ToME
Adolphe.— En 1632, lors de l'élecrion de Vladislas IV, l'électeur de Brandebourg vint réclamer les prétendus droits des ducs de Prusse; on les repoussa comme d'ordinaire,et on reprocha à l'électeur son indigne conduite, sa lâche résistance et ses menées occultes avec les Suédois. Les envoyés de l'électeur sentirent la justice de ces reproches, se turent, et prêtèrent, l’année suivante, après le couronnement du roi, le serment de fidélité. Ils persuadèrent à leur prince qu'on ne pouvait plus duper les Polonais ; le duc partagea leur opinion, et n’attendit que le moment propice pour rompre avec la république de Pologne, et conquérir par fas et nefas la souveraineté. Cette occasion ne se présenta point sous le règne de Wladislas IV (1652-1648). Mais :la erise qui s'accomplit sous le règne malheureux de Jean- Kasimir jeta les premiers fondements de la puissance du royaume actuel de Prusse.
L'année 1655, les Suédois envahirent la Pologne au nord-ouest, tandis que les Moskovites la tourmentaient à l’est : la Grande-Pologne, la Prusse et la Litvanie furent à la fois infestées par les ennemis. La Prusse polonaise ou royale tint bon, et ne voulut même pas confier sa garde aux soldats du duc de Prusse, qui se présentait comme ami de la Pologne, et qu'on soupçonnait de connivence avec les Suédois. Bientôt la réalité justifia les méfiances des Prussiens- Polonais. L’électeur de Brandebourg, Frédéric- Guillaume, après quelques escarmouches insignifiantes, s’allia, par le traité de Kœnigsberg (1656), avec le roi de Suède, Charles-Gustave, contre la Pologne, et obuint de lui la Warmie et la ville de Brunsberg, toutes deux faisant partie de la Prusse polonaise. La guerre embrasa toute la Pologne ; Dantzig et d’autres villes résis-
tèrent bravement aux ordres et aux menaces des
adversaires de la couronne. Un nouveau traité fut conclu dans la même année, à Marienbourg, entre le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg. Par ce traité, l'électeur acquérait la Grande-Pologne, c'est-à-dire les palatinats de Posen, de Kalisz, Lenczyça, Siéradz et la terre de Wiélun. C'était le prix de sa félonie. Il joignit ses soldats à l’armée suédoise, et combattit les Polonais près de Warsovie. La victoire resta à l’agresseur et au parjure. Le roi de Suède, voulant plus fortement attacher à sa cause l’électeur, accorda, par le traité de Labiau, l'indépendance à sa possession prussienne, et leva le vasselage du duché envers la couronne de Pologne,
dont il se croyait déjà possesseur. Mais bientôt | chée du grand-duché de Varsovie, fut baptisée du
un coup de fortune rétablit un peu les affaires de la Pologne: l'électeur tourna ses armes contre son allié, chassa de Posen les soldats de celui-ci, et conclut en 1657 un traité d’alliance offensive et défensive avec la Pologne, parce qu'il lui promit six mille hommes contre les Suédois, en échange de la levée d'hommage envers sa couronne et pour son duché de Prusse. Dans cette doüloureuse situation on lui accorda tout : l’indépendaänce, l'héritage vassal dans la ligne de Franconie, les districts de Lawenbourg et de Butow, dans le palatinat de Poméranie, en fief lige, On lui engagea la ville d'Elbing pour la somme de 400,000 thalers, et la starostié de Drahim pour 120,000 thalers. Le traité de Welau et de Bydgoszez confirmèrent ces pernicieuses stipu- Jations : le jésuitisme poussait le roi à toutes ces folies, l'astuce de l'ennemi profita de tous ses désastres. Pour prix de tant de sacrilices, la Prusse polonaise fut délivrée des Suédois, et respira libremeént après tant de violences.
Depuis cette époque, les grands débats, les sanglantes collisions cessent temporairement entre la Pologne et la Prusse ducale. Celle-ci devient royaume de Prusse,en 1700, sous Frédéric HE, en vertu d'un accommodement entre l'électeur de Brandebourg et l'empereur d'Allemagne. Le roi de Prusse promit foi et amitié à la république de Pologne, garantit l'intégrité de son territoire, et en 1772 envahit la Prusse polonaise (excepté les villes de Dantzig et de Thorn), et l'incorpora dans son royaume, La perfidie alla plus loin: en 1793, la Grande-Pologne devint la proie de l’avide allié, qui ne cessa de protester de son désintéressement, et de pousser les Polonais à des réformes salutaires, en s'engageant à servir la république de ses armées et de sa personne.
