‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 50 sur 180 · TOME fi · texte numérisé non relu

TOME fi

tendre de Wladislas, il y répondit en produisant

un livre que le chapitre de Krakovie avait reçu de Kasimir-le-Grand, livre dont îe frontispice représentait le couronnement de ce roi en bas âge. Le respect pour la mémoire du grand roi, et les sages discours du cardinal, convainquirent plusieurs des mécontents, et Olesnicki, profitant de cette disposition, s’adressa au maréchal ou président de la diète, et lui fit part d'un dessein qu'il venait de concevoir. Le maréchal, qui Hi était entièrement dévoué, s'adressa tout à coup à l'assemblée, en s’écriant : « Que ceux qui ne » veulent point de Wladislas pour roi passent > à gauche ; que ceux qui lui restent fidèles pas- » sent à droite. » Cette manœuvre imprévue déconcerta les malveillants. Chacun d'eux craignit d’être le seul d’un parti qui paraissait d’ailleurs le plus faible, et comme il ne s'agissait plus de pousser des cris confus perdus dans la foule, mais de se déclarer hautement et à la face de tous, aucun n'osa avoir le courage de son opinion, et s’exposer au ressentiment de ceux dont il avait combattu les projets. Quant aux difiicultés relatives au serment, la reine mère les fit disparaître, en promettant que le roi ne manquerait pas de Le prêter, quand il aurait atteint l’âge de majorité. On pressa dès ce moment le couronnement, et la cérémonie eut lieu à Krakovie, le 29 juillet 1434.

On donna au roi un conseil de tutelle, composé de sa mère et de plusieurs dignitaires relisieux et séculiers. Mais un gouvernement composé de tant d'individus n'avait ni assez d'autorité, nt assez d'énergie pour faire régner dans le pays la justice et la tranquillité. De là, de nouvelles

querelles entre la noblesse et le clergé sur la perception des dimes. Spytek Mielsztynski, chef de l'opposition à la diète d'élection à Opatow, contre Wladislas, déclara une guerre ouverte au cardinal Olesnicki. Le duc d'Opole en Silésie, appuyé par la noblesse de cette province, envahit à main armée les possessions polonaises (1454). L'empereur Sigismond, qui guettait toutes les occasions d'entamer la Pologne, élevait des prétentions sur la starostie de Spiz (Zips). En Litvanie une nouvelle guerre civile recommençait plus acharnée. Sigismond Kiéystutowicz et Swidrigellon étaient les chefs des deux partis opposés. Swidrigellon occupait la ville de Wilkomiérz, et Michel, fils de Sigismond, aidé de troupes polonaises, vint l’y chercher. Les deux armées, séparées par la Swienta, passèrent trois jours en présence, chacune d'elles attendant que l’autre commençât l'attaque (1435), Swidrigellon prit enfin le parti de décamper à la faveur d'une nuit obscure; son armée battit en retraite, poursuivie par les Polono-Litvaniens, qui lui firent un assez grand nombre de prisonniers, parmi lesquels on comptait quarante seigneurs ou kniazs, Michel, qui avait montré autant de courage que de talent dans cette campagne, remit les captifs au duc Sigismond, son père; mais ce dernier n'écouta que sa vengeance, et tous furent égorgés, noyés où empoisonnés. À la suite de cette guerre, Swidrigellon fut exilé.

Les chevaliers Teutoniques, qui avaient embrassé Le parti de Swidrigellon, voyant sa défaite, se hâtèrent de faire la paix avec la Pologne, et le traité fut signé à Bzesc-Kuïawski en 1435.

Swidrigellon chercha appui et protection chez l'empereur Sigismond ; mais ce chef de l'empire était lui-même aux prises avec les désordres de la guerre religieuse, contre les Hussites. Dans cette horrible lutte, qui mit la Bohême à feu et à sang, les catholiques eurent le dessous; mais, après la victoire, les réformateurs se partagèrent en deux camps : les uns s'appelèrent Taborites, les autres Calixtins, en se reprochant mutuellement ou trop de sévérité, ou trop de relâchement dans la pratique de la religion réformée. Ces événements avaient toujours de l’écho en Pologne. La noblesse s’assembla en diète à Korczyn (1456); on y discuta sans rien conclure: mais il n’y eut point de désordres.

À la suite de représailles atroces, l'empereur Sigismond était enfin parvenu à soumettre la Bo-

titude audacieuse des vaincus intimida Sigismond, qui, voulant se retirer en Hongrie, mourut en chemin, après avoir nommé le duc d’Autriche, Albert, son successeur aux couronnes de Hongrie et de Bohême (14338). Le décès de ce souverain suscita deux partis en Bohême : l’un appuyait le prince Albert, l’autre appelait au trône le prince Kasimir, frère du roi de Pologne, quoiqu'il ne fût âgé que de onze ans.

Le roi Wladislas, impatient d’en faire part à la noblesse, la convoqua en une diète à Korczyn. Quelques nobles pensèrent qu'il fallait refuser, au nom du jeune prince, la couronne qui lui était offerte, et s’étendirent sur les dangers aw’entrainerait l'acceptation de la souveraineté d’un pays non pacifié. Le duc de Litvanie, Sigismond, appuyait au contraire cette élection, dans J’espoir que les deux frères, contents de leurs couronnes, s'occuperaient moins de la Litvanie, qu'il voulait soustraire à leur domination, pour la remettre, à sa mort, au duc Michel, son fils.

Wladislas, ayant obtenu la majorité en faveur de l'élection de Kasimir, réunit des troupes et les envoya en Bohême, pour y appuyer les droits de son fils (1438). Elles n'avaient pas encor. passé les frontières, qu'Albert s'était déjà rends maître de Prague, et s'y était fait couronner. Sos armée était formidable, et les Polonais, vu l’infériorité de leurs forces, n’osèrent pas risquer une bataille. Les deux armées furent cependant en présence ; les Polonais étaient commandés par Sendziwoy d'Ostrorog, palatin de Poznanie, et Jean de Tenczyn, palatin de Sandomir. George ou Jrzyk Podiebradzki conduisait les Bohémiens, qui s'étaient déclarés pour Kasimir.

Tandis que les armées belligérantes s’observaient ou se livraient de petites escarmouches, le roi Wladislas, à la tête d’autres troupes, entra en Silésie, et poussa jusqu'à Opawa (Troppau). Les dues de Silésie furent obligés de souscrire à l'élection de Kasimir, de donner un libre passage aux troupes engagées à son service, et de ne favoriser en aucune sorte ses ennemis, quels que fussent les engagements contractés avec eux, même avant le commencement de cette guerre.

Albert, à son tour, se trouva trop faible pour livrer une bataille décisive, et se contenta de canonner durant quelques jours les retranchements des Polonais, pour détourner leur attention et masquer la retraite qu’il voulait effectuer. Podiebradzki, qui s’en aperçut, demanda la per-

hême ; mais ce fut un triomphe douteux, et l'at- | mission de l’attaquer. A la tête des Taborites et

d'une partie des Polonais, il chargea l'ennemi avec tant d’audace et de bonheur, qu'il s’acquit dès lors cette réputation de brillante valeur à laquelle il dut plus tard le trône de Bohême. Mais, soit qu'après cette victoire Podiebradzki commençât à songer à ses intérêts personnels et à se montrer moins dévoué à combattre pour Kasimir, soit que les ressources des Polonais fussent trop épuisées, les chefs polonais formèrent le dessein de ramener leurs troupes en Pologne, et Wladislas et Albert finirent par conclure la paix, dont l’un et l’autre avaient besoin: car Albert venait d’être fait empereur, la Hongrie était menacée d’une invasion des Turks, et l'état des affaires intérieures de l'Allemagne réclamait tous ses soins; le roi des Polonais, de son côté, avait à pourvoir au salut de ses Etats, menacés d'une famine par suite de l'intempérie des dernières saisons, et à les garantir contre les incursions sans cesse renouvelées des Tatars.

Rentré à Krakovie, Wladislas avait atteint sa quinzième année, époque fixée pour sa majorité. Une diète se réunit à Piotrkow (1439); la noblesse et le clergé remirent au jeune roi le gouvernement de l'Etat, et on ne lui demanda que la ratification des serments qu'on avait prêtés en son nom à l'époque de son couronnement.

