‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 127 sur 180 · SOMMATION · texte numérisé non relu

SOMMATION

Milosha 10 février v. s. 1831.

à mars n, 8e

« Monsieur le colonel, Dieu, protecteur de la juste cause, a donné la victoire aux troupes impériales. Les combats des 19 et 25 février dernier doivent vous convaincre que de nouveaux efforts ne pourront arrêter les progrès des armes de Sa Majesté.

» Les troupes polonaises ont combattu bravement, comme il aurait convenu à une plus juste cause, Leur enthousiasme militaire devrait donc se calmer, et cette lutte se terminer. Les guerriers qui, ilya encore quelque temps, regardaient comme des concitoyens les ennemis contre lesquels ils combattent maintenant, ontle droit de désirer la fin de cette guerre meurtrière.

> Je vous ai connu personnellement, monsieur le colonel. Vous avez appelé sur vous l’attention du restaurateur de la Pologne, ainsi que celle du monarque qui a hérité de son trône et de ses vertus, Je sais que vous êtes un brave officier, aussi distingué par vossentiments d'honneur que par votre amour pour votre patrie. Cependant, cette Pologne, pour laquelle vous êtes prêt à verser jusqu’à la dernière goutte de votre Sang, est en proie à toutes les conséquences malheureuses de l'anarchie et de la guerre. Ses propres troupes ont signalé leur marche par le pillage et des dévastations de toute espèce.

» L'armée impériale, quelque habituée qu’elle soit à la discipline, n’a pu, là où elle ne trouvait que des ruines, qu'augmenter la triste position des habitants. C’est une suite inévitable de la guerre. D’autres provinces éprouveront-elles encore le même sort? Pour éviter tant de malheurs, il suffira de reconnaître sincèrement la fidélité qui est due à S. M. l’empereur et roi. Il suffira de renouveler les serments qu'on n’a pas craint de violer, ce qui cependant ne peut délier de rien : l’empereur et roi a promis amnistie et oubli aux hommes égarés , sa générosité s’étendra même sur les criminels repentants. S. M. l'empereur a daigné me confier ses pleins pouvoirs. Je saurai exécuter ses intentions généreuses ; que ceux qui aiment sincèrement leur patrie, qui se sentent capables de lui rendre encore un grand service, se soumettent donc les premiers, ce qui ne les déshonorera pas, puisque c’est un devoir incontestable, La considération générale

dont ils jouissent auprès de leurs compatriotes, et leur position indépendante leur fournissent l'occasion de donner un grand et salutaire exemple. Hésiterez-vous encore, monsieur le colonel, à rendre cet important service à votre patrie ? Si vous vous attirez les reproches des partisans de la révolte, vous serez justifié par l'approbation de tous les hommes sensés et par les bénédictions des générations présente et future, qui verront renaître la paix, la tranquillité et le bonheur. C'est la plus digne récompense d’un cœur noble et généreux. |

» Le colonel Kiel, adjudant de S. A. I. le césarévitsch, est chargé par moi de vous remettre cette lettre en mains propres.Je ne veux nullement vous tromper, monsieur le colonel, je ne voudrais point vous demander une bassesse. Je ne veux pas non plus fixer un délai à votre réponse. Mais, pensez-y bien, l'honneur, votre devoir envers votre patrie et votre monarque, doivent vous prescrire la nature de votre conduite. Dieu veuille que vous partagiez ma conviction sur la conduite que la Pologne attend de vous, sur l'importance du service que vous êtes en état de lui rendre! Vous avez fait honneur à votre patrie par votre courage et vos talents; puisse votre exemple la sauver de l’abime dans lequel l'ont plongée quelques mauvais citoyens! Celui-là est doué d’un noble courage, qui ose le premier s'opposer à l’extravagance des turbulents.

» Puissiez-vous, monsieur le colonel, me donner promptement l’occasion de vous assurer de ma haute estime!

» Le Comte Dieirscu-ZABALKANSRY. »

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