TOME II
La ville, envahie par les Brandebourgeoïis, menaçait le château et le sommait de se rendre. Le roi Wladislas Lokiétek, à peine revenu de son long exil, ne put secourir les assiégés ; le fidèle et brave Bogusz conseilla au roi de requérir l’appui des chevaliers qui, redevables à la Pologne de la moitié de la Prusse qu'ils retenaient en entier dans leurs mains, devaient au moins reconnaître l'hospitalité polonaise par la délivrance de la Poméranie. L'Ordre consentit de répondre à la réquisition, mais dans un but hostile à la Pologne. D'abord on stipula que tous les frais de la guerre seraient payés d’avance, et ce n’est qu'après avoir satisfait à cette obligation que les Polonais, cernés dans le château, virent s'approcher les chevaliers Teutons. Une vigoureuse sortie de la garnison polonaise força les margraves à quitter la ville ; onintroduisit alors les guerriers de l'Ordre dans le château, dont une moitié était à leur garde et l’autre occupée par les Polonais ; mais, dès que le danger fut passé, on vit arriver en foule les chevaliers, qui s'emparèrent du château, insultèrent la garnison polonaise, et, enhardis par leur nombre, firent prisonnier le gouverneur de la forteresse. Bogusz fut emprisonné, et les chevaliers expédièrent au roi, à Krakovie, un message où ils protestèrent de leur fidélité, et déclarèrent qu'ils délivreraient le gouverneur et remettraient le château, au moment où la somme qu'ils prétendaient leur être due aurait été payée. Mais Wladislas Lokiétek ne se laissa pas fasciner par ces paroles : il sàvait bien que ce n’était qu'un subterfuge pour gagner du temps, afin de s'emparer de toute la province avec le nom du roi. Il ne pensa pas que la somme demandée les disposerait à quitter le pays. Il se souvenait que le duc de Mazovie, Leszek, étant prisonnier de guerre chez le roi de Bohême, leur engageait une partie de son domaine, la terre de Michalow sur la Drwença, et qu'il ne pouvait la retirer de leurs mains, malgré l'offre d’un remboursement, à gros intérêts, du capital prêté. Pourtant on entra en négocia- M ie ee, se désister de Ja ville de Dantzig, et même qu'ils projetaient de ed den commodements, “s Hu an D 3 | mieux attaquer les garnisons polonaises dans les villes Forte ane
résistance des assiégés ‘fut inutile; en vain on envoya des renforts : la mauvaise foi, les promesses fallacieuses, la promptitude dans l’exécution des projets conçus, déjouèrent la valeur. En 1319, la Poméranie dantzikoise, appartenant aux rois de Pologne, fut incorporée à la Prusse.
Wladislas Lokiétek, en guerre avec Henri de Glogau, son compétiteur à la couronne de Pologne, ne pouvait punir l’insolence de l'Ordre, qui lui proposa, en 4311, dans la conférence de Brzest en Kuïavie, d'acheter la Poméranie avec de l'argent, et l'établissement d’un cloître avec quarante moines, et la reddition du fort Nieszawa avec les bourgades d'Orlow et Murzynow. Les chevaliers, voyant qu'ils ne pouvaient réussir auprès du roi, s'adressèrent au margrave de Brandebourg pour l'achat de la Poméranie : ils lui envoyèrent une somme d'argent : le margraye accède à la proposition, vend le pays qui n’était pas à lui. Si le forfait des chevaliers semble révoltant, que dire de ces margraves qui légalisaient leur brigandage? Et pourtant, le roi de Prusse, le roi philosophe, Frédéric IE, s'appuya de cette vente, pour prouver aux yeux du monde, en 4775, que la Prusse polonaise appartenait depuis ces temps reculés à la maison de Brandebourg ! Les chevaliers, se méfiant de leurs droits, suscitèrent des ennemis au roi de Pologne, intriguèrent contre lui auprès du pape Jean XXIL, pour qu'il lui refusât le titre de roi, et auprès de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, en l’excitant à faire valoir ses droits à la couronne. Le pape envoya les ordres de restitu-
tion aux chevaliers ; mais ils rirent des préten-
tions du chef de l'Eglise et de ses bulles d'excommunication. La guerre recommença en Brandebourg, en Prusse et en Mazovie.
Tandis que Wladislas Lokiétek réparait ses forces ébranlées, les Teutons ravageaient la Grande-Pologne, où ils furent conduits par Vincent de Szamotuly, palatin disgracié de ce pays. Vincent de Szamotuly, voyant tant de malheurs, promit de trahir les Teutons Comme il avait trahi sa patrie.