Le premier acte de Wladislas LIT fut de nommer des négociateurs pour traiter de ses différends avec l'empereur Albert. Le pape Innoeent IV et le concile de Bäle, quoique divisés entre eux, avaient cependant un égal désir de voir la Bohême pacifiée, et suppliaient depuis quelque temps Albert et Wladislas de former un eongrès pour terminer leurs différends. En effet, des conférences s'ouvrirent à Breslau (1459 ); l'empereur y vint en personne. Les Polonais proposèrent que «les deux concurrents se désistassent de leurs prétentions, pour laisser aux Bohémiens une entière liberté dans le choix d’un maître ; que celui qui n'aurait point de suffrages, ou qui en aurait moins, cédât la couronne à l'autre, et que tous les deux cesseraient d'y aspirer dans le cas où le choix tomberait sur tout autre prince. » Cet expédient déplut à Albert : les conférences furent rompues, reprises plus tard à Namyslow (Namslau), mais sans autre résultat que la convention d'une trève de quelques années.

Tandis que la Bohême souffrait de ces indécisions, l’empereur Albert était obligé de marcher contre les Turks, commandés par le sultan Mourad ou Amuart If, et qui déjà avaient envahi la

Transylvanie et la Servie.Albert ne put rien faire; atteint d’une maladie contagieuse, comme ses soldats, il revint à Bude; de là ilgagnait Vienne, quand il expira dans un village sur le chemin de cette dernière ville (1439).

Albert avait épousé Elisabeth, fille de l’empereur Sigismond. Deux filles seulement étaient nées de cette union; mais l’impératrice était enceinte. Au moment de la mort de l’empereur, elle fit tout pour gagner l'affection des Hongrois et se conserver ce royaume ; mais les Hongrois, menacés de tous côtés par la puissance ottomane, ne voulurent pas attendre la délivrance d’Elisabeth, et ils tournèrent leurs regards vers la Pologne et vers son chef, le jeune Wladislas.

Nous verrons tout à l’heure Wladislas, devenu roi des Hongrois, ouvrir cette longue et sanglante lutte entre la Pologne et la Turquie, qui durera 260 ans et qui ne se terminera qu'avec la dernière année du xvri® siècle, sous le règne d'Auguste IT, successeur de Sobieski (1439-1699).

La Hongrie, laissée à elle-même, flottait dans l'incertitude, lorsqu'un homme, issu, selon les uns, d’un Valaque et d’une Grecque, et, selon les autres, fils naturel de l'empereur Sigismond, parut sur la séène politique. Cet homme, c'était Jean Corvin, surnommé depuis Hunyade, du fort, qui portait le même nom, élevé sur les frontières dela Transylvanie. Les Turksl'appelaient Yanko. Doué de cet instinct des grands hommes qui leur donne la conscience de leurs forces et le courage de tout entreprendre, Hunyade semblait fait pour être le soutien de sa patrie et l'âme de tous les efforts qui seraient tentés pour sa défense.

Hunyade comprit sur-le-champ la position d'Elisabeth, et ne vit de salut pour la Hongrie que duns l'assistance du roi des Polonais ; mais, pour ménager tous les intérêts, il voulut faire épouser au jeune monarque l'impératrice. Celle-ci consentit d'abord. Elle chercha seulement à fixer le sort de l'enfant qu’elle portait dans son sein, en lui assurant, si c'était un fils, la possession de l'Autriche et de la Bohême; quant à la Hongrie, elle devait appartenir aux enfants qui naîtraient de son mariage avec Wladislas III.

Une ambassade brillante vint à Krakovie offrir la royauté au monarque polonais (1440). Elle exposa que les intérêts mutuels des deux pays demandaient cette union. Mais au même instant le sultan Mourad envoyait ses ambassadeurs à Wladislas et lui offrait son alliance, à condition qu'il s’obligerait à maintenir son frère sur le

trône de Bohême, et à rompre toutes relations avec la Hongrie; mais Wladislas répondit laconiquement, aux envoyés du sultan, qu'il serait temps de songer au traité lorsqu'il arriverait en Hongrie.

Wladislas éprouvait d’abord quelque répugvance à s'unir avec l'impératrice, infiniment plus âgée que Jui, mais les devoirs du roi l'emportèrent sur le goût de Fhomme ; et il'avait déjà consenti à accepter la couronne et la main d'E-

lisabeth, lorsqu'on apprit qu’elle venait d’accou- -

cher d’un fils à qui on donna le nom de Ladislas. Cet incident ne changea rien aux résolutions déjà prises à Krakovie: mais Élisabeth refusa d'accomplir les conventions matrimoniales qui avaient été faites en son nom, et exhorta, dans un manifeste, tous les Hongrois à se joindre à elle pour soutenir les droits de son fils. Alors se formèrent deux partis opposés. Sendziwoy d'Osrorog, palatin de Poznanie, et Jean Koniecpolski, grand-chancelier de la couronne, revinrent de Bude et rapportèrent au roi ce qui s’y passait. Wladislas ne voulait point reculer, et il se préparait: à. aller en Hongrie lorsqu'une révolution cn Litvanie vint suspendre l’exécution de ses projets.

Le gouvernement ombrageux, oppressifet tyrannique de Sigismond Kieystutowicz était devenu insupportable à toute la Litvanie. Non content de s'être emparé des biens de ses parents et des principaux. boyars, un jour il conçut le projet de convoquer tous les chefs de sa famille, sous le prétexte de discuter les intérêts du pays; mais sa véritable intention était de les faire périr tous. Ivan ou Jean Czartoryski, neveu de Sigismond, ainsi que les palatins de Wilna et de Troki, pénétrèrent les intentions du grand-duc et résolurent de le prévenir. Ayant réussi à s’introduire tous deux dans le château de Troki, Czartoryski se rend dans le cabiner de Sigismond et l’assomme de sa propre main.

C'était le dimanche des Rameaux de l'année 1440. Ce meurtre fit naître plusieurs partis. Les uns voulürent élever au duché Swidrigellon, d'autres Michel, fils de Sigismond ; d’autres voulaient détacher la Litvanie de la couronne. Mais Wladislas mit fin à toutes ces ambitions en nommant au grand-duché son frère Kasimir, et la tranquillité se rétablit,

Après avoir nommé une regence composée de trois dignitaires de la couronne, Wladislas quitta Krakovie à la tête d’une armée parfaitement

équipée, et prit la route de Keismark pour se rendre à Bude. Mais déjà les partisans d’Élisabeth avaient couronné son enfant avec la couronne de saint Étienne, et l'avaient emporté en Autriche. Les Hongrois attribuaient à cette couronne une espèce de sainteté : sans elle le couronnement était censé de nulle valeur.Aussi, lorsqu'on exhuma du tombeau de saint Étienne un autre diadème pour en ceindre le front de Wladislas de Pologne, le peuple en tira de funestes pronostics. Quoi qu'il en soit, le roi fut couronné. Hunyade était tout dévoué à ses intérêts ; le parti d'Élisabeth avait pour chef Jean Iskra.

Mais, pendant que la guerre civile durait en Hongrie, un schisme non moins désastreux régnait dans l'Église. Deux papes se disputaient le droit de la gouverner : c’étaient Eugène IV et Félix V. Jaloux de se faire reconnaître dans le monde chrétien, chacun d’eux avait envoyé des légats dans tous les royaumes. Il en était venu en Hongrie : le cardinal Julien Césarini, évêque de Sabine, au nom d'Eugène; et le cardinat Alexandre, évêque de Trente, de la maison des ducs de Mazovie, et parent du roi Wladislas, aw nom de Félix. Ces légats parlaienten même temps au roi de mettre fin aux difficultés avec Élisabeth, Le roi leur répondit qu'il ne demandait paf mieux que de les terminer ; mais il fit observer que les pontifes qui les envoyaient auraient dû mettre fin à leurs propres querelles avant que de songer à se mêler de celles du royaume. Césarini, diplomate consommé, sut. gagner les bonnes grâces du roi. Il amena entre Wladislas et Élisabeth une entrevue qui eut lieu à Ovarin, et la paix fut conclue aux conditions que Wladislas épouserait la fille ainée d'Élisabeth ; qu'ik retirait au plus tôt Ladislas des mains de l'empereur Frédéric, qui, dès la mort d'Albert, s’était emparé de l'archiduché d'Autriche; qu'il ferait même tous ses efforts pour rendre à ce jeune prince la possession de l'Autriche. Élisabeuh était sur le point de revenir à Bude, lorsque la mort vint la surprendre.

La diplomatie de Césarini triomphait, car sa pensée dominanté’était l'affaire de Turquie. Les Osmanlis s'étaient déjà emparés de plusieurs provinces de l'empire grec tant en Asie qu'en Europe. Le Bas-Empire ne possédait plus que sa capitale et quelques contrées environnantes. Les empereurs Paléologue qui régnaient à Constantinople avaient besoin de secours. La. cour de Rome promit de leur en obtenir, sous.

