‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 138 sur 180 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

L'été ordinairementest doux, malgré les averses et les tempêtés qui ruinent parfois l'espoir des paysans. Sur 505 jours de l’année, il y a 56 jours pluvieux, 146 couverts et 183 de beau temps; la proportion est À, 4, 5. Les neiges tombent en Pologne depuis le 5 novembre jusqu’au 5 avril. La fonte des neiges s’opère vers le milieu du printemps, en mars et avril; c’est alors que la Wistule déborde et submerge les champs riverains. L'autre accroissement des eaux provient des grandes pluies du mois d'août. Les vents les plus fréquents sont du sud et du sud-ouest; ils apportent la chaleur et l'humidité. Les vents du nord et de l’est sont froids et secs.

La Wistule et la Warta forment deux artères |

qui absorbent dans leurs lits toutes les eaux du pays. La Wistule porte directement ses eaux dans la mer Baltique; la Warta est tributaire de l'Oder, qui tombe dans la même mer.

La Wistule a sa source sur le versant occidental des Karpates, dans la haute Silésie, duché de Cieszyn (Teschen), près d’un village nommé Baranki, à 2,000 pieds au-dessus de la mer Baltique. D'abord c’est une cascade qui jaillit du rocher, puis un ruisseau rapide roulant ses eaux dans un lit serré et pierreux qui va se perdre dans la plaine. Alembouchure dela Przemsza où, elle l'atteint pour entrer dans la Petite-Pologne, son lit est déjà large de 25 pieds et s'élève à 750 pieds au-dessus dela mer ; la Sola, autre rivière, l'élargit à 40 pieds, la Skawa à 49, la Raba à 44, le Dunaïec à 48, et l'embouchure du San à 470. Le pont sur la Wistule à Warsovie a 1578 pieds de longueur ; mais la largeur moyenne du fleuve entre Sandomir et Torun (Thorn) n’a que 1500 pieds. La Wistule est navigable dès son entrée dans la Petite-Pologne; entre Zator et Sandomir, deG6à 69 , les bateaux portent 500 quintaux. À Warsovie les eaux ont de 9 à 49 pieds de profondeur, selon la saison. La longueur de son cours est de 150 milles (près de 500 lieues); elle traverse 5°, Le bassin de la Wistule s'étend sur 3,664 pieds carrés selon Hoffman, sur 5,580 selon Liechtenstern, et sur 3,578 selon L. de Zedlitz Neukirch. Plus de 120 rivières et ruisseaux lui apportent le tribut de leurs eaux : nous nommerons les principaux, en faisant remarquer leur importance industrielle et commerciale.

. La plupart des rivières qui descendent des

Karpates sont flottables : la Sola, la Stawa, le |

Poprad et le Dunaïeg sont de ce nombre. La première des rivières navigables est la Wisloka,

qui, sur 48 milles de parcouts, en a 6 milles flottables et 6 navigables. Le San est la dernière rivière ; elle arrive des Karpates, et vient à la Wistule, car le Dniester a presque la même source, et porte ses eaux à la mer Noire, traverse 46 milles du pays; le Dniester est flottable dans un espace. de 15 milles, et navigable sur 28 milles. Les affluents des Karpates grossissent rapidement les eaux de Ja Wistule à l'époque de la fonte des neiges, et apportent dans son lit une énorme quantité de sable, de grès, de caillous, et des blocs de granit qu'ils arrachent aux flancs des montagnes.

Viennent ensuite à la rive droite les eaux qui s’'échappent du pays, plutôt marécageux qu’élevé de l'est. Le Wieprz avec la Tysmieniça, après 50 milles de voyage, se jette dans la Wistule audessous de Pulawy; le Bug se joint avec la Narew, et arrive à la Wistule en face de Modlin. La Narew, qui part de la forêt de Bialowieza, parcourt 55 milles d’un terrain boisé, et emporte plus de seize rivières et ruisseaux. Son lit, peu incliné et peu profond, s’étend sur les prairies, dans les broussailles, et forme des marais considérables. La Drwença, sur la frontière prussienne, est la dernière que nous rencontrons dans le pays dont nous faisons la description. Elle a 25 milles de longueur.

