TOME Il
nienne. Ce fut lui qui apprit au peuple et aux soldats à repousser les agressions des chevaliers du Porte-Glaivé et les Teutoniques, de ces prétendus apôtres de la foi! De cette époque date la conquête des terres occupées par les ducs russiens. Ces ducs, déjà affaiblis par les invasions des Mogols-Tatars, ne purent résister à Ryngold, et Nowogrodek, Slonim, Grodno, Minsk, Pinsk, et une partie de la Sévérie, vinrent enrichir les Etats de la Litvanie.
Mendog, fils et successeur de Ryngold, aurait voulu suivre les traces de son père; mais des jalousies de famille et les hostilités des ennemis du dehors paralysèrent ses bonnes intentions, et, pour sortir d'une position difficile, il chercha la protection du pape. Mendog embrassa la religion chrétienne, et le pape, content de cette conversion, le fit couronner roi de Litvanie (1252). Mendog chrétien n’eut plus à redouter l'invasion des chevaliers Teutoniques ; mais il fut encore obligé de leur céder quelques provinces. Le pape l'en dédommagea en l’autorisant à s’agrandir du côté des terres russiennes.
L'avidité des Teutoniques, et plus encore la conversion de Mendog, irritèrent le peuple. Le roi, menacé par la colère populaire, acheta le repos par une nouvelle apostasie; encore une
- fois il redevint païen, mais la confiance était perdue. Plus tard, il enleva la femme de Doumont, duc de Zanalszow, pour laquelle il avait conçu une folle passion. Le duc, pour venger son honneur, assassina Mendog sur les bords de la Dzwina (1265 ).
La Litvanie devint alors la proie de plusieurs chefs. Le pays de Jadwings, ce boulevard qui séparait la Litvanie de la Pologne, fut écrasé par ceite dernière puisssance. La Samogitie se débattait contre les Teutoniques, et les Teutoniques, les Tatars et les ducs russiens s’unissaient
pour anéantir la Litvanie. Mais deux hommes intrépides se présentent, Litoraw et son fils Witenes, et ils relèvent leur patrie opprimée. Gédymin, fils de Witenes, marie ses filles aux Piasts de Mazovie et de Krakovie, et ses fils à des duchesses russiennes, élève des villes et
des forts, reprend les possessions abandonnées |
par Mendog, fait la conquête de Brzesc, de Wolhynie, de Kiiow, soumet la puissance russienne, et conquiert toutes les provinces entre le Bug et le Dniéper, et au delà.
Gédymin, allié de Wladislas-le-Bref, fut, comme |
ce roi, un des plus redoutables ennemis des Teutoniques. Gédymin, guerrier et organisateur, accorde des priviléges aux cités qu’il élève, établit des relations avec la cour de Rome et avee les villes anséatiques ; sa tolérance ne s'oppose
point à l'élévation des églises à Wilna, à Nowo-
grodek, et les artisans, les industriels étrangers viennent en foule et se colonisent dans ce territoire si propre au commerce. Les soldats litvaniens, alliés des Polonais, combattent jusque sur les bords de l'Oder. Le nom de Gédymin, sa gloire, sa renommée retentissent dans le monde, et la fille du duc de Twer est heureuse de s’allier par le mariage au héros litvanien. Gédymin fut le premier souverain, sur les bords du Niémen, qui paya de sa vie (1538) l'invention infernale du moine Schwartz. On sait que Schwartz venait de découvrir à cette époque la poudre à canon. m Gédymin, en mourant, laissa sept fils, parmi lesquels on remarqua Olgerd et Kieystut. Dans l'espace de trente-six ans les deux frères combattent les Teutoniques, les Russiens, les Tatars et les Moskovites. Les républiques de Pskow, de Nowogrod la Grande, leur sont soumises, et ils les font gouverner par des lieutenants litvaniens (1346-1349). Les ducs de Smolensk et de Twer servent sous les ordres d’Olgerd, et fournissent à son armée leur contingent. Il parcourt la Krimée en vainqueur (1565), et, pour se venger des invasions des grands-ducs de Moskovie, il marche trois fois contre eux ; trois fois il assiége Moskou et s'en empare (1368-1370-1372). Sous le règne d'Olgerd, la puissance litvanienne devint grande et imposante; au nord-est elle avait pour frontière le lac Ladoga, la mer Blanche, Mojaïsk, Bransk, Koursk, le Doinetz et les bords de la mer d'Azof et de la mer Noire. Les possessions d’Olgerd étaient assez vastes pour satis-
faire l'ambition de ses douze fils; mais Olgerd !
avait une prédilection particulière pour son fils Jagellon, et ce fut à lui qu’il confia le pouvoir suprême.