Le 27 septembre 1331, le roi des Polonais remporta une victoire sur les Teutons à Plowcé, et, malgré cette victoire, le roine tenta pas de poursuivre l'ennemi qui, l’année suivante, recommença les hostilités. Le roi Wladislas était déjà vieux, et les longues souffrances avaient af-
faibli son esprit ; il crut à la parole des Teutons et se dirigea en Silésie pour tirer vengeance des dévastations que les Silésiens avaient commises. En agissant ainsi, il satisfaisait une vengeance inutile et laissait reprendre haleine à ceux qu'il pouvait détruire avec profit. Les forces lui manquèrent enfin ; après tant de désastres et de victoires, le roi Wladislas Lokiétek (le Bref) mourut, en adressant à son fils Kasimir le Grand ces paroles : « Garde-toi de rien céder aux che- » valiers Teutons et aux margraves de Brande- » bourg... Plus heureux que ton père, chasse- » les d’un royaume où la pitié leur avait ouvert » un asile... Rappelle-toi qu'ils se sont souillés » de la plus noire ingratitude. »
Le vieillard mourut, et Kasimir, soigneux de conserver ce qu'il possédait et de faire fleurir la prospérité de son pays par l’industrie et le commerce, oublia les avertissements de son père,oublia l'avenir du royaume dont la garde lui était confiée; 1l conclut, en 1334, une trève avec l'Ordre teutonique, et,en 1335, lui céda ses droits sur le pays occupé, en stipulant le retour de la Kuïavie, que les chevaliers, malgré les termes
précis du traité, surent retenir jusqu'à 1343.
Le pape Benoît XII, voyant que, par l’aliénation d’une province de la Pologne, le revenu du denier de saint Pierre perçu dans tout le royaume allait diminuer sensiblement, protesta contre le traité, et ordonna aux chevaliers de se désister de leurs prétentions : mais si le pape avait à cœur le denier de saint Pierre, l'Ordre n’en pensait pas moins à ses bénéfices, et la bulle resta sans résultat. Les nobles Polonais protestèrent contre la cession de la Poméranie et des droits sur la Prusse ; ce traité resta donc illégal et sans valeur, car le roi n'avait le droit d’aliéner les provinces du royaume qu'avec le consentement des grands et de la noblesse. Si Kasimir était assez fort pour faire respecter sa volonté, la nation n'en était pas moins libre de garder les souvenirs de ses droits imprescritibles. La Pologne commença à renaître, et les Teutons dirigèrent leurs excursions sur le territoire de Ja Litvanie. Les habitants de ce pays les combattaient sans cesse, mais sans aucun résultat ; car les dissensions intérieures de leurs princes fournissaient des alliés aux Teutons dans ces mêmes princes, dont quelques-uns cherchaient un refuge en Prusse, comme par exemple Witold en 4382. Kieystut, père de Witold, fit sentir
plusieurs fois aux croisés la pesanteur de son bras, et la bataille de Rudawa (17 février 1570), dont les résultats ne penchèrentréellement d'aucun côté, causa cependant des pertes douloureuses à l'Ordre. Les chevaliers, de leur côté, s'avançaient souvent jusqu'à Wilna, dévastaient le pays, emmenaient le peuple et pillaient les trésors. Ils regardaient la Samogitie comme leur propriété : sujet de guerres continuelles, mais nécessaire à l'Ordre pour ses communications avec la Livonie. L'Allemagne alimentait les rangs des chevaliers’ ses enfants accouraient en Prusse pour combattre les ennemis de la foi, qui ne haïssaient pas tant la religion chrétienne que ses cruels propagateurs.
La trève dont jouit la Pologne sous le règne de Kasimir le Grand, qui vécut en bonne intelligence avec les chevaliers, et qui visita même par curiosité leur capitale Malborg (Marienbourg) en 1569, se prolongea sous le règne de son successeur Louis d'Anjou, roi de Hongrie et de Pologne. Mais la fille de celui-ci, la belle et bienfaisante Hedwige, héritant en 1585 du trône de Pologne, contracta un mariage avec Jagellon, prince païen de la Litvanie,qui, en vertu de la condition de ce mariage, se convertit à la religion chrétienne avec sa famille et sa nation. La Litvanie devint dès lors chrétienne, et joignit ses forces à celles de la Pologne pour combattre Îes chevaliers Teutons; et par suite de cette conversion, ces derniers durent renoncer à leur esprit de conquête. | ,
Un acte de mariage fit donc plus que ne firent toutes les cruautés exercées en Litvanie par les Teutons. Cette union de forces convenait si peu à l'Ordre que Conrad Zolner, son grand-maitre, missionnaire chrétien, refusa de tenir sur les fonts de baptême Jagellon, qui prit depuis ce temps le nom de Wladislas. En 1586, le grand-maître s’aventura dans la Litvanie pour exciter et soutenir dans la révolte André Wigund, prince de Trubeck, frère de Jagellon. On voulut arracher la Litvanie à ce dernier pour en faire un Etat à part, et rompre ainsi à jamais les liens qui commençaient à l’unir à la Pologne. Les volontaires polonais coururent en Litvanie, et réunis aux régnicoles sous le commandement de Skirgello et de Witold, cousin de Jagellon, parvinrent à chasser les chevaliers et à vaincre les princes vassaux rebelles. Mais, en 1392, Witold, offensé que Jagellon confiât le gouvernement de la Litva-
