CAPITALE DE LA POMÉRANIE POLONAISE
La Wistüle, en roùlant ses eaux à travers les fertiles contrées de la Pologne, réfléchit trois cités polonaises sur trois principaux points du fleuve : l'antique et monumentale Krako € s'élance non loin des sources de la Wistule; la moderne et élégante Warsovie la domine au milieu de son cours; la commerciale Dantzig semble protéger son embouchure dans la Bilu- -que. Nos lecteurs connaissent déjà Krakovie et Warsovie ; aujourd'hui nous leur ferons connai- ‘tre Dantzig, et le tableau de cette trilogie wistulienne sera complet.
Aspect général, imvressions.
Gdansk, en polonais; Gedanum, en latin; Dantzig où Danzig, en 2llemand et en français, est située au 540 21° 5° de latitude, et160148 45" de longitude géographique.Deux petites rivières, la Radunia ( Radaune ) et la Motlawa ( Mottlau), traversent la ville, pour se jeter par la rive gauche dans la Wistule, qui porte le tribut de ses eaux dans la Baltique à peu près à 2 lieues plus bas. La ville ne s'élève au-dessus du niveau de Ja mer qu'à 45 pieds.
On remarque à Dantzig les édifices qui se -rencontrent ordinairement dans les villes grandes et riches. ‘Cependant, l'aspect général en est triste, car les rues y sont étroites et les -maisons bâties lourdement, dans l'ancien goût gothique mixte. Mais autant l'intérieur est peu remarquable au premier abord, autant les dehors sont délicieux et pittoresques. Il est peu de cités en Europe qui présentent, dans leurs alentours, des paysages aussi riches et aussi variés. Tous les voyageurs se sont comme entendus pour admirer et célébrer la beauté pittoresque des environs de Dantzig; d'un côté, disentils, on croit voir la Hollande en miniature, et de l’autre, un abrégé des vallées des Alpes. À chaque pas, enfin, on trouve des sites qui sem- -blentretracer aux yeux de l'observateur les beaux paysages de l'Italie. Mais pourquoi faut-il que la nature n'ait pas mis le climat de Dantzig en harmonie avec une position aussi heureuse?
Les Dantzikois ne jouissent rééllement de leurs magoifiques environs que pendant trois ou quatre mois de l'année.
Le baromètre y est extrêmement variable. La température s'élève ordinairement de 20 à 22 degrés Réaumur pendant l'été; on l’a vue monter jusqu'à 50, mais rarement. En hiver, le froid est habituellement de 48 à 20 degrés au-dessous de zéro; on le voit souvent descendre jusqu’à 26 et 28. La situation de la ville, dans un terrain bas et presqu'en entier marécageux, en rend le séjour malsain pendant les fortes chaleurs. Toute-
fois, en temps de paix, la population y est floris-
sante, et la mortalité peu considérable.
La rivière de la Mottlau, qui va se jeter dans la Wistule à la queue des glacis de la ville, sert de canal de communication pour les bâtiments marchands qui arrivent à Dantzig et qui en partent. Un bras de cette rivière forme une île nommée Speicherstadt. La Motilau est très-utile à la défense de la ville, en ce qu’elle entretient le système d'inondation créé autour de son en-. ceinte.
Le port de Dantzig est formé par l'embouchure de la Wistule et défendu par les forts de Munde ou Weichselmunde et de Westerschanze.
‘La rade, ou ce qu’on appelle proprement le golfe
de Dantzig, consiste dans une partie de la mer qui se trouve abritée contre les vents du nord par la langue de terre sur laquelle est située la petite ville d'Héla.Les fameux werders (Zulawy)
forment une île basse et fertile entre la Wistule
et la Mottlau.
Des vergers, des jardins, des maisons de cam-
agne, des magasins, le mouvement des voitu- .pasne,
res, des charrettes, des bateaux et des vaisseaux, annoncent déjà à une certaine distance qu'on va voir une cité industrieuse, opulente et populeuse.