Le coteau occidental du bassin de la Wistule présente des rivières de moindre importance, quoique navigables. La Nida, rendue navigable, traverse un pays d'une beauté ravissante, et trèsfertile en céréales. La Kamionka à été canalisée pour le transport des produits minéraux des environs de Kielçé, et pour activer les machines. La Radomierza ou Radomka, navigable, et la Bzura, flottable ; l’une dans le palatinat de Sandomir, et l'autre dans le palatinat de Mazovie, arrosent des contrées boisées et tant soit peu marécageuses. La Piliça, qui interpose son lit considérable entre ces deux rivières, décharge ses eaux près de Mniszow (palatinat de Sandomir), après 50 milles de cours. Elle prend sa source à 8 milles au nord de Krakovie, dans le même plateau d’où découle la Warta, qui court vers l’est. La Piliça borde un pays de montagnes qui présente un aspect pittoresque.

La Warta, qui constitue le bassin occidental, et dont les affluents appartiennent exclusivement à la Grande-Pologne, vient du palatinat de Krakovie; sa source est près de la ville de Kromolow, à 2 milles à l’ouest de la Piliça. Elle à

104 milles de cours, et perd ses eaux dans l'Oder, en face de la ville de Kostrzyn (Custrin), dans le margravial de Brandebourg. Sa direction est au nord-ouest. Salargeur moyenne est de 450 pieds. À son embouchure elle est de 600 pieds; son bassin a 851 m. c. détendue. Le lit de la Warta n’est pas régulier ; elle déborde et submerge les champs environnants à la crue des eaux; dans son trajet elle forme des lacs considérables; des iles s'élèvent à sa surface et possèdent des colonies agricoles. Les affluents de la rive droite sont la Czarna, qui vient du palatinat de Sandomir ; le Ner, rivière flottable ; et le Notec (Netze), qui joint la Warta dans le margraviat, en avant de Landsberg.Cette dernière rivière prend sa source dans un lac à 5 milles au nord du lit dela Warta. Elle court d'abord au nord, par une suite de lacs nombreux, jusqu’à la hauteur de Bydgoszez (Bromberg), où elle prend la direction de l’ouest, et traverse des contrées boisées et marécageuses. Sa longueur est de 30 milles. Le Notec est essentiellement navigable, et régularisé dans son lit depuis sa jonction avec la Wistule, par le moyen d'ur canal de 4 m. ; et la rivière la Brda (Brahe), qui vient de la Prusse Poméranienne. La rive gauche reçoit Liszwarta, qui est à peine flottable ; la Prosna et l'Obra. La Prosna n’est pas flottable par sa position géographique. Elle sert aujourd'hui de ligne de frontière entre le royaume de Pologne et le duché de Posen. Sa source est près de Wiélun. Elle à 24 milles de long et un lit peu profond; la crue de ses eaux dévaste les environs. Depuis quelque temps on travaille au desséchement des marais où coulait l'Obra : au moyen des canaux on est parvenu à les changer en prairies et en pâturages fertiles. L’Obra prend sa source près du village du même nom, à un mille au nord de Kozmin, et tombe dans la Warta au-dessous de Skwierczyna (Schwerin).

Outre les rivières principales des deux bassins de la Grande et de la Petite Pologne, il y a une foule considérable de ruisseaux qui parcourent dans tous les sens les contrées que nous déerivous. Leur peu d'importance nous empêche de les nommer.

ous parlerons du système de navigation, il nous importe de préciser la liaison de ces rivières par les trois canaux qui les joignent, quatre fois à la Baltique et une fois à la mer Noire. Un de ces canaux est celui d'Augustow, qui joint la Narew avec le Niémen; le Niémen communique par un autre canal avec la rivière de la Win-

dawa, qui jette ses eaux dans la mer Baltique, près de la ville de Windawa ; c’est la première issue. La seconde est à l'embouchure du Niémen, dans le Kourisch-Haff, qui joint la mer près de Klaypeda (Memel); la troisième par la Wistule ellemême, au-dessous de Dantzig, et la quatrième par l’Oder, qui jette ses eaux à Stettin. Cette dernière communication est facilitée par le canal de Bygdoszez (Bromberg), que nous avons mentionné en parlant du Notec. Ce canal appartient au grand-duché de Posen et rentre dans nos limites, tandis que le canal d’Augustow, quoique appartenant au royaume actuel de Pologne, reste sur la frontière de l’ancien grand-duché de Litvanie. Il en est de même pour le canal de Windawa, creusé au delà du Niémen.

