‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 31 sur 180 · LA POLOGNE. ES · texte numérisé non relu

LA POLOGNE. ES

Wilna est assiégée, mais Olesniçki prend les mesures nécessaires pour repousser l'attaque: les assiégeants sont battus, et Witold, furieux de sonirréussite, lève le siége; mais sa retraite est marquée par d’effroyables excès : il brûle Nowogrodek sur la Wilia, Wilkomierz sur la Swienta; Kowno est ravagé et presque détruit! Après avoir détruit pour se venger de n'avoir pu vaincre, il s’enferma dans le château de Metembourg sur le Niémen. Wigunt, duc de Kiernow, et frère de Wladislas-Jagellon, est envoyé à la poursuite de Witold; mais ayant quitté trop tôt ses positions, il tomba au pouvoir des Teutoniques qui l'empoisonnèrent.

Pour mettre un terme à ces calamités, le roi eut recours aux négociations : le fils de Ziémowit, duc de Mazovie, Henri, évêque de Plock, est chargé d'entamer des négociations avec Witold; mais pour ménager la dignité de Jagellon, ilse sert d’un prétexte : on célébrait à Marienbourg (1591) les fiançailles de la fille de Witold avec Bazile ou Vassil Dmitriiévitsch, grand-duc de Moskovie ; le négociateur Henri, feignant de vouloir assister aux fêtes, se rapproche de Witold, et l'amène par insinuation au point où il voulait en venir. Witold promit sincèrement de renoncer à ses projets hostiles, et, pour preuve de sa bonne foi, il proposa à l'évêque de lui donner sa sœur Ryngalla en mariage. Ce mariage fut cause de la mort de Henri. Il fut empoisonné peu de jours après les noces ; par qui? on ne le sait pas; mais il était coupable d’ignorer que les papes défendaient le mariage des prêtres.

Witold tint fidèlement sa parole; il se sépara des Teutoniques. En 1392, il gagne Metembourg, et fait main-basse sur la garnison de Ritterwerder sur le Niémén; puis il se met en embuscade et bat les troupes teutoniques qui étaient envoyées pour s'emparer de sa personne. Après ce succès, il se rend à Wilna, où le staroste Jean Olesnicki le reçoit avec tous les honneurs dus à son raug ; mais pour que la réconciliation füt plus solennelle, Wladisias et Hedwige arrivent à Wilna. Witold est nommé gouverneur du grand-duché, et Skirgellon eut en partage le duché de Kïïiow, Stare-Traki, Krzemieniec et quelques autres places. L'évêque André Wasilon posa la couronne ducale sur la tête de Witold ; le sacre eut lieu dans l’église cathédrale de Saint-Stanislas (1392). Witold, comblé d'honneurs, n’était encore que le lieutenant de Wladislas, et la Litvanie, malgré son titre de grand-

duché, n'était point séparée de la république polonaise,

Tout semblait rentrer dans l'ordre, la Litvanie commençait à renaître, quand l'envie et la jalousie de Skirgellon et de Swidrigellon, frères du roi, allumèrent de nouvelles discordes. Le premier arme les Russiens contre Witold; l'autre se rend chez les Teutoniques, et sans peine il s'en fait des alliés. Le grand-maître Ulrich de Jungingen, tout récemment investi de sa dignité, n’attendait que l’occasion de se faire connaître, et il seconde Swidrigellon pour envahir la Litvanie. [ls s'emparent de Suraz, de Strabla et de Grodno ; ils font trois mille prisonniers et les emmènent en Prusse (1392).

Le roi quitte Krakovie et vient à Wilna pour tâcher de calmer les esprits; et, pensant que les moyens conciliants pourront ramener Swidrigel lon, il lui offre d'ajouter à ses possessions le duché de Starodub ; mais celui-ci repousse tout accommodement, car il espère plus de ses intrigues avec les Teutoniques (1393). Quand tous les préparatifs furent terminés, ils entrèrent en Samogitie et vinrent mettre le siége devant Wilna (juin 4394). Witold n'osait risquer les chances d’une bataille ; mais il inquiétait les assiégeants par des sorties, et fit si bien, qu'il les repoussa jusqu’à Gnstersbourg (septembre1394).