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la condition qu'ils donneraient leur adhésion à l'Eglise latine. Eugène IV, ne pouvant rien obtenir des monarques de l’Europe, tourna ses yeux vers la Pologne et la Hongrie. Or, peu d'années avant l’époque dont nous parlons, la mort d’Alexandre, hospodar de Wälaquie, et le partage de ses Etats, avaient donné lieu à dé vivescontestations entre ses deux fils Élie et Étienne. Wladislas était intervenu comme suzerain, et avait terminé le différend, en donnant,en 1456, la Valaquie à Élie et la Moldavie à Étienne. Dans les conjonctures actuelles, ces deux provinces étaient d’une importance extrème pour la chrétienté, et lesoin de leur défense détermina Wladislas à prendre part à la guerre.

IL s'adressa d’abord à l'empereur Frédéric et demanda son appui; mais ce dernier refusa, quoiqu'il eût été de son intérêt de s'unir à Wlalislas. Les chevaliers Teutoniques s’excusèrent aussi, eux qui, par leur mission et leur exemple, auraient dû animer toute l'Europe à prendre les urmes contre les infidèles. Ainsi Wladislas ne dut compter que sur les Polonais et les Han- £rois.

Jean Hunyade, palatin de Transylvanie, qui s'était couvert de gloire dans les expéditions précédentes, s’unit à Wladislas. Le gros de l'armée confédérée partit d'Ofen le 22 juiller 1443, et passa le Danube près de Semendra. Hunyade, à la tête de douze mille cavaliers d'élite, envahit la Servie et s’avança jusque sous les murs de Nissa. Le roi Wladislas et le cardinal C£sarini suivaient avec vingt mille hommes à une distance de deux journées de marche. La première rencontre eut lieu sur les bords de la Morawa, dans les environs de Nissa (3 novembre 1445). Trois rolonnes de l’armée du sultan Mourad vinrentse heurter l’une après l’autre contre les rangs proronds des chrétiens. Toute la bravoure des Turks cchoua contre les habiles dispositions de Hunyade : neuf drapeaux enlevés, quatre mille prisonniers, deux mille hommes tués, et la retraite précipitée de Mourad derrière l'Hœmus, attestèrent le triomphe de Hanyade. Il suivit son ennemi pas à pas, prit Sofia et se dirigea de là sur Philippopolis, en franchissant les hauteurs esarpées etcouvertes de neige du Balkan.

Mais il lui fallait forcer le pas de Succi,où Mou-

rad s'était retranché. Ce passage , célébre dans:

l'antiquité ,et qui conserve encore le nom dePorte- -Trajan offre deux défilés dont l'accès est éga-

lement périlleux. Mourad en avait fait barricader l'entrée avec des blocs de rocher. Lorsque les Turks aperçurent l'avant - garde de Hunyade, ils firent couler, pendant toute une nuit, de l’ean sur les flancs des moutagnes; en sorte que le lendemain, au point du jour, un mur de glace semblait interdire toute tentative à la cavalerie hongroise. Cependant les soldats d'Hunyade.

encouragés par son exemple, s'avancèrent malgré tous les dangers; mais, arrivés devant la Porte-de-Trajan, ils la trouvèrent si bien barricadée, qu’ils se virent obligés de rebrousser chemin, et se portèrent vers le second défilé (appelé Sitadi ou Slatitza), qui, par la nature même du sol, ne pouvait pas être aussi solidement fermé. Là s’engagea (24 décembre) un combat d'autant plus terrible que les Hongrois avaient encore à lutter contre les avalanches et les masses de rochers ou de glaces qui se détachaient incessamment de la crête des montagnes. L’'issue du défilé fut enfin forcée, et les vainqueurs saluèrent, des hauteurs de l'Hoæmus, les riantes campagnes qui se déroulaient sous: leurs yeux. Wladishas ct ses Polonais suivirent les traces d'Hunyade, et se réunirent à lui au delà du -Balkan. Les Polono-Hongrois livrèrent une nouvelle batail'e au pied du mont Cunobizza, et les Turcs furent encore battus. Après cette expédition, les troupes victorieuses de Wladislas rentrèrent à Ofen.

De son côté, Mourad, laissant à ses généraux le soin de défendre les frontières de l'empire en Europe contre les Hongrois, passa en Asie pour

À châtier un vassal rebelle; mais les nouveaux suc-

cès d'Hunyade le rappelèrent en Europe. Au congrès de Szegedin on discutait déjà les condi- Lions d'un arrangement; mais Wladislas ne voulait rien précipiter, car il attendait toujours (4444) les troupes auxiliaires que ses alliés s’etaient engagés à lui fournir pour continuer la croisade. Mais voyant que le printemps était arrivé sans qu'aucun d'eux se fût montré, il céda enfin aux conseil d'Hunyade et de Georges Brankovich, despote de Servie, qui, malgré les insinuations du pape et de l'empereur de Constantinople, le pressaient d'accepter les propositions de Mourad.

La paix futconclue le 12, et ratifiée à Szegedin le 45 juillet 1444 pour dix ans, et aux conditions suivantes : la Servie et la Herzegovine devaient être restituées à leur ancien maître Brankovich, et la Walaquie réunie à là Hongrie; le sul-

tan paierait une somme de soixante-dix mille ducats pour la rançon de Mahmoud-Tschélebi, son gendre, fait prisonnier à Cunobizza. Ce traité fat écrit dans les deux langues et confirmé des deux côtés par la foi du serment (4 août). Wladislas prêta serment sur l'Évangile, Mourad sur Je Koran.

Cette paix, si utile à la Hongrie, l'était plus encore aux Polonais, qui, se trouvant inquiétés par les Tatars, pressaient vivement leur roi de venir à leur secours.”

Pendant ces négociations, Mourad, espérant obtenir le repos qu'il achetait par tant de sacrifices, retourna en Asie, où il devait veiller à ses intérêts, et achever dans le repos et les Sr à une vie jusque-là si agitée.

Mais toute nécessaire et sacrée que fût la paix de Szègedin , elle déplut au pape. À peine dix jours s’étaient-ils écoulés depuis le serment prêté sur l'Évangile, que le cardinal Julien Cesarini fit de nouveau jurer au roi Wladislas et à son conseil, au nom de la sainte Trinité, de la glorieuse vierge Marie, de saint Étienne et de saint Ladislas, que le traité signé avec les Ottomans serait rompu, et que, pour le {er ho on commencerait le siége d'Orsova.

Peu de temps après le départ de l'ambassade turque arrivèrent des lettres de l'empereur grec Jean Paléologue et du cardinal Francesco Gondolmieri, Florentin de naissance et grand-amiral de la flotte papale dans l'Hellespont. Ces lettres représentaient le moment de la retraite de Mourad en Asie comme une circonstance favorable qu'il fallait exploiter pour réduire entièrement la puissance ottomane en Europe. Pour lever les scrupules du roi, Cesarini soutint la thèse qu'on n'était pas obligé de tenir une parole donnée à des infidèles; que, d’ailleurs, la Hongrie n'avait pas le droit de conciure une amnistie avec les Turks sans le consentement du Vatican et des autres puissances de la chrétienté. Le sublégat et vice-chancelier, François de Venise, et deux capitaines de galères, l’un Bourguignon, l’autre

Vénitien, parlèrent dans le même sens que Cesa- :

rini. Après des débats longs et animés, Hunyade se laissa enfin persuader par la promesse que l'on fit de lui donner la Bulgarie avec le titre de roi, lorsqu'on l'aurait conquise sur les Turks; il obtint seulement, par ses représentations, la prorogation de la déclaration de guerre le 4er septembre, afin de rentrer plus sûrement dans la possession des forteresses de la Servie, que les

Ottomans restituèrent sans retard, conformément aux stipulations du traité.

L'armée polono-hongroise ne comptait en tout que dix mille hommes. A cette époque, les bagages d'une armée étaient, d'après l'usage des Polonais, en raison inverse de sa force numérique; deux mille chariots venaient à la suite de l'armée. Pour éviter les défilés de l'Hæmus, on résolut de se diriger vers les bords de la mer Noire, en passant par la vallée du Danube. A Nikebo!i, Drakul, prince de Walaquie, se joignit à l'expédition chrétienne, qui se renforça de cinq mille hommes. Cet habile guerrier inclinait pour la prudence. Il tirait moins ses arguments, contre cette campagne, des forces supérieures du sultan que d’une sinistre prédiction d’une femme boulgare, et du tremblement de terre qui, presque aussitôt après la rupture du traité, s'était fait sentir dans toute la Hongrie, comme si les éléments s'étaient indignés de cette violation d'un serment prêté au nom du ciel. Quoi qu’il en soit, les sages conseils de Drakul ne furent pas exécutés.