Quant au canal de Bydgoszez, il a 4 milles de longueur et 50 pieds de largeur. Dix écluses égalisent le trajet. Sa construction, commencée en 1772, dura pendant deux ans, et coûta au pays 1,200,000 florins. Son entretien annuel s'élève à 30,000 florins, mais ses revenus montent à 106,800 florins. Le quatrième canal que nous avons mentionné se trouve près de la ville de Brzest-Litewski, dans le gouvernement actuel de Grodno, et il s'appelle canal de Muchawiec ; anciennement on le nommait canal de la République, pour le distinguer du canal d'Oginski, fait aux frais d’un particulier, et qui se trouve un peu plus loin. Le canal de Muchawiec joint le Bug avec le Prypecg, qui verse ses eaux dans le Dniéper, tributaire de la mer Noire.

Depuis des siècles on projette de canaliser plusieurs rivières dans la Peuite - Pologne, pour faciliter le commerce. Tels sont d’abord le Dniester qu’on devait joindre avec le Bug, par la Werezniça et le Peltew, près de Léopol; ensuite le Bug, qu'on se proposait de joindre avec le Wieprz, entre Tomaszow et Kryniça; et enfin le San avec le Dniester, par le moyen de la rivière Wyznia, entre Przemysl et Sambor. Une autre entreprise plus gigantesque devait s’opérer à l’ouest : nous voulons parler de la jonction de la Wistule avec l'Oder etle Danube. Un canal qui partirait de la Wistule à Dwony, dans les confins occidentaux de la Pologne, irait jusqu'à Bilsk (Bielitz), à 4 milles de distance ; de là il se prolongerait en Silésie, en aboutissant d'abord à l’'Oder, qui finit vers le nord, et puis à la Morawa, qui se jette vers le Danube. L'idée conçue au commencement du siècle passé ne fut mise en projet qu'en 4809. On calcula qu’il fallait deux

mille ouvriers pour exécuter les travaux dans l’espace de quatre ans, et que les frais auraient monté à 2,500,000 florins, monnaie conventionnelle. La guerre de 1809 priva l'Autriche de la moitié de ses possessions polonaises; ce qui fit négliger ce plan, qui peut-être ne fut dressé que pour leurrer les habitants par les grands profits qu'ils devaient tirer en restant sous la domination de Vienne.

Un autre projet consistait à joindre, sur les hauteurs des Karpates, le Poprad, qui tombe dans la Wistule, avecla Waga, qui court vers le Danube. Le plan fut préparé par l'ingénieur Lemaire. La difficulté de cette navigation, les dépenses énormes qu'exigeait l'exécution de ce plan, et le peu de commerce qu'il aurait soutenu, firent négliger le projet.

Tel est l’état actuel des rivières dans nos contrées : beaucoup de travaux entrepris sur divers points ont en vue le perfectionnement du système de navigation; mais tous ces efforts s’annulent à cause de la dénaturalisation des frontières.

Il nous reste à parler des lacs et des marais. Dans les palatinats de Lublin, de Podlaquie, et dans l’arrondissement de Bialystok, les marais se prolongent sur une grande étendue. Les lits bas des rivières et la négligence de l’administration concourent à cet état de choses au détriment desintérèts et de la salubrité du pays. Nousavons déjà parlé du desséchement des marais de l’Obra ; nous devons ajouter qu’on fit la même chose avec les marais de Bzura, de Lenczyça, où un esprit malin, selon la tradition, nommé Boruta, neyaït les ivrognes.

Les lacs sont nombreux dans la partie nordouest du duché de Posen, de Kuiavie et du palatinat de Ploçk. Le lac Goplo, qui semble avoir appartenu jadis à la mer Baltique, tient la première place. Il a 5 milles de long sur 4/2 de largeur; il concourt à former le Notec. D’autres lacs ont peu d'importance, etse prolongent par la Prusse vers la mer. Ces lacs abondent généralement en poissons excellents,

$ IL. — La Grande - Pologne ; sa division ancienne, son état actuel ; le terrain, l’agriculture, l’industrie, les villes.

Le pays de la Grande-Pologne se divisait anciennément en trois provinces distinctes, qui conservérent jusqu'à nos jours leurs armes et leurs dénominations.

La première est la province de la GRANDE-Po- LOGNE, Qui prit sous son égide les deux autres, sans leur ravir leurs droits, leurs lois et leurs honneurs. Cette province se composait des cinq palatinats qui suivent :

Le palatinat de Poznanie avec les districts (powiaty)

a de Poznan (Posen),

b de Kosciany (Kosten),

c de Walecz(Walentz),

d la terre de Wschowa (Fraustadt), e la starostie de Drahim (Draheim).