Witold, croyant r'avoir plus rien à déméler avec les Teutoniques, s’occupa des affaires intérieures. Il invita les ducs de Sévérie, de Kiïiow et de Podolie, ses cousins, à lui payer l'impôt qu'il était en droit d'exiger comme gouverneur du grand-duché, et comme investi de pouvoirs supérieurs aux leurs. Les ducs lui répondirent avec hauteur et se refusèrent à payer l'impôt. Witold leur déclare la guerre pour les châtier de leur insolence. Il se met à la tête des Litvaniens (1395). Borys Alexandrovitsch, duc de Tver, lui fournit des troupes, et Witold trouva à Niédochodow, sur la Tecza, le duc Korybut ou Démétrius. La bataille s’engage (mars 1395) ; les Russiens sont battus et poursuivis jusqu'à Nowogrod-Siéwierski, cette ville est prise d'assaut, et Korybut est fait prisennier avec toute sa famille. Après les avoir envoyés à Wilna, on s'empare de leurs trésors. Mais bientôt on relâche Korybut, et on lui donne plusieurs châteaux en Podolie et en Wolhynie pour l’indemniser de ses pertes. — Witold, après cette expédition, marche vers le Midi, il s'empare d’Owrucz, de Zytomierz, de Kiiow, de Braclaw, de Smstrycz

et de Skala, il met le siége devant Kamieniéç- Podoloki, se rend maître de la place, et revient ensuite à Wilna pour se reposer de ses victoires.

Pendant que Witoldtriomphait des ennemis de la Pologne, Wladislas réparait les injustices commises par Louis de Hongrie, Le roi voulait la restitution de tout ce qui avait été enlevé à la

république polonaise; à cette fin, il fit déclarer |

à Wladislas, duc d'Opole, que les terres de Dobrzyn et de Wiélun retourneraient à sa couronue dans le cas où le duc mourrait sans postérité. Wladislas rejeta bien loin cet arrangement, et répondit au roi par un refus. Aussitôt la guerre fut déclarée, et le roi, à la tête de son

armée, entra à Dobrzyn, pendant que Jean Os-

trowski, castellan de Sandomir, entrait à Wié-

lun. Plusieurs châteaux furent repris, les trou-

pes polonaises pénétrèrent dans le duché d'Opole, et les frères du duc furent contraints d'abandonner sa cause. Le château de Boles-

lawiéç (Buntzlau) ne se soumit à la Pologne que |

sept ans après ces événements, c'est-à-dire à la

mort du duc d'Opole. Quant à la terre de Do-

brzyn, elle fut cédée aux Teutoniques à titre d'engagement, mais avec promesse de la restituer aux Polonais après le décès du duc.

Swidrigellon, à l'aide des Teutoniques, guerroyait toujours en Litvanie; il parvint même à s'emparer de Witebsk. Le roi, voyant que tous les moyens conciliants ont échoué, se décide à

employer la force. Il charge Witold de déclarer |

la guerre et d'ouvrir la campagne, il s'en repose sur les talents de cet intrépide guerrier. Witold

se met à la tête des troupes (1396), il prend d'as- ! saut Orsza; à Druck, il rebrousse chemin pour :

faire sa jonction avec Georges Sviataslawovitoh, duc de Smolensk, qui, à titre de vassal, doit fournir son contingent. L'armée. étant au complet, marche sur Witebsk; on l'assiége, et après cinquante jours, la place est prise. Swidrigellon est fait prisonnier, et on l'envoie sous escorte au roi Wladislas-Jagellon.

Après cette expédition, Witold se sépare de Georges, et se dispose à retourner à Wilna; mais à peine touchait-il les bords de la Wilia, qu’il apprend que Georges s'empare, pour son propre compte, des villes du district d'Orsza. Avec une incroyable rapidité il revient sur ses pas, reprend toutes les villes, dépose Georges, et nomme à sa place Hleb, le frère du coupable.

