes que le glaive abattait, le sang étouffait la flamme. Les croisés cette fois prirent leur revanche pour les supplices que les Prussiens avaient fait subir à leurs frères. L'épouvante saisit tout le pays; on s’enfuyait dans le fond des bois, des marécages : les croisés marchèrent en vainqueurs sans trouver de résistance; ils arrivèrent jusqu'au Niémen, où un nouvel ennemi les attendait.

Mais tandis qu'ils s’avançaient dans l'est, et le subjuguaient au nom du Christ, du pape et du grand-maître de l’ordre, tandis qu'une foule de marchands allaient s’y établir, et exploiter cette terre vierge, et queles prêtres couraient prêcher la foi aux gentils, ceux-ci dirigèrent leur force vers le midi, au nord de Ia Mazovie, et la ravagèrent encore. Aux cris de détresse des Mazoviens, il fallut rebrousser chemin, poursuivre l'ennemi; mais celui-ci, averti à temps, se dirigea vers le nord-est, et s’approcha de la Poméranie, où régnait l'usurpateurSwientopelk, assassin de Leszek le Blanc. Dans ces marches et contremarches continuelles, la victoire passait rapidement d’un camp à l’autre, et les combattants, fatigués de ces alternatives, demandèrent une trève. En 1259 la guerre recommença ses ravages. Swientopelk, maître de la Poméranie, envahit la Pologne, et s'empara de Bydgoszez (Bromberg) à l’aide des Prussiens. Konrad courat sur lui, ravagea son propre pays, chassa l'ennemi, qu'il ne voulait pas détruire pour pouvoir le lancer ensuite en cas de besoin contre ses parents qui lui faisaient ombrage. Plus à l’est, les croisés de Prusse s'allièrent en 1937 avec

led!" chevaliers Porte-Glaives qui guerroyaient en Livonie, et jurèrent réciproquement d’extirper la race paienne. En 1240, les Prussiens firent un accord avec Swientopelk dans le but de détruire l'Ordre. Ce but était bien précisé de part et d'autre; le combat dura douze ans. La religion fut reniée, les colons allemands et polonais égorgés par les Prussiens; le feu et les ravages des campagnes suivirent les croisés.

Leur établissement définitif fut retardé, mais non empêché à jamais. Pendant ce temps, au plus chaud de là guerre, un légat du pape arriva en Prusse, pour partager le pays en quatre diocèses : Warmie, Sambie, Pomeranie et Culm.

En 1246, un noble polonais apporta à l'Ordre des secours plus efficaces que la bénédiction du pape : le riche et brave Widga de Czorsztyn envoya en Prusse de nombreux chariots de provisions de bouche. Widga arriva avec un nombreux cortége, et ranima le courage des chrétiens. Vers ce même temps; Konrad, due de Mazovie, engagea plusieurs milliers de Prussiens et des Jadzwingues à son service, et combattit avec leur secours Boleslas le Chaste, prince souverain de toute la Pologne ; il tenta de lui arracher le sceptre, lui qui ne savait ni dignement gouverner, ni défendre la principauté qu'il avait reçueen partage.Tous les princes en Europe étaient alors dévorés de la même passion : partout l'envie promenait la dévastation: Konrad, forcé de faire retraite, ramena avec lui les Prussiens en Mazovie; mais ne les payant point, ils mirent son pays à con- tribution ; ces contributions furent si onéreuses que les habitants se levèrent en masse et détruisirent, près de Ciéchanowiec, le corps auxiliaire, 900 Prussiens furent tués, 200 furent faits prisonniers et réduits à l'esclavage, le reste s’enfuit en Prusse.

Les croisés, en guerre continuelle avec Swientopelk, demandèrent du secours aux puissances chrétiennes. En 1255, Ottokar IL, roi de Bohême, accompagné des margraves de Brandebourg et de Moravie, et de l’évêque d'Olmutz, arriva en Prusse avee des renforts considérables en hommes, laissant les frais d'entretien à la charge des Prussiens. Cette expédition mit fin à l'opposition prussienne, décida les régnicoles à embrasser la foi chrétienne, et força Swientopelk à abandonner ses alliés. La guerre finie, on construisit plusieurs villes et forteresses en l'honneur des illustres auxiliaires : Brunsberg, en mémoire

tandis que son maître décapitait les gentils; Brandebourg, pour perpétuer la mémoire du

| margrave Otton, qui assistait le roi de Bohême.

Ilne se doutait pas que, dans ces mêmes contrées, un de ses descendants, cinq siècles plus tard, s'érigerait de sa propre volonté, et malgré la volonté des autres, roi de la Prusse.

Les paiens ébranlèrent encore'une fois, mais momentanément, la puissance des croisés.En1261, Mindowe ou Mendog, tour à tour prince et roi de Litvanie, païen et chrétien, chrétien et païen, fatigué de l'autorité que les croisés exerçaient dans son pays, renia le christianisme, excita à la guerre les Prussiens, les Lettons et les Litvaniens, et se proclama roi de Litvanie et de Prusse. Entre 1263 et 1266, on défit les Jadzwingues, alliés de Mendog; lui-même mourut subitement vers le même temps; les croisés attaquèrent avec des forces nouvelles : il fallut courber la tête. Ici finit pour l'histoire la nation prussienne; elle ne vit plus que de nom : les maîtres du pays, les Teutons, les croisés, prennent leur place. La race primitive est extirpée; ce qui en survit n’est qu'un résidu; la sève fut consommée ; la foi chrétienne absorba leur nationalité; les colons allemands dans les villes ont étoufté les campagnards timorés et peu nombreux; le pays s’est repeuplé, mais plus par les Teutons que par les Prussiens.

Les chevaliers Teutons, à peine établis dans la Prusse, envahirent la Samogitie sur les Litvaniens et formèrent des liaisons avec les chevaliers Porte-Glaives de la Livonie, qui se proclamèrent leurs vassaux. Cette possession immédiate de la partie sud-est de la Baltique constitua l’'Ordre;,et l’enhardit à former le projet de détruire la Pologne et.la Litvanie. La Mazovie et la Poméranie furent dans ces temps l'objet de leur convoitise. En 1295, ils dévastèrent en partie la première de ces provinces. La Pologne, partagée entre des princes rivaux, ne put tirer vengeance de cette insulte. En 1507, le gouverneur de la Poméranie de Dantzig, Szwenca, se déclara en pleine révolte contre ses maitres polonais, Les margravés dé Brandebourg, qui avaient profité des désordres de la Pologne, s'introduisent illicitement dans la possession de la Marche brandebourgeoise, appelée de nos jours le Brandebourg, favorisent la révolte et envoient des remforis en hommes et en armes. On cerna le château de Dantzig, où se

de Bruns, évêque de Prague, qui convertissait rélugia, fidèle à ses devoirs, le staroste Bogusz,

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