Le palatinat de Kalisz avec les districts

a de Kalisz, . e de Konin,

b de Pyzdry (Peisern), d de Kcenia (Exin).

Le palatinat de Gnienzo (Gnèzne), district de Gniezno et de Naklo.

Le palatinat de Siéradie avec les districts

a de Sieradz, c de Szadek, b de Piotrkow, :d de Radamsk, e la terre de Wielun.

Le palatinat de Lenczyça avec les districts :

a de Lenczyca, ce de Orlow, ‘:

b de Brzeziny, d de Inwlodz.

La seconde province est celle de KutAVIE, qui conserve son nom encore aujourd'hui; elle était composée du palatinat de Brzesc en Kuiate, avec les districts

a de Brzest, b de Kowal,

c de Przedecz, d de Kruswiça, e de Radzieïow.

L8 palatinat d'Inowloclaw, qui formait jadis la principauté de Gniewkow, se partageait en deux districts, celui d’Inowloclaw et de BydgoszCz (Bromberg);

Et la terre de Dobrzyn, ci fit plus tard partie de la Masovie.

La Masovig (jadis partagée en trois duchés, celui de Plock, de Warsovie et de Czersk) forme la troisième province, qui se divise en trois palatinats.

Le palatinat de Masovie avec dix terres :

a de Czersk, f de Wizna, b de Warsovie, q Liw, c de Wyszogrod, h Lomza,

d de de Zakroczym, ? Zambrow,

e de Ciechanow, k Nur.

Le palatinat de Plock, six districts :

a de Racionz, d de Sierpsk, b de Plonsk, e de Szrensk, c de Biélsk, f de Mlawa;

Et le palatinat de Rawa avec les terres :

a de Rawa, b de Gostyn, € de Sochaczew.

La division du territoire a subi, depuis 1772, des changements graves et qui méritent explication, pour l'intelligence de l’histoire. En 1772, le cabinet de Berlin s'empara de là Prusse polonaise, en laissant libres les deux grandes villes de cette province (Thorn et Dantzig), mais il entrava le commerce ; il prit un morceau de là Grande- Pologne qui était sur la rive gauche du Note, et il l'appela Prusse. En 1795 il alla plus loin, il envahit les palatinats de Posen, de Kalisz, de Siéradz, la Kuiavie, les palatinats de Plock, de Lenczyça et de Rawa, dans la Masovie, et le district de Czenstochowa, dans la Petite - Pologne : total 1061 m. c., et un million cent trente-six mille habitants ; deux cent cinquante villes et huit mille deux cent soixante-quatorze villages. Cette rapine fut appelée Prusse méridionale.

En 1795, le même cabinet poussa les frontières jusqu’au Bug, au Niémen et à l'embouchure de Piliça, s’empara du resté de la Masovie, d'une partie de la Litvanie et de la Podlaquie ; Warsoyie et Bialystok compiétèrent la Prusse méridionale ; Niémirow sur le Bug devint le point de réunion entre les trois spoliateurs. En 1807 Napoléon forma d’une partie de la rapine prussienne le grand-duche de Warsovie, détacha la province de Bialystok dans la Podlaquie, en faveur de la Russie, alliée du roi de Prusse, et conserva à ces derniers la partie de la Prusse polonaise, au delà de Grudzionz, ville forte ; mais en revanche, ildétacha dela Prusse et adjoignit au duché de Warsovie l'ancien palatinat de Chelmno ( Culm) avec Thorn : total 1800 m. c. Dantzig fut déclarée ville libre. La Wistule devint aussi libre pour la navigation. Le grand-duché de Warsovie fut organisé en départements de Posen, de Kalisz, de Bydgoszez, de Plock, de Warsovie et de Lomza. En 1809 on ajouta 900 m. c., avec les départements de Krakovie, de Radom, de Lublin et de Siédlcé: total 2,700 m. c. et cinq millions d'habitants. En 1815, on fit des départements de Posen, de Bydgoszez et de la moitié de Kalisz, le grand-duché de Posen; on

restitua à la Prusse orientale la partie de Culm,

et du restant du grand-duché de Warsovie, excepté la ville de Krakovie, qu’on a dit libre, et de Wieliczka, qu’on réunit tout à fait à l'Autriche, on créa le royaume de Pologne avec une Charte constitutionnelle. Cet état de choses dure encore de nos jours, quant à la division territoriale.