Witold, après avoir conquis et pacilé, regagne son duché ; mais à peine à mi-chemin, il apprend

la révolte de Hleb : il retourne aussitôt, dépose Hleh, nomme à sa place des lieutenants, et rentre enfin à Wilna (1596).

Oleg, duc de Rezan, était l'instigateur secret de ces révoltes ; mais tout à coup il lève le masque, et. pénètre en Litvanie. Les troupes de Witold, sous le commandement de Langwin, duc de Mscislaw, marchent à la poursuite de l’envahisseur, et s'emparent des pays situés entre l'Oka et le Don. Pendant qu'on se rendait maître de l'invasion, Witold donnait l’ordre à un autre duc, Olgerd, de battre les Tatars qui ravageaient les pays situés au delà du Volga et du Don.

Cette expédition eut un plein succès.

La gloire de Witold, son courage qui savait tout défieret tout vaincre, donnèrent des craintes à Bazile, grand-duc de Moskovie et gendre de Witold. Pour détourner le danger imaginaire ou réel qui le menaçait, il proposa un congrès à Smolensk, auquel se rendit le grand-duc de Litvanié. Là il fut décidé que les armées de Witold et celles de Bazile marcheraient contre les Tatars. Après la réunion des troupes, en 1397, on livra bataille sur les bords du Don, et Witold ajouta une victoire de plus à ses victoires. Mai-

| tre d'un grand nombre de Tatars, il les envoya

entre Wilna et Troki, sur les bords de la Waka, en leur accordant la permission de s’y établir. Ce premier succès détermina Witold à tenter un coup décisif contre les Tatars; mais avant de commencer l'expédition, il demanda à Wladislas de lui envoyer des troupes. Wladislas lui fit quelques représentations ; mais enfin, cédant aux prières du grand-duc, les troupes polonaises se rendirent à Kiiow, où était le rendez-vous général. Witold, à la tête des armées, se mit en campagne. Les armées belligérantes se rencontrèrent sur les bords de la Worskla; on chercha d'abord à entrer enaccommodement ; mais, après des efforts inutiles, la bataille s'engagea (12 août 1593, an du monde 6906). Les Tatars furent

| victorieux et parcoururent l'Ukraine et la Wol-

hynie en triomphateurs. Witold échappa miraculeusement, et regagna secrètement Wilna, pour réparer ses pertes, el pour se préparer aux nouveaux événements.

La défaite de Witold n'était pas le seul malheur que la Pologne eût à déplorer : Hedwige, la grande et vertueuse reine, venait de mou:

rir (4599). Elle mit au monde une fille qui ne vécut que trois jours, et sa mère, hélas! fa suivit de près.

Quand Hedwige approcha du terme de sa délivrance, le roi lui proposa de faire faire pour le nouveau-né un berceau tout garni d'or et de pierreries. « J'ai renoncé depuis longtemps, lui » dit-elle, aux vanités du monde. Dieu a bien » voulu m'accorder le bonheur d'être mère, je » Jui rends grâce; je me résigne aux douleurs » que je vais endurer, et mon humilité sera plus » agréable à Dieu que tous ces signes de magni- > ficence et d'orgueil humain. »

Un jour, elle demanda au roi de faire restituer à ses sujets du chapitre de Gnèzne des troupeaux qui leur avaient été enlevés par ses ordres. Le roi y consentit. « Vous êtes juste, lui » dit-elle, en leur rendant ce aui leur appar- » tient; mais leurs larmes, mais ce qu'ils ont souf- > fert, où en trouveront-ils le prix ? »

