‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 32 sur 180 · TOME Il · texte numérisé non relu

TOME Il

leur envoya Nicolas Kurowski, archevêque de Gnèzne, pour préparer les négociauons. Les Teutoniques voulaient une réponse absolue, définitive, et repoussèrent tout arrangement, et sans attendre la réunion de la diète, ils recommencèrent les hostilités. Leurs troupes s’emparèrent de la terre de Dobrzyn, de Rypin, de : Lipniki, de Bobrowniki et de Zlotorya, et partout elles commirent d’effroyables cruautés.

Les troupes de Wladislas eurent l’ordre de se réunir à Wolborz, pour marcher ensuite contre les Teutoniques, qui s'étaient concentrés sur la Netze. Wladislas commandait en personne; il reprend Bydgoszez (Bromberg), et dans un engagement qui a lieu à Swieça, il défait les troupes du grand comtur de Prusse; ensuite il revient au camp de Bydgoszez (décembre 1408).

Les Teutoniques, après cette défection, demandent assistance au roi Wenceslas de Bohême; celui-ci intervient, et Wladislas consent à accorder une trève.

La nouvelle de l'armistice n'étant point parvenue à Witold, il envoie ses troupes à la rencontre des Teutoniques; Sigismond Koributowicz, Son neveu, est chargé du commandement ; les Litvaniens prennent Dzialdow (Soldau), et rentrent avec un grand nombre d'esclaves et un butin considérable. Le grand-maitre des Teutoniques fait au même moment une trouée entre Grodno et Bielsk, se jette sur Wylkowysk (16 mars 1409), s'empare de la ville, et emmène une grande partie de la population. Witold, qui se trouvait à 45 lieues du combat, n'ose pas se mettre à la poursuite de l'ennemi, car il n'a à sa disposition qu'un petit nombre de soldats, et il veut être sûr de toutes ses ressources pour tenter l'attaque. À cette fin il se rend à Brezsc-Litweski, où il trouve Wladislas; les deux princes décident qu'ils demanderont l'intervention de Sigismond, rot de Hongrie; car. elle leur est assurée par un traité entre la Pologne et la Hongrie, passé à Sandecz.

Witold, suivi de Gastold, Rombowd et Radziwill, tous trois distingués par leurs noms et par leurs qualités personnelles, se rend a Keïsmarck sur la Soprad, dans la starostie de Spiz (Zips); là, il obtient une entrevue de Sigismond (1409). Witold réclame de ce prince l'intervention promise par le traité; mais Sigismond, qui convoitait l'empire d'Allemagne, et qui redoutait l'union de la Litvanie et de la Pologne, car cette union était la force des deux pays,

Sigismond se souciait peu des véritables intérêts de Witold; ce qui lui importait, c'était Ia réussite de ses ambitieux projets. Dans ce but il chercha à indisposer le grand-duc contre le roi de Pologne, et lui promit son intervention s’il voulait se séparer de Wladislas pour se faire roi de Litvanie. L'idée d'un gouvernement indépendant caressait l'ambition de Witold; cette idée il l'avait conçue, mais, émise par l’Autrichien, elle le révolta, lui fit démêler tout ce qu'il y avait de faux dans son intérêt et de perfide dans ses conseils ; il s’indigna, éclata en reproches, et quitta Keïsmarck sans prendre congé de Sigismond. Celui-ci, voyant que sa politique a échoué, se met à la poursuite de Witold, le rejoint à dix lieues de la ville, et s’humilie devant celui qu'il a voulu prendre pour dupe ; il s’humilie, et lu demande pardon d’avoir voulu l’entrainer dans une démarche inconsidérée, et le quitte en le suppliant d'agréer de magnifiques présents.

Witold montre son dédain à ce roi si humble, et il s'empresse de se rapprocher de Wladislas, pour lui dire avec franchise le résultat de sa mission. L'expérience ne fut pas inutile pour les deux princes; ils virent bien qu'ils ne devaient compter que sur eux-mêmes, et aussitôt ils formèrent une armée capable d'effrayer ou de résister à toutes les ambitions. Les garnisons voisines des Karpates furent doublées, et on fit un appel aux volontaires de Bohème, de Moravie ; les Russiens, les Tatars vinrent grossir l’armée, qui se trouva dans peu au grand complet. Les Polonais qui faisaient leur apprentissage militaire dans les pays étrangers, toute cette valeureuse jeunesse qui s'était distinguée sous les ordres de Sigismond de Hongrie dans la guerre de Turquie, et parmi laquelle on remarquait l'intrépide Zawisza-le-Noir, vint se ranger sous les drapeaux nationaux, pour combattre les chevaliers Teutoniques.