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nie non pas à lui, mais à son frère Skirgello, se rendit chez les Teutons et dévasta avec eux son propre pays. Mais bientôt, convaincu de la mauvaise foi de l'Ordre, il le quitta, obtint le duché de la part de Jagellon, et, d'accord avec lui, chassa ses alliés de son pays. Jagellon, après cette guerre, revint en Pologne, travailla à extirper les abus qui s'étaient introduits sous le règne du nonchalant Louis, et demanda à Ladislas, due d'Opole, la restitution après sa mort de la terre de Dobrzyn et de Wielun, qu’il tenait en vasselage. Wladislas chercha un subterfuge-et engagea la terre de Dobrzyn à l'Ordre, qui ne demandait pas mieux que d’avoir un prétexte pour la guerre. Ce fut la vertueuse Hedwige qui empêcha la collision ; elle conseilla au roi une transaction, et elle dit aux envoyés des chevaliers : « Vous » êtes si avares, que vous trahissez non-seule- » ment votre roi, mais votre Dieu, pour assouvir » votre avarice, Vous jurâtes de garder foi et » obéissance aux rois de Pologne, comme à vos » seigneurs et bienfaiteurs, qui vous défendaient » souvent contre les païens, et vous avez trahi » votre parole; vous vous dites chrétiens, et vous gaspillez le bien du pauvre comme des » brigands. Allez, dit-elle en finissant, moi je » puis décider le roi à abandonner la guerre, car » je ne veux pas que le sang chrétien soit ré- » pandu par les chrétiens; mais vous verrez, » après ma mort, une juste punition suivre vos » procédés indignes. » Et les paroles de cette sainte femme s’accomplirent.
En 1402, la guerre recommença : Skirgello, dépossédé du grand-duché en faveur de Witold, excitales chevaliers, comme l'avait fait dix ans auparavant le même Witold, froissé dans son ambition. Cette guerre finit en 1404 par un traité où la restitution de la terre de Dobrzyn à la Pologne fut stipulée moyennant 50,000 florins. La Samogitie resta en possession de l'Ordre. Le roi convoqua la diète (novembre 1404), et l’impôt demandé pour le rachat de la terre de Dobrzyn fut accordé; mais les Teutons retardaient la restitution et inquiétaient la Litvanie. En 1408, Wladislas-Jagellon envoya de Pologne en Litvanie un grand renfort en blé, car la disette y décimait le peuple. Les chevaliers s'emparèrent du transport et tuèrent les conducteurs à Ragneta, ville frontière, Witold, pour venger ce brigandage, occupa la Samogitie. Les chevaliers, sans répondre au sujet du blé confisqué, firent demander au roi de Pologne s’il voulait abardonner
Witold à son sort, où bien faire la guerre pour lui. Jagellon ne pouvait délaisser son frère, et en. même temps ne voulait pas déclarer la guerre; il envoya donc à l'Ordre l'archevêque de Gnèzne, Nicolas Kurowski, comme médiateur. Le grandmaître de l'Ordre, Ulric de Jungingen, reçut le messager avec arrogance, et le menaça de la guerre. Kurowski, piqué au vif par ses paroles, lui riposta avec courage : « Contenez-vous, lui » dit-il, et ne pensez pas qu'on puisse effrayer » les Polonais avec la guerre ; sachez qu’en éten- » dant votre glaive sur la Litvanie, vous verrez » nos sabres dans votre propre pays. — Je suis » très-satisfait de l’'apprendre, dit le moine fou- » gueux; vous me le dites de la part du roi.
» J'aime mieux la tête que les pieds ; je préfère la » terre fertile de la Pologne aux landes de la Lit- > vanie; j'aime mieux un paysriche que les repaires » de la misère, » Et l’action suivit ses paroles : il envoya ses troupes pour dévaster la Pologne ; Dobrzyn, Rypin, Lipniki, Bobrowniki, Zlotorya devinrent sa proie. Ce n'est qu'à Bromberg qu'il trouva de la résistance, et l'hiver le força de demander une trève, quoique les Polonais n’eussent pas encore bougé de leurs quartiers. Pourtant Jagellon, malgré les bons offices du roi de Bohême, qui ne demandait, pour faciliter la conclusion de la paix, que la reddition entre ses mains de la terre de Dobrzyn, préparait ses moyens, conférait avec Witold dans la forêt de Bialowiéz, oùl'on faisaitune grande chasse pour approvision-
ner en gibier l'office du roi, qui devaitentrer en
campagne. Sigismond, roi de Hongrie, s’efforçait de détacher Witold de la cause de Jagellon, en lui faisant entrevoir la couronne royale de Litvanie. Cette fois Witold resta sourd aux insinuations de l'étranger. Enfin les armées belligérantes se rencontrèrent entre Tanenberg et Grunewald (juillet 4410), et les Teutons furent écrasés.