Les nouveaux croisés traversèrent les plaines de la Boulgarie, en longeant la chaîne de l’Hcœmus, route plus longue, mais plus sûre. Hunyade marchait à l'avant-garde avec trois mille cavaliers hongrois et les auxiliaires valaques; puis venait le roi des Polonais et des Hongrois, avec le reste des troupes et le corps des croisés. Ces derniers, bien qu'ayant pris les armes au nom du Christ, n’en ravagèrent pas moins les églises grecques et boulgares. Vingt-huit navires, construits par les Turks sur la rivière de Panisus (Kamdjik), et destinés à entrer dans la mer Noire et à remonter le Danube, furent brülés. Plusieurs places furent soumises avec ou sans attaque. Kawarna (Bizon) et Varna ( Odessus ou Constantia des ‘anciens) ne résistèrent pas davantage.

La forteresse de Varna est située sur les bords septentrionaux d'un golfe formé par deux caps qui se projettent dans la mer. Le cap au nord de la ville, qui est une pente du Balkan, est couvert d'un bourg appelé Macropolis ; et sur le promontoire du côté du midi s'élève Galata (Kalliacré), à cinq mille pas de Varna. Des marais s'étendaient sur tout l’espace compris entre cette dernière ville et Galata. C'est là que campait l’armée polono-hongroise, lorsqu'on apprit l'effrayante nouvelle que Mourad avait quitté l'Asie et-était passé en Europe à la tête de quarante mille:

honimes.

Il avait laissé de côté l'Hellespont, où croisait la flotte papale pour lui intercepter le passage, etétait venu débarquer sur les rives du Bosphore. Des vaisseaux génois avaient transporté ses troupes, moyennant une rétribution d’un ducat (42 francs) par soldat. Le sultan Mourad était venu à marches forcées, et avait assis son camp à quatre mille pas de celui de Wladislas. Le cardinal Cesarini et les évêques d’Erlau et de Waradin furent d'avis, dans le conseil de guerre, qu’on retranchât le camp au moyen de fossés et de barricades de chariots, et qu'on’attendit ainsi les mouvements ultérieurs des Turks ; mais Hunyade s'étant prononcé pour l'attaque en rase campagne, cette opinion prévalut auprès du courage brillant du jeune roi polonais.

A l'aide droite des Hongrois, on voyait flotter le grand étendard noir de Hongrie ; les Polonais avaient arboré l’étendard de Saint-Ladislas. Le roi, entouré de cinquante cavaliers sous la bannière de Saint-Georges, portée par Etienne de Bathor, s'était placé au centre. Hunyade, général en chef, était partout.

Mourad occupait le centre avec les janissaires. Devant lui était un fossé, défendu par des palissades, sur le bord duquel était placé, au bout d'une lance, le traité de paix violé par l’ordre du pape, comme s'il avait voulu montrer à ses soldats ce monument de la perfidie de ses adversaires, et implorer la protection du Dieu qui punit les parjures. Sur les derrières, enfin, se trouaient les chameaux et les bagages. Dans ce moment décisif, il s’éleva un tourbillon si violent, que les drapeaux de l’armée hongroise furent déchirés, à l'exception de celui du roi, et cet accident fut considéré comme un sinistre présage pour l'armée chrétienne.

Le combat commença par les archers, et l'air fut un instant obscurci par les flèches qui se croisaient en tous sens; puis les combattants se méêlèrent, et on se battit à l’arme blanche. Le carnage fut épouvantable. Karadja, beylerbey d'Anatolie, avait été tué; déjà ses troupes commençaient à se débander de toutes parts, et il y eut un instant où il ne resta près du sultan qu’un petit nombre de janissaires et quelques beys trèsâgés. Voyant la fuite des siens, Mourad pria Dieu de lui accorder la victoire ; puis, calme et confiant dans Ia justice de sa cause, il resta inébranlable à son poste ; et lorsque Wladislas, à la tête d'un détachement de Polonais, emportés comme qui par leur ardeur, fondit sur la tente impériale,

Mourad cria à ses janissaires : « Séparez co présomptueux damné de son corps, et son attaque personnelle sera cause de sa perte. Quand il se trouvera à notre portée, il tombera sur nous comme un sanglier blessé furieux ; alors écartezvous, et en un clin d'œil faites un mouvement pour l’enfermer dans votre cercle; tuez-le, et vous ferez une action belle devant Dieu et son prophète ! »

Wladislas avançait toujours, combattant avec un courage héroïque, lorsque son cheval, blessé au pied d’un coup de hache, le renversa au milieu de la mêlée. Un vieux janissaire, ncmmé Khodja-Khazer, lui coupa la tête et la ficha sur une lance, pendant terrible de cette autre pique au bout de laquelle Mourad avait mis le traité violé, en appelant la vengeance de son Dieu et de celui des chrétiens sur cette perfidie.

Ce spectacle jeta la consternation dans l’armée ‘hongroise, et fut le signal d’une déroute complète. Hunyade, revenu de là poursuite de l'ennemi, fit en vain des prodiges de courage pour arracher aux vainqueurs le corps de l'infortuné monarque et l’horrible trophée qu'ils étalaient ; mais enfin il dut désespérer du sort de la bataille, et prit la fuite, vers le soir, avec les troupes valaques. -

Cette mémorable bataille fut livrée le 11 novembre 4444, jour de la Saint-Martin, et le 9 du mois de Redjèb, l'an 848 depuis la fuite du prophète.

Le lendemain matin, Mourad, étonné de l'immobilité du camp chrétien, où les Hongrois, retranchés derrière leurs chariots, attendaient toujours le retour d'Hunyade, l’attaqua et en massacra les défenseurs. Au nombre de ceux qui tombèrent sous le cimeterre turk se trouvèrent les évêques d’Erlau et de Grosswaradin, Etienne de Bathor, qui la veille, dans ces mêmes retranchements, avait sauvé l’étendard royal et le cardinal-légat Cesarini.

Après cette victoire, Mourad alla visiter le champ de bataille, accompagné d’Azeb-Bey, un de ses confidents. « N'est-ce pas une chose étonnante ? s’écria-t-il à la vue des morts; voilà toute une ârmée de jeunes gens, et parmi eux pas un seul vieillard. — S'il y en avait eu un seul, lui répliqua Azeb-Bey, ils n'auraient pas tenté une aussi folle entreprise. »

Deux cent cinquante chariots, remplis d'effets précieux, devinrent la proie du vainqueur. C’est alors que la Pologne fit une perte irréparable

es archives de la couronne, que Wladislas avait dans ses équipages, furent à jamais perdues.

Mourad annonça immédiatement sa victoire au sultan d'Egypte, et, pour mieux lui faire com-

prendre quels hommes de fer il avait vaincus, 1l lui envoya vingt-cinq hussards et pancernes polonais et hongrois, d'une taille gigantesque, armés de pied en cap, et portant des ailes fixées au-dessus des épaules. Les populations de l'Asie et de l'Afrique accouraient de toutes parts pour contempler ces êtres si extraordinaires pour elles. Outre cela, Mourad envoya la tête du roi, conservée dans du miel, au gouverneur de Broussa, alors capitale des Ottomans. Les habitants de cette ville, instruits de ce message, se portèrent en foule à la rencontre de l’envoyé du sultan, et, après avoir lavé la tête du roi Wladislas dans les eaux du Niloufer, ils la portèrent en triomphe par toutes les rues, au bout d’une pique, comme firent autrefois les Parthes de celle de Crassus. Mourad, las de gouverner et de faire la guerre, résigna une seconde fois le trône, et retourna aux beaux jardins et aux magnifiques palais qu'il avait fait construire à Magnésie.

Telle fut la fin de Wladislas IIT, auquel le so-

briquet de Varnenien resta à jamais appliqué: dans notre histoire. Il était à peine âgé de vingt

et un ans. Grand, bien fait et d'un port majestueux, il était doué de talents supérieurs pour la guerre. Modeste, grave, aimant le travail, généreux et libéral jusqu’à la profusion, affable et populaire avec, ses inférieurs, il était un vrai type de chef polonais, et la patrie dut déplorer amèrement que la coupable ambition du pape eût hâté, par ses téméraires suggestions, la triste fin d’une vie si pleine d'avenir.

Avec la mort de Wladislas S'évanouirent l'espoir de la Pologne et le dernier soutien de l'empire grec. Dix ans après, Constantinople tombait sous le sabre de Mouhammed II. Dès lors, les Turks commencèrent à exercer leur empire sur la mer Noire. Les Tatars de Perekop se soumirent à la Turquie, et cessèrent d’appartenir à la Litvanie. La Walaquie et la Moldavie furent menacées, et les frontières de la Litvanie et de la Pologne elles-mêmes exposées à des invasions continuelles.

