‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 12 sur 180 · TOME Ti · texte numérisé non relu

TOME Ti

de Saint-Martin, construite de poutres de mélèze, oppose aux orages sa frêle charpente ; plus de sept siècles ont déjà passé sur 5on toit modeste, et la petite église reste encore debout, comme le symbole visible des croyances et des espérances de tout un peuple opprimé.—Rien n’a été déplacé dans ce pieux monument, qui, d’après une vieille légende, a été déposé en ce lieu par les eaux, à la suite d’un grand débordement de la rivière voisine. Les os monstrueux, que la croyance populaire suppose être ceux des géants, restent attachés au-dessus de la porte d'entrée ; et, dans l'intérieur de l’église, on voit encore la chaîne de bois avee son cadenas également en bois, qu'un berger aveugle de naissance, à ce qu'on dit, exécuta d’une seule pièce, et que personne n’est parvenu à ouvrir après lui, 4h

C'est en 1528 que Tarnow fut érigé en ville par les lettres de franchise accordées par le roi Wladislas-le-Bref; c’est principalement par les soins de Jean Tarnowski, dont nous allons tracer la vie, que la nouvelle ville a pris le plus d'accroissement et d'embeilissement. —- « Allez voir Tarnow ! s'écrie le grand orateur Orzechowski : allez voir Tarnow, ce berceau de Tarnowski !

Quelle richesse chez les bourgeois! comme la ville est soigneusement enclavée dans ses murs, comme elle est bien pourvue en armes à feu... Allez chez les paysans, et vous direz que leurs habitations ressemblent plutôt à des maisons seigneuriales qu’à des chaumières villageoises : vous trouverez leurs étables, leurs greniers, leurs celliers bien remplis ; ils n’ont pas été écorchés par les princes, ils n’ont pas été exténués par les travaux !... »

Si vous entrez maintenant à l'église cathédrale, vous serez frappé d’admiration à la vue du mausolée de Jean, duc d'Ostrog ; cependant la belle et grave simplicité du tombeau de Jean

Tarnowski vous teuchera bien davantage : les sta-

tues de Jean et de son fils Christophe, armés de pied en cap, sont couchées sur des sarcophages en marbre; ses bas-reliefs en albâtre représentent les plus éclatantes victoires du père. Une

main barbare, conduite par le sentiment d’une propreté mal entendue, vient de badigeonner ce précieux monument de la sculpture auxvi® siècle. Lorsqu’en 4827 on déblaya les caveaux de l’église, on ne trouva plus, dans la tombe de Tarnowski, que quelques ossements réduits en poussière, une chaine en or avec une médaille de la valeur de 48 ducats de Hollande, marquée des lettres

initiales du nom de Sigismond-Auguste, roi de Po--

logne, et une grande plaque en argent doré, dont l'inscription retrace succinctement la vie et les faits de Jean Tarnowski. Cette inscription est très-

simple : c’est un hommage de l'amour. filial. Emur-

par la vue du tombeau, vous recueillerez avec plus d’empressement les particularités sur la vie d'un homme que ses contemporains ont surnommé le Grand, et que la postérité a placé au premier rang des illustrations du siècle des Sigismonds.

JeanTarnowski, fils de Jean Amor, castellan de Krakovie, et de Barbe de Roznow, petite-fille de Zawisza le Noir, naquit en 1488. Il montra dès sa plus tendre enfance une grande facilité pour l’étude des langues, un esprit vif et pénétrant, une mémoire vaste et solide. A-dix ans, il récitait des centaines de vers de Virgile, et à quinze ans, il adressait des lettres en latin au roi Jean-Albert et aux conseillers de la couronne. Les grandes familles de cette époque vivaient peu dans les villes, et leur préféraient le séjour de leurs châteaux qu'elles habitaient avec une magnificence orientale. « Il faut chercher la Pologne dans les villages, » a dit Maurice Mochnacki, l’un de nos plus brillants écrivains, et cette phrase si vraie aurait pu être appliquée aussi bien à la Pologne du xvre siècle qu'à lx Pologne de nos jours. Même les hauts fonctionnaires militaires et civils suivaient ce penchant général, autant que le

permettaient les services de l'Etat. Un goût

exquis, l'amour éclairé des beaux-arts, une hospitalité franche et bienfaisante animaient ces demeures de la grandeur; et non-seulement les jeunes gentilshommes pauvres, mais les héritiers des plus grandes maisons se plaçaient à Fenvi à la cour d'un citoyen vieilli dans l'exercice des fonctions publiques ou blanchi sous le heaume, Les pauvres s’assuraient par là l'appui d’un Mécène influent ; les riches s’habituaient à.la discipline militaire et s’éclairaient de l’expérience de la vieillesse. C'était ainsi que l'inégalité théorique de la loi commune était en quelque manière corrigée par la pratique de la vie, et que, malgré Hréparuuioneffroyablement inégale des fortunes,