Jagellon, favorisé par son père, fixa sa résidence à Wilna; Wilna, ville de premier ordre, est à la Litvanie ce que Krakovie est à la Pologne ; le grand-duché litvano-russien reconnait la suprématie de Wilna. C’est de cette ville que partent les ordres de Jagellon ; il commande à ses frères ; il commande aux Kniaz, ses vassaux. Mais une intrigue de palais ne tarda pas à désunir la famille, Un nommé Woydillo, favori de Jagellon, sema la discorde entre Kieystut et Jagellon.
Kieystut s’'empara de Wilna, fit pendre Woydillo, et exila Jagellon à Polock. Mais eelui-ci quitte Poloçk, se met à la tête de ses partisans, reprend Wilna, et fait prisonniers Kieystut et le duc Witold, ou Vitovd, son fils. Kieystut meurt à Krewo, le cinquième jour de son emprisonnement (1382). Witold, à la faveur d’un déguisement, parvient à s'échapper, et va demander asile aux Teutoniques : ceux-ci accueillent le fugitif en lui promettant aide et protection; mais ils lui déclarent que, s'il meurt sans enfant mâle, toute sx succession leur appartiendra (1384). Les Teutoniques, qui ne reculent devant aucun moyen, empoisonnent les deux fils de Witold (à Kænigsberg, 1585). Witold, voyant qu'il est victime d’un piége infâme, revient à Jagellon. Les deux princes se réconcilient. Jagellon donne à Witold les villes de Brzese, Drohiczyn, Mielnik, Bielsk, Suraz, Kamieniec-Litewski, Mscibow.
Wolkowysk et Grodno. Witold accompagne duc à Krakovie (1386).
Ici commence le règne de Wladislas-Jagellon ; de cette époque date la grande, solennelle et volontaire union politique des-deux nations. Hedwige, reine des Polonais, devient l'épouse de Jagellon. Désormais la Pologne et la Litvanie ne formeront plus qu'un même peuple, et si les événements les désunissent un moment, rien ne
peut les séparer: Dieu les à unis, l'acte est ci--
menté. En poursuivant notre tâche d'historien, en envisageant les faits avec conscience, nous ne séparerons jamais la Litvanie de la Pologne, car il n’y a pas de liberté, d'indépendance nationale possible, sans une fusion complète ; l’existence politique de la Pologne sera à jamais irréalisable, si les extrémités du vaste cercle ne touchent pas aux sources de la Dzwina, du Dniéper, de la Wistule et de l'Oder, et au !ittoral de la mer Baltique et de la mer Noire,
Pendant que Wladislas-Jagellon s'occupait à Krakovie des devoirs imposés par sa nouvelle royauté, les chevaliers Teutoniques envahissaient la Litvanie et la Samogitie, et André Olgerdovitch, duc de Trubeçk, envahissait les provinces de l'est. En apprenant cette nouvelle, les ducs Witold et Skirgellon quittent Krakovie, se rendent à Wilna et se disposent à repousser l’agression; mais les Teutoniques se retirèrent à leur approche, en emportant un butin considérable. Les princes se portèrent donc sur Polock, où s'était enfermé André. La ville fut prise d'assaut (1586), et le duc tomba au pouvoir des vainqueurs, qui l'envoyèrent à Chenciny en Pologne, où on le retint prisonnier. Après ces événements, Sviatoslaf, duc de Smolensk, prit fait et cause pour André. Witold et Skirgellon marchent contre lui; les armées belligérantes se rencontrent près de Mscislaw, sur les bords de la Wiochra (29 avril 4587). Les troupes de Sviatoslaf sont complétement battues, le duc est tué, ses fils Hleb et Youri sont faits prisonniers, et Ivan- Vasilevitsch, cousin de Sviatoslaf, meurt sur le champ de bataille. Après cette victoire, Witold
et Skirgellon se dirigent sur Smolensk; ils s’as-
surent de la fidélité de cette ville, et viennent à Wilna où ils trouvent Wladislas et Hedwige. Le couple royal se rendit d'abord de Krakovie dans la Grande-Pologne, pour calmer les partis suscités par la morgue aristocratique ; ensuite il vint à Wilna, où il convoqua une assemblée. Dans cette assemblée le roi prononça l'abolition de l'idolâtrie ; mais, pour l’accomplissement de cette grande œuvre, it n’eut recours qu'à des moyens de douceur et de persuasion. Des prêtres polonais prêchèrent les saintes doctrines; le feu du Znicz, qui brûlait dans les temples païens, fut éteint; les convertis se rendaient en foule sur le bord des rivières pour être baptisés. Une église avec un évêché, sous l’invocation de saint Stanislas, furent élevés sur l'emplacement du temple de Perkounas; et les villes de Wilkoimierz, Niémenczyn, Meyszogola, Miedniki-Litewskie, Krewo, Obolczyce et Haïno possédèrent des églises paroissiales (20 février 1387 ).