La paix de Thorn en 1411 mit trève à la guerre; mais en 1414 il fallut la recommencer. Les chevaliers , forcés à la paix, ne cessèrent d'appuyer les prétentions de Swidrygello en Litvanie, et l’excitaient à la révolte contre le roi de Pologne ; mais leur puissance faiblissait de jour en jour : leur mission avait fini par l'introduction du christianisme en Litvanie par les Polonais, et la bataille de Grunewald épuisa leurs ressources pour longtemps. L'intrigue seule resta comme moyen agressif et défensif. En 1422, ils font un traité à Mielno avec la Litvanie. En 1451, pour appuyer les manœuvres de Swidrygello, ils dé-
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vastent la Kuïavie ; mais voyant la défaite de ce prince, ils s'empressent de conclure la paix avec là Pologne, en 1456, à Brzest en Kuïavie. Depuis cette époque l'Ordre tombe en décadence : ilne reçoit plus de renforts en hommes de l'Allemagne, car il n’a plus de pays à conquérir; la fainéantise s’acclimate dans son sein, jadis si actif ; les abus des grands-maîtres envers leurs subalternes, les exactions. et les violences de ceux-ci exercées sur leurs inférieurs et contre les habitants des villes, amènent, nous ne dirons pas la fin de l'Ordre en Prusse, car la somnolence du roi Kasimir IV y mit obstacle, mais son affaiblissement et son vasselage envers la couronne de Pologne. Reprenons le fil de l'histoire; voyons grossir les mécontentements, et racontons l’organisation et l’action d’une société sortie du sein de l'Ordre, et qui décida son aflaiblissement et sa destruction.
On connait les sociétés, les confréries qui se formaient dans ces temps en Allemagne, sous des titres divers, ayant pour but la défense de l'honneur et des mœurs. En 4397, le 21 septembre, quatre puissants chevaliers de l'Ordre teutonique, possesseurs de biens dans le voisinage de la ville de Radzyn (Reden), formèrent la Société des
Lézards : ce furent deux frères, Nicolas et Jean de Rymk,et Frédéric et Nicolas de Kitnow, frères aussi, Leur profession de foi ne contient rien d’ostensiblement hostile à l'Ordre : ils se promettent appui et fraternité dans tous les cas, l'assurance des possessions et des secours mutuels, la défense de la vie et le sceau du secret, enfin la solution, par voie d’accommodement dans le sein de la Société, des différends qui pourraient surgir entre les associés. Voilà le but patent; le reste est demeuré secret, D'abord on n’acceptait de nouveaux membres que de ceux de l'Ordre; plus tard les notables de villes, les maires, furent accueillis; mais l'unanimité était nécessaire pour l'admission. Les grands-maîtres connaissaient l’existence de la confrérie, autorisaient ses pratiques, et même accordaient des subsides. Une affaire d'argent, dans la pénurie où se trouvait l'Ordre, occasionna en 4411 les premières collisions entre le grand-maître et la confrérie. Un membre de la Société voulut remplacer le grand-maître, etmêmel'empoisonner, s’ille fallait, pour y réussir : le complot découvert, onsaisit les coupables, on leur trancha la tête ; quelquesuns s'enfuirent auprès du roi de Pologne, et en furent bien accueillis. Depuis ce temps (1412),
la confrérie s’efface dans l’histoire du pays, mais son activité ténébreuse perce à travers les nuages qui l’enveloppent. Les terres de Radzyn, de Chelmno (Culm) et de Torun (Thorn), pépinières de la confrérie, donnent en 1435 le premier signal des hostilités contre l'Ordre teutonique, et concourent à la formation de la ligue prussienne en 4459-1440, pour s'opposer aux excès des chevaliers. Jean Czegemberski, chef de la force armée de la terre de Culm, moteur de la:ligue, parla ainsi, comme orateur de la confrérie de l'Ordre, au grand-maitre : « Les districts et les » villes liguées ont décidé de chercher, par la fon- » dation de la ligue, à garantir leurs franchises, » leurs droits et leurs biens. » Ce même Czegemberski apparaît, en 1451, sur la liste de la confrérie. La ligue et la confrérie agissaient séparément, mais leurs buts les rapprochaïent : ils avaient en vue l'amélioration de l’état du pays par une réforme salutaire. La confrérie avait quelque espérance que la réforme nécessaire pouvait s’opérer par l'Ordre lui-même ; la ligue en doutait: voilà la différence qui paralysa leurs efforts jusqu’en 41448. En 1450, Jost