C'est en se fondant sur les données statistiques de l'époque actuelle, que nous formerons le tableau statistique de la Grande-Pologne, dans l'étendue

qu’elle avait lors du premier démembrement, en 1772.

Voiei ce tableau :

4. Le duché de Posen. . . 536 1,152,998 2, Le palatinat deKalisz, moins le district de Czensto- COM ira NES ue 1e UD 552,629 3. Le palatinat de Masovic. 346 668,518 4. Celui de Ploçk. . . . 301 470,440 5. L’arrondissement de Lomza dansle palatinat d’Au- SHSTOŸ MERE Ne PS 40 131,908 6. Les districts de Wengrow et de Garwolin dans le palatinat de Podlaquie. 49 68,972 4575 53,044,765

Nous devons ajouter, pour l'intelligence de l’histoire, que les n°5 {et2 constituent la Grande- Pologne proprement dite, avec une partie de là Kuïavie; les numéros suivants présentent le reste de la Kuïavie et toute la Masovie.

Ce pays présente un terrain d’alluvion, dans lequel la seule Kuïavie est comme une oasis fertile au milieu des sables. Il y a çà et là des terrains gras et favorables à l’agriculture, mais en général la nature y est rétive, et exige beaucoup de soins. La terre ne rend que quatre ou cinq grains pour un.

Les bois y sont clair-semés; les bruyères prédominent. Toutes les forêts sont très-mal aménagées. ï

Dans le grand-duché de Posen, les bois occupent 4/8 du territoire; dans le royaume de Pologne 1/3. Dans les anciens temps, les forêts de Sleszyn, Murzynow, Strzemech, Kurnik, Opalenice, Krotoszyn, Orpiszow, Kampinos, Ostrolenka, Lomza, étaient d’une grande étendue. De nos jours leur importance diminue sensiblement ; il faudrait pourtant éviter de les trop éclaircir : le climat du pays conseille de ménager les combustibles. Le chêne polonais (celui surtout de Krotoszyn et d'Orpiszow) était et est recherché aux marchés de Dantzig et à Stettin pour les constructions maritimes. Il est préféré au chêne de l'Amérique, Le pin, l’aune,-le

bouleau prédominent dans les bois de la Grande- Pologne.

Le travail et les capitaux concourent à perfectionner l’agriculture dans ces contrées. Les fermes- modèles de Turwia (propriétaire Chlapowski), de Sulislawiçé (Biernacki), de-Marchwacz (Niemoiowski), Szczypiorno (Ordenga), Opatowek (Zaïonczek), de Gawlow (Mleczko), dans le village de Biskupicé (Taczanowski), donnent un grand essor à l’économie rurale. Une école agricole, à l'instar de Grignon, est établie à Warsovie; M. Oczapowski la dirige. M. Kurowski publie un écrit périodique consacré à l’agriculture.

Le jardinage n’est point négligé : depuis la pomme de terre jusqu'au raisin et au mürier, tout est cultivé sur le sol de la Grande-Pologne. Le Notéc, la Warta et l'Oder possèdent quelques vignobles sur leurs bords. À Babimost (Bomst) 500 arpents sont destinés à la plantation des vignes. La Wistule, jadis, depuis Sardomir jusqu'à Thorn, voyait verdir ses bords. Depuis les guerres suédoises dans le xvn® siècle, cela a été négligé dans ces contrées, sinon dans les jardins particuliers et dans le jardin botanique à Warsovie.

Les bestiaux pourraient être mieux dans un pays où la nourriture est à si bon marché. Les propriétaires de village ont des soins particuliers pour les troupeaux de moutons. — Les guerres fréquentes sont sans doute cause de l’amoindrissement qu’on remarque dans la race des chevaux. Jadis on voyait dans tout le royaume de nombreux haras, des chevaux forts et légers à la course, et dont la noblesse polonaise savait tirer de si grands avantages sur le champ de bataille. Aujourd'hui, les chevaux de race viennent de l'étranger ; le bidet du paysan traîne à peine le chariot chargé de bois et de légumes. Le bétail se trouve dans le même cas; on n'en élève qu'autant qu'il en est besoin pour avoir de bon lait et du beurre. L'Ukraine et la Podolie fournissent abondamment et à bon marché ce qui est nécessaire pour la consommation des habitants. La laine polonaise rivalise, aux marchés de Breslau, de Francfort-sur-l'Oder et de Dantzig, avec les laines de Silésie et même de la Saxe; les qualités inférieures surtout sont recherchées ; la laine fine est exportée en Angleterre pour les fabriques.