Le désastre des chrétiens à Varna et la perte d'un monarque vaillant jetèrent toute l'Europe dans l’accablement et l'épouvante. La Pologne surtout fut couverte d'un:deuil universel. On ne voulut d'abord croire, ni en Pologne ni en Hon-

grie, que Wladislas eût péri dans cette bataille.

Hanyade, qui ne ramenait que de tristes débris de l'armée, ignorait lui-même la mort du roi. Mille bruits différents couraient sur son compte. Les uns disaient qu'il avait été conduit.comme prisonnier, à Constantinople; d’autres, qu'il errait vagabond en Italie et jusqu'en Espagne. Chaque nouvelle de cette nature inspirait à Krakovie une joie si vive, qu'on la manifestait par le son

des cloches et par les illuminations de toute la

ville. Ces bruits ne se réalisant pas, on envoya

les deux dignitaires. Jean Rzeszowski et Gilles Suchodolski, avec la mission de le chercher par-

tout où ils espéreraient pouvoir le découvrir. Mais tous ces soins furent inutiles. On se flattait encore de quelque espérance, lorsqu'on apprit que les Hongrois avaient élu pour roi Ladislas, lils posthume d'Albert; alors on convoqua une assemblée générale à Sieradz, pour procéder à l'élection d'un roi des Polonais.

Kasimir, frère de Wladislas, se trouvait près de Polock, en Litvanie, lorsqu'il apprit sa mort; sa douleur fut profonde. La noblesse réunie à Sieradz (25 ayril 1445) était partagée sur le choix d’un candidat; mais l'avis de Zbigniew Olesniçki prévalut. Il proposa Kasimir, grand-duc de Litvanie, et prouva que ce choix aurait surtout l'avantage de n'occasionner aucun changement, lors même que Wladislas viendrait à reparaitre. Cet avis réunit presque tous les suffrages. En conséquence, une diète fut convoquée à Piotrkow pour le 24 août, et le prince fut invité à y assister.

Kasimir refusa d'y paraitre, alléguant l’accablement bien légitime où le jetait la mort d'un frère chéri. Mais ce refus avait encore un autre motif : Kasimir avait été élevé en Litvanie, il aimait son duché, il y avait ses habitudes, et comme les seigneurs litvaniens. le sollicitaient en secret de ne pas les abandonner, il se décida à ne pas accepter le trône de Pologne. Il envoya même à la diète de Piotrkow une députation qui déclara de sa part que, ‘hors le duché de Litvanie, aucun État, quelque vaste qu'il fût, ne saurait lui plaire; qu'il trouvait étrange qu'au lieu d'attendre encore quelques années, les Polonais fussent si empressés de se donner un nouveau roi.

Les Polonais regardèrent cette réponse évasive de Kasimir comme une positive renonciation au trône ; et, piqués jusqu'au vif d'un pareil dédain, ils résolutent d'en tirer vengeance. La noblesse et le clergé se réunirent donc à Piotrkow (27 mars 1446). Quelques-uns opinaient pour Frédéric, marquis de Brandebourg, à qui Wladislas-Jagellon avait donné sa fille; les autres se déclaraient pour Boleslas, duc de Mazovie. Boleslas fut élu. Informé de cette résolution, Kasimir, qui refusait la couronne quand on la lui offrait, se hâta de faire des démarches auprès de sa mère, Sophie, et la supplia d'agir auprès des Polonais et de les déterminer en sa faveur. Il redoutait l'ambition de Michel, fils de Sigismond Kieystutowicz et gendre de Boleslas, et prévit bien que Boleslas, devenu roi de Pologne, ne manquerait pas de donner des secours à Michel pour l'élever au grand-duché de Litvanie, aux dépens de Kasimir. La reine Sophie se rendit à Kolo, où la noblesse de la Grande-Pologne s'était assemblée ; et elle intrigua avec tant d'habileté, que les Polonais consentirent eufin à recevoir Kasimir. Celui-ci arriva à Krakovie le 23 juin 1447; le 25 du même mois, il fut cou- 10nné solennellement dans l’église cathédrale, et prit immédiatement les rênes du gouvernement,

KASIMIR IV (1447-1492),

L’obéissance au roi n’était légalement due que lorsqu'il avait prêté serment aux conditions qui touchaient aux intérêts généraux de la république. Kasimir l'éludait sans cesse,

En tout temps et dans tous les pays, les flatteurs de la cour pullulent, et leurs fatales obsessions causent tout le mal que l'histoire des peuples à à déplorer. On disait donc à Kasimir, qui avait le cœur et l'esprit faibles, de tout promet- ‘tre, au risque même de ne jamais rien accorder ; qu'il n’y avait dans l'État qu'un fantôme de liberté, aisé à détruire en feignant de le respecter ; que l'obstination et l'opposition des Polonais étaient toujours plus vives que durables, et qu’après tout, s'il venait dans la suite à les choquer par des prétentions injustes, il devait se souvenir que rien n'était moins dangereux que les mur-

mures d'une noblesse qui s'était fait une habi-

rude de se plaindre de ses maîtres, et qui pous-

sait l'amour de l'indépendance jusqu’à regarder

comme une servitude l'obligation de reconnaître TOME Il.

le bien qu’on lui avait fait. De ces conseils perfides naquit la mésintelligence entre la Litvanie et la Pologne : de là des troubles qui rendirent le règne de Kasimir IV si orageux.

A peine couronné, et ne se souciant pas de prêter un serment prescrit, Kasimir quitta Kra kovie sans s'embarrasser des maux que son éloignement allait causer au pays. La Litvanie était le seul objet de ses affections et de sa sollicitude. Il passait dans l'immense forêt de Bialowiez son temps à la chasse, qui faisait ses plus chères délices. Cependant les affaires du pays exigeant sa présence en Pologne, le roi arriva à Lublin ; on ouvrit une diète (25 mai 1448). Là, les Polonais désiraient faire disparaître toutes les traces de la désunion des deux nations, pensant que c'était le seul moyen d’amortir la question toujours renaissante relative à la Podolie et à quelques districts de la Wolhynie, que les Litvaniens disaient appartenir au grand-duché, et que les Polonais revendiquaient comme partie intégrale de leur royaume. Les Litvaniens ne se refusaient pas à admettre quelques-unes de ces conditions ; mais ils ne voulurent jamais consentir à effacer de leur constitution le titre de grand-duc et les priviléges qui avaient de tout temps appartenu aux souverains de cette vaste province. Cette diète se sépara donc sans rien conclure, et Kasimir se rendit d'abord à Léopol et ensuite à Kamiéniéç- Podolski, où la noblesse devait se trouver réunie en armes pour aller châtier la rébellion de Pierre, hospodar de la Moldavie (août 1448). Pierre prit le parti de se soumettre, et promit obéissance à la couronne de Pologne ; mais, quand le roi repartit pour la Litvanie, les Tatars pénétrèrent jusqu'en Podolie (fin août 1448), ravageant tout le pays et emportant chez eux un riche butin. Théodore Buczaçki, staroste général de Podolie, ramassa à la hâte une petite armée, fondit sur ceux qui revenaient, et leur reprit une partie du butin et des captifs qu’ils emmenaient en Tatarie.

Une année se passa sans événements nouveaux, si l'on en excepte une incursion que fit Michel, fils de Sigismond, qui fut tué à Troki, en 1140.

Ce prince, à la tête d’une armée de Tatars, s'était déjà emparé de Stawdub et de Nowogrod- Siewierski, lorsque le roi s’avança pour le combattre ; mais Michel, iustruit de son approche, se retira précipitamment, et les deux villes rentrèrent sous la domination légitime du monarque polonais (août 1449).