Les mœurs des Pantzikois offrent des traits estimables. Comme tous les habitants y sont ou commerçants ou manufacturiers, On voit partout l'activité de l’industrie et le calme des passions. En même temps, les relations commerciales qu'ils entretiennent avec toute l'Europe ont contribué à polir leurs mœurs, et ils ne sont pas
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du tout étrangers aux charmes des beaux-arts, des lettres et des sciences. Il n’y a presque point de père de famille qui ne procure à ses enfants une éducation conforme à sa fortune. Les jeunes demoiselles surtout s’adonnent à l'étude des langues, à la musique, à la danse, au dessin. Les jeunes gens se forment par les voyages.
Dans cette ville, lés bons et les mauvais citoyens sont très-peu mêlés, et très-faciles à distingucr. L'intérêt général y soulève l'indignation publique contre tout individu qui manquerait d'honneur et de probité. D'ailleurs on y voit fort peu de ces germes de discorde qui éclatent souvent dans des capitales. Là, rien ne donne le droit de dominer les autres; nilestalents,ni les richesses, ni même les services rendus à la chose publique : l'égalité républicaine, qui peut-être restreint l'élan de quelques génies supérieurs, étouffe aussi beaucoup de vices et beaucoup de folies au moment même de leur naissance. Les Dantzikoisne souffrent pas de mendiants dans leur ville, parce qu'il y a des moyens d'occupation dans leurs nombreux ateliers publics, des asiles pour les infirmes dans leurs excellents hôpitaux, et des moyens d'amendement pour les vagabonds dans une maison de correction supérieurement organisée. L'institution d'une maison d'enfants trouvés empêche les assassinats d'enfants nouveau-nés, qu'on n'y voit jamais abandonnés dans les rues, comme il arrive quelquefois dans d’autres grandes villes.
Une circonstance qui contribue puissamment À éloigner la misère et la corruption, c’est que les priviléges exclusifs du commerce et de l'industrie sont absolument inconnus. Chacun exerçant librement la profession qui lui convient, fait prospérer également la chose publique et ses affaires particulières. S'il arrivait qu'un méchant homme se trouvât élevé à une magistrature, il serait forcé de devenir probe; autrement son élévation n'aurait pas une longue durée, surtout s’il était négociant : ses confrères se disputeraient l'honneur de le renverser.
Quant aux jouissances de la vie, on y fait des festins somptueux. La mode veut que toute famille aisée ait une. maison de campagne avec un joli jardin, On se couvre des étoffes les mieux conditionnées et des meilleures pelleteries du nord. Les meubles sont souvent magnifiques.
On a de belles bibliothèques, de superbes chevaux,.et beaucoup de domestiques proprement vêtus, Mais ee luxe est mesuré sur les revenus;
ilse montre dans des objets solides et utiles. Les femmes n’y ont point le droit de ruiner les familles et n’en sont que d’autant plus estimables et mieux aiméos; c’est à leur influence qu'on doit de voir l’ivrognerie bannie des festins de Dantzig, où règne une gaieté douce et peu bruyante ; rien
d'ailleurs de plus ravissant que les petites réu-
nions des jeunes gens des deux sexes pour faire de la musique.
Coup d'œil historique sur la Pomérante polonaïse.
Avant d'aborder l'histoire de la fondation de la ville de Dantzig et des événements dont elle fut témoin, il est essentiel de parler de cette partie de la Poméramie polonaise dont Dantzig fut le chef-lieu. D'ailleurs l'intérêt national réclame le redressement des torts par les preuves authentiques qui renversent victorieusement les envahissements et les prétentions erronées du cabinet de Berlin, sur cette province éminemment polonaise ; et: en attendant que le sabre fasse triompher nos droits, notre plume ne se lassera point de protester contre leur violation, et de réclamer la réunion de toutes les parties de l'antique république polonaise si iniquement détachées par les puissances voisines.