Cette admirable princesse consomma l'union des deux peuples et reconquit la Russie-Rouge ; mais ce ne sont pas les seuls actes qui lui aient mérité l'amour des Polonais. Elle contribua puissamment à propager les sciences et les lettres. Elle: institua un collége à Prague en Bohême (10 décembre 1397) pour les Polonais et les Litvaniens; elle fit des dons considérables à l'Université de Krakovie, fondée par Kasimir-le- Grand. Hedwige légua par testament une partie de ses joyaux aux pauvres, et l’autre fut assignée à la fondation d'une école de médecine. Cette femme si pure, cette existence marquée par tant de gloire et tant de bienfaits, fut troublée par la calomnie. Gniéwosz Dalewiez, chambellan de Krakovie, corrompu par de mauvaises influences, osa répandre des soupçons flétrissants sur la reine; il osa, l'indigne, faire naître la défiance dans le cœur de Jagellon, en lui disant que (ruillaume, duc d'Autriche, s'était introduit secrètement chez la reine. Jagellon, se croyant trahi, demanda le divorce ; Hedwige se soumit, en exigeant qu’on la jugeât en public, La diète de Wisliça (1388) fit assigner Gniéwosz. Au jour indiqué tous les témoins se rendirent à la séance de la diète; chacun déposa selon sa conscience. Jasko, castellan de Woynicz, jura au nom de la reine qu'elle était innocente du crime dont on l’accusait, et que lui, Jasko, se faisait fort de la justifier. A la suite de cette déclaration, vingt chevaliers appartenant aux premières familles demandèrent spontanément de venger l'honneur de la reine. Les juges ordonnèrent à Dalewicz de prendre la parole et de préeiser ses accusations ; mais au moment où il voulut

parer, il fut saisi d’un tremblement convulsif ; sa voix altérée fit entendre des mots sans suite :

le remords avait ôté à cet homme la force de | s'exprimer. Enfin, après s'être remis, il prononça

ces mots: « Je demande grâce et pardon, j'ai » menti. » Les lois de Pologne portent qu'un calomniateur doit se coucher la face contre terre,

! sous la stalle de celui dont il a voulu flétrir l'hon-

neur; cette punition doit avoir lieu en pleine assemblée, La loi exige que le calomniateur se

| rétracte à haute voix, et qu'après sa confession

achevée il imite par trois fois l’aboiement du chien. On n’accorda pas même à Dalewicz l'honneur de s'approcher de la stalle de la reine; on lui fit signe d’aller se placer sous la table qui était au milieu de la salle, et c’est de là qu'il fit entendre les trois aboiements imposés par la loi. Depuis cette époque, le roi vécut dans une parfaite intelligence avec la reine. La vie d'Hedwige fut un exemple de toutes les vertus; austère dans sa piété, sévère pour elle-même, elle était indulgente pour les autres : aussi le peuple l'admirait et l'aimait ! Quand elle vivait, on l'appelait la plus vertueuse des femmes ; mais, après sa mort, on voulut l’honorer du nom de sainte. Le roi Kasimir Jagellon, fils de Wladislas, fit des démarches auprès de la cour de Rome pour obtenir la canonisation d'Hedwige ; mais comme il faut la payer très-cher à la chancellerie du Vatiean, la somme recueillie pour cette cérémonie fut employée pour la défense de la patrie, dans la guerre de 4450 contre les Teutoniques. Les Polonais tentèrent encore de fléchir le pape, ils réitérèrent leur demande, et promirent de payer plus tard les frais de canonisation. Mais Ni-

colas V était inébranlable et répondait à toutes

les demandes : « Point d'argent, point de sainte. »

| Le pape a refusé, mais l'amour de toute une na-

tion a sancCtifié la mémoire d'Hedwige !.… Wladislas, après la perte de la reine, voulait abdiquer et se retirer en Eitvanie; mais les Polonais, à force de sollicitations, le détournèrent de ce projet. Ses devoirs de citoyen l’o-

| bligèrent à garder le trône, et ses devoirs de roi

l'obligèrent à contracter un nouveau mariage. La princesse Anne, fille du comte de Giley ou €ilk (en Styrie) et petite-fille de Kasimir-le-Grand, fut promise à Wladislas-Jagellon ; mais avant les fiançailles, qui eurent lieu en 1404, il partit pour Wilna, dans le but de conclure avec Witold une convention importante pour l'avenir du pays.

| Cette convention portait que toutes les-posses-

sions de Witold, en cas qu'il mourût sans enfants mâles, reviendraient à Wladislas, c’est-àdire à la Pologne; mais que si Wladislas mourait sans enfants mâles, les successeurs de Witold seraient héritiers présomptifs de la couronne de Pologne; ajoutant, pour clause du présent traité, que lesdits héritiers seraienf acceptés par la nation.