Les bois deviennent de jour en jour moins fourrés, et par conséquent le gibier est plus rare. Pourtant on aperçoit çà et là des cerfs, des chevreuils, des lièvres, des sangliers, des loups, des

renards, des martres, des loutres. L'ours devient une rareté. L’âne est étranger au sol. Des lacs et des rivières approvisionnent les cuisines du riche ct du pauvre en esturgeons, saumons, truites, anguilles, barbots, lamproies, perches, sandres, brochets, carpes, brêmes, glanis, picarels, carrelets, goujons, taloches, etc.Les écrevisses se rencontrent partout. Le gibier volatil n'est pas moins nombreux que les poissons : les coqs de bruyère, les coqs de bois, les francolins, les perdrix, les bécasses, les oies et les canards sauvages sont servis sur la table du riche.

En général, on est bien pourvu de tout ce qui satisfaitles besoins matériels de la vie; aujourd’hui on entreprend desaméliorations chanceuses,mais l'esprit hardi et novateur du Polonais ne craint aucune expérience, ne recule devantaucun sacrifice

L'état des fabriques est presque sur le même pied que celui de l’économie rurale : partout le mouvement du progrès, mais la perfection, le fini se font attendre.

Les plus grandes fabriques de draps sont en Posnanie, le long de la frontière silésienne, dans le palatinat de Kalisz eten Masovie. Ce sont pour la plupart les industriels allemands qui dirigent ces établissements. Les ateliers du duché ont souffert beaucoup par la protection qu’on a accordée aux ateliers du royaume : anciennement leur prospérité se soutenait par l'exportation de leurs produits en Asie à travers la Russie. Mais depuis qu’on à partagé le pays et établi la concurrence appuyée d'autre part par le haut tarif du transit, les fabriques du duché sont forcées de chercher des débouchés en Allemagne, où les produits de la Saxe prédominent. Leur décadence fut donc irrévocable. On s'efforce cependant de les perfectionner pour qu'elles puissent lutter avec les fabriques de la Saxe : en 1836 on expédia à Leipzig, d’une seule ville de Posnanie (Schonlanke), mille trois cents pièces de drap; la régence de Bydgoszez a vu, à la foire de la même année, dans sa capitale, mille neuf cent quarantesept pièces de drap et cent quatorze pièces de revêche. À Wschowa, dans-la régence de Posen, il y a deux cents tisserands de drap. On y fait de la toile, mais d’une qualité inférieure à celle de la Silésie. Rawicz, Boïanowo, Leszno, sont des villes renommées en Posnanie pour les fabriques de draps et de toiles, Dans le royaume de Pologne on confectionnait des draps pour 70 millions de florins par an. L’arrondissement de Lenczyça fournissait seul pour 30 millions. Zgierz,

Alexandrow, Tomaszow, Brzeziny, Klodawa, Ozorkow (13 millions de produit), Konstantynow, Dombie, Zdunska-Wola, Wielun, Kamienica- Polska, Zalewie, Blaszki, Czenstochowa, sont les villes où l’on fabriquait le plus de draps et de toiles. Mais depuis 1832 ces villes ont déchu de leur prospérité, car le gouvernement moskovite excite les fabricants, ruinés par la guerre, à transférer leurs ateliers dans les limites de l’empire. Malgré toute la crainte que leur inspire le gouvernement russe, ils sont forcés, vu leur état de détresse de porter leur industrie au delà de la frontière du royaume qu'ils regardent généralement comme la limite de la civilisation et de la sûreté de la propriété.

