TOME Ile
pression du gouvernement pèse d’un double fardeau, d’exaction militaire et du servage terrien. La ville de Luck, dominée par un château situé sur les bords du Styr, est un ancien chef-lieu du palatinat de Wolhynie, et le siége épiscopal de l'Eglise latine.
De Luck à Dubno le terrain, d’uni qu’il était, devient mouvant et ondoyé. Quand on fait le voyage en poste, quand les chevaux, dans ce pays classique de coursiers d’attelage, transportent le voyageur avec la vitesse de la vapeur, alors il lui semble être emporté par les vagues d’une mer agitée, qui tour à tour le précipitent et l’élèvent d'une hauteur de vingt à trente toises.
Si, au contraire, il parcourt le pays en explorateur savant, il verra le terroir changer de nature près de Luck; sablonneux d'abord, il se raffermit par degrés et devient plus argileux, la couche de terre végétale s’épaissit progressivement versle midi, pour atteindre en Ukraine la plus grande épaisseur connue en Europe. Les bois, qui, aunord de Luck, en Polésieet dans presque toute la Litvanie, sont presque exclusivement de pins et autres arbres épinglés, changent avec le terrainen forêts de chênes, aunes,charmes, hêtres, etc., qu’on appelle foréts noires, par opposition aux forêts de sa-
pins toujours verts. À quelque éloignement du grand chemin, on aperçoit par-ci par-là des châteaux c'es riches seigneurs du pays. La Wolhynie est une des provinces les plus aristocratiques de la Pologne, la plupart de ses noms historiques y ont leur résidence. Les biens d’un Radziwill où d’un Sapiéha touchent à ceux d’un Lubomirski ou d’un Jablonowski, et ne sont séparés des terres d’un Sanguszko ou d’un Mniszech que par les domaines d'un Czartoryski, d’un Chodkiewiez ou d'un Tarnowski. Cette noblesse de vieille roche, fière de ses ancêtres, qui ont rendu de grands services à la patrie, fière de ses grandes fortunes territoriales qui lui procurent une espèce d'indépendance au milieu de l'oppression générale, est brave, hospitalière et patriote. Elle ne se laisse pas facilement corrompre par les cajoleries et les avances du gouvernement moskovite, prodiguant ses titres et ses croix à des ingrats qui, à la première occasion, lèvent l’étendard de l'insurrection au nom de la Pologne opprimée. — Quelques malheureuses exceptions ne prouvent rien contre l'esprit général qui anime la presque totalité. Une des qualités remarquables de cette noblesse, c'est encore l’amour des lettres et des arts. Ainsi, à la distance de quelques lieues sur le chemin que nous parcourons, vous trouverez à Horochow, château de Tarnowski, une collection des tableaux et des statues des premiers maîtres d'Italie, entre autres la belle statue de Persée du célèbre Canova, les cartons de dessins du meilleur peintre polonais Smuglewiez, ete.; à Mlynow, château de Chodkiewiez, un cabinet de chimie, monté à grands frais par le seigneur du lieu, qui compte parmi les savantsles plus distingués de la Pologne ; à Miendzyrzecz, petite ville appartenant à Stecki, un collége supérieur d’études entretenu en grande partie aux frais du propriétaire, et beaucoup d’autres établissements de ce genre, dont, hélas ! une grande partie a été détruite après la dernière révolution, à la suite des ordres émanés du cabinet de Pétersbourg.
D'un autre côté, les seigneurs de la Wolhynie ne manquent pas des vices communs en grande partie à tous leurs nobles confrères de l'Occident de l’Europe; ils sont vains, orgueilleux, dissipateurs, et quelques-uns, malgré leurs lumières, oppresseurs du bas peuple. Cette dernière observation ne s'adresse qu'à un petit nombre, parce que l'oppression générale sous laquelle gémit le peuple de ces contrées est due principalement au gouvernement russe, qui em-
pêche tout affranchissement du servage, mesure à laquelle la noblesse du pays est généralement préparée.
Dubno est une ville de district un peu mieux bâtie que les précédentes. Le château des princes Lubomirski est situé à l'extrémité de la ville sur la petite rivière d'Ikwa. Dubno était autrefois renommée par ses contrats. C’est ainsi qu'oii appelle en Pologne le rendez-vous général des propriétaires et des capitalistes du pays, à une certaine époque de l'année, pour conclure des marchés d'achats, de ventes, de baux, de biensfonds, d'emprunt d'argent, paiements d'intérêts, etc. Cette réunion est ordinairement accompagnée d’une foire et des réjouissances que l’affluence des riches propriétaires rend lucratives aux entrepreneurs. Des bals, des concerts, même des jeux de hasard, vident bien souvent plus vite les poches des contractants,que les marchés conclus ne les remplissent. — Les confrats étaient pour la ville une source abondante de revenus. Un oukaze du tzar Paul Ier les transporta à Kiow, ville située à l'extrémité de trois provinces méridionales de l’ancienne Pologne, à plus: de cent lieues de Dubno. Les propriétaires voisins sont forcés de faire un voyage de quelques semaines pour s'entendre sur leurs affaires: #0 À Dubno la grande route se divise en deux principaux embranchements, dont une mène:à Ostrog, l’autre à Radziwilow et en Galicie. Ostrog, ville dudistrict,; comme Wlodzimierz, Euçket Dubno, possède un ancien château autrefoisla résidence des princes Ostrogski. Nous prendrons pour le moment avec notre voyageur l’autrerchemin qui est celui de Radziwilow, c’est la grande route de Brody, Léopol et tout l'empire d'Autriche.
À deux lieues de Dubno tout change d'aspect; le terrain devient sablonneux, le pin, l'arbre senper virens, reparaît, les champs sont jonchés de pierres quartzeuses et calcaires; plus loin, on voit des amas du silex dont on fait les pierres à feu entrès-grande quantité ; et, choseextraordinaire ! dans cette vaste plaine qu'on nomme la Wolhynie, on voit dans le lointain des montagnes bleuir à l'horizon.
Pour un habitant des plaines, là vue des montagnes a quelque chose de solennel, quelque chose qui élève l’âme et poétise les sentiments: Combien l'impression que leur aspect produit n'est-elle pas touchante pour quiconque y fut né et élevé! Au milieu de ces hauteurs, cesrochers suspendus,
ces sentiers tortueux, ces ravins, ces précipices, ces cimes couverts d'arbres verts ou de neige luisante, ont un charme irrésistible pour un habitant des montagnes. C’est autant de temples où il adore la Divinité, rêve la patrie, la gloire ou l'amour. Heureux si, descendu dans la plaine de la vie pour en éprouver la réalité, il ne durcit bientôt le cœur et ne dessèche l'imagination au point de ne voir dans ces hauteurs sublimes que du sable, de la pierre et de la mousse !
Les montagnes dont nous parlons ne sont, à la
rigueur, que des collines, et encore ne se présentent-elles ainsi que d’un côté; mais au milieu d'un pays plat, c’est déjà quelque chose de rare que ces élévations de quelques cents pieds de hauteur. Ces monticules sont une ramification éloignée des monts Karpates. Nulle part elles n’atteignent 300 pieds d'élévation audessus du niveau de la mer.
: Dansle district de Stary Konstantynow, qui se trouve au midi de la Wolhynie, sur la frontière de la Galicie autrichienne, elles forment un plateau élevéauquel M.Eichwald(1) donnele nom d’Avratyne et qu’il regarde comme le plus élevé de la Wolhynie, et néanmoins, dit-il, 1l est plein de marécages. Ce plateau s’étend d'Avratyne à Bialoxorka (du nord au sud-ouest ), sur une longueur d'un degré environ; mais il a peu de largeur. « On peutjuger deson importance,» ajoute M. Eichwald, » quand on sait qu'il forme un point de partage entre la mer Baltique et la mer Noire ; que de son escarpement septentrional les fleuves coulent à la première, et que de sa pente méridionale ils descendent vers la seconde ; ces derniers sont en plus grand nombre et plus considérables. Ainsi, à l’ouest d’Olexinetz, le Bug a sa source : il se réunit à la Vistule et se décharge par conséquent dans la Baltique; et au nord, le Styr, le Goryne, le Sloutch, vont rejoindre le Prypec. Au sud, au contraire, on voit descendre du plateau toutes les rivières qui se jettent dans le Dniester par son côté gauche et qui sont par conséquent tributaires de la mer Noire, comme le Zbruez, le Smotryez, l'Uszyça, et à l'est se trouve la source du Bug russien et du Bozek qui s'y réunit aussitôt après avoir coulé dans un lit de granit égal au sien. »
Enapprochant ces hauteurs du côté du nord, on passe encore une fois la petite et tortueuse rivière d'Ikwa, que notre voyageur venant de Luck a déjà
(1) Natur historische skizzen von Litthauen Volhynien und Podolien, p. 3 et 103.
traversée à Mlynow et Dubno. Ici on la passe sur un pont en bois flanqué de deux auberges,et qu'on nomme Pont-Royal, parce qu’il a été construit à l’occasion du voyage du dernier roi de Pologne, Stanislas-Auguste, quand il allait à Kaniow en Ukraine, pour avoir une entrevue avec son ancicnne maitresse, depuis protectrice et enfin spoliatrice, la tzarine Catherine, de Russie.
Passé le pont, la grande route vous mène par un terrain sablonneux dans la gorge même des montagnes. Quelques villages disséminés à droite et à gauche du chemin, des bois verts quicouvrent les pentes, des chaumières blanches qui percent à travers les taillis, quelques rochers de couleur grisâtre suspendus sur des ravins profonds, des vaches paissant sur les coteaux et se frappant les flancs de leur queue ondoyante, tout cela forme ici un paysage alpestre auquel le voyageur de ces contrées ne manque jamais desourire, fatigué qu'il est de l’aspect uniforme des plaines. Le chemin pénètre ensuite plus avant dans le ravin encaissé entre deux rangs de montagnes; il est bordé de deux côtés de jardins et de maisons de plus en plus fréquentes ; des voitures de paysans et des britskas bourgeois, et même parfois des équipages élégants de la noblesse, vous annoncent que vous entrez dans une ville que le grand monde du pays a choisie pour sa résidence; mais vous passez près d’un quart de lieue sans l’apercevoir. Vous ne la voyez que quand vous y êtes. Cette ville, amas confus de quelques cents maisons en bois, quelques-unes en pierres, de trois ou quatre églises dont l’une est surmontée d’un grand dôme s’élevant fièrement dans les airs, le tout dominé par une montagne haute et escarpée, couronnée d’une citadelle en ruines ; cette ville, couchée dans le fond d’un ravin, entourée de hauteurs en amphithéâtre, c’est la ville de
KRZEMIENIEC.
(Prononcez : Krchémiéniétz.)
Que de souvenirs, que de joies, que d’amertumes s’attachent à ce nom vénéré dans toute la province, estimé de toute la Pologne ? C'est ici que l'élite de la jeunesse des provinces russiennes de la Pologne recevait le bienfait de l'instruction; c’est ici que pendant vingt-cinq ans d'existence du gymnase ou lycée de Wolhynie, était le foyer des lumières de ces contrées ; c’est ici que se sont formés tant de citoyens éclairés,
d’ardents patriotesg, des poëtes nationaux, des
magistrats, des écrivains, qui servirent la patrie et leurs concitoyens de leurs bras et de leurs talents. Aujourd'hui c'est un cloître de moines du rite gréco-russe.
Le souffle créateur d’un homme de cœur et de génie alluma ce foyer des sciences, l'haleine d'un barbare l’éteignit, Le lycée fut fondé par Thadé Czacki; c'est le tzar Nicolas qui le détruisit. — Grâce aux soins du premier, haut dignitaire de l'ancienne Pologne, illustre jurisconsulte-historien, près d'un millier de jeunes gens écoutaient la voix de plus de trente professeurs de hautes études; grâce à la vengeance stupide du second, un clergé ignorant et brutal du rite grec récite des Kyrie qu’il n'entend pas, dans les murs qu’il à profanés.
S'il est un endroit cher à l'homme d'un esprit cultivé, c’est sans doute celui où, pour la première fois, ilouvrit son âme au vaste domaine de l'intelligence.C’est pourquoila petite ville de Krzemienieç jouit en Wolhynie,en Podolie et en Ukraine de cet attachement qu'un homme d’un âge mür garde pour le maître éclairé de ses jeunes années; c’est une terre classique pour les gens lettrés de ces contrées. Que de fois ne vit-on pas dans cette petite ville des hommes qui, au déclin de leur carrière civile ou militaire, après avoir, comme soldats, arrosé de leur sang les bords du Tage et les plaines de Moskou, ou bien comme magistrats, écrivains ou simples citoyens, fait et défait tant de larges fortunes, gagné des renommées littéraires, servi la cause de leurs concitoyens, de ces hommes, dis-je, qui ont appris à connaître le monde sur une vaste échelle, venir s’attendrir à la vue de ces colléges où leurs enfants sont venus prendre leurs places, leur distribuer des prix de leurs mains, verser des larmes de joie sur leurs succès, et bénir la mémoire de l’homme qui a consacré sa vie à l'érection de ce monument destiné à l'instruction de leurs arrière-neveux ! Eh bien, un caprice barbare, un instant d’une colère sauvage, ferma cette belle institution. On a dit aux pères : « Vous avez fondé cet établissement avec votre argent; votre grand citoyen y usa sa vie et ses vastes capacités, je casse tout cela, moi, j'y place des moines : tel est mon bon plaisir. Taisez-vous! et adorez le lieutenant de Dieu sur la terre... »
Nous avous à dire quelques motssur le Lycée et son fondateur. Tous les deux n’existent plus; mais ils vivent dans la mémoire reconnaissante des habitants, |
Thadé Czaçki naquit en 1765 à Porçyk en Wolhynie (districtde Wlodzimierz), dans le château deson père, grand échanson de la couronne déPologne. Sa mère, née Catherine Malachowska, était fille de Jean Malachowski, grand chancelier dela Couronne, et sœur de Stanislas Malachowski, depuis maréchal de la diète constituante de 1788: Issu d’une famille noble et opulente, il fut destiné de bonne heure à remplir les plus hautes fonctions de la république ; mais sa jeunesse fut traversée par quelques catastrophes dont quel: ques-unes n’affectèrent que sa famille, d’autresla patrie tout entière, dont elles occasionnèrent-le total démembrement avant que Thadé ait atteint l’âge viril. Sa mère mourut quand il n’était qu'en“ fant; le père fut détenu prisonnier à Brody par les Autrichiens, après le premier partage dei Pologne en 1772, pour des motifs politiques. Son oncle fut son tuteur. Il reçut la première mstrue-
tion dans la maison paternelle ; il y étudia surtout
les langues latine, allemande et française, ainsi que les éléments des sciences et des lettres: Dès sa tendre jeunesse, il manifestait Céjà un goût mif pour les sciences et les lettres, un esprit supé+ rieur et un cœur dévoué au bien de ses semblas bles. L'argent de poche qu’on lui accordait poue ses amusements, il le consacrait à l'enseignement de pauvres orphelins à Poryck; il y entretenait à ses frais un précepteur, et il n'avait pas de plus grande jouissance que de se mettre examinateur de son école primaire.—C'est Napoléon enfantiessayant le petitcanon qu'ilavait fabriqué à Ajaccio; et qui, changeant de calibre, conquit l'Europe:
En 1784, il se rendit à Warsovie pour Coms mencer sa carrière publique. La cour de justice; dite Assessoire de la couronne, sorte de tribunal d'appel pour les juridictions des villes de la cou ronne, fut le premier forum où le futur grand jurisconsulte-historien fit son stage uniquement pour étudier lesusages du barreau et la pratique des lois. Mais cette sphère rétrécie du légiste ne put satisfaire sa vaste intelligence. Il lia bientôt connaissance avec plusieurs hommes éminents dans les sciences morales et politiques qui illustrèrent à cette époque la capitale de la Pologne, tels que les historiens Adam Naruszewicz, Jean Albertrandy. Il fréquenta la bibliothèque publique des Zaluski, dans ce temps un des plus riches établissements de ce genre en Europe, et là se préparait à la vaste carrière qu'il devait parcourir depuisayec tant d'éclat. Les premiersservices qu'il rendit au pays furent ses travaux conime membre
de li commission des mines, poste auquel il a | sors en sciences, arts et collections précieuses!
été nommé par le roi Stanislas-Auguste, le 30 avril 1784. Aidé de quelques savants, il fit des recherches de mines de sel gemme, produit quimanquait à la Pologne depuis que celles deVielitchka, les: plus abondantes sur le continent, avaient été énvahies par l'Autriche. Czacki proposa aka diète de faire voyager à l'étranger quelques jeunes gens capables d'acquérir une instruction solide dans la science des mines, la métallurgie et:la minéralogie. En vertu d’une décision de la diète, plusieurs de ces jeunes gens furent envoyés à Schemnitz en Hongrie, d’autres devaient aller à Freyberg en Saxe ; mais les circonstances politiques, surtout la guerre de 1791, mirent obstacle àcleur départ. Un de ces derniers, M. Luc Go- Iéëémbiowski, resta depuis ce temps attaché à Gzacki comme bibliothécaire. Celui-ci lui fut redevable d’une multitude de notes et d'analyses qu'ilfit des différents ouvrages, et que la vaste mémoire de Czacki embrassait et conservait avec une fidélité prodigieuse. M. Luc Golembiowski fut :depuis le bibliothécaire des princes Czartoryski à Pulawy, et enfin de la Société des amis désisciences de Warsovie, jusqu'à son abolition en 4852. Il est auteur de plusieurs excellents ouvrages en langue polonaise.
£ Nommé en 1786 membre de la commission des finances, Czacki visita les bâtiments construits surles bords du Dniester pour le service de la
quarantaine, et y fit faire beaucoup d’améliora-
tions: En 1787 il partit, comme délégué de la commission des finances, pour Yassy, capitale de Ia: Moldavie, pour traiter avec le hospodar, prince Ypsilanty, de l'introduction du sel dans les provinces méridionales de la Pologne. Il lui présenta un mémoire dans lequel il prouvait l’infraction aux traités existants, et l’engageait, dans intérêt même de son pays, à baisser les droits sur le sel exporté. Il en a reçu la promesse; mais les circonstances politiques dont la Pologne fut ensuite victime en empêchèrent l'exécution.
La commission des finances avait dans ses attributions la surveillance dela navigation intérieure. Thadé Czaçki consacra, de sa fortune particulière, une somme de dix mille ducats (120,000 francs) pour faire dresser une carte hydrographique de la Pologne et de la Litvanie, avec indication de 4,919 rivières grandes et petites, et de tous les accidents de leurs cours. Cette earte détaillée se trouve actuellement à Saint-Pétersbourg, où vinrent s'engouffrer tant de nos tré-
Infatigable dans son zèle poar le bien du pays, il fit un tableau des avantages du commerce de la Pologne avec la Porte-Ottomane ; il insistait Sur la nécessité de rendre navigable le Dniester qui déjà, dans les temps plus reculés, servit de voie de transport aux produits de la Pologne à la mer Noire. Il cita à ce sujet tous les traités existants, et rappela entre autres que l’évêque Adam Krasinski, quand il fut à Paris en 1769, proposa une convention commerciale au ministre duc de Choiseul. Cette convention n’eut pas de suite à cause du changement du ministère en France et du premier partage de la Pologne qui le suivit. Cependant, en 1779, M. de Vergennes recommanda à M. de Saint-Priest, ambassadeur de France à Constantinople, d'examiner ladite convention. M. Pierre de La Roche, envoyé par lui à Warsovie, fit des projets de commerce avantageux pour la Pologne, mais que la Russie empêcha d'admettre. Le duc de Nassau fut employé à l'exploration du Dniester, et on lui doit la première carte de ce fleuve où la profondeur soit indiquée. En 1787, par les soins de Czaçki et par ordre du gouvernement, ce fleuve fut exploré dans sa longueur, depuis la petite ville Uszysa en Podolie jusqu’à Bender en Moldavie. Czaçki insistait pour que tous les soins du gouvernement fussent tournés à rendre ce fleuve navigable; il prévoyait l'immense avenir destiné à la mer Noire, et, Voyant que ses conseils n'étaient pas suivis, dans un instant d’amertume patriotique, il s'écria : « Je jetai plus d'un coup d'œil sur notre » carte hydrographique; j'ai réfléchi combien le » pays aurait pu être riche et puissant. Nous n’a- » vons pas utilisé les dons de la nature! »
Les observations de Czacki sur le commerce de la Pologne avec l'Angleterre prouvent clairement que cette dernière puissance avait toujours un grand intéret à conserver la ville de Dantzig à une Pologne indépendante, et que cet intérêt ne peut qu'accroître tous les jours.
Doué d’un esprit vif et pénétrant et d’une activité infatigable, 1l porta successivement son attention sur toutes les branchesde l'administration du pays, et contribua à leur perfectionnement par ses conseils etses services. C’est ainsi qu’en 1786 il fit introduire un perfectionnement au jeu de loterie qui était une des branches du revenu public. Il demanda ensuite et il obtint que les commissions palatinales, dites du bon ordre, tinssent legouvernementau courant des besoins intérieurs
du pays, ainsi que de la quantité superflue des {tion nationale, qui s’y associe à l'unanimité !
produits entassés dans de certains endroits ; d'un autre côté, ilexigeait qu'on nommât des consuls dans les villes commerçantes de l'étranger pour rendre le même service au commerce d'exportation, Enfin il présenta à la diète constituante un projet de réforme des Juifs.
Deux immenses volumes, déposés autrefois à la bibliothèque de Poryçk, contenant plus de trois
mille feuilles écrites pour la plupartde sa propre
main, etayant trait à la gestion des affaires de la commission des finances, attestent de la prodigieuse activité de cet homme qui à vingt-deux ans avait déjà tous les mérites d'un homme public consommé.
À ce talent d'affaires éminent, à cette vaste capacité, il joignait un courage et une force de caractère que rien ne pouvait ébranler. Lorsqu'en 4787 le conseil permanent qui administrait le pays, et qui était formé de membres imposés par la Russie, et par conséquent dévoués à elle, avait enjoint à la commission des finances d'acheter un hôtel pour l'ambassade russe à Warsovie, cet acte de lâche complaisance trouva dans l'âme probe et énergique de Czaçki une vive opposition. De concert avec Roch Kossowski, trésorier de la cour et membre de la commission des finances, il signifia son refus d'obtempérer à ces injonctions, fruit d’une bassesse intéressée.
- Cette conduite digne et énergique, jointe à de si grands talents, lui valurent les témoignages les plus flatteurs des membres de la diète constituante en 4790. Christophe Szembek, évêque de Plock, président d’une délégation de la diète pour examiner le compte rendu de la commission des finances, et Onuphre Morski, castellan de Kamieniece, exaltaient les mérites de Czacki devant la diète assemblée en présence du roi Stanislas- Auguste, et le représentaient digne de la reconnaissance nationale. D’autres sénateurs et députés imitèrent cet exemple; enfin le roi lui-même, faible jusqu’à lâcheté pour opérer le bien, mais assez intelligent pour reconnaître le courage des autres, s’exprima en ces termes dans la séance de 4791, 7 février : « Plus d’une fois j'ai déclaré combien j'estime les mérites et les talents de M. Czacki, et quand le temps viendra, je prierai les états d'inviter unanimement M. Czaçki à continuer ses fonctions, sans recourir aux élections à son égard. » Heureux le citoyen qui, dans un pays libre, peut recevoir un pareil témoignage de son mérite en face de la représenta-
Son père, qui mourut vers ce temps, lui légua sa bibliothèque; il se trouva de moitié avec son frère, héritier d'une grande fortune, que nous le verrons dépenser de la manière la plus noble et la plus utile au pays.
En 1791 il fut délégué par la commission des finances, avec Jean Horaïn et Thomas Wawrzeçki, pour visiter le garde-meuble de la couronne, à Krakovie, où furent déposés tous les joyaux et les insignes de nos rois, avant qu'ils fussent \olés, une nuit, par les Prussiens. Czacki, habile antiquaire et savant historien, évéillait des souvenirs chers à ses concitoyens, en décrivant cés précieux dépôts d'une antique opulence. La commission lui manda aussi de visiter la province de Krakovie dansles détails qui entraient dansles attributions de cette magistrature.Dans un rapport qu'il transmit à la commission, il fit la description
de Krakovie, cette résidence antique de nos ducs
et de nos rois; il décrivit cet ancien château où chaque appartement, chaque pièce, porte le souvenir d’un événement mémorable dans l'histoiré de notre patrie. Il démontrait la nécessité de conserver cet édifice vénérable, témoin de sépt siècles de notre gloire et de nos vicissitudes. Hélas! il ne prévoyait pas encore que quelques années seulement plus tard le perfide cabinet autrichien de Vienne en aurait fait tour à tour une caserne, un hôpital ou une prison.
La diète constituante, commencée en 1788, avait proclamé la constitution le 3 mai 1794, Cette constitution, dans le temps uné des méilleures lois cardinales de l'Europe, et la première constitution régulière dans notre pays, Avait cependant quelques défauts que l'esprit pénétrant de Czaçki mesura d’un coup d’œil, et que nous, neveux de ces législateurs, nous avons aussi reconnus après beaucoup de discussions et des réflexions sur cette loi. Cependant, malgré que Czaçki fût opposé à quelques-unes de ces dispositions, il se hâta dé lui jurer foi et obéissance, pour ne pas donner de prétexte à des scandaleuses divisions en face de l'ennemi, guettant le moment propice de déchirer la patrie. À ce sujet il répétait avec Le prince Kasimir Sapieha, maréchal de la confédération litvanienne : « Ma conviction m'appartient, et moi je suis là où est le roi, où sont les vertueux citoÿens. » Malheureusement plus tard le roi ne suivit plus ces derniers,
Après l'établissement de la constitution du 5 mai, Czaçki présenta à la commission des
finances des observations sur le cadastre et sur l’ârpentage de toute la surface de la Pologne, avec Ja démarcation exacte des palatinats et des districts. Pour exécuter ce plan avec précision, Jean Sniadeçki, alors professeur de mathématiques et d'astronomie à Krakovie, conseillait de faire mesurer l'arc du méridien depuis les monts Karpates jusqu'à la mer Baltique, ainsi que l'arc de la ligne de latitude entre la Silésie et le Dniester, pour que toutes les localités sur la carte générale fussent placées d’après leur exacte longitude et latitude géographique. Sur la proposition de Czacki, Jean Sniadecki et Félix Radwanski devaient entreprendre le travail d’une carte exacte du pays; mais son second et troisième partage coupérent court à l'exécution de ces travaux. Jamais aucune nation n’a été frappée au cœur d'uné manière plus sanglante que l'infortunée Pologne : elle fut déchirée au moment où, reprenant une nouvelle vie, elle marchait pleinement en voie d'améliorations suciales et matérielles.
Dans l’année 47914, le roi le décora du grand cordon de l’ordre de l’Aigle-Blanc ; celui de Saint- Stanislas lui fut conféré dès l'année 1786: il portait aussi le titre de Staroste de Nowogrodek. Toutes cés distinctions, qui bien souvent n’étâient qu'uné marque de faveur royale, n'étaient cette fois qu'une récompense méritée par de hauts et brillants services rendus à la patrie; aussi plus tard refusa-t-il les honneurs, titres et décorations par lesquels des monarques envahisseurs de son pays voulaient se l’attacher.
Comme délégué de la commission des finances, Czaçki proñonça plüsieurs discours à la diète de 4791, qui tous prouvent une profonde connaissance de l'économie publique, et un ardent amour du pays. En 1792, pendant le triomphe de l'infâme confédération, où plutôt complot de Tar- Sowiça, soutenue par Catherine Il, Czaçki était occupé à rendre compte de la gestion des affaires de là commission des finances aux personnes déléguées, et quand la misérable diète de Grodno sanctionna, sous la menace des canons russes braqués autour de la salle des délibérations, lesecond pañftage de la Pologne, Czaçki se rendit à Krakovie, et là fréquentait les leçons académiques, accompagné d’une jeunesse nombreuse. Il se voua à la vie littéraire, et fit des fouilles dans les couvents pour déterrer d'anciennes chroniques et des vieux diplômes poudreux.
Lors de la mémorable insurrection nationale, sous Kosciuszko, Czaçki prit part à l’administra-
tion des finances. Aussi, après l'issue malheureuse de cette lutte à jamais mémorable, faut-il dénoncé à Catherine comme un des principaux rebelles. Un oukaze de la tzarine ordonna la confiscation de ses biens; Czacki fut forcé de faire un voyage à Pétersbourg; sa renommée l'y suivit, et Catherine, qui se piquait de protéger les gens d'esprit, se le fit présenter. Le résultat de cette entrevue fut l'accusation de jacobinisme, dont il eut à se disculper devant Platon Zouboff, le favori de la tzarine. « J'ai gardé une fidélité inébranlable pour ma patrie; ai-je trahi par là mes devoirs envers le nouveau gouvernement? » Tel fut le langage de cet homme, qui dut sa fortune et sa gloire à un héritage illustre et à des mérites élevés, devant un satrape qui ne devait son élévation qu’à un caprice tout-puissant d’une femme débauchée. Menacé de la perte de toute sa fortune très-considérable (on pouvait l’estimer à plus de 5,020,000 de francs), il trouva dans l'étude une large compensation à ces chagrins de riche propriétaire dépossédé de ses biens. II $e proposait, après le paiement de ses dettes, de se vouer à la vie d’un homme de lettres à l'université de Krakovie, et de s’y occuper lui-même de l'éducation de ses enfants. Mais un événement imprévu changea cet état de choses. Catherine mourut; son fils Paul, qui, malgré son humeur sauvage, avait un fonds de justice dans l'âme, sentit sa conscience obligée à alléger les maux des Polonais, dont tout le crime fut d'aimer leur patrie avec ardeur. La langue polonaise fut rendue à l'usage des tribunaux et des écoles, les lois civiles de la Pologne furent maintenues, les prisonniers mis en liberté, et les biens confisqués retournèrent aux propriétaires. La fortunede Czaçki lui fut restituée, etle premier usage qu'ilenfit, ce fut de venir en aide aux patriotes relégués en Sibérie, et qui avaient recouvré leur liberté. Il s'otcupaactivement dessouscriptions, dont il leur fit passer le montant, et auxquelles il participa lui-même dans une forte proportion.
En 1796 il fut choisi par la province de Kiiovie pour la représenter aù sacre du nouveau tzar Paul Eer, à Moskou. Profitant des bonnes dispositions de ce monarque, qui pouvaient n’être que passagères, il remit, par l'entremise du prince Kourakine, procureur du sénat, une pétition au trône, dans laquelle il demandait nne amnistie générale, la translation des actes publics de Pologne dans un des gouvernements de Kïow, de Podolie, oude Wolhynie, d'établir untribunal d'ap-
pel pour ces gouvernements, comme pour ceux de Litvanie; enfin de leur restituer le droit de choisir les maréchaux gouberniaux. Cette pétition fut agréée par Paul, qui, une fois en veine des faveurs, voulait nommer Czacki sénateur de l’empire, fonctions que celui-ci déclina.
Le dernier roi détrôné de la Pologne, Île faible Stanislas- Auguste se trouvait alors à Moscou. Czacçki s’adressa à lui pour en obtenir la précieuse collection des manuscrits relatifs à l’histoire nationale. Stanislas, dont la seule qualité fut d'aimer les lettres, convaincu que ce n'était que dans les mains de l'illustre savant qu'elle pouvait fructifier, la lui donna. Cette magnifique collection avait coûté au roi trente mille ducats (près de 360,000 francs). Depuis ce temps Czaçki fut tout entier aux recherches historiques et savantes, qui en firent l’un des hommes les plus érudits de l’époque, un
des auteurs dont la Pologne peut se glorifier à.
juste titre. Pendant son séjour à Moscou, il obtint de Laurent, marquis de Litta, nonce du pape en Russie, la permission de lire les livres défendus, permission qui lui était nécessaire dans ses rapports avec les couventset le clergéorthodoxe. Le général Bekleschoff, gouverneur général de la Wolhynie, Podolie et Kiiovie, sachant que Czaçki avait accompli tant de choses utiles quand il était membre de la commission des finances sous la Pologne indépendante, lui demanda des observations sur le commerce du pays. Czacki lui fournit un mémoire en langue française où il lui ouvrit ses vues sur les griefs dont le commerce de ces provinces avait à se plaindre.
Outre ces services si multiples d'homme public, le temps arriva où Czaçki devait prendre une des places les plus distinguées comme écrivain. En 1809, il publia son immortel ouvrage intitulé : Des lois litvaniennes et polonaises, leur esprit, leur sources ct leurs rapports, ainsi que des choses contenues dans le premier statut promulqué pour la Litvanie en 1529 ; deux forts volumes in-4°. Cet ouvrage est un vrai monument scientifique. Craçki en sentit lui-même la grande valeur, quand il dit depuis, dans une de ses dissertations, qu'il fixera l’attention de nos neveux. Il à la forme d’un commentaire sur le premier statut litvanien.
C'est pourquoi les matières n’y sont pas classées par ordre systématique, et l'auteur lui-même l'appelait une forêt. C'en est une en effet, mais une forêt de connaissances, d’érudition pro-
fonde immense, et d'idées ingénieuses. La préface est un chef-d'œuvre d’éloquence. Le traité sur les monnaies polonaises est le résultat de longues études sur la matière. Les notices sur la langue polonaise, sur les franchises des Juifs, se recommandent par une critique savante et des vues élevées. Le tableau de l'état des lettres dans l’ancienne Pologne qui termine l'onvrage a été universellement admiré. Cet ouvrage a mis en lumière une foule d'écrivains oubliés dont les travaux passés dans le creuset du génie de Czacki ont fourni tant de précieux renseignements. En un mot, c’est le plus riche, le plus savant recueil d'observations historiques, politiques, littéraires, sur la législation polonaise. Sousle point de vue historique Czacki faisait dériver la plupart de nos institutions de la Skandinavie. Le tableau de cette influence des coutumes et lois scandinaves sur les nôtres a été reconnu depuis comme fort exagéré ; néanmoins il reste constaté avec Czaçki que le droit romain n’a point été la base de la législation polonaise et slave, malgré l'opposition que cette opinion rencontra de la part d’un de nos savants jurisconsultes, Jean- Vincent Bandtke. Le champ ouvert par Czaçki a été cultivé depuis par deux savants. Joachim Lelewel et Alexandre Macieiowski ont rectifié bien des propositions hasardées, éclairci bien des points obcurs dans l’histoire du droit; tous deux néanmoins ont toujours payé un juste tribut d'admiration au grand talent et aux vastes connaissances de leur prédécesseur.
Les principales productions qui suivirent la publication du traité sur les lois litvaniennes et polonaises, sont :
Dissertation sur les dimes en général, et particulièrementen Pologne eten Litvame, avec l'exposé de la nécessité de changer en redevance en grains celle qui se lève en gerbe.— Cette dissertation fut traduite en français par Alexandre Potocki ;
L'analysedes chroniques de lanation polonaise, des deux plus anciens chroniqueurs, Martin Gallus et Vincent Kadlubek ;
Du nom del Ukraine et de l’origine des Kozaks;
Dissertation sur les Juifs et les Karaïtes x;
Dissertation : Le droit romain élait-:l la base des lois litvaniennes et polonaises, et avonsnous eu beaucoup de lois et de coutumes communes avec les peuples du Nord?
Dissertation sur les lois du duché de rt et enfin un grand nombre de discours prononcés en public, et de brochures sur différents sujets
relatifs à l'instruction publique de la jeunesse et l'école de Krzemieniec.
La partie de la Pologne échue en partage au au roi de Prusse et quicomprenaitla capitale Warsovie, fut dépouillée par son envahisseur même de ces ayantages que le tzar Paul avait conservés à la Litvanie et aux prüuvinces méridionales. La langue polonaise et les lois polonaises furent proscrites de l'usage des tribunaux et des écoles. Il fallait aviser aux moyens possibles de conserver ces précieux éléments de nationalité. Dans ce but, Thadé Czacki, de concert avec quelques autres savants patriotes, tels que Jean Albertrandy, Stanislas Soltyk et François Dmochowski, fonda la société des amis des sciences (philomatique) de Warsovie, que Frédéric-Guil-
-laume, roi de Prusse, approuva le 4er juillet 1802, voulant éviter le reproche d’être ennemi des lumières. Moins scrupuleux que lui, le tzar Nicolas 197 l’a abolie d’un trait de plume en 1852. Toutes les œuvres glorieuses du grand citoyen dont nous traçons l’esquisse biographique devaient donc être réduites en poussière par le despote du Nord dont il ne pressentait pas la venue. L'arrêt de la postérité a déjà prononcé sur tous les deux, quoique nous ne soyons que contemporains du second.
Occupé à réunir les matériaux pour l’histoire de la Pologne, Czaçki demanda et obtint du roi de Prusse et de son ministre Alvensleben (18092) la permission de visiter les archives secrètes des chevaliers Teutoniques à Kænigsberg, où il trouva plusieurs pièces authentiques d’une grande importance. Il alla voir ensuite le tombeau de Kopernik à Frauenbourg, et transmit les ossements de notre célèbre compatriote à la Société des amis des sciences de Warsovie et aux princes Czartoryski à Pulawy.
Muni d'une recommandation du roi Stanislas- Auguste aux autorités des monastères, ilen visita un grand nombre, entre autres celui des Bénédictins à Lysa-Gora (le mont chauve), en furetant partout les vieux manuscrits et les bouquins sur lesquels les pieux cénobites laissaient s’amonceler d'épaisses couches de poussière. La chronique indiscrète prétend qu'il se commit dans ces visites plus d’un de ces larcins en usage chez les bibliophiles. Ce qu'il y a de certain, c’est que si les bibliothécaires des couvents, qui pour la plupart avaient aussi le garde-manger dans leurs attributions, trouvèrent après ces visites quelques vides sur les rayons, le public gagna quelques décou-