Dans la même ânnéé, un événement dont les annales de la Pologne n’offraient point jusqu’a- Lors d'exemple, excita des querelles qui se re- ‘nouvelèrent souvent dans les époques suivantes. Jean Dlugosz ou Longinus, chanoine de Krakovie et secrétaire de Zbigniew Olesnicki, lüi apporta d'Halie le chapeau de cardinal. Cette distinetion excita vivement la jalousie d'Oporowski, ar-

chevêque de Gnèzne. A l’époque de l'ouverture

de la diète de Piotrkow (9 décembre 1449), au moment où le nouveau cardinal entrait dans le conseil, l'archevêque, qui ne voulut pas lui céder la première place, quitta la diète, suivi de plusieurs sénateurs. Le roi n'interrompit pas pour cela les débats, et écouta les ambassadeurs de l’empereur Frédéric qui parlaient en faveur du duc de Mazovie, pour lui faire obtenir le gouvernement des terres de Belz et de Rawa. Kasimir ajourna sa décision à un temps plus favorable ; et quant au scandale donné par l'archevêque, dont la susceptibilité, blessée par la promotion de son subordonné à la pourpre romaine, avait trouvé de l'écho dans la noblesse et le clergé de la Grande-Pologne, il ordonna à la diète de Piotrkow, en 1451, que les deux prélats siégeraient alternativement dans le sénat, et que personne d’entre les évêques ne pourrait à l'avenir briguér la dignité de cardinal sans la permission du roi. Kasimir est le premier roi de Pologne qui ait commencé à nommer les évéques, qui jusqu'alors avaient été élus par les chapitres ; et c’est à l’occasion des querelles sur: verues au sujet de l'évêché de Krakovie entre Jacques Sienienski, nommé par le saint Siége, Jean Lutko, élu par le chapitre, et Jean Gruszczynski, proposé par le roi. Le dernier prévalut.

Les affaires de la Walaquie étaient à peine arrangées que la Moldavie se révolta. Bogdan disputait la souveraineté à l'hospodar Alexandre. Le roi Kasimir envoya donc une armée sous tes ordres d'Oleski, qui apaisa les troubles (mars 1450). Mais Bogdan ayant repris ses incursions, une nouvelle expédition fut organisée sous les ordres d'Odrowonz et de Koniecpolski (juiliet 1450). Bogdan prit d'abord la fuite ; puis il envoya faire des propositions de paix, et au moment où l'on s’y attendait le moins, il tomba traitreusement sur les Polonais ; mais sa perfidie lui réussit mal, et il fut complétement battu à Krasnopole (6 septembre ). Les Tatars profitèrent de l'absence des troupes polonaises pour

envahir la Pologne, et porter leurs ravages jusqu'à Belz.

Les interminables discussions entre les Litvaniens et les Polonais amenèrent la diète de Parczow (27 septembre 1451) ; mais on n'y conclut rien de définitif; et quand Swidrigellon mourut à Luck (12 février 4452), les Litvaniens occupèrent cette ville pour leur compte. Plusieurs fois, à des époques ultérieures, on convoqua des assemblées pour arranger ces affaires, lorsque les Tatars tombèrent à l'improviste en Podolie (22 juin 1452), et en emportèrent un butin considérable. D'un autre côté, les Silésiens envahissaient les terres de Wielun et de Sévérie. En 1455, les Tatars reparurent de nouveau dans la Podolie, et s’avancèrent jusqu’à Olesko. Les Polonais ne pouvaient punir cette audace, car ils allaient combattre les Silésiens qui furent vaincus (février 4455). En avril, les Tatars poussèrent leurs ravages jusqu'à Trembowla; mais cette fois, ils furent vigoureusement punis de leur audace par Jean Laszez.

Les promesses de Kasimir étant toujours éludées, les Polonais voulurent prendre au sérieux la question du serment du roi. À cet effet, à la diète de Piotrkow (24 juin 4455), ils déclarèrent expressément à Kasimir qu'ils lui refuseraient l'obéissance et le déposeraient, s’il ne prêtait sérment de maintenir sans restriction les droits et priviléges de la nation. Kasimir céda à des exigences aussi légitimes, et la concorde fut rétablie. Dans la même année, le duché d'Oswiecim fut acheté et uni au royaume. L'année suivante (10 fevrier 1434), le roi épousa Élisabeth, fille de l’empereur Albert, et les noces se célébrèrent à Krakovie avec une magnificence remarquable.

Pendant que l'indolent Kasimir se débattait dans de mesquines querelles avec le clergé et la noblesse de Pologne et de Litvanie, à l'Orient s’écroulait le plus ferme boulevard de la puis sance grecque. Les jours de la superbe Byzance étaient comptés. Le 29 mai 1453, un assaut général fut donné. Le sultan Mohammed promettait des timars et même des sandjaks aux premiers qui monteraient sur les remparts ; mais il menaçait de la hache du bourreau la tête de ceux qui voudraient échapper au danger par la fuite. Les assiégeants et les assiégés se préparaient à un combat à outrance, lorsque, vers le troisième jour, un métécre lumineux se montra dans le ciel au-dessus-de Constantimople, du côté

du septentrion ; et les Ottomans crurent voir dans cette apparition le signe de la colère divine qui menaçait les chrétiens, et cette superstition redoubla leur confiance et leur audace. Cent cinquante mille Turks donnaient l'assaut, cent mille autres formaient la réserve ; Mohammed se tenait au centre avec quinze mille janissaires. De son côté, l'empereur Constantin s’était rendu à l'église de Sainte-Sophie, suivi des grands de sa cour. Il: y fit pénitence publique, et reçut la communion au milieu d’une foule immense qui éclatait en sanglots. Tranquille désormais pour le repos de son âme, l’empereur ne songea plus qu'au salut de l'empire. Il monta immédiatement à cheval, et visita tous les postes de la ville. Personne ne dormit cette nuit-là, ni sur les remparts, ni sur les tours. Au premier chant du coq, chacun était debout et sous les armes.

L'assaut commença sur toutes les lignes à la fois avec tant d'ensemble et d’ardeur, que la ville entière disparut sous d'épais nuages de poussière et de fumée. Les portes sont enfin forcées ; Constantin, voyant l'inutilité de ses efforts et la masse d’ennemis qui se répandent de tous côtés, se précipite sur les Turks en invoquant la mort. Abandonné des siens, il s’écrie : « N'y aura-t-il donc pas un chrétien pour me tuer! » Au même instant, il reçoit deux coups de sabre et tombe confondu dans la foule des victimes. Un carnage affreux termine les horreurs de cette sanglante journée, On retrouva le corps de Constantin; ce fut sa chaussure de pourpre, parsemée d’aigles d'or, qui le fit reconnaître. Sa tête fut déposée aux pieds de Mohammed, et ce trophée sanglant fut ensuite promené dans les villes d'Asie, comme là tête de notre Wladislas le Varnenien.

Ainsi succomba l'antique Byzance, onze cent vingt-cinq ans après avoir été reconstruite par Constantin. Le siége dura cinquante-trois jours, et finit le 29 mai 1453 : c'était le vingt-neuvième qu'elle soutenait depuis sa fondation.

Toutes les puissances chrétiennes en gémirent; mais la Pologne et la Hongrie surtout semblèrent prévoir dès lors combien de sang devait leur coûter cet événement funeste.

Tandis que cela se passait au midi, le nord de la Pologne voyait se préparer une révolution qui hâtait la décadence d’une fatale congrégation. Les chevaliers Teutoniques, souillés des crimes les plus honteux, exaspérèrent leurs sujets en violant les lois qu'ils avaient eux-mêmes établies. Leurs infamies comblèrent enfin la me-

sure. La noblesse prussienne résolut de sacrifier ses biens et sa vie pour secouer le joug de ces moines orgueilleux. Ils portèrent contre eux plainte à Frédéric IIT, empereur d'Allemagne, qui déclara la noblesse prussienne, on ne sait en vertu de quelle autorité, déchue de tous ses priviléges-et franchises. Indignée de l'audace d’un tel décret, la noblesse offrit sa soumission à la Pologne. Kasimir la prit sous sa protection, et décréta que les terres prussiennes feraient partie intégrale de la république polonaise et jouiraient de ses droits; que les habitants seraient régis par la loi de Culm ou telle autre qui leur plairait; qu'ils seraient déchargés de taille ; enfin, qu'ils concourraient à l'élection des rois. La ville de Dantzig fut surtout comblée de bienfaits; elle ne paya plus que 2,000 florins par an, au lieu de 60,000 que se faisaient payer les Teutoniques. Kasimir divisa la Prusse en quatre palatinats : Thorn, Elbing, Kæœnigsberg et Dantzig (ordonnance du 6 mars 1454). Lorsqu'il entra en Prusse, on lui donna une garde de douze régiments, dont six le précédaient et six autres marchaient à sa suite. Arrivé à Thorn, il s’assit sur un trône au milieu de la place publique, et reçut solennellement les hommages et le serment des Prussiens (27 mai). .

