L... entra dans l’église au moment de cette lu
gubre cérémonie ; la foule s’écarta à son approche, comme si elle redoutait son contact, et quand il vint à s'asseoir sur un banc, les femmes se sauvèrent en lui jetant un regard de mépris. L... demeura tout confus. Après la messe, les prêtres firent la procession et vinrent jeter de l’eau bénite sur le catafalque. L.... avait les yeux fixés sur les figures symboliques qui entouraient le catafalque…. Tout à coup, il vit la Mort qui paraissait se mouvoir, et l'ombre du major lui apparut. L.... cacha sa tête dans ses mains pour échapper à cette horrible vision, et quand il ose ouvrir les yeux, l’église était déserte. Les cierges commençaient à s'éteindre. L... veut gagner la porte extérieure, mais au moment qu'il s'apprête à franchir l’église, il entend des pas qui résonnent sur les dalles, il retourne la tête, et il aperçoit une ombre qui descend du piédestal ; sa main est levée, elle s’avance et pose sa poitrine sanglante sur la poitrine de L... L.... cherche à se dégager de cette horrible étreinte, il veut fuir; mais la porte extérieure est fermée, il retourne sur ses pas et trouve face à face la figure livide du major. Des ombres vêtues de blanc remplissent l’église. L... essaie encore de fuir, mais il retrouve partout l'œil menaçant du major. Tout à coup il entend une voix qui lui crie : « Traître, tu ne m’échapperas pas, donne - moi mes cent ducats! » et une main glacée s'appuie sur le front de L... L... se réveille en sursaut.
« Monsieur, ilest cinq heures du matin, vous n'arriverezpas à temps, habillez-vous vite. —Qui va à? dit L... — C'est moi, monsieur, dit le domestique ; vous dormiez si fort que j'ai été obligé de vous secouer [a main pour vous réveiller.
Vous m'avez ordonné hier d’entrer de bonne heure dans votre chambre, et me voilà. —— Ah! merci, mon pauvre Jean! Comment, je suis chez moi, duns mon lit ? j'ai donc rêvé ! tout cela n’était donc qu’un horrible cauchemar! — Vous avez dù bien mal dormir, monsieur : on fait de mauvais rêves quand on dort tout habillé. —- O miséricorde infinie ! s’écria L...en se jetant à genoux.Mon Dieu! achevez votre œuvre et donnezmoi la force de profiter de ce terrible avertissement. » Dieu avait touché l'âme du pécheur, Dieu s'était servi de son sommeil pour le retirer de l’abime,
L.., après sa prière, sentit qu'une vie nouvelle allait commencer pour lui; il veut s’éprouver luimême, ilcourtàsacassette,etregardesonor;mais, 6 bonheur ! à miracle de la grâce divine! ilne sent plusniémotion, ni plaisir... Va,ditL.., jeneserai plus ton esclave, maudit métal ! c’est toi qui seras mon serviteur, tu m’aideras à faire des heureux et tu me procureras tous les plaisirs permis, approuvés par la conscience. »
Le jour commençait à paraître, lorsqu'on frappa légèrement à la porte du major. « Qui est là ? dit le major en saisissant son épée. — Ami! répondit L...., — Soyez le bienvenu. Ah! vous êtes matinal, et, si je ne me trompe, il me semble que vous m’apportez une bonne nouvelle. » L..: rougit et dit: « Oui, major, je suis heureux, mais ce bonheur est pour moi; cependant vous n'y êtes pas étranger, et vous ignorez vous-même l'immense service que vous m'avez rendu. Vous savez que je suis riche, les quolibets de mes amis vous l'ont appris hier...» L... rougit encore. « On m’appelait avare : en effet, j'aimais l'or avec passion. Et cette ignoble passion avait envahi tout mon cœur, je ne savais plus être bon, je ne savais plus être compatissant..…. Aujourd'hui, j'ai honte du passé, et je vous en remercie. Hier, vous auriez pu profiter de mon exaltation pour me ruiner. Je jouais comme un fou, oui, je jouais avec le délire de la fièvre, et vous vous êtes montré plein de délicatesse et de grandeur, vous avez eu pitié du pauvre insensé. À mon tour j'ai voulu être digne de vous, et Dieu m'est venu en aide. Je ne suis plus le même homme, l'or ne sera plus pour moi que l'instrument d'une bonne action. Et tenez, major, vous serez de moitié dans le premier acte de ma résurrection. Voilà cent ducats, distribuez-les à tous les pauvres que vous trouverez sur votre chemin. Si dans l'avenir je fais quelques bonnes œuvres, c’est à vous que Dieu en donnera le mérite. N'est-ce pas vous qui avez renouvelé ma vie? n'est-ce pas vous qui m'avez montré l'exemple du bien?.. Adieu, major, il me reste à m’acquitter de ma dette, voilà les cent ducats : adieu, nous ne nous verrons sans doute jamais, mais ne m'oubliez pas. »
Le major quitta Smorgonié sans qu'il lui arrivât rien de fâcheux. | |
Depuis ce jour, L... devint le meilleur et le plus charitable des hommes, sa bourse était ouverte aux pauvres, il était béni de ses paysans, on priait pour lui à l’église, et tout le monde r'Épétait : Dieu a fait un miracle.