A Bydgoszez, Kretoszyn, en Posnanie, à Dzialoszyn et à Powonzki, dans le royaume de Pologne, il y a des fabriques de tabac ; les tanneries et les mégisseries sont pour la plupart dans la Mazovie ; à Pila (Schneidemuble) on trouve une mégisserie de cuir dit anglais. Les papeteries se multiplient infiniment etperfectionnent leurs produits. On trouve des forges à Olesnik, Dmosin, Tomaszow;Uiazd,des verreriesà Brzuzycé,Rodan, Konopnicé ; des salpêtrières à Krzepicé et Inowloclaw ;unefonderie de cloches à Leszno. À Lomna près de Warsovie il existe une fabrique de quincaillerie ; à Posen et à Warsovie, il y a des fabricants de voitures, calèches, landaux ; des facteurs de pianos. La chaussure confectionnée à Warsovie est recherchée à Saint-Pétersbourg et à Moskou ; la bière de Warsovie et de Grodzisk en Posnanie jouit d’une grande réputation dans le pays. Du reste, tousles métiers se concentrent dans les deux capitales : Warsovie et Posen : la concurrence étrangère n’est pas dangereuse pour leurs produits. L’importation diminue sensiblement.

La Grande-Pologne exporte les grains, le bois, les draps, les cuirs, la laine, la cire, le suif, le lin, la farine, l'eau-de-vie de grains, etc. Elle importe les liqueurs, les denrées coloniales, la laine fine, le sel, les tissus de coton, de lin, de chanvre et les étoffes de soie.

Comme partout ailleurs les grandes routes se perfectionnent visiblement : il y a une ligne tracée qui devait conduire de Berlin par Posen à Kalisz. Dansle royaume de Pologne, Warsovie est le point central où aboutissent les chemins ferrés dans la direction de Saint-Pétersbourg (par Kowno), Moskou (par Brzest), Kalisz, Krakovie et Zamost. Toutesces routes ont été construies solide= ment et à grands frais. Les chemins vicinaux sont

dans un état déplorable : l'administration ne s'occupe que des routes militaires.

Les villes polonaises, mal famées en Europe, se relèvent de leur avilissement. Ce n’est pas ici le lieu de faire leur histoire ; mais disons en leur faveur qu'au xive et xve siècle elles surpassaient en propreté, en beaux édifices et en murailles crénelées beaucoup de villes en Europe. À Bygdoszcez, Gnèsne, Wschowa, Posen, Kalisz, Piotrkow, Lenczyça, Rawa, Gostyn, Pultusk, Plock, Lomza, etc., on voit encore les ruines qui attestent leur ancienne splendeur. Avant de condamner uniquement l’ancienne administration polonaise, que du reste nous ne voulons pas excuser, il faut bien fouiller dans les archives, préciser avec détail les dates de la décadence des villes et des invasions étrangères, et prouver l'histoire à Ja main qu'il y avait dans le temps moyens et sécurité suffisants pour les faire refleurir. Sous tous les règnes, dans les plus grands désordres, nous voyons les diètes décréter les constitutions (lois) pour améliorer les villes. L'histoire seule peut nous expliquer leur mauvais état. On a reproché à la Pologne sa misère sans jamais remonter à la source du mal; et il y a des géographes qui ont bénévolement rénété ces reproches comme des preuves statistiques. Il faut réfléchir quand on copie de tels livres, et surtout ceux qui ont été écrits sous l'influence des trois cours envahissantes. Alors on verra que la Prusse, Ia Russie et l'Autriche, avant d'introduire quelques améliorations, aux frais des citoyens, dans les villes, les fabriques et les manufactures, ont dévasté et brülé les villes, fabriques et manufactures que la Pologne possédait avant leurs dominations désastreuses.

Nous l'avons dit et nous le répétons, les villes polonaises se relèvent, prennent un extérieur agréable; leurs rues sont repavées, ou bien le pavé, enfoui à huit, douze et même vingt-huit pieds au-dessous de la surface, reparaît de nouveau, et indique bien au delà des barrières l'étendue de l’ancienne cité. Mais chez un peuple essentiellement agricole, les villes ne peuvent pas grandir subitement, il faut pour cela du temps, de la patience et de la sécurité; la première et la seconde de ces conditions nous manquent souvent, la troisième n’est guère Hs sous une domination étrangère.

Dans la région que nous décrivons, la première place appartient à la capitale du royaume de Po-

logne, Warsovie, qui compte cent trente mille habitants; après elle viennent dans la Grande- Pologne, Posen, avec une population de vingt sept mille âmes; Kalisz, qui en possède douze mille; Ploçk, neuf mille cinq cents; Leszno (Lissa), huit mille; Bydgoszcz (Bromberg), sept mille; Wschowa (Fraustad), six mille; Zgierz, cinq mille cinq cents; Lodx, cinq mille quatre cents; Piotrkow (Petrikau), cinq mille deux cents; Lenczyça, quatre mille huit cents; Ma- Low, quatre mille; Miendzyrzecz (Méséritz), quatre mille; Gnèzne, quatre mille; Waiclun, trois mille deux cents; Sieradz, trois mille deux cents; [Wien (Filehne), trois mille. La population des villes et des bourgades descend à deux cents habitants. Kruswiça, deuxième capitale de la Léchie, n’en possède que cent quarante et n’est considérée que comme un village.