L'Etat s'affermissait, le pays se tranquillisait, au moment où George Sviatoslavitsch se ré- . volta et envahit la ville de Smolensk. Witold, en

apprenant cette nouvelle, marche sur Smolensk - (4402 ); il l'assiége, mais avant de pouvoir s'en rendre maître, il est obligé de l’abandonner : le duc de Rezan s’est révolté, et il court à sa rencontre pour réprimer cette nouvelle rébellion ; il atteint l'ennemi à Lubuck ou Lubeisk (à l'embouchure de la Protva dans l'Oka). L'intrépide Witold met les Russiens en pleine déroute, et fait prisonnier Rodoslaf, fils du duc de Rezan. Après cette victoire il revient à Wilna, où il fait des préparatifs pour le siége de Smolensk. Dès que tout fut prêt, il marcha sur Smolensk. Le siége dura sept semaines (1404); George résistait avec une persistance digne de son adversaire ; mais quand il vit qu'il allait succomber, il-quitta secrètement la ville et se rendit à Moskou, pour supplier Bazile de lui donner des secours. Bazile respectait Witold et le redoutait plus encore: il refusa donc son assistance. Pendant l'absence du chef, Witold donna un assaut, et Smolensk lui ouvrit ses portes (26 juin 1404). Smolensk, qui était alors duché, devint paiatinat, et fut à jamais incorporé au grand-duché de Litvanie, et gouverné par les starostes ou palatins de Pologne et de Litvanie.

En l'année 4409, les Bohémiens avaient offert Ja couronne à Wladislas; mais ce roi aimait trop Ja Pologne pour accepter la responsabilité d’un autre gouvernement : à cette époque les intérêts da pays réclamaient impérieusement toute sa sollicitude. Swidrigellon, pour échapper à la surveillance que le roi son frère exerçait sur lui, se sauva en Russie, puis il alla en Walaquie, en Hongrie, et enfin il se rendit chez les Teutoniques. Le grand-maître Ulrich de Jungingen le reçut, et seconda son projet d’envahissement sur la Litvanie. Swidrigellon s'empara de Merecz sur le Niémen, et, après l'avoir détruit et ravagé, se sauva en Prusse (1404). Witold, au retour de sa campagne de Smolensk, marche sur la Li-

vanie, prend Danabourg sur la Dzwina, et rentre

victorieux à Wilna. Wladislas, croyant éteindre ces germes de discorde en favorisant l'ambition de Swidrigellon, lui donne la Podolie ; ensuite il réunit un congrès à Racionz en Küiie (1404), LR où il invite Witold et les représentants des Teutoniques. Là il offrit 50,000 florins pour le rachat de la terre de Dobrzyn, et il engagea Witold à lui céder la Samogitie. Witold y consentit, quoique avec peine.

Pour payer la somme qu’il avait promise aux Teutoniques, le roi fut forcé de recourir à de nouveaux impôts; mais, pour effectuer cette mesure, il dut convoquer les diétines, car dans ces assemblées la petite noblesse proposait ce qui devait être ensuite sanctionné par la diète générale. L'institution des diétines date de cette époque, et dès lors la démocratie nobiliaire im- . plante sa toute-puissance : le peuple fut oublié et ses intérêts constamment lésés.