En 1795,la Mazovie etun district de la Petite- Pologne (Czenstochowa) vinrent augmenter les possessions du roi de Prusse : cette partie de la Pologne reçut le titre de Prusse méridionale, et fut connue, dans le monde diplomatique, sous ce nom bâtard jusqu'en 1806. Dantzig et Thorn furent envahies dès l'an 1793. La paix de Tilsit, en 1807, changes la Prusse méridionale en grandduché de Varsovie. Dantzig devint ville libre ; muis la Prusse proprement dite, la Prusse ancienne et la Poméranie dantzikoise restèrent à la maison de Brandebourg. Les événements de 4815 conservèrent le statu quo, quant à la Prusse royale, Une portion de la Grande-Pologne, déta-
nom de duché de Posen, et forme de nos jours une province de la couronne actuelle de Prusse:
Tristes vicissitudes humaines !... mais l'avenir est gros d'événements...
La Prusse occidentale et orientale compte aujourd'hui 2,026,927 habitants sur 4178 milles carrés géographiques. Elle offre actuellement un aspect assez Salisfaisant Sous le rapport matériel.... les manufactures, l’agriculture et le commerce vivifient ce pays; mais la liberté politique n'y existe point... La population se composé d'Allemands dans les villes, de Polonais et de Litvaniens dans les campagnes. Les Polonais occupent le pays frontière du soidisant royaume de Pologne ; les Litvaniens, celle du palatinat d'Augustowo et du gouverne ment de Wilna, la régence de Gombin; dans le reste du territoire, comme dans les manufactures et les fabriques, la population est mixte : toutes les races s'y rencontrent. La distinction religieuse est la seule marque de nationalité qu'il est permis aux habitants de faire reconnaître : les Polonais et les Litvaniens sont et restent catho: liques, et appellent, avec une sorte de mépris, îles autres habitants lüthériens. Les catholiques ont accueilli à bras ouverts les Polonais qui sont venus se réfugier en 1851dans la Prusse, et dirent ayec tristesse : «O nos bons frères, pourquoi » avez-vous déposé les armes ? nous vous atten-
|; dions armés pour nous débarrasser de ce roi
» de Prusse et de son fisc ! »
Abordons maintenant l’histoire et la description de la ville de Malborg.
MALBORG.
Marienburg en allemand, Gette ville est située sur la rive droite du Nogat, à huit lieues sud-est de Dantzig. Sa fondation date de 1502. Les chevaliers, en s'emparant du territoire prussièn, ÿ bâtirent un château fort dans le style gothique. C’est la plus ancienne des fondations de l'Ordre teutonique ; elle précède de beaucoup la fondation de la ville elle-même : on la reporte à 1288. Ce château est partagé en deux grands bâtiments également endommagés par le temps. La partie du château qui touche à l'église de Sainte- Marié est méconnaissable, à cause des ravages des guerres que la ville a endurées; on a transformé cette partie en une sorte de grenier. Le pavillon
du milieu est mieux conservé, et le gouvernement actuel à entrepris la restauration de ce mopument, selon les projets primitifs qui furent retrouvés dans les archives de la ville. Le château se compose de quatre étages : le plus haut, et en même temps le plus beau, servait à loger le grand-maître de l'Ordre. Ce qui étonne le plus dans cet édifice, ce sont les voûtes sur lesquelles reposent tous les appartements, leur excellente disposition, la bonne qualité des matériaux qui servirent à la construction et la parfaite maçonnerie. Toutes les chambres présentent une suite d'arcades qui s’étayent sur de grands piliers de granit. C'est une grande et étonnante structure que ces arcades et ces piliers, montant d'étage en étage à fatiguer l'œil accoutumé à la diversité. Le pilier du fond de la cave a la forme d’un panier déployé : c’est là-dessus que s'appuient tout le bâtiment, tous les piliers et toutes les arcades. Les piliers du premier étage, où demeuraient les domestiques, sont de forme carrée et d’une grande dimension ; ceux des étages supérieurs sont taillés en octogone, plus sveltes d'étage en étage. La colonnade s’embellit en montant; les salles du haut du bâtiment sont ornées de piliers de granit élégants, façonnés avec soin, avec des ornements à la place des chapiteaux. La grande salle des séances ‘des chevaliers n’a qu'un seul pilier où viennent aboutir toutes les arcades. Dans cette salle on aperçoit une pierre enfoncée dans le mur; voici l'histoire de cette pierre, d’après ce que FRPPOrE la tradition :
Le roi Jagellon assiégeait le château et sommait les chevaliers de rendre la place : mais ils n’obéirent point à cette sommation. Force lui fut de recourir au stratagème ; à cette fin il gagna un
des édifices les plus forts en Europe; on avait la coutume de dire : Ex luto Marienburg, Offen ex saxo, ex marmore Mediolanum. La commodité s'y joint à la force. Un puits en pierre au milieu du château fournissait de l’eau à tous les étages ; de longs tuyaux descendaient dans la cour. Le puits étaitentouré d’abreuvoirser pierresetde conduits d'eau. Dans chaque salle de réunion on voyait des services tout préparés ; les mets et les vins y entraient sans que les domestiques parussent dans le lieu du conseil : la discrétion fut assurée aux bons buveurs, et il n’en manquait pas dans l'Ordre; le vin, la bonne chère et les femmes occupèrent plus les maîtres de ce château que les or-
dres du pape et le salut de la chrétienté. La
des serviteurs des chevaliers, et lui demanda le.