KALISZ ( prononcez KAL1scH }.

Cette ville est située par 510 48 de latitude et 159 40 de longitude, est éloignée de Breslau de quinze milles et demi, et de Warsovie de trente-deux. Elle est chef-lieu du palatinat qui porte son nom, et possède des autorités judiciaires, civiles et militaires. La Prosna divise en trois parties son terrain, et les entoure de ses eaux ; ce qui donne à la cité l'aspect d’un groupe d'iles.

À la place des hautes murailles, des tourset des marais qui l’entouraient et la défendaient, on voit des jardins bien entretenus, qui pendant la belle saison lui prêtent un air de fête. Jadis Kalisz était une ville forte qui résistait aux attaques des envahisseurs ; dans les temps modernes on sentit qu’elle ne possédait plus les moyens nécessaires pour repousser l'ennemi, et on négligea ses fortifications ; les murs croulèrent sous la main du temps, on les balaya pour faire place aux jardins. Un incendie arrivé en 1792 détruisit la moitié des maisons (trois cent dix-huit en tout) et les fit remplacer par des édifices d’une architecture moderne.

Les rues dites de Warsovie et de Breslau sont assez larges et bien payées : nombre d'autres, bordées d'arbres, servent de lieux de promenades; la rue de Louise, ombragée dans toute son étendue par quatre rangées de peupliers d'Italie, est d'une fraîcheur délicieuse.

L'hôtel de la commission du palatinat, ou maison du gouvernement, tient le premier rang

parmi les édifices. Il est splendidement monté, et il y a des appartements pour recevoir les rois pendant leur séjour dans la ville. Un autre bâtiment remarquable est celui où siége le tribunal. L'ancien collége des Jésuites, élevé au commencement du xvn° siècle par Stanislas Karnkowski, archevêque de Gnèsne, primat du royaume, était dans son temps un des monuments les plus remarquables en Europe. La grande salle des séances est longue de 200 pieds

| sur une largeur de 72 pieds. Dans le temps où

cet édifice servait de local à l’école militaire, on y faisait manœuvrer à l'aise deux cents jeunes gens. Cet édifice, élevé pour servir de demeure aux zélés de Rome, après la suppression de leur ordre, resta désert jusqu’en 4795, où le gouyernement prussien, ens'emparant de la ville, rendit l’église et ses dépendances à l’asage des Luthériens. Le gouvernement du grand-duché de Warsoyie y établit une école militaire en 1810, qui y resta jusqu’à 183! ; en 4852 les cadets furent transférés à Saint-Pétersbourg, et l'édifice devint un bureau pour les fonctionnaires moskovites. En 1853 on y établit une chapelle grécorusse. Singulière destinée !.... Du catholicisme l’église passa au luthéranisme, qui fit place au

gymnase guerrier qui devait fournir des braves défenseurs à la patrie. Ensuite il passe aux fonctionnaires de l’exterminateur de la nation, et de nouveau devient un lieu de culte; trois principales professions religieuses, la liberté et l'oppression y firent leur siége ! C’est toute l’histoire du pays dans ces derniers temps qui passe sous ces yoütes spacieuses.

L'église de Saint-Nicolas, appartenant autrefois à des chanoines réguliers, est la plus ancienne fondation de cette ville. Sa structure est antique, son maître-autel porte un tableau d'une rare beauté. L'église cathédrale, sous l'invocation de saint Joseph, est belle; on voit dans une chapelle le tableau du patron de l’église : cette peinture opéra tant de miracles, qu'à la fin du xyrme siècle le pape lui octroya la couronne royale. L'église des Augustins possède un ouvrage en bois ciselé qui représente un échafaud semblable à la guillotine. C’est un ouvrage d’ancienne date, qui à précédé au moins d’un siècle l'invention du docteur français. On compte à Kalisz trois ordres de moines, celui des Bernardins, des Récollets et des Franciscains. Le bâtiment de ces derniers est changé en une maison de réclusion.

Les voyageurs trouvent bon gite dans plu-

se = a. PAR CES ER

Page 1