‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 162 sur 180 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

oint de Eglise, chef de l'armée volontaire, et le peuple, grande associa- |

meilleurs auspices, et fondant sa nationalité d'une manière plus large et plus solide. L'Europe entière, travaillée pendant neuf siècles par les tourmentes qui semblaient annoncer un prodige, qu'enfanta-t-elle enfin ? la féodalité, c'est-à-dire la négation de l'unité et de l'égalité dans le monde politique, et là négation du mo social dans le monde intellectuel. La Pologne dès son

| début affirme ces principes et ies réalise en

paroles et en actions. Pendant que la fille des Césars jouait avec les couronnes des princes et lés chaînes des esclaves, la fille des Boleslas consacrait ses jeunes années aux travaux du camp et de l’enseignement. Si en Occident les possessions territoriales déterminent les devoirs sociaux des hommes, âu Nord les hommes n'apprennent leurs devoirs que dans l’école du sacrifice et du dévouement. Si les populations de France, d'Italie et d'Allemagne sont divisées en

| mille classes diverses, c'est-à-dire du point de

vue du but matériel, la Pologne, ne visant qu'au but moral, un, et le même pour tous, ne connaît qu'un peuple, une nation. Ailleurs, il y a des serfs et des maîtres, des vassaux et des suzerains, une hiérarchie civile et militaire; en Pologne, iln’y a que les cultivateurs et‘les chevaliers, ces derniers tous éligibles par la voie des assemblées populaires, tous frères et égaux.

Mais à partir du xure siècle, cet état de enbaËs nee presque entièrement. Les deux pôles de l'Europe, inclinés encore l'un vers l’autre par la religion, commencent à diverger de plus en plus. À travers les revirements tantôt partiels et tantôt généraux, il se prépare sur les différents points des résultats diamétralement opposés aux impulsions primitives. En Occident; sur les débris de la féodalité s'élèvent les monarchies, et à leur aide les classes inférieures se

feraient le chernin de l'émancipation. Au Nord, les hommes libres se font de la liberté et de l'égalité un privilége exclusif, substituent à l'esprit de la nation l'esprit d'une caste, dissolvent lunité du pouvoir dans la mer orageuse des assemblées publiques, réduisent en esclavage les masses, et, après avoir trempé toutes les cordes de la vie dans la licence et dans l'anarchie, entrainent avec eux la nation entière sous le joug du despotisme étranger.

Au moment où la France battait en brèche la haute noblesse au profit de la royauté et des communes, au moment où l'Allemagne travail- Jait à la décentralisation matérielle de l’Empire, et à l'organisation des Etats indépendants, au moment où Fltalie érigeait ses villes en républiques florissantes, au moment, en un mot, où l'Occident et le Midi de l'Europe entraient, sous l'impulsion de l'Eglise, dans la voie de l'ordre ct du progrès, la Pologne, déchirée par les quatre fils de Boleslas, oubliait, au milieu des guerres intestines, le but de sa mission providentielle, et perdait la conscience de ses hautes destinées. L'extinction de l’unité politique et l’affaiblisse -

ment de l'unité morale jetèrent la confusion

dans les idées et dans les mœurs. Le pays, divisé en autant de provinces qu'il y avait de princes, cessa d’être Pologne. À la place de la nation une, compacte, responsable devant le but national commun, il se trouva des employés corrompus, des nobles classés par les armoiries et les parchemins, des paysans rebelles et des serfs attachés à la glèbe. Les anciennes coutumes démocratiques, si belles et si utiles jusqu'alors, devinrent instrument d'oppression, d’anarchie et de désordre. La haute noblesse s’en prévalait pour échapper à Ia féodalité, tandis que le peuple ne’‘cherchait, en se réunissant, que le moyen de la résistance. L'ordre militaire, ou la communauté des défenseurs du peuple, le vrai noyau de l’ancienne Pologne, s'interposa à la fin, il est vrai, entre ces deux corps baignés dans leur propre sang, mais luimême était malheureusement atteint aussi de la corruption.

En effet, vers la fin du xm° siècle, lorsque Wiadislas Lokietek, après avoir réuni, les armes à la main, toutes les provinces, entreprenait de reconstituer la Pologne, l’ordre militaire ou Ja noblesse du pays (milites nobiles), en jetant son épée sur la balance au profit du pouvoir central, contre l'oligarchie aristocratique, ne

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