De Wilna Wladislas alla à Polock et à Witebsk, où sa présence réprima quelques désordres.
Quand ses Etats furent pacifiés, il s’occupa de la nomination d’un lieutenant pour le grand-duché de Litvanie; il avait à choisir entre son frère Skirgellon et son cousin germain Witold: le premier l'emporta, et Witold, quoiqu'il souffrit de
cette préférence, sembla se résigner. Bientôt la tyrannie et les débauches de Skirgellon indisposèrent les esprits. Witold en profite, organise un parti, quitte sa résidence de Grodno, et marche sur Wilna, au moment où il apprend que Skirgellon est à Poloçk. La garnison polonaise repousse les attaques de Witold; celui-ci, craignant d’encourir le courroux de Wladislas, se sauve en Mazovie; mais les ducs Janus et Ziémowit lui refusent leur appui. Alors, en désespoir de cause, il va se réfugier chez les Teutoniques ; le grand-maître Zolner le reçoit amicalement: ces deux hommes, unis par des intérêts opposés, se mettent à la tête des troupes et ravagent la Litvanie et la Samogitie. Le roi, qui connaît l’habileté militaire du vice-chancelier Nicolas Moskorowski, lui donne le commandement des troupes polonaises et l'envoie à la poursuite des rebelles. Witold assiége Troki et Wilna (1388); il échoue dans ces deux attaques, et se voit forcé de suspendre les hostilités. Sa position est telle qu'il cherche à se rapprocher de Wladislas. Le roi se montre encore une fois généreux; il pardonne au coupable, et pousse la longanimité jusqu'à lui promettre le gouvernement de la Litvanie. Witold, pour se rendre plus digne des bontés du souverain, feint de rentrer en ami à Marienbourg, dans les possessions des Teutoniques; mais, en les quittant, il fait mainbasse sur les places fortes de Jurgenburg et autres. [1 croit que Wladislas lui saura gré de
cette perfidie, et, aussitôt arrivé à Grodno, il lui
fait savoir qu'il attend la réalisation de sa promesse, puisque lui a tenu la sienne (1589). Wladislas hésita, et Witold irrité tenta de prendre Wilna par surprise; mais au moment où il se disposait.à cette expédition, il apprit que le roi et Skirgellon venaient au secours de Wilna ; aussitôt il quitta la Litvanie et se sauva encore une fois chez les Teutoniques. | Konrad Zolner était mort en 1590, et Konrad Wallenrod lui succédait dans la grande-maîtrise de l’ordre ; mais Witold trouva le même accueil, car les Teutoniques ne voyaient dans chaque circonstance que leur intérêt personnel. On mit à la disposition de Witold trois châteaux, ceux de Ritterwerder, de Naugord et de Metembourg, qui se trouvaient situés sur les frontières du grand-duché de Litvanie. Witold et les Teutoniques harcelèrent le pays, tentèrent de petites excursions, iusqu'au moment où Wladislas vint en personne pour punir l'audace de son parent.
Le roi, à la tête de ses troupes, s'empare des places occupées par les garnisons de Witold. Il assiége Brzesc-Litewski et s’en rend maître au bout de huit jours (20 février 1390). De là il marche sur Kamienieç, qui se rend sans difficulté ; et aussitôt il se dirige sur Grodno tet se place en vue de cette ville (14 mars). Comme Grodno était protégée par deux châteaux forts,
Wladislas n’osa pas risquer l'attaque sans les se--
cours du duc de Litvanie, de Wladimir, duc de Kiowie, et de Korybut, duc de Sévérie. Pendant que les troupes se réunissent, Witold rallie ses partisans ; mais son armée est si chétive, numériquement parlant, qu'il ne peut se décider à franchir le Niémen. Wladislas attaque Grodno et s’en rend maître (3 mai 4390). Witold quitte les bords du Niémen. Skirgellon reprend le gou-
vernement du grand-duché, et Wladislas re- | tourne en Pologne:pour revoir Hedwige, qui ac- À | si belle résistance, qu'il ne peut parvenir à s’em- Pendant que Wladislas commandait l'expé- |
quit de nouveaux droits à son admiration.