Wladislas et Witold se trouvaient à la tête de quatre-vingt-dix mille hommes,et Ulrich deFungingen, grand-maître des Teutoniques, avait sous ses ordres cent quarante mille hommes. Les armées belligérantes se rencontrèrent entre Grunwald ou Grunefeld, et Tannenberg, le 40 juillet 1410. Onlivra bataille, bataille sanglante,combat inégal, où le courage, l'intrépidité, l'ardeur suppléèrent au nombre, Cinquante mille Feutoniques furent tués ou blessés, et quarante mille prisonniers tombèrent au pouvoir des Polonais; cinquante et un drapeaux et deux pièces d'artillerie, les seules qu'eussent les Teutoniques, furent pris à

l'ennemi, et envoyés à Krakovie : les Polonais n'avaieut pas encore de canons. Le grand-maître des Teutoniques fut tué, et sans le courageux dévouement de Zbigniew-Olesnicki, le roi Wladislas eùt péri dans la bataille; mais Zbigniew se jeta au-devant du roi, et para le coup qu’on voulait lui porter ; après cet acte, qui lui assurait à tout jamais la reconnaissance royale, Zbigniew embrassa la carrière ecclésiastique ; il fut évêque, cardinal, chancelier, et ses hautes capacilés jetèrent un grand lustre sur le règne de Wladislas.

Après cette victoire, Wladislas-Jagellon aurait dû se porter en toute hâte sur Marienbourg;. mais quelques moments d’hésitation donnèrent le temps au commandeur Henri de Plauen de mettre cinq mille hommes dans la place pour s'en assurer. Marienbourg revenait de droit à Wladislas, car déjà Thorn, Graudentz, Elbing, Dantzick, Brandenbourg, Kæœnisgberg, Osterode et plusieurs villes encore, s'étaient soumises aux. Polono-Litvaniens, et avaient reçu les starostes du roi Wladislas. On voit, d'après cette énumération, que toute l'étendue de pays qui appartenait à la Pologne, depuis Boleslas-le-Grand, rentrait sous la domination polonaise.

Quand Wladislas et Witold arrivèrent sous les murs de Marienbourg pour en faire le siége, le commandeur de Plauen leur fit l'offre de restituer la Poméranie, Culm et Michalow, à la condition qu’on ne toucherait pas aux autres possessions des Teutoniques. Le roi tint conseil après. celte proposition, et à la majorité il fut décidé

qu'avant d'entrer en arrangement les Teutoniques. : devaient d'abord remettre Marienbourg et toutes.

ses dépendances.

Ce refus ralluma le courage du commandeur, et à son tour il répondit par des menaces; il fit connaître aux Polonais qu'il périrait, ou qu'il ne proposerait plus la paix qu'en vainqueur. Cette menace irrita le roi, et aussitôt il ordonna les

préparatifs du siége de Marienbourg. Il en fit

d'abord l'investiture, mais sans lignes de contrevallation, ce qui permettait à la garnison de faire des sorties; on pensait que l'ennemi ne soutiendrait pas longtemps le siége, car il manquait de munitions; en effet, la ville fut sur le

point de capituler; mais. un secours inespéré

arriva. Herman de Vintkimtschen, provincial de Livonie, et chef des chevaliers du Porte-Glaive, vint à la tête de cinq cents hommes pour secourir les Marienbourgeoïs. L: se tint en embuscade

près de Christbourg; mais, bientôt découvert, Wivold alla à sa rencontre pour le combattre. Herman, ne croyant pas la résistance possible, demanda une entrevue à Witold. Dans cette entre-

vue il témoigna au grand-duc son intérét, et lui |

dit qu'il ne comprenait pas sa participation dans une guerre qui ne pouvait profiter qu'à Wladislas, « car, ajouta-t-il, Wladislas a de l'éloignement pour vous, et vous, vous ne serez jamais qu'un lieutenant de la Pologne ; pensez-y, vous pourriez être un souverain indépendant. Quant à moi, je vous promets la restitution de la Samogitie, si vous consentez à vous séparer de Wiadislas. »

L'ambition se réveilla dans l'âme de Witold ;

l'ambition le rendit la dupe d’un piége infernal,

et il demanda à Herman de lui donner des garanties qui lui assurassent la restitution de la Samogitie. Herman lui répondit qu'il allait parler de cette affaire à Henri de Plauen, et aux chefs renfermés dans Marienbourg. Après cette entrevue, Witold, sous le prétexte de continuer les négociations, obtint de Wladislas la permission de pénétrer dans la ville ; il trompait le roi, son but était tout personnel.