Avant le démembrement de 4772, la Poméranie se subdivisait en dix districts. Selon le système teutonique, on changeait les noms slavespolonais en termes germaniques,et leschefs-lieux des districts de Gdansk, Tezew, Nowe, Swiec, Tuchol, Gluchow, Mirachow, Puck, Koscierzyn et Skorzewo, prirent dans les livres et sur les cartes géographiques les noms de Dantzig, Dirschau, Newenbourg, Schwetz, Tuchel, Sclochau, Mirchau, Putzig, Behrendt, Schoneck. Les deux autres districts de Lawenbourg et de Butow, cessèrent d'appartenir à là Pologne depuis 1657.
Le palatinat de Poméramie avait pour frontières, au nord la mer Baltique, à l’est la Wistule, au sud la Kuïavie et la Grande-Pologne, et à l'ouest la Marche de Brandebourg.
Le nom de Poméraniens, qui veut dire habitants des côtes, n’est connu que par les écrivains dù x siècle, et celui de Pomeranie, qui veut dire région maritime, ne l’est que par ceux du xre. Le premier prince des Poméraniens connu est Wortislas où Wracislaw, en 1195, époque de l'introduction da christianisme en Poméranie; c’est ce -Wortislas qui est la souche connue de la maison des ducs de Szezecin (Stettin). Ce
: 404 prince laissa deux fils, Kasimir et Boguslas. Ces premiers descendants de Wortislas s'agrandirent à l'occident de l'Oder, vers le Mecklenbourg, et vers la Moyenne- Marche de Brandebourg d'aujourd'hui, où ils propagèrent la religion chrétienne. Ces deux frères furent créés princes parl’empereur Frédéric Er, sousle titre de dues des Slaves, environ vers l'an 4180. On dit qu'ils régnèrent à Demmin sur la Penne, qui était une de leurs conquêtes sur les Wilques ou Wiley, Slaves idolâtres, jusqu’au xn siècle. Les descendants de cette famille y régnèrent jusqu'en 4637, année de leur extinction.
Quant à la maison de Poméranie qui a régné à Dantzig, -elle descend d’un staroste ou gouverneur, appelé, Sambor, qui vivait vers l'année 4175. Sambor était gouverneur pour le roi de Pologne, Kasimir-le-Juste, d’une province qui s'étendait le long de la Wistule, et qu'on appejait la Marche de Dantzig, mais qui ne faisait
pas encore partie de la Poméranie. Swiento- |
peik, fils du petit-fils de: Sambor, gouverneur de la même province vers l’année 1212, épousa la lle d'un autre gouverneur, nommé Janus, qui commandait en Kassulie ; et après la mort de son beau-père, Swientopelk s’empara de cet autre gouvernement vers l'an: 1220. Ea . Kassubie (Kaszuby ), province de la Pclogne, s’étendait entre la Persante et la Léba, et cette région maritime était appelée aussi Pomérame. Vers la même époque (1220), Swientopelk -s'ällia avec Wladislas, dit le Cracheur, duc de Poznanie. Ce prince, expulsé alors de son État par un autre Wladislas, dit le Haut, son-oncle, épousa unesœur de Swientopelk,nommée.Hélinga, et.quelques années après, Swientopelk, aidé de ce beau-frère, se révolta contre Leszek-le- Blanc, roi de Pologne, à .qui appartenaient les provinces de Dantzig et de Poméranie ou de Kassubie.Leszek marchait pour réduire Swientopelk, lorsqu'il périt près de Gonzawa en 1227 sous les coups meurtriers de Swientopelk, laisant pour successeur un fils âgé de six ans, appelé Boleslas, connu depuis sous le nom. de Chaste. Profitant de ce meurtre, Swientopelk usurpa la souveraineté dans ces gouvernements; il s’affermit dans cette usurpation pendant 1a minorité de Boleslas, et prit le titre de duc de Poméranie, qu'il transmit à son fils Mszczug (Mestvinus), ( Voy. T. I, p. 296.) Après la mort de Mestvin les provinces de
kKassubie et de Dantzig revinrent à la Polo-
gne sous le titre de duché de Poméranie.
