‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 178 sur 180 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

ATS surprend l’ennemi près de Kaluza, entre Stryi et Haliez, le poursuit et lui tue 15,000 hommes; il arrive devant un groupe immense de ses concitoyens, pères de famille, jeunes femmes, prêtres, nobles, que les Mabométans emmenaient en esclavage. Ces malheureux étaient 20,000. Leurs chaines tombent, et ils bénissent leur libérateur. Mais Sobieski tente davantage. Le gros de l'armée turke était sous Léopol, et le sultan campait à Buczaç, au-dessus de Jazlowiec. Sobieski dérobe sa marche, se glisse à travers les rivières, fond à l'improviste sur ce camp enivré de plaisirs et de pillages, y sème la terreur, pénètre jusqu'aux tentes impériales, s'empare du quartier même des femmes. Pendant que Sobieski espère que le roi Michel profitera de cet avantage.pour donner le coup de grâce, ce monarque, au lieu de poursuivre l'ennemi, conclut avec lui une paix ignominieuse à Buczaç même (18 octobre 1672). Sobieski, fatigué de ce spectacle honteux, alla dans ses domaines attendre des jours meilleurs. Louis XIV lui avait offert une retraite dans ses Etats, une duché-pairie etle bâton de maréchal de France......, mais il voulait tout obtenir de sa propre patrie...

Pendant cet intervalle, les gentilshommes, indignés de la conduite des grands, firent une confédération à Golomb; une autre confédération fut formée à Lowicz. Les esprits s'irritaient de plus en plus, et Sobieski planait au-dessus de tous par ses succès et par son noble caractère. Cependant on osa l’accuser. Un jour, un pauvre gentilhomme prit la-parole dans une diète convoquée ad hoc à Warsovie (janvier 1675), et déclara qu'il avait d'importantes révélations à faire, que la patrie avait été vendue aux inficèles, qu'un homme avait livré Kamienieç moyennant douze millions, et que cet homme était Sobieski !

À ce nom, l'assemblée se lève indignée. Elle demande que le calomniateur soit jugé. Sobieski accourt à Warsovie. La convocation se change en une diète régulière. Le calomniateur confessa son infamie, et dit qu'une somme de 2,000 florins et la promesse de n’être pas abandonné l'avaient porté à cet attentat. Les seigneurs qui avaient conspiré rampèrent aux pieds de Sobieski. La diète fut close Le 13 avril. On déclara la rupture du traité de Buczaç, et on se prépara à une nouvelle campagne.

Akhmet Kiuperli fut donc de nouveau obligé de porter en avant les troupes qu’il avait rappelées sur le Danube, et le sultan s’avança aussitôt

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en personne vers cé fleuve. Sept ponts furent jetés sur le Dniester; le grand-turc ne rêvait que vengeance et conquête.

Après maintes difficultés, 50,000 Polonais et Litvaniens se trouvèrent réunis. Michel Paç commandait les Litvaniens, Martin Koniski avait sous ses ordres l'artillerie, et Sobieski commandait en chef toutes les troupes (11 octobre 1675).

Au moment de franchir le Dniester, Pac jeta le découragement dans l’armée, car lui aussi il enviait la gloire du héros; mais, effrayé par les menaces de Sapieha et de Radziwill, il promit de combattre. Sobieskirangeaen bataille ses troupes ébranlées. Les Turks, retranchés derrière Chocim (Khozime), étaient prêts à soutenir l'attaque désespérée des Chrétiens (9 novembre).Le temps était affreux : la neige tombait à flots ce jour-là (10 novembre). A picd et le sabre à la main, Sobieski, couvert de frimas, guidait ses braves, eten peu d'instants l'étendard de la croix, l'aigle blanc de la Pologne et le cavalier armé de Litvanie flottaient sur les hauteurs du camp escaladé. 20,000 Musulmans tombent soit sur la grève, soit dans les flots rapides et à demi glacés du Dniester. Sobieski s'était saisi de l'étendard vert de Hussein, présent du sultan, que le vainqueur envoya comme un hommage filial au chef de l'Eglise, etqui orne aujourd'hui encoreles voûtes de Saint- Pierre à Rome.

Sobieski, maître de la Walaquie et de la Moldavie, était en pleine marche pour aller planter sur les bords du Danube les enseignes de la Pologne, lorsque arriva tout à coup la nouvelle de la mort du roi Michel. Il mourut à Léopol le 10 novembre 1675, la veille même de la bataille de Chocim. Il était âgé de trente-cinq ans, régna quatre ans et fut enterré à Krakovie.

INTERRÉGNE (1673-1674).

La mort de Michel Wisniowiecki arrêta Ja marche de Sobieski. L'interrègne appelait les citoyens à élire un nouveau chef de la république. L'évêque Michel-Florien Czartoryski fixa la diète de convocation au 15 janvier 1674; elle fut présidée par François Bielinski. La diète s’occupa avant tout d'assurer la tranquillité intérieure, puis elle songea aux affaires du dehors : ensuite

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on arrëta que la diète d'élection aurait lien Île 20 avril.

La gloire des Polonais, les grands hommes qui présidèrent aux destinées de la Pologne, lès grands généraux qui illustrèrent ce pays, éveillèrent l'ambition de tousles princes de l'Europe ;

car tous se croyaient capables d’égaler Batory, Hit [V et les célèbres Zamoyski, Zolkievski, Koniecpolski, Chodkiewiez, Czarnieçki et et Sobieski. Enfin, le nombre des candidats au trône fut de dix-sept :

Jacques-Stuart, due d’York (depuis Jacques. (A roi d'Angleterre) ;

Guillaume de Nassau - Orange (depuis Guillaume IT, roi de la Grande-Bretagne );

Pres prince royal de Danemark;

Alexis Mikhaïlovitsch, tzar de Moskovie;

Fédor Alexiéiévitsch, tzarévitsch ; É

Don Juan d'Autriche, bâtard de Pitié IV, roi d'Espagne ; |

Michel, duc de Transylvanie ;

Emile, fils de Frédéric-Guillaume, électenr e Brandebourg, duc de Prusse ;

Maximilien, duc de Bavière ;

François If, duc de Modène ;

Thomas, duc de Savoie ;

‘Louis, duc de Vendôme ;

Louis, bâtard, de Soissons ; .

Le prince de Condé ;

Charles V, duc de Lorraine ;

Jean-Guillaume, duc de NonboUtE :

Jean Sobieski, grand-maréchal et (grandigés néral des armées de la couronne de Pologne, a

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Sobieski appuya vivement le prince de Condé, mais les vœux de la noblesse se partagèrent entre les ducs de Lorraine et de Neubourg. Les débats et les intrigues se prolongèrent près d’un mois, lorsque, le 19 mai, Stanislas lablonowski, palatin de Russie - Rouge, ami et compagnon d'armes deSobieski, prononça un discours pathétique en disant que personne n’était plus digne du trône que Sobieski. Cinq palatinats s ‘écrièrent après ce discours : « Vive Jean Sobieski! ou nous » périrons, où il sera notre roi! » Le palatinat de Russie-Rouge prit chaudement le parti de son compatriote, et le 21 mai 1674 Jean Sobieski fut proclamé roi des Polonais.

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