La diète s’assembla à Korczyn ou Nowe-Miato, sur la Wistule (11 novembre 1404). On y arrêta qu'indépendamment de 2 gros de Prague, on paierait, par mesure exceptionnelle, 10 gros de Prague par arpent; ainsi la somme de 100,000 marcs d'argent, somme énorme pour le temps, fut versée dans le trésor royal. Sous les règnes suivants, quoique l'argent füt moins rare, la noblesse criait à l'oppression quand elle versait dans le trésor 40,000 marcs; et elle voulait rejeter les impôts sur les bourgeois et sur les paysans. Le paysan privé des droits politiques et des droits de citoyen, n'était point encore assez opprimé, selon la noblesse, ou assez mûr pour jouir de la liberté, comme l'aristacratie le répète depuis des siècles !...

Au travers de ces événements intérienres de nouveaux troubles vinrent agiter les frontières de la Pologne du côté de Brandebourg, de la Silésie et de la Hongrie, La haute noblesse en était fauteur; elle attisait la guerre civile par des combats partiels; mais les troupes de Wladislas reprirent les villes de Drzen et de Sandeez, et tout rentra dans l’ordre (1403- -1404).

Le grand- duc Witold avait consenti, mais avec peine, à céder la Samogitie aux Teutoniques ; mais, quand vint le moment de l'exécution, on dut recourir à une nouvelle transaction pour l'y contraindre. La perte de li Samogitie découvrait ses possessions de l’ouest, et à l'est il était inquiété par les Pskoviens. La trahison de Bazile, duc de Moskovie, vint encore compliquer les.

choses. Bazile, au mépris des liens qui l'atta-

chaient à Witold, prit parti pour les Russiens révoltés. Witold, en apprenant cette trahison, marche au-devant de l'ennemi (1405) ; il prend la ville de Koloza, entre à Pskow, et emmène onze mille esclaves à la suite de son armée. Bazile envoie un nouveau renfort de troupes, dans le dessein de prendre plusieurs villes qui relevaient de Witold; mais toutes les forces échouent devant le héros litvanien. Après cette expédition Witold eut une entrevue avec le roi Wladislas, à Milolubie, où on prit des mesures pour repousser les agressions de Bazile, qui appelait à son aide les féroces Tatars. En 1406, l’armée de Basile et celle de Witold se rencontrèrent à Krapiwna sur la Plawa (43 lieues de Toula); mais la volonté de Bazile fléchit en présence de Witold, et un armistice termina momentanément ces grands préparatifs de guerre.

La trève fut de courte durée. Swidrigellon,

cet homme qui vivait d’agitation et de trouble,.

cet homme qu'on pourrait appeler la discorde incarnée, vient encore une fois chez les Teutoniques pour guerroyer avec leurs troupes. Wladislas lui donne de nouvelles possessions pour le ramener à lui : Starodub, Briansk et Nowogrod- Siéwierski furent ajoutés aux domaines de Swidrigellon ; mais son insatiable ambition, ou son besoin de guerroyer ne lui permirent pas de sen contenter. Cette fois, c'est à Bazile qu'il s'adresse, c'est à ses troupes qu'il s’unit pour combattre Witold. L'armée de Bazile se met en campagne, elle rencontre celle de Witeld entre Pawlowo et Opaszkowo sur l'Ougra (septembre 4406). Mais les manœuvres du grand-duc sont si promptes et si audaciceuses, que Bazile recule et demande la paix, en s’engageant à payer tous les frais de l'expédition; de plus, il rend à Witold Nowogrod-Siéwierski.

Ce traité de paix ne donna qu'un calme momentané ; bientôt les Teutoniques envahirent la Litvanie. Witold, à peine remis de la dernière guerre, dut mettre ses troupes sur pied, et confia le commandement de l'armée à Rombowd, maréchal de Litvanie, et en 1407 on ouvrit la campagne. Le maréchal reprit la Samogitie (mars 1408), que les Teutoniques tenaient depuis 1404. Les Teutoniques, effrayés de leur défaite, en appelèrent à Wladislas; mais le roi, qui les savait aussi hostiles pour lui que pour le grand-duc, leur fit dire qu'il donnerait une réponse catégorique à la diète de Lenczyça, qui devait se réunir le A7 juillet 1408 ; en attendant, il

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