moyen d'anéantir les Teutons. Le domestique lui promit de donner le signal en se montrant à la fenêtre, quand les chevaliers seraient assemblés dans la grande salle, et lui conseilla de lancer un projectile qui abattrait le pilier unique soutien de toute la voûte. Le roi profita de ce conseil ; le serviteur parut à la fenêtre, et en disparut avec rapidité : on jeta bientôt une pierre énorme; elle pourfendit la fenêtre, ébranla la salle, et manquant le but, se blottit dans le coin où on la voit encore.
Les matériaux, comme nous l'avons dit, sont d'une bonne qualité ; les briques conservent tout leur éclat,et le ciment est si dur,qu'en le frappant avec du fer on fait jaillir des étincelles. C'était un
chaleur montait d'en bas et se répandait dans les appartements par des bouches pratiquées à cet effet dans toutes les chambres et toutes les salles. Le rez-de-chaussée fut:séparé des caves par une double voûte; c'était là que reposaient les richesses de l'Ordre. On ne sait pas bien qui découvrit le premier ces niches, et si l’on y trouva quelque reste des riches butins que les chevaliers arrachaïent à la Pologne et à la Litvanie. Les ornements de la salle haute, comme ceux des salles du bas étage, furent altérés par le temps. On y voyait les portraits de tous les grands-maîtres de l'Ordre, depuis son établissement en Prusse jusqu’à l'expulsion des chevaliers de la ville, dans le xv® siècle. Ce château , restauré par les largesses du roi actuel et celles du prince royal, ainsi que les offrandes des habitants de la province, est un modèle de la structure ancienne; il sert de résidence aux autorités locales, et en même temps aux assemblées publiques.
A côté du château on voit l'église de Sainte- Marie, sous l'invocation de laquelle la ville fut bâtie. C'est son plus ancien monument; on reporte sa fondation à 1260. Au sommet de l’église, dans sa partie extérieure, du côté du maître-autel, on aperçoit un bas-relief de la Vierge, bien conservé ; l'énormité de cette pièce et sa dorure font tout son mérite, car l’art n'y est pour rien.
La ville compte, outre celle-ci, une église catholique et une église luthérienne, quelques écoles et einq mille habitants. Le commerce de bois et deux grandes foires, voilà toute son industrie. En 1410, le roi Wladislas-Jagellon occupa la ville, mais ne put s'emparer du Château; en 1460, son descendant Kasimir, en payant la solde due aux soldats de l'Ordre, obtint de ceux-ci la reddition de la place, et;y introduisit safgarnison ; en 4626,
les Suédois prirent le château d'assaut; en 1644, le feu"endommagea ses murailles; en 1651, après un combat sanglant, les Suédois s'emparèrent de nouveau de Marienburg ; et en 1656, le sort y couronna la perfidie du vassal de la Pologne, comme nous l'avons vu plus haut. Cependant Marienburg, qui fut chef-lieu du Palatinat, resta à la Pologne jusqu’à l'année 1772.
Depuis lors elle fait partie du royaume de Prusse et de la régence de Marienwerder (Kwi-
dzyn), formée de l'ancienne Prusse polonaise, et qui un beau jour reviendra à la Pologne indépendante, parce que le pays qui possède tout le cours de la Wistule ne peut pas se passer de son embouchure ; le cabinet de Berlin l’a reconnu luimême. Tout y rappelle la domination polonaise, les souvenirs historiques, les intérêts matériels et la sympathie des habitants !
André SLOWAGZYNSKI.
CÉRÉMONIES CIVILES :r RELIGIEUSES.
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