Les Teutoniques n’hésitèrent pas à confirmer la promesse qui avait été faite à Witold; celuici, Se trouvant engagé, ne chercha plus qu’à s’éloigner de Wladislas; pour y parvenir, il lui dit que sa santé ne lui permettait plus de continuer la guerre, et qu’il allait retourner à Wilna. Wladislas, qui ne se défait pas encore, le pria, le conjura, mais tout fut inutile; Witold partit en emmenant avec lui toutes les troupes litvanorussiennes qui étaient sous ses ordres. Les ducs de Mazovie suivirent ce coupable exemple. Herman reprit courage, en voyant le roi des Polonais abandonné par ses alliés; mais lui aussi était trahi par les siens : un corps de Bohémiens, au service des Teutoniques, offrit aux Polonais de leur livrer la ville moyennant une somme, Les chefs polonais ropoussèrent cette offre avec indignation, en disant que leur sabre déciderait de la lutte, et que leur courage avait suffi à plus d'une bataille, Par une complication d'événements, la place resta au pouvoir de l'ennemi: moins de loyauté, et elle devenait là conquête des Polonais!

Sur ces entrefaites on apprit que le roi de Hongrie avait franchi les Karpates; je dis le roi de Hongrie, mais déjà il possédait la couronne d'Allemagne, et ces deux couronnes ne suff-

saient pas à son ambition, il lui fallait encore quelques possessions polonaises. Pour arriver à ce but il corrompit Scibor-Sciborzyçki, palatin de Transylvanie ; cet homme, Polonais de naissance, osa combattre contre sa patrie; il ravagea Sandecz et d'autres villes environnantes (octobre 1410). Scibor était le vil instrument de l'empereur d'Allemagne.

Wladislas, inquiété par ces nouveaux événements, forma le projet d'abandonner le siége de Marienbourg ; mais plusieurs chefs étaient contraires à cet avis, et les députés des places de la Prusse qui s'étaient soumises se joignirent à cet avis. Craignant de retomber sous le joug des Teutoniques, ils conjurèrent le roi de ne pas lever le siége, et ils s’offrirent même d'en payer les frais; mais les dissensions et les jalousies entre les chefs polonais forcèrent Wladislas à faire la levée du siége. Cette désunion dans Farmée avait commencé à la suite de la bataille. de Grunefeld, et la trahison de Witold acheva d’envenimer les partis.

Henri de Plauen, nommé grand-maiître, imposa de nouvelles contributions aux Dantzickois, et emprunta une somme au roi de Bohème pour réorganiser ses troupes, et continuer la guerre. Il poursuivit Wladislas jusqu'à Koronowo, à six lieues de Bromberg ; là on livra bataille ; les Teutoniques furent battus (1410), et laissèrent dix mille hommes sur le champ de bataille. Au moment de la défaite Herman arrivait avec un renfort d’Allemands et de Prussiens, mais il trouva dans sa marche Dobieslas-Puchala, castellan de Przémysl; Dobieslas, à la tête des garnisons de Bobrowniki et de Rypin, s’approcha de Golub, empêcha la jonction d'Herman, et batuit les Teutoniques. Ces succès hâtèrent les négociations. Les Teutoniques implorèrent la longanimité de Wladislas, et la paix fut conclue à Thorn (février 4411). Le traité portait que les chevaliers s'obligeaient à payer à la Pologne 600,000 florins en trois paiements; à restituer la terre de Dobrzyn et les districts de Zawskrzyn aux ducs de Mazovie, et à rendre provisoirement la Samogitie au roi et à Witold. Ces avantages étaient de peu d'importance, quand on les compare aux promesses que le grand-maître Plauen avait faites quand il fut assiégé à Marienbourg.

Le roi regretta d'avoir cédé trop facilement ; mais pour terminer à l'avenir tous ces différends avec l’ordre Teutonique, il crut devoir recourir à l'empereur Sigismond, et cette entremise fut

plus funeste à la Pologne que ne l'était le traité de Thorn. Les ambassadeurs vénitiens, qui se trouvaient alors à Krakovie, cherchèrent à éclairer le roi, et l'ergagèrent à se défier du caractère faux et astucieux de l'empereur; mais le cardinal Branda, envoyé de l'empereur, détruisit tout l'effet de ces bons conseils. Wladislas crut en cette circonstance à la sincérité de Sigismond, et se rendit à Lubowla, dans la starostie de Zips (1411), pour avoir une entrevue avec lui. Là, ils conclurent un traité d'intervention. Sigismond promit au roi de lui porter secours pour expulser les Teutoniques de la Prusse ; mais sous main il favorisait l’ordre Teuton. Le traité portait que le territoire occupé par les Teutoniques serait partagé entre les deux alliés, à raison des contingents fournis pour cette entreprise par chacune des parties. Quant à la Russie-Rouge, que Sigismond convoitait depuis longtemps, il l'abandonnait pendant la vie de Wladislas, et même il s’engageait à ne faire valoir ses droits que cinq ans après la mort du roi.