La politique du cabinet de Bohême cherchait à s’immiscer dans ces affaires, et parlait en faveur des Teutoniques ; mais Kasimir répondit que les souverains de la Bohême n'avaient jamais été les bienfaiteurs des chevaliers ; mais que cet honneur appartenait aux rois de Pologne, et que lui, Kasimir, entrait en possession légitime d’une province qui appartenait à la Pologne dès les temps de Boleslas-le-Grand. A la diète de Graudentz (15 juillet), on cimenta plus étroitement cette union, et, en attendant, le roi ou ses lieutenants assiégèrent Choynice (Konitz), Sztum et Malborg, où s'étaient entermés les Teutoniques. Le 18 septembre, on livra une bataille sanglante près de Choynice, et les Polonais furent défaits. Le roi se retira d’abord à Bydgoszez (Bromberg), ensuite à Nieszawa. Cet échec irrita les Polonais, et les détermina à redoubler d'efforts pour écraser leurs ennemis; aussi on vit bientôt arriver de nombreux renforts, et le roi put ouvrir une nouvelle campagne dès le mois de décembre de la même année. Cette fois, le succès couronna ses armes.

Pendant cette expédition, des troubles civils avaient éclaté en Litvanie. Plusieurs seigneurs,

et nommément Gastold, palatin de Wilna, s’efforçaient de rompre les liens qui unissaient les deux nations. Ils voulaient même détrôner Kasimir et élever un autre prince à la dignité grand- ‘ducale. Kasimir cherchait, autant qu'il le pouvait, à neutraliser les intrigues des grands en s'entourant de l'appui de la petite noblesse et en confirmant les priviléges de Horodlo. Mais Gastold et ses partisans cherchèrent alors à enlever par la force la Wolhynie et la Podolie aux Polonais. La présence du roi en Litvanie calma un peu les esprits, et il obtint même que les Litvaniens lui fourniraient quelques troupes pour l'accompagner en Prusse.

C'est au milieu de ces événements que mourut le cardinal Zbigniew-Olesniçki(1er avril 1455) âgé de soixante-six ans. Il fut enterré à Krakovie. Cette perte fut immense, et les Polonais la sentirent vi‘ement.

La guerre de Prusse durait toujours, mais enfin les Teutoniques eurent le dessous, et Marienbourg (Malborg) fut occupé par les troupes polonaises (1457). Les autres villes se soumirent. Cette importante conquête avait répandu dans toute la Pologne une joie qui ne fut pas de longue durée, car une nouvelle guerre civile éclata du côté d'Oswiecim, et les Tatars recommencèrent leurs déprédations en Podolie (1457).

Sur ces entrefaites, Ladislas, roi de Hongrie et de Bohême, mourut à Prague, à peine âgé de dix-huit ans, et sur le point d’épouser une fille de Charles VIT, roi de France. Ladislas, jaloux de la gloire de Jean Hunyade, et redoutant l’ambition de ses deux fils, les priva de leur héritage, lit trancher la tête à l'aîné et conduire le cadet, uommé Mathias, à Vienne, comme prisonnier d'État, Mathias eût certainement bientôt éprouvé le sort de son frère, si Ladislas n’eût été empoisonné par une femme qu'il avait aimée et qui ne pouvait lui pardonner le mariage qu'il était près de contracter ; et Mathias, du fond d’un cachot, monta sur le trône. En Bohême ce fut Georges Podiebradzki qui s’empara de l'héritage de Ladislas (1458). Mais Kasimir croyait avoir en droit légitime à ces deux couronnes par suite du mariage qu'il avait contracté avec Élisabeth, sœur de Ladislas ; et nous verrons bientôt combien cette funeste prétention coûtera de sang à la Pologne.

Kasimir ne pouvait pas, pour le moment, soutenir les droits qu'il croyait avoir par la force des armes, car la guerre de là Prusse ne cessait

ARE à,

d'occuper ses troupes ; et comme il avait peu de talents militaires, les Polonais lui impntaient les revers qu'ils avaient essuyés. Ces accusations furent même formellement exprimées à là diète de Piotrkow (1er septembre 14459). Jean Rytwianski, staroste de Sandomir, prononça un discours des plus véhéments, et reprocha au roi, non pas au nom d'une province, mais au nom de l'État, les malheurs que son indolence et son incapacité avaient attirés sur ses peuples.

« Sire, disait-il, vos défauts précipitent la » Pologne vers sa décadence ; vous traitez vos » sujets comme des ennemis parce qu'ils défen- » dent l'intégrité de la république; vous portez » peu d'intérêt à la couronne, en permettant » d'en séparer la terre de Luck, et vous affec- » tez de vouloir réunir la Podolie à la Litvanie. » Vous avez inspiré à ce duché tant d'orgueil » qu'il se refuse à combattre les ennemis com- » muns et à remplir vos ordres. Vous faites » battre la fausse monnaie dont vous avez inondé » le pays; vous avez les yeux fermés sur les » spoliateurs, les concussionnaires et les faus- » saires; vous prodiguez les domaines et vous » épuisez le trésor; vous êtes indifférent aux » plaintes des veuves, des orphelins et des op- » primés, au point que sous votre gouvernement » l'administration de la justice n'existe plus; vous » dépouillez la couronne, d'armes, de chevaux, » d'or et d'argent, pour en gorger la Litvanie. » De pareils procédés, Sire, sont d'autant plus » injustes que votre père, votre frère et vous- » même, netirez votre éclat que de la couronne.» Après d’autres reproches non moins amers, Rytwianski termina son discours, en disant : «Je prie : » votre Majesté de reconnaître ses fautes; car, » dans le cas contraire, les Polonais ne feraient » aucun don de leurs biens particuliers, et refu- » seraient même de marcher à la guerre.»

Lestaroste disait vrai; mais le roi sut si bien le gagner par son affabilitéetses bienfaits, que l’austère censeur devint en peu de temps le plus attentif et le plus obséquieux des courtisans. Par malheur la Pologne n’a jamais été avare de ces soi-disant démocrates qui accusent les véritables républicains polonais de modérantisme, et qui ne font tant de bruit que pour mettre un plus haut prix à des services âcquis d'avance à celui qui les paiera le mieux. Et l'infortunée Pologne était sans cesse le jouet de ces boute-feux sans conscience ou d'une aristocratie insolente, et le. peuple n'appréciait ses véritables amis que quand

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le mal était fait et qu'il ne restait plus qu'à cemir,

Le roi était toujours occupé des affaires prussiennes, lorsque tout à coup se présenta un usurpateur qui se disait être Wladislas-le-Varnenien (1459). Son nom véritable était Rychlik, eLil choisit la ville de Posen pour y manifester ses prétendus droits au trône de Pologne ; mais le pa'atin Lucas Gorka découvrit la vérité, et s’empara sur-le-champ de Rychlik. Le malheureux fut pendant plusieurs jours exposé aux yeux du peuple avec une couronne de papier sur la tête et fustigé en place publique. Il finit par mourir dans les prisons de Posen.

Les chevaliers Teutoniques voyaient avec plaisir que la Bohême et la Hongrie allaient susciter des embarras à la Pologne; mais Kasimir l'avait pressenti, et, dans un congrès solennel de Glogau (15 mai 1462), Kasimir et Podiebradzki s'entendirent, conclurent une trève, et tous prétextes de guerre disparurent. Dès lors les hostilités contre les Teutouiques furent poussées avec tant de vigueur que les chevaliers en furent alarmés et demandèrent à entrer en arrangement. Les envoyés des deux puissances se réunirent à Thorn le 3 juillet 1464. Les Polonais combattirent les prétentions des Teutoniques en leur prouvant, l'histoire à la main, leurs droits sur les terres prussiennes, Jacques de Szadek, savant et versé dans l’histoire, prit la parole au nom du roi, et prouva les quinze propositions qui suivent :

49 Que la Poméranie, les terres de Culm et

de Michalow étaient habitées et gouvernées par des Polonais, qui ont donné en leur langue des noms aux montagnes, rivières, villes et villages, bien avant l'existence et l'établissement de l’ordre Teutonique ; . 20 Que le premier souverain de la Pologne, Lech et ses successeurs, peuplaient ces contrées, et qu’elles étaient soumises en tout à la domination polonaise ;

5° Qu'il résulte de la pr pos et de la configuration géographique de ces provinces, qu'elles ont nécessairement et de tout temps fait partie du royaume de Pologne;

. 40 Que les rois et ducs de Pologne, jusqu'au moment où on leur ravit ces provinces, y avaient leurs cours et tribunaux, et y nommaient aux emplois administratifs de tout grade ;

59 Que les souverains de la Pologne y fondèrent des églises cathédrales et collégiales, des

couvents et des paroisses, tant à Culm qu'à Wlo-

clawek et Kamin, comme le prouvent les actes authentiques déposés aux archives ;

69 Que lesdites terres, dès le commencement de l'introduction du christianisme, ont toujours payé les impôts de l'Église dits deniers de Saint- Pierre, à l'instar d’autres provinces du royaume de Pologne ;