Ve
Cet événement, vrai dans le fond, ne paraitra pas invraisemblable’ aux esprits qui approfondissent lés mystères de la nature humaine. La volonté de l’homme est incertaine, sa raison est un souffle que le vént emporte ; un songe, un MmOment d'hallucination ont eu souvent plus d’influence que la résolution la mieux arrêtée. EL... en est la preuve.
joue années après la campagne de Moskou, L... eut le bonheur de rendre service à un de ses amis d'enfance :en lui prêtant une somme considérable, il le mit à même de faire une brillante fortune. Cet ami avait uné sœur, belle, charmante, bien élevée; L... en devint amoureux; et elle, pénétrée de reconnaissance pour |. le bienfaiteur de son frère, ne tarda pas à lui accorder sa main. +
près guéride nies blëssures.
-«Le:jour que le jeune couple se rendait à l’église pour recevoir la bénédiction nuptiale, on remét ame, lettrerà :.. Cette lettre était du major. S..: € Je ne: vous ai pas œublié, disait-il,
et vous êtes la’ première ‘pensée de ma convalescence. J'àt été grièvement blessé à la bataille de! Leipzig,
Je .suis tombé mourant à côté du prince Joseph Pomatowski; mais me voilà à peu
»Y espère que le hasard:nous rapprochera un jour, et j'aurai la: preuve, que mes bons pressentimentsine m'ont'point trompé. Soyez-en sûr,
Dieu récompense ceux qui ont foiten lui. »
La lettre n’imdiquait pas le heu:où se trouvait
‘le-major,' et: quelles que fussent :les démarches
de bas, il ne put pere à le découvrir,
! Ouxups Cnonzxo,.
DRZEWICA.
(Prononcez DRJEVITZA.),
Sur la grande route de Warsovie à Krakovie, on trouve le bourg de Drzewiça, dont la fonda-
tion remonte à une époque reculée, Il est situé:
dans le palatinat. de Sandomir sur la rivière de la
Drzewiczka qui se jette dans la Piliça, et celle-ci.
débouche dans la Wistule.
Autrelois, ce bourg était considérable ; la piété de Wladislas Lokietek y fit élever, vers l’année 1520, une belle’ église qui, depuis, a subi les
vicissitudes attachées au temps, aux invasions étrangères et, aux guerres si fréquentes dont la Pologne était le théâtre: Oui, c'est là que les
Suédois, les Moskovites, les Autrichiens ou les
Prussiens venaient vider leurs différends.
On remarquait autrefois un magnifique châeau; mais les.guerres y portèrent leurs ra-
vages, et en 1814, ün incendie le détruisit et ne laissa que des ruines qui frappent aujourd’hui les yeux du voyageur.
En 1794; Drzewiça fut témoin de vifs débats qui accompagnèrent la dissolution de l'armée nationale, à la suite de la prise de Praga par les Moskovites, et de la capitulation de Warsovie. Les uns voulaient que l'armée tentât un coup désespéré en revenant sur ses pas, les autres: projetaient dé marcher par l'Allemagne jus:
qu'en France ; mais la fatalisé s'attacha au sort des Polonäis ; ils firent encore quelques étapes, et ce fut à: Radoszycé qu’eut lieu la dissolution entière de cette armée qui, avant, fit tant de prodiges sous les ordres de Kosciuszko ! $
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HISTOIRE
Sigismond-Auguste, dernier rejeton de la dynastie des Jagellons, combla, par son décès, les vœux de l'aristocratie polonaise, en lui procurant l'occasion et le droit d’élire ses souverains. Mais, au lieu de s'occuper d’asseoir l'édifice politique de l'Etat sur les bases d’une démocratie large et populaire, elle s’occupa de ses intérêts de caste : son ambition et ses abus favorisaient les projets des puissances voisines et durent amener ces malheurs dont les suites ont été si fatales aux générations futures !...
Les nobles de la république polonaise s’agitèrent en tous sens, et se réunissaient dans les diétines ; ils créèrent une nouvelle espèce de confédération, qu'ils appelèrent Æaptur (le froc ou le capuchon), en signe de douleur et de tristesse, à l'occasion de l’interrègne; mais ils ne purent convenir du temps et du lieu où l’on devrait s’assembler pour tenir la grande diète. Jacques Uchanski, archevêque de Gnèzne et primat du royaume, prit donc l'initiative, et invita les Etats à s’assembler à Warsovie pour le 9 octobre 1572. Mais la diète ne put encore avoir lieu, les sénateurs n’étant pas en nombre suffisant. Après une nouvelle délibération, qui eut lieu à Kaski sur la Pisia (à neuf lieues de Warsovie), l'archevêque fut encore forcé d’ajourner l'ouverture des diétines au 13 décembre, ec celle de la diète au 6 janvier 14573. Aux diétines l'ordre équestre choisissait deux nonces de chaque palatinat, chargés du pouvoir d’établir une nouvelle forme de gouvernement et de subvenir à tous les besoins de la république. Cette diète préliminaire, qui avait lieu à la suite de la mort du roi, fut appelée diète de convocation, et se tenait toujours à Warsovie.
La diète de convocation fut ouverte par une discussion sur les pouvoirs du primat pendant la vacance du trône. On éleva la question de savoir