Weningen arriva d'Allemagne pour l'élection du grand-maitre, et dit aux anciens de l'Ordre : « C’est par le glaive, et non » par la négociation, que vous serez forcés d'ame- »ner à l’obéissance les révoltés. Toute l’Allema- » gne vous soutiendra, le pape vous prêtera son » appui, Quant à moi, je saurai défendre digne- » ment l'honneur et les droits de l'Ordre auprès » du pape et de l’empereur. Mais vous, grand- » maître, sachez gouverner le pays sans indulgence » coupable. » Cette menace ne servit qu'à consolider la ligue et à la rapprocher de la confrérie. En 1451, le pape envoya un légat pour apaiser la révolte. Les bourgeois et la noblesse ne voulurent pas même l'écouter ; on lui dit: «Le légat est » l'évêque de Silves (en Portugal), où les raisins net les figues poussent abondamment ; il y a là » des hommes qui fêtent trois jours différents dans » la semaine, c’est-à-dire il y a des chrétiens, des » Juifs et des païens (ils parlaient probablement » des Maures) : pourquoi ne s’occupe-t-il pas de »leur conversion ? Il n’est pas nécessaire ici : » nous sommes tous de bons chrétiens. » Ces paroles moqueuses et insolentes à la fois nous montrent que la ligue possédait des gens d'un sens exquis, et que sa force pouvait braver la puissance papale. Pourtant on négocia encore avec le grand-maître; on le suppliait d’avoir égard à la misère du pays, aux sacrifices qu’on avait faits autre-
fois pour l'Ordre. L'autorité, comme toujours et partout ailleurs, répondit par des menaces et par des punitions. Alors (en 1452) la Société des Lézards se décida à envoyer des missionnaires au roi de Pologne pour invoquer sa protection. Le roi la promit, et la confrérie commença à parler haut dans la ville de Thorn. « Ils ne veulent plus, » dit un komtur (officier de l'Ordre) dans son rap- » port au grand-maître, ils ne veulent plus s’ap- » peler les alliés de notre Ordre; ils s'appellent » maitres de Thorn. Georges Berge joue un grani »rôle dans cette ville, fait atteler des chevaux »à son carrosse comme un souverain, porte des » plumes d'autruche, des bottes blanches, des vêé- »tements de pourpre avec hermine. Dieu veuille »que son ambition ne dure pas longtemps!
» M. Tylleman Wege, son conseiller, a donné des » ordres pour que personne ne hante ceux qui sont » sortis de la ligue; qu'on les regarde tous comme »des parjures; qu'on ne reçoive même leurs » gens au service des particuliers, et qu'on mé- » connaisse leurs armes et leurs lettres. » Pour obvier à tous les obstacles, la ligue envoya ses députés à l'empereur pour lui représenter ses doléances sur l’état du pays; de l’autre côté, la confrérie sondait la Pologne pour savoir si elle pouvait, en cas de danger, compter sur lassistance des Poionais. À Krakovie, on leur fit les plus belles promesses ; à Vienne, on les congédia jusqu'à l'année suivante ; mais on les accueillit avec une attention remarquable , et même avec une préférence marquée, sur les envoyés de l'Ordre. En 1453, on négocia avec le grand-maître, mais vainement. En août même année, on établit un conseil de direction; ce conseil n’était composé que de membres de la confrérie : la ligue n’entrait dans l’action que par consultation. On commença à s'armer des deux côtés : la confrérie engageait des hommes ; l'Ordre approvisionnait et fortifiait les places. A la fin de 4455, Jean Bayzen, chef de la confrérie, ancien confident du grand-maiître, arriva à Krakovie et demanda au roi de prendre la Prusse sous sa protection. Un conseil fut tenu chez le roi; la noblesse, le clergé, l'université, opinèrent pour que la Prusse fût prise sous la protection royale, et Jean Bayzen repartit avec le consentement du roi, donné pourtant non sans quelque répugnance, parce que l'Ordre teutonique, deson côté, offrait au roi Kasimir IV degrands avantages, et l'empereur, qui donnait sa fille en mariage au roi, était opposé à l'union de Ja Prusse
avec la Pologne. Malgré ces obstacles, il fallut accepter, car la nation désirait ressaisir son patrimoine, et les prières de la bourgeoisie prussienne étaient pressantes : la ligue, en cas de refus, voulait s'offrir aux rois de Hongrie et de Bohême ; une autre partie inclinait en faveur du roi de Danemark. Cette concurrence influa
beaucoup sur la décision du roi, et lui servit
d'excuse auprès de l'empereur.