la civilisation qui éclairait vivement-et constam-

ment les rares sommités de la société polonaise

pénétrait jusqu'aux degrés inférieurs de l’échelle sociale. Un voyage dans les pays lointains, ou quelques années de service dans les armées étrangères, sous quelque capitaine renommé, complé-

taient l’éducation du jeune homme. Tarnowski

passa ses premières années, à la cour.de Matthieu

Drzewiecki, évêque de Przemysl, et il étau bien

jeune encore lorsqu'il fut présenté par son protecteurau roi Jean Albert; mais mi la faveur trèsprononcée dont il était honoré de la part de son souverain, ni les attraits d’une cour molle et fastueuse, ne purent le soustraire à ces graves oecupations. Mêlé dans la foule de courtisans qui, imitant l'exemple donné par le roi lui-même, eouraient après les festins, les lanses, les jeux et les galanteries, Tarnowski ne négligea aucun moyen, aucune occasion de s'instrure, recherchant avec avidité la société de vieux guerriers, se livrant à des exercices militaires et étudiant: l’art de là guerre dans les mémoires de grands capitaines. Le désir insatiable de s’instruire, joint à l'amour de la.gloire, porta Tarnowski à visiter les contrées lointaines. Il parcourut là. Syrie, la Terre-Sainte, les côtes d'Afrique ; il visita l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Italie et l'Espagne. Reçu avec distinetion à la cour d'Emmanuel de Portugal, il obtint le commandement d’une partie de ses troupes et:se distingqa dans la guerre contre les Maures. < C'est dans les rangs de la noblesse lusita:

nienne que Tarnowski puisa le goût des mœurs chevaleresques. Aussi, quand il se vit pour la première fois en face des ennemis de sa patrie, à la fameuse bataille d'Orsza (8 septembre 1514), où: trente-trois mille Polonais, commandés par Con-stantin, duc d'Ostrog, remportèrent la victoire sur quatre-vingt mille hommes, et-où quarante. mille Moskovites mordirent la poussière, Tarnowski, vêtu du brillant costume d’un chevalier castillan, devanca de loin sa suite, et délia les plusbraves des Moskovites à un combat à outrance. Le vieux duc tança sévèrement cette bravade du jeune guerrier. —« Vous n'êtes plus ici en Lusitanie, lui dit-il : il y a loin des Moskovites aux Maures, et la discipline lusitanienne n'est pas celle des Polonais. » — Cependant le courage téméraire de Tarnowski, son coup d'œil sûr et sa présence d'esprit au fort du danger frappèrent tellement la jeune noblesse qui assistait au combat, qu'elle le proclama son chef sur le champ

de bataille. Le roi Sigismond ratifia plus tard cette élection spontanée, en confiant à Tarnowski le commandement en chef de l’armée polonaise. Car déjà Tarnowski s'était fait connaître comme

un des meilleurs capitaines de son temps, soit.

en secondant les efforts du staroste Lancko-

ronski et de Constantin d'Ostrog à la grande ba- | taille de Wisniowéitz , gagnée sur les Tatars”

(4512), soit en commandant en personne les

troupes auxiliaires de la Pologne dans la guerre

de Louis de Hongrie contre les Turks ; et sa réputation militaire s'était tellement répandue

dans l'étranger, qu'au dire de Paul Jovius, les:

Allemands, les Bohêmes, les Hongrois, et l'empereur Charles V lui-même, l'invitaient tour à tour pour qu'il vint se placer à la tête de‘leurs armées. Mais une gloire bien plus vive,bien plus méritoire, attendait Tarnowski sur sa terre natale. Pierre ou Petrilion, palatin deWalaquie, entra dans la province de Pokutie, où il brûla Sniatyn. À la nouvelle de cette irruption, Tarnowski marcha contre le Valaque avec un corps de six mille hommes, et se fortifia dans le bourg d’Oberstin (1530). Quoique-les ennemis, au nombre de cinquante mille, occupassenties hauteurs voisines, il osa cependant commencer le combat.

Au lieu de les attaquer de front, il les prit en flanc, tandis que quelques pièces de campagne tiraient sur les premières lignes de leur armée. Le feu fut si violent, que le corps de bataille se renversa sur les aïles,et ce mouvement jeta la confusion de tous côtés ; ils furent entièrement défaits, et le palatin, dangereusement blessé, ne

se sauva qu'avec peine. Le roi, pour prix de tant

de bravoure, décerna à son général les honneurs

du triomphe.Tarnowskifit son entrée à Krakovie,

menant à sa suite un grand nombre de prisonniers, quarante-huit canons, parmi lesquels on

voyait aussi ceux qui avaient été enlevés, sous:

‘Jean Albert, au désastre de Bukowina. Le roi honora Tarnowski d’une distinction qu'il n'avait encore accordée à aucun de ses généraux. Lorsque le cortége s'approchait de la cour du château, Sigismond se leva de son trône et alla au-devant du vainqueur pour le remercier publiquement, et presser contre son cœur son vieux et fidèle serviteur ; et les nombreux spectateurs, attendris à la vue de cette noble étreinte, épanchèrent leur enthousiasme dans de longues et bruyantes acclamations. Le tableau qui représentait la bataille d'Oberstin existait encore du temps de Jean Kasimir.