Sigismond, pendant le séjour qu'il fit à Lubowla et à Bude, ne cessa de leurrer Wiadislas, et il l'amena même à lui prêter une somme de 37,000 gros de Prague (2,960,000 florins), en jui donnant pour garantie la starostie de Zips; mais pour couvrir ses ruses et ses mauvais desseins, il combla Wladislas de présents; ces présents étaient, à vrai dire, une restitution, car ils se composaient du glaive, du sceptre et de Ja pomme d’or de Boleslas-le-Grand, que la ‘reine Elisabeth, fille de Wladislas-le-Bref, avait emportés de Hongrie.

La glorieuse bataille de Grunefeid di amener d’autres résultats, mais la conduite deWitold gâta tout. Witold, quiavait fait des prodiges de valeur, qui avait déployé un immense talent et un courage qui fait pâlir tout éloge, Witold, si grand, si supérieur à la bataille de Grunefeld, se laissa tromper par la ruse des Teutoniques, après les avoir écrasés, dominés par sa force.

Ces événements donnèrent de l'expérience à Wladislos ; il commença à démêler l'ambition de Wivold, et les conseils de Zbigniew-Olesniçki et de ceux qui prenaient un véritable intérêt à la eouronne lui montrèrent la nécessité d'y mettre un frein. La réunion des deux nations, en 4586, était complète par le fait, mais demandait à être consolidée par les résultats ; il fallait, en quelque sorte, une nouvelle sanction de ce grand acte, il fallait un rapprochement entre les hommes no-

tables des deux pays. Le roi annonça qu'une assemblée aurait lieu à Horodlo, dans le palatinat de Belz, sur le Bug. C'est là que devait se tenir la diète, c'est là que devaient se rendre les Litvaniens et les Polonais.

Après la clôture des discussions, on arrèta les principales dispositions de l'acte d'union, et il fut signé par l'assemblée. Nous allons rapporter celte pièce si importante dans l'histoire de la

« Nous, Wladislas, par la grâce de Dieu, roi de Pologne et des terres de Krakovie, de Sandomir, de Siéradz, de Lenczyça, de Kuïawie, grand-duc de Litvanie,maître et héritier dela Poméranie ct des terres russiennes, etnous,Alexandre, dit Witold, grand-duc de Litvanie, maître et héritier des terres russiennes , faisons savoir à tous dans le présent et dans l’avenir,que les terres. litvaniennes et les citoyens nos sujets, à qui nous avons plus d'une fois accordé nos grâces, sont invités dès ce jour à s’affermir dans la croyance de lx vraie foi pour être délivrés des chaines de l'esclavage qui pesaient sur eux. Nous croyons

leur donner des conditions de bonheur en leur

enseignant l'Evangile qui est le précepte de toutes les vertus, et dès ce jour, ils jouiront des libertés, immunités, priviléges et grâces qu'on accorde aux élus de la foi catholique et que nous donnons et accordons en vertu de nos présentes.

» 1° Depuis que par la grâce du Saint-Esprit nous avons reconnu des vérités éternelles, nous avons accepté lavouronne de Pologne afin de propager la foi chrétienne, et pour le plus grand bien de nos terres litvaniennes, nous les avons incorporées, unies, réunies, ajoutées, alliées aux États la Pologne, du consentement de nos frères et cousins, de tous les seigneurs, nobles et boïars, habitants de la Litvanie., Mais comme nous voulons garantir les susdites terres litvaniennes de toute invasion étrangère, contre les trahisons des chevaliers Teutoniques, et contre tout ennemi quelconque qui voudrait ravager les terres litvaniennes et le royaume de Pologne, nous voulons que lesdites terres, en vertu des droits que nous avons reçus de nos ancêtres, selon la primogéniture, comme véritable maître et héritier et avec le consentement des seigneurs, nobles et boïars, soient réunies de nouveau à la Pologne, et que:les deux nations n’en forment plus qu’une. Nous voulons que les duchés, terres, lieutenances, districts et propriétés soient indissolublement unis à la couronne de Pologne, pour que

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