« Sire, disait Bayzen, vous savez tout ce que nous avons eu à souffrir dans les années écoulées, nous et nos ancêtres, des odieux et révoltants procédés du grand-maître et de l'Ordre. Pourtant, nous croyons devoir énumérer quelques circonstances pour mieux démontrer la justice de nos plaintes. D'abord le grandmaitre avec son Ordre, inconstant el pervers, a envahi traitreusement et criminellement la Pomé-
ranie polonaise. Plus tard, méconnaissant le traité
concluavec le roi Kasimir, pour assouvir son avarice, ne rêvant que la conquête des terres de Pologne, il s'empara de la terre de Dobrzyn et de la Kuïavie. Mais vaincu par ton père (Wladislas Jagellon }), il quitta ce pays et ses villes dévastées à moitié. Ton père remit à l'Ordre ses terres et ses châteaux, et l’obligea dans le château de Nieszawa de lui payer 100 mille marcs d'argent (5 millions de francs). Bientôt l'Ordre mentit à sa parole, se souleva contre son souverain et fut de nouveau forcé de lui jurer fidélité. Depuis, l'Ordre 1rama des liaisons avec Boleslas Swidrygayllo, ennemi de l'État et de son père, et profitant de la guerre civile, il a dévasté la terre de Dobrzyn et la Kuïavie. Enlin, voyant ses possessions dévastées, il reconnut ta puissance, l'énormité de ses crimes et le pouvoir du Dieu punissant le parjure : mais ce quatrième traité aurait été sans doute violé par lui, si nous n'y avions mis obstacle.
» On voit encore des traces des pertes que nous essuyâmes pendant la guerre avec le royaume de Pologne; on peut compter les familles, les enfants, les amis qui perdirent dans ces calamités les plus chers objets de leur cœur. On se souvient encore des outrages qu'ont subis nos femmes et nos filles. Mais toutes ces pertes ne nous affligent pas autant que la mauvaise foi avec laquelle on foulait aux pieds les traités conclus sous la foi de la parole la plus sacrée, et les violences par lesquelles ou nous force à contribuer aux guerres que nous détestions dans le
fond de nos consciences, Nous, étions forcés d'exposer nos vies, et le grand-maître ne se souciait nullement de notre salut ni ne nous convoquait à son conseil : enfermés dans leurs châteaux, les chevaliers ne méditaient que notre perte. Parmi tant de malheurs, l'ennemi intérieur était pire que celui du dehors. Les commandants des châteaux, sans autre forme de procès, sans raison quelconque, uniquement pour assouvir leurs passions brutales, emmenaient nos femmes et nos filles dans leurs repaires, et nos plaintes furent suivies de la dévastation de nos biens. Opprimés que nous étions, nous avons formé une ligue, une alliance, pour notre propre défense. Les deux grands-maitres Paul et Konrad ont toléré, et même permis notre union, comme un moyen pour obtenir justice. Mais le grand-maitre actuel, Louis voulait la dissoudre : nous en appelâmes à l’empereur; mais justice nous a été refusée. Nous étions condamnés à nous dissoudre et à payer 600,000 florins ; cet arrêt nous rendit serfs de l'Ordre. Après la prise de cette décision, on nous menaça des vengeances; et même les procureurs du grand-maître ont condamné trois cents des nôtres à la peine de mort. Cette injuste décision de l’empereur nous força à prendre les armes: parce que ce n’est pas aux hommes, mais aux femmes de souflrir un pareil esclavage. La miséricorde de Dieu nous a secourus : dans une vingtaine de jours plus de vingt places fortes furent prises.Le nouveau et le vieux Thorn, Dantzig, Elbing, Grudziondz, Elzbung, Golub, Kowalé, Gniéw,Swiécé, Papow,Juchol, Holland, Koenigsberg, Radzyn, Nidburg, Brandeburg, Prusmork, Morak, Brodniça, Chelm, Dzialdow, Osteroda, Braciany sont dans nos mains. Sire, le monde le sait, et le grand-maître lui-même dit dans ses lettres que vous êtes son unique protecteur et défenseur légitime ; les terres de la Poméranie, de Culm et de Michalow furent jadis détachées de votre royaume : nous venons, Ô trèsgracieux roi, vous supplier de nous prendre à tout jamais pour vos fidèles et dévoués sujets. Ne nous repoussez pas, nous jadis arrachés à votre royaume et revenant aujourd'hui spontanément sous votre puissance. Nous venons nous soumettre à votre pouvoir ; nous implorons votre protection : nous vous livrons nos villes, nos terres, nos cités, nos châteaux et places fortes. Sire, il ne manque que votre acceptation pour nous mettre sous votre protection; écoutez nos prières, et les prières de ceux qui nous ont
envoyés à vous. Si vous nôus acceptez, nous vous appartiendrons; si vous nous repoussez, nous allons tomber devant nos ennemis. Vous ferez bientôt la conquête des châteaux qu'ils gardent; et vous régnerez depuis la mer de la Livonie jusqu’à la mer Occidentale (la Baltique). Ni l'alliance, ni le serment (dont nous-mêmes nous sommes liés), ne doit vous arrêter; le grandmaître le violait envers nous en massacrant les habitants de Tezewo; il le violait en s'associant avec vos ennemis en Litvanie. Les chevaliers n’ont pas eu honte d’empiéter sur vos terres; les papes, reconnaissant vos possessions, ordonnaient qu’elles furent rendues; ont-ils obéi aux commandements du pontife ?