79 et 89 Que le grand-maître des Teutoniques et son ordre s’emparèrent violemment et traitreusement de ces terres ;

90 er 100 Qu'en conséquence de la décisi08 des deux papes Jean XXII et Bencit XIL, deux décrets solennellement proclamés adjugèrent sans aucun appel la réelle et incontestable possession et propriété des susdites terres aux monarques polonais ;

419 Que la terre prussienne et (és contrées voisines de la mer, étant comprises dans les frontières du royaume de Pologne, lui avaient toujours payé les impôts et fourni les prestations particulières auxquelles étaient soumis les sujets polonais ;

120 Que le grand-maître Teutonique, après s'être emparé des terres prussiennes, non-seulement n'avait pas voulu payer d'impôts aux rois de Pologne, mais envahissait et ravageait continuellement, avec ses troupes mercenaires, les possessions polonaises intérieures, et cela au moment où les rois de Pologne étaient occupés d'une guerre contre les infidèles ;

159 Que la noblesse, les bourgeois et sujets de toute espèce desdites terres, ne pouvant pas supporter le gouvernement tyrannique, oppressif et usurpateur des grands-maîtres, sont retournés à leurs droits et usages antérieurs et primitifs, obéissant en cela aux lois divines et humaines ;

440 Que le grand-maitre actuel, Louis de Erlichausen, tyrannisait, opprimait et persécutait tous ceux d’entre les habitants desdites terres prussiennes qui voulaient rentrer sous la protection légale et primitive du roi de Pologne, et qu'il les en empêchait par tous les moyens possibles ;

150 Qu'enfin, pour corroborer et consolider tous les droits primitifs et légaux que les monarques polonais avaient sur ces terres, le roi avait consenti à payer 400,000 soixantaines de gros de Prague à l'ordre Teutonique, et qu'ainsi, par cet achat il avait acquis un droit réel, incontestable etincommutable aux terres prussiennes.

Les chevaliers, voyant que la discussion

tournait à leur désayantage, rompirent brusquement les conférences et en appelèrent de nouveau au sort des armes. La guerre recommença ayec un nouvel acharnement, et de nouveaux malheurs désolèrent cet infortuné pays.

Cette guerre dura plusde deux ans; maisles Teuto- |

niques furent les premiers à demander la paix. L'intervention de Rodolphe, légat du pape, détermina Kasimir à l’accorder, et lé traité fut conclu à Thorn (19 octobre 1466) sous les conditions suivantes : la Prusse occidentale ou la Prusse polonaise, composée des palatinats de Poméranie, de Malborg, de Culm et de l'évêché de Warmie, était à jamais réunie à la Pologne; et la Prusse orientale, ou duché de Prusse proprement dit, restait en la possession des Teutoniques, à condition que chaque grand-maître nouvellement élu en recevrait personnellement l'investiture du roi de Pologne ; qu'il le seconderait contre tout ennemi, qu'il aurait place dans le sénat, à la gauche du roi. Kasimir fit des cadeaux magnifiques au légat et au grand-maitre ; il concéda à son ordre 15,000 ducats pour l'aider à payer la solde arriérée de son armée, et déchargea, pour l’espace de vingt ans, le grandmaître des secours qu'il s’obligeait à donner à la couronne. Le grand-maitre, à son tour, déchargea les citoyens qui avaient des terres dans le duché de Prusse de toutes prestations pendant l'espace de vingt-cinq ans.

Telle fut la fin de cette guerre qui dura pendant douze ans, et coûta, à partir seulement de l'année 1454, la vie à 300,000 combattants, et porta la dévastation dans tant de contrées. C'était alors la 242 année de l'existence des chevaliers sur la terre polonaise. On frappa tous les cent ans des médailles en mémoire de leur administration et de leurs cruautés, afin de consacrer dans l'histoire le jour qui avait vu expirer leur intolérable et criminel despotisme.

Dans cette même année (1466), les Bohémiens et les Polonais qui voyageaient en Espagne répandirent le bruit que dans lesenvirons de la ville de Canta-la-Piedra demeurait Wladislas-le-Varnenien, travesti en ermite. Mais cette fable ne trouva nul crédit, et l’ermite, qui n’était point Wladislas, mourut paisiblement uans sa retraite.

En 1469 les Taturs envahissent de nouveau la Pologne.

La guerre avecles Teutoniques étant finie, une autre se préparait en Bohême à la suite de la mort du roi Podiébradzki (14471). Les Bohémiens

tournèrent alors les yeux vers la Pologne et offrirent la couronne à Wladislas, âgé de quinze

ans, fils du roi Kasimir. Le 16 juin 4474, dans

une séance publique tenue au château de Krakovie, le jeune Wladislas prononça en polonais un discours qui émut tous les assistants, et dans lequel il appuya particulièrement sur ce qu'il acceptait la couronne de Bohême pour raffermir la foi et pour maintenir la suprématie slave dans un pays qui en tirait son origine, et qui par conséquent se liait intimement avec les intérêts nationaux de la Pologne. Le 21 août il fut couronné à Prague.

Sur ces entrefaites, les Hongroïs, dégoüûtés du gouvernement de Mathias Ier, lui refusèrent l'obéissance et appelèrent au trône Kasimir, second fils du roi. Ce jeune prince, que dans la suite l'Eglise a mis au rang des saints, se mit à la tête d'une armée et marcha en Hongrie. Arrivé à Neutra, il s’aperçut qu'on ne se pressait pas trop à grossir ses rangs. Au contraire, Mathias réunit ses troupes, marcha contre les Polonais, les harcela partiellement, et Kasimir, voyant qu'il ne pouvait lui tenir tête, revint en Pologne (1472).

Fier de cette position, Mathias voulait prendre le dessus, et demanda en mariage Hedwige, fille du roi Kasimir; mais on la lui refusa. Mathias irrité envahit la Pologne et y fit des dégâts considérables (1474). Cependant cette invasion se termina par la conclusion d’une trève pour trois ans, dont les Polonais avaient grand besoin, car leurs infatigables ennemis, les Tatars, n'avaient pas manqué de profiter des embarras suscités à la Pologne par Mathias, pour tomber sur les provinces limitrophes et y exercer leurs déprédations habituelles.

Mathias ne resta pas fidèle à ses engagements: et ses entreprises sur la Silésie forcèrent Kasimir à s’y rendre à la tête d’une armée. La paix fut conclue après quelques combats insignifiants (1474). Les Tatars, toujours prompts à saisir l'instant où l'armée était occupée ailleurs, avaient déjà reparu dans lés possessions polonaises, et furent imités par les Teutoniques qui crurent le moment favorable pour réparer leurs pertes (1478). Mais l'issue de la guerre ne répondit pas à leur attente, et ils furent vivement repoussés.

Ces événements, quelque importants qu'ils fussent, auraient dû cependant s’effacer devant le danger bien autrement grave qu'allait engendrer, pour la Pologne, la fondation d’un nouvel

= au

État, faible encore, obscur et dédaigné, mais redoutable déjà par l'ambition de.ses chefs:

Yvan II Vassilévitsch, grand-duc de Moskovie, après avoir secoué le joug des Tatars, jetait les bases d’une nouvelle puissance moskovite, baptisée depuis du nom d’empire de toutes les Russies. Envahissement des États voisins, assassinats des chefs, massacres des populations, corruption des agents, intimidation, dénationalisation, transplantation des familles : telles furent les conditions de la naissance et des progrès de l'empire russe, Depuis YŸ van jusqu’à nos jours (1462-1837), trois cent soixante-quinze ans se sont écoulés, et l'histoire ne trouve pas une seule année où cet odieux système ait changé d’allure ou se soit montré infidèle à son origine. Qu'il ait son siége à Moskou ou à Saint-Pétersbourg, qu’il finisse par être transporté à Constantinople, pour lui rienne sera changé; pour tous les autres, la conséquence sera un épouvantable bouleversement.

Vainqueur des Tatars, Yvan pensa à subjuguer Novogorod-la-Grande et à la détacher de la Litvanie. La noblesse se laissa corrompre facilement, mais la résistance du peuple apporta à l'exécution des projets moskovites un obstacle invincible, et le conseil de Moskou se décida à courir aux armes avant l’arrivée des troupes polono-litvaniennes. Novogorod dut succomber, et avec elle ses libertés républicaines (1471). Quant à Kasimir, occupé de ses démélés avec la Hongrie, il laissa impunément s’agrandir la puissance des Moskovites.

Veuf depuis quelques années, Yvan pensa à se remarier. [1 savait que Sophie, petite-fille de Constantin Paléