MICHEL
Fils de Jérémie Wisniowiecki et de Grizel de Zamoyska, Michel était d’une extrême modestie: cela formait un contraste frappantavecl’orgueil démesuré des grands. Le père de Wisniowiecki s’était couvert de gloire et avait sacrifié sa foriune tout entière dansles guerres des Kosaks et des Tatars. Michel, héritier d’un nom illustre, n'avait pour toute fortune que six mille florins de rente (3,600 fr.), que lui avait légués la reine Marie- Louise. Mais c'était un titre de plus pour la petite et pauvre noblesse qui voyait son égal sur le trône, et d’ailleurs le pays était las des rois d’origine étrangère, et Michel, issu de la famille d'Olgerd et de l’un des frères de Jagellon, rappelait une époque de gloire et de grandeur. Le château royal de Warsovie, où devait trôner le nouveau roi, était tellement dégarni par les invasions suédoises et brandebourgeoises, que plusieurs seigneurs se réunirent pour orner le château royal et donner des présents au roi. L’archevêque de Gnèzne lui envoya une tapisserie cramoisie avec un dais richement brodé; le maitre des requêtes de la couronne, un attelage de chevaux et un carrosse ; Radziwill, écuyer de la couronne, une épée montée de jaspe et d'émeraudes ; le vice-chancelier, cent soixante fantassins hongrois et un attelage de chevaux ; les négociants se cotisèrent chacun pour 4,000 florins : de
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manière que ce jour-là, le roi eut presqu'un million d’écus en espèces et en joyaux. La cuisine du roi fut abondamment pourvue de comestibles. En attendant, le roi alla diner chez le maître d'hôtel de la couronne et souper chez l'archevêque. Voilà le début de ce règne, et sa fin ne fut pas plus heureuse.
Michel fut couronné à Krakovie le 29 septembre 1669. La diète qui suivit le couronnement fut très-orageuse. Le roi avait donné à Jean Tarlo, palatin de Sandomir, une starostie, et Jean-Alexandre Olizar, jaloux de n’avoir pas pu l'obtenir, parvint par ses intrigues à faire dissoudre la diète. Peu après cet événement, le roi épousa à Czenstochow Marie-Eléonore d'Autriche, sœur de Léopold [er (27 février 1670). La diète ouverte le 5 mars fut encore dissoute: mais le 17 du même mois, le traité d’Andruszow fut confirmé, et la nouvelle diète (9 septembre) se passa dans le calme. Le 19 octobre on couronna la reine.
Au milieu de l'anarchie qui allait croissant, la licence de l'aristocratie augmentait. La reine, lassée de ce désordre, ne voulut plus vivre avec
Michel, et lorsque Prazmowski résolut de le dé-
trôner, l'empereur Léopold et la reine Eléonore donnèrent les mains à ce projet, à condition que le duc de Lorraine prendrait possession du trône avant l'acte de mariage, et l’épouserait après le divorce. Sobieski, qui était du complot, proposa le prince de Longueville, et les troubles auraient été plus graves, si ce prince n’eût péri au passage du Rhin, lors de la guerre de Louis XIV avec la Hollande.
Les deux diètes réunies aux mois de janvier et de mai 1672 furent rompues. Les Kosaks, les Tatars et les Turks en profitèrent, et ils envahirent les terres russiennes (juillet 1672). L’indolent Michel, jaloux de la gloire de Sobieski, ne sut pas parer aux événements, et Sobieski, qui avait rallié autour de lui tous ses partisans, çt qui avait armé ses paysans, n'avait que 6,000 hommes à opposer aux lignes épaisses sous lesquelles tremblaient l'Europe et l'Asie. Déjà les troupes du sultan Mouhammed IV s'étaient emparées de Kamienieç-Podolski (29 août), et le 27 septembre elles assiégèrent Léopol et Buczaç. Sobieski soutenait sur le tranchant de son sabre le front de la vaste ligne qu’occupaient, dans les palatinats de Lublin, de Belz et de la Russie-Rouge, les bandes tatares et musulmanes, Un jour (15 octobre ), Sobieski