» Peut-être jugerez-vous notre pays indigne d’appartenir à votre royaume. Vous avez des droits sur nos terres; le denier de saint Pierre y reste comme témoignage de votre pouvoir; ce denier, destiné en offrande aux saints apôtres, parle éloquemment en votre faveur. Sire, que nos larmes, que les larmes de ceux qui attendent votre décision touchent votre cœur, et raniment nos espérances. » |
À ces mots, les députés prussiens tombèrent à genoux en signe d’obéissance, et le roi prit leur pays sous sa protection.
Ainsi s'opéra l'union de la Prusse avec la Pologne; mais ce n'est qu'après quatorze ans de guerre, qu'une partie de cette Prusse entra dans la possession polonaise. L’indolence du roi, le manque des fonds, les intrigues des empereurs d'Allemagne, prolongèrent cet état si funeste aux habitants. Cette guerre finit par la paix de Thorn en 4466 (voyez vol. Il, pages 125—126), et la Pologne n’obtint que l’ancienne Poméranie Dantzikoise, la Prusse sur le Nogat et la Wistule, l'évêché de Warmie, et l’ancienne terre de Calm. On forma trois palatinats de Dantzig, de Malborg et de Culm, qui se résume encore de nos jours sous le nom de la Prusse occidentale, autrefois dite royale. Mais ce n’est pas la fin des combats que la Pologne eut à soutenir dans ce pays contre la perfidie de l'Ordre et de ses successeurs. Nous allons raconter brièvement les événements les plus importants qui concernent l'histoire polonaise.
La fidélité de l'Ordre ne dura pas longtemps : poussé par l’empereur d'Allemagne, il suscitait
à la Pologne des guerres continuelles. La Mos-
kovie, délivrée depuis peu (en 1477) du joug tatar, tourna ses armes (en 1479) contre la
Pologne, et combina ses projets avec les grandsmaitres teutoniques. Plus tard, Frédéric, duc de Saxe (1498-1511), invité à prêter hommage au roi de Pologne, refusa de le faire, et se rendit en Allemagne pour éviter une explication formelle. On voulut déclarer la guerre au vassal révolté, mais la mort subite du roi Jean Albert empêcha l'exécution de ce projet. On négocia à Posen, on négocia à Thorn (en 1510); l’empereur s’empressa d’interposer ses bons offices en faveur de l'Ordre, mais il ne put parvenir cette fois à tromper les Polonais, quoique leur mansuétude donnât trop de temps au repentir des chevaliers. En 1512, l'empereur, voyant qu'il ne pouvait dominer en Pologne, ni par ses conseils, ni par la femme qu'il voulait donner au roi, jeta le masque, s’unit avec le grand-duc de Moskovie et excitait les chevaliers à la révolte. Albert, le grand-maître, refusait l'hommage dû et invoquait l'intervention de a diète d'Allemagne, pour juger entre lui et le roi de Pologne, Sigismond 1°, son oncle. La Moskovie rompit la paix, et commença les hostilités en Litvanie, La bataille d’Orsza, gagnée par les Polonais sur les Moskovites en 1514, décida l'Ordre à expédier au roi de Pologne une députation à Wilna pour le féliciter. Sigismond,connaissant bien ses trames, donna une réponse présque dansles mêmes termes que celle faite par Napoléon, après la bataille d'Austerlitz, à l'ambassadeur prussien: « J'accepte vos félicitations dans le sens que vous me les faites. » [l paraît que la maison régnante de Prusse suit les bonnes traditions de ses devanciers..…. En 4519, les Tatars envahirent et dévastèrent le midi de la Pologne; la bataille de Sokal tourna à leur avantage ; Vassili, grand-duc de Moskovie, allié des Tatars, qui guerroyait et incendiait les villages en Litvanie, s’approchait vers la capitale : ce moment fâcheux fut choisi par le grand-maître de l'Ordre pour attaquer la Pologne dans le nord de ses possessions. Il fallut un grand courage pour tenir tête à tant d’agresseurs à la fois : le roi Sigismond eut ce courage,et 1l triompha de ses ennemis. La campagne contre l'Ordre teutonique s'ouvrit en 4520. Nicolas Firley, grand général, débuta par la prise de plusieurs villes et châteaux; le sort des armes rendit le grand-maître plus raisonnable et le décida à demander une négociation. Le pape et les princes d'Allemagne vinrent lui offrir leurs bons offices ; quelques renforts en hommes, venus par la mer, enhardirent l'Ordre à recom-