Il y avait à l'époque de la mort de Mestvin deux princes descendus deWartislas Er, dont l'un s'appelait Boguslas IV et l’autre Othon Ier. Le premier de ces princes régnait à Demmin, l'autre à Stettin. Ils étaient tous deux fils de Barnim Ier et peuit-fils de Boguslas IF, qui lui-même était petit-fils de Wortislas er. Ces princes, qui ne portaient pas le titre de ducs de Poméranie mais celui de.ducs Slaves, et celui des villes où ils régnaient, n’élevèrent point de prétentions à la succession du duc Mestvin, ne croyant pas sans doute avoir droit à d'anciens domaines de la couronne, -usurpés assez récemment par Swientopelk, et que là Pologne n'avait cédés à Swientopelk ou à son fils par aucun traité. Si quelqu'un avait pu disputer à Przémyslas, duc de la Grandé-Pologne et depuis roi de Pologne, là succession du duché de Poméranie, c'eùt été Wladislas-le-Bref, qui était le plus proche héritier de Leszek-le-Blanc et de Boleslas-le-Chaste, sur qui la Marche de Dantzig et Ia Kassuhie avaient été usurpées.
Le duché de Poméranie fut possédé tranquillement par la Pologne pendant les règnes très-
| agités de Przémyslas qui fut assassiné par les
marquis de Brandebourg Ouhon et Jean en 1296: de Ottoacre Wenceslas, qui gouverna le royaume par ses lieutenants, et de Wlidislas-le-Bref, qui succéda à Wenceslas en 1305. Les choses allèrent ainsi jusqu’à la rébellion des Szwença, famille puissante et turbulente, qui appelèrent
| en Poméranie, non les ducs Slaves, mais le mar-
quis de”Brandebourg Voldemar d'Anhalt, vers l'an 4509, et dans le temps où Wladiskas-le-Bref était occupé à recouvrer la Grande-Pologne, que
| les ducs de Silésie avaient envahie depuis 1505.
Voldemar, auquel les Szwença avaient livré la
| ville de Dantzig, en fut chassé par Bogusz ou
Boguslas, gouverneur du château, aidé par les chevaliers Teutoniques, à qui Konrad, duc de Mazovie, avait donné un établissement sur les frontières- de la Prusse et de lx Mazovie, environ quatre-vingts ans auparavant. Mais ces auxiliaires s’emparèrent eux-mêmes de Dantzig, ainsi que des principales villes le long de Ia Wistule, en 1510. Tous les voisins se jetérent alors sur la Poméranie: les chevaliers envabirent à peu près ce qui composait ce palatinat avant l'année 1772; les marquis de’ Brandebourg, ce qui composait, à la même époque, la partie septentrionale de la Nouvelle-Marche, le long de la
LA POLOGKXE,
Drawa ou Drage; et les ducs des Slaves s’emparèrent de ce qu'on appelait les duchés de Kassubie et Jde Wenden ou de Vandalie, connus antérieurement sous le nom de Poméranie de Stolpe ou duché de Stolpe. La partie du duché de Poméranie envahie par les chevaliers Teutoniques, et qui seule conserva longtemps le nom unique de Poméranie, fut cédée à cet ordre par Kasimir-le- Grand, par un traité passé à Kalisz en 1345 ; mais par un autre traité passé à Thorn en 1466, cet ordre la rétrocéda à la Pologne, sous le règne de Kasimir IV, fiis de Wladislas - Jagellon. C’est alors que cette province fut érigée en palatinat de Foméranie.
La partie usurpée par les marquis de Brandebourg, et possédée par les électeurs de ce nom, ne leur avait jamais été cédée par aucun traité. Celle dont s'étaient emparés les ducs des Slaves leur fut maintenue par la permission tacite des rois de Pologne, avec lesquels ces princes contractèrent souvent des alliances, sans cependant qu'aucun acte ait jamais légalisé ce démembrement. C’est à cause de cette partie du duché de Poméranie qu’ils ajoutèrent à leur titre celui de ducs de Poméranie. Après l’extinction de la maison des ducs des Slaves, cette