dition de Litvanie, les Hongrois envahissaient
les terres russiennes et cherchaient l’alhance !
des gouverneurs que le feu roi Louis de Hongrie avait établis dans les villes principales. Hedwige, à la nouvelle de ce danger, réunit des troupes, en prend le commandement et se met en campagne. Elle livre bataille à Stubno (non loin de Przémysl), le 45 avril 1590 : les Hongrois sont
battus ; elle prend d'assaut les autres villes re- |
* belles, et entame des négociations avec celles qui veulent se rendre :
roslaw, de Grodek, de Halicz, de Trembowh, de Léopol, rentrent sous la domination de Ia
bénédictions du peuple.
resser les Anglais et les Français à
Derby (fils du duc de Lancaster, depuis Henri IV),
vint se ranger sous les drapeaux teutoniques. Avant de quitter Marienbourg, l'armée se di-
visa en trois corps, qui prirent chacun une di-
rection différente; ce plan de campagne avait
ainsi les places de Ja-|
pour but de ravager en même temps une grande étendue de pays. Le premier Corps était sous les ordres de Konrad Wallenrod ; le deuxième, sous les ordres du maître provincial de Livonie,et le troisième était commandé par Witold, qui avait sous lui tous les Litvaniens de son parti (1390).
Le rendez-vous général était donné à Kowno; de Kowno on marcha sur Troki, et cette ville fut réduite en cendres. L’ennemi se dirigea ensuite vers Wilna, et campa dans les plaines au nord de Werki. Skirgellon à la tête d'une partie de la garnison de Wilna, polono-russienne, livre bataille aux Teutoniques (15 juin 14390), et malgré son infériorité pumérique, il fait éprouver à l'ennemi une perte considérable ; ensuite H se retire et s’enferme dans Stare-Troki. Witold en profite pour assiéger Wilna ; il réussit à prendre le château inférieur ; mais les Polonais, commandés par Nicolas Moskorowski, font une
parer du château supérieur, situé sur la montagne de l’Urus. Malgré ce succès, Korygellon et Narymond, frères de Wladislas-Jagellon, tombèrent au pouvoir de Witold ; le premier eut la tête tranchée, et Narymond, duc de Pinsk, fut pendu par les pieds. Mais l'ennemi eut deux pertes à déplorer : Totvill, frère de Witold, et Algard de Hohenstein furent tués pendant l’ attaque. Enfn, après un siége de trois mois, Witold et les Teutoniques rentrèrent par la Samogitie à Marienbourg ; 1ls emportaient un butin considérable, mais 1ls n'avaient pu prendre la place.
À peine remis des fatigues de deux campagnes,
| lune en Litvanie, l’autre en Russie-Rouge, les république polonaise. Toute la Russie-Rouge est | enfin reconquise, grâce au courage de cette | femme à l'âme de héros ! Hedwige, après ses | victoires, rentre à Krakovie, où elle reçoit les | | quitté le pays; mais le roi voulait renforcer les
Mais la tranquillité ne dura pas longtemps; | Witold et les Teutoniques ourdissaient un nou- : veau complot contre la Pologne, et pour inté- | leur cause, | ils dirent que leur guerre n’avait d'autre but que | de convertir la Litvanie. Ainsi on vit le comte de | ! puis il revint à Krakovie, où l'appelaient les afà la tête des Anglais, et Boucicault à la tête des ! Français. Algard de Hohenstein, comte prussien, |
Polonais sont rappelés sous les drapeaux par Wladislas ; il leur donne l’ordre de se rendre à Wilna, er lui-même se met à leur tête {fin de sepvembre 1590). Witold et les Teutoniques avaient
garnisons des villes principales de la Litvanie. Nicolas Moskorowski, qui bämait la conduite du duc Skirgellon, offrit au roi sa démission : celuici l’accepta et nomma à sa place Jean Olesnicki. Jagellon, avant de quitter [a Litvanie, répandit de l'argent pour soulager la misère du peuple;
faires intérieures de la république.
Witold n'abandonnait pas son projet; sachant le départ du roi et ayant eu le temps de réparer les pertes quil avait essuyées dans l'expédition de 4399, il attaqua Wilna en avril 4591 ; il était encore aidé par Ics Teutoniques.
GA
TT Biolos ibrek .