Le Valaque, n'étant pas découragé par cet échec, renouvela ses incursions et ses ravages. Tarnowski entre sur ses terres, prend Chotzim et réduit l'ennemi à demander la paix. Le palatin l'obuint, après avoir prêté préalablement entre les mains de Tarnowski serment de fidélité et d'hommage. Pour gage de reconnaissance, les Etats réunis à Piotrkow votèrent un impôt extraordinaire de deux gros par arpent, pour en offrir le montant à Tarnowski. Le héros agréa la récompense et la distribua à ses compagaons d'armes.

À peine:le génie de Tarnowski eut-il dompté la rébellion des Valaques, que les Moskovites entrèrent en Litvanie (4534-1556). — Après la mort de Basile, tzar de Moskovie, Outschina, régent du tzarat pendant la minorité du jeune

| tzar, pénétra jusqu'aux environs de Wilna. Les

Litvaniens, effrayés de cet événement, demandèrent au roi de leur donner pour chef le vainqueur des Valaques. Tarnowski, à la tête de ses troupes aguerries, entre à Wilna, et le grand général de Litvanie se soumet volontairement à ses

“ordres. À l'approche de Tarnowski, les Mosko-

vites se retirent au fond de leur pays. Le général polonais les poursuit, prend le château de Stamla et assiége Starodoub, où le régent et les

principaux seigneurs moskovites s'étaient enfer-

més. La garnison, commandée et animée par tout ce qu'il y avait de braves en Moskovie, se défend avec courage. L’artillerie polonaise faisait peu d'effet contre les murs de la place, construits de poutres unies ensemble et soutenus par un boulevard de terre, lorsque, l'ingénieur Starzechowski s'étant avisé de mettre le feu à ces palissades avec de la poudre à canon et de la poix, la flamme poussée par le vent devint tout à coup si violente, qu’une grande partie des fortifications tomba en poussière ; le feu pénètre déjà jusqu’au milieu de la ville, les soldats polonais passent à travers les débris fumants, la crainte s'empare des ennemis, le régent et les seigneurs moskovites, évitant la mort cruelle dont l'incendie les menaçait d’une part, tandis que le feu des soldats les pressait de l’autre, se rendent à discrétion. Les Polonais emmenèrent soixante mille prisonniers de tout âge et de toute condition, avee un butin immense. Les troubles suscités en Pologne par les intrigues de la reine ne permirent pas au roi d'envoyer des renforts à son général victorieux : les succès de Tarnowski n’assurèrent pas à la Pologne tous bes

avantages qu’elle pouvait en retirer, et même la ville importante de Smolensk demeura au pouvoir des vaincus.

Tels étaient les exploits militaires de Farnowski. Si. on examine sa vie politique, on retrouvera encore le grand homme dans le conseil du roi, sur le siége de sénateur. Défenseur zélé des libertés publiques, il réprimait la licence et s’opposait de toutes ses forces aux débordements de la démocratie nobiliaire. Cette noblesse, qui préchait l'égalité fraternelle, tendait visiblement à l'asservissement complet des bourgeois et des paysans : confondant son intérêt avec celui de la république, elle seule voulait être libre et s’ar-

rogeait à elle seule l'honneur de défendre la pa- |

trie et le droit de régler les destinées de la nation. La liberté d’une seule classe de citoyens, à côté de l'esclavage absola de la glèbe ; cette liberté sans bornes devait tôt ou tard amener l'anarchie, et par la suite l'anéantissement de la puissance publique. La noblesse même commençait à être divisée en deux partis distincts, qui, bataillant entre eux, paralysaient par leur lutte acharnée les mouvements de la machine politique, dont les rouages mal assortis et privés de liberté menaçaient de rompre leur jeu à chaque instant. Plusieurs seigneurs polonais, dérogeant aux anciennes coutumes du pays, et blessant la susceptibilité de leurs frères cadets en noblesse, briguèrent les titres étrangers de princes et. de comtes, Mais ce qui n'était que sentiment d'orgueil chez les uns, était peut-être un calcul politique chez Tarnowski, qui voulait renforcer le principe aristocratique pour opposer uncontrepoids utile au mouvement démocratique. Quoi qu'il en fût, ses nombreux ennemis, et Kmita, palätin de Krakovie, à leur tête, jaloux de sa sloire et de son influence dans le conseil du roi, l'attaquèrent vivement et cherchèrent à discréditer son nom auprès de la petite noblesse, dont ils se disaient les patrons. — Les beaux jours du règne de Sigismond étaient passés : la reine, d'origine italienne, belle, pétillante d'esprit, orgueilleuse, avide de gouverner et d’une cupidité insatiable, acquérait tous les jours plus de crédit auprès d'un roi courbé par l’âge : trafiquant de toutes les charges, semant partout la discorde et les soupçons, elle travaillait à perdre dans l'esprit du roi tous les grands ‘hommes :qui-avaient. illustré son règne. L'injustice n'ébranla point la fermeté de Tarnowski, et quand les cent cinquante mille gentilhommes, rassemblés aux en-