mencer les hostilités, et le roi de Pologne en fut pour son bon vouloir. La victoire cette fois encore couronna les efforts des Polonais, la famine et le glaive détruisirent les alliés d'Allemagne : le grand-maître implora la clémence du roi son oncle, qu'il combattait tout à l'heure impunément. L'empereur sollicita pour lui, et une trève de quatre ans lui fut accordée en 1521. Quatre ans plus tard, à l'expiration de la trève, en 1524, Albert, grand-maitre de l'Ordre, jeta l'habit de moine, se fit luthérien et épousa une femme qu'il aimait éperdûment. L'empereur et le pape tressaillirent de colère contre leur ancien protégé ; mais le roi de Pologne, pour s'assurer sa fidélité, pour l’obliger par la reconnaissance, le couvrit de sa toute-puissance, et dit aux ennemis du duc de Prusse, vassal de la Pologne : & Que per: sonne ne lui fasse tort, je suis roi de Pologne, son maître; quiconque le touche me blesse: Les puissants du jour se turent à ces paroles, et le 10 avril 4525, on vit, dans la cité dé Krakovie, sur la grande place carrée, le roi Sigismond Ier, assis sur le trône, donner un étendard à Albert, duc de Prusse ou de Krolewiec (Kœnñigsbérg), agenouillé sur le marche-pied. L'étendard était orné d'une aigle noire portant une courontie au tour du cou, et la lettre S sur la poitrine, armes de la Prusse. Le prince jura fidélité pour lui ét ses héritiers. Il à tenu sa parole, lui, ét même ses descendants... Mais malheureusement l'héritage fut assuré même à ses frères, ducs dé Franconie, et passa de leurs mains dans la maïson dé Brandebourg. Le roi Sigismond croyait, par éetté érection d’un duché de Prusse, la détacher de ses relations avec l'Allemagne, la religion réformée et l'intérêt de la nouvelle dynastie lui fai: saient prévoir ces conséquences; mais la même profession de foi fut adoptée par l'Allemagne du nord; la maisondes margraves de Brandebourg, électeurs de l'empire, devenue héritière d'Albert, comprima la Pologne de l’ouest éntre la Marche de Brandebourg du nord et le duché de Prusse,ët, avec laide de ses co-envahisseurs, se traça uné ligne de communication qui prolange ses Etats depuis le Niémen jusqu’au Rhin. Cette lighé füt parcourue par Napoléon, qui arriva dé Ffancé en Pologne sans quitter pour ainsi dire les Etats de Sa Majesté prussienne; malheüreusement il négligea de rétablir l’ancien état des choses. Mais revenons à l'histoire.
« Lés chevaliers, dit Frédéric lé Grand dans » ses Mémoires pour servir à l'histoire de la maison
» de Brandebourg, se conduisirent comme font les » plus faibles : ils se contentèrent de protester » contre ce qu'ils ne pouvaient pas empêcher. » IIS transférèrent leur résidence en Franconie, dans la ville de Morgentheim (dans le royaume de Wurtemberg), et molestèrent à plusieurs reprises la Pologne de leurs réclamations ; mais ce fut en vain:ils projetèrent des expéditions en Prusse (en 1554-1563); ils excitèrent la ville de Dantzig à la révolte (en 1566) ; mais, découvertes à temps, ces menées restèrent Sans aucun résultat.
Les descendants d’Albert prêtèrent, à leur avénement au duché, l'hommage ordinaire de vasselage aux rois de Pologne. Ils prétendirent aux droits de siéger dans le sénat et de concourir aux élections des rois. Ces droits leur furent niés et refusés, etil y eut à cet égard des con- Lestations à main armée. La religion réformée gagoait chaque jour plus de terrain en Prusse; les villes polonaises de cette province, ayant embrassé la doctrine nouvelle, poursuivaient les prêtres catholiques et pillaient leurs églises. Les rois de Pologne furent forcés de sévir contre ce débordement : Sigismond I punit sévèrement la ville de Dantzig qui se révoltait sans cesse; la cupidité en fut le motif principal. Etienne Batory, à son avénement au trône de Pologne, se vit dans la nécessité d'assiéger cette ville et de la battre en brèche. Une forte amende pécuniaire fut imposée aux habitants. (Voyeztome If, page 105.)
L'an 1618, la maison de Brandebourg entra en possession de la Prusse ducale. On en conféra solennellement le titre à Warsovie par la remise d'un étendard, après la foi jurée par Jean-Sigismond, gendre d'Albert, Les trois frères de celui-
, Ernest, Christien et Jean-Georges assistèrent à la cérémonie, et chacun d'eux touchait l’étendard en signe d’héritage et de fidélité. À Jean- Sigismond succéda, en 1619, Georges-Guillaume son fils ; il fut faible et traître dans sa conduite. La Suède tombait alors de tout son poids sur la Pologne : le duc ne voulut pas repousser les Suédois, et n'osa pas se déclarer contre le roi de Pologne ; il fit semblant de résister au roi de Suède, et lui ménagea les moyens de s'établir dans la Prusse tant ducale que royale. Quand l'armée suédoise débarqua à Pilawa (en 1626), le commandant de cette place tira du canon avec de la poudre sans boulet : ce fut plutôt un salut qu'une résistance. Pour prix de cette bravoure, la Prusse fut dévastée par les soldats de Gustave-