virons de Léopol, par les ordres du roi, pour la défense de la patrie, ne présentèrent qu'une multitude de mécontents, de mutins, armés de plumes, de papiers, de livres et d'instruments de priviléges, Tarnowski seul prêta son appui à la majesté chancelante du: trône : cependant la malveillance prévalut, et Tarnowski fut tellement abreuvé de dégoûts, qu'il était sur Je point de vendre tous ses biens et de s'expatrier en Bohême. La mort de Sigismond le détourna de ce projet, et le vieux serviteur de la royauté trouva encore plus d'une occasion d'assister le jeune roi dans les diètes. oragenses qui suivirent le couronnement:

Fidèle à la croyance de ses pères, il ne poussa jamais le zèle religieux jusqu’au point de tolérer les «bus du pouvoir ecclésiastique. Lorsque Stanislas Orzechowski, chanoine de Przemys|, cité en justice par son. évêque pour avoir. contracté les liens du mariage, appela de cette cause au sénat, après avoir décliné le jugement des.prêtres, Tarnowski appuya la motion qui défendait aux évêques de prononcer dans les matières

-qui touchaient l'honneur et Ja vie des citoyens ;

et lorsque plus tard le peuple de Krakovie, suscité par les prêtres, égorgea les Juifs, accusés d’avoir acheté une hostie et de l'avoir percée d'épingles,Tarnowski, déjà courbé sous Le poids de l’âge, fit une énergique réclamation : il se plaignit qu'on n’eùüt pas abandonné à Dieu le soin de punir une offense qui passait la faible intelligence humaine ; il proposa la motion d'écarter du sénat les évêques qui, assujettis à une autorité étrangère, ne pouvaient bien vouloir àla. patrie et lui porter un sincère intérêt.

La maison de Tarnowski fut toujours. Laaile des vertus domestiques et d'une généreuse hospitalité. Jean de Zapol, forcé par Ferdinand, son compétiteur à la couronne de Hongrie, de chercher un refuge en Pologne, s’adressa à Tarnowski, et celui-ci, malgré les réclamations me

| naçantes de la cour de Vienne, accueillit l'illustre

fugitif avec la plus grande magnificence ; nonseulement il lui céda la jouissance de son château,

! de son argenterie et de la ville de Tarnow, mais

encore il lui fournit, pendant cinq mois, tout ce qui pouvait servir aux besoins et aux phusirs d’une vie splendide. Jean de Zapolne se montra pas ingrat ; redevenuroi, il accorda aux habitants de Tarnow des franchises pour le.transport libre des marchandises et des vins de la Hongr'e, et envoya à son hôte un:don vraiment royal:

c'était un bouclier en or et un bâton de commandement qu'on estimait à 40,000 ducats.

Ami éclairé des arts, Tarnowski dota convenablement l'école de Tarnow, qui, fondée en 4551 par les soins de Martin Lyczko, curé de Tarnow, -ne comptait qu'un seul professeur portant le titre de recteur, et dont la nomination dépen- -dait de l'Université de Krakovyie. Il recherchait Ja société des savants, assurait leur. existence, encourageait leurs travaux, et, si l'on doit croire Warszewicki, écrivit lui-même l’histoire de son temps : la perte de cet ouvrage, s’il existait réellement, ne saurait être assez regrettée.

Le témoignage d'Orzechowski, que nous ayons cité plus haut, sur la prospérité des villes et des villages. qui appartenaient à Tarnowski, suffit pour faire apprécier le caractère et les vertus privées.de ce héros. Aussi, quand rette vie glorieuse s’éteignit en1561, le deuil fuc général, la musique se tut, les bals furent suspendus, et le peuple , le meilleur appréciateur du mérite, s'écriait en pleurant : « Notre brave Jean est mort! Qui nous défendra maintenant contre les incursions des Turks, des Tatars et-des Moskovites ? »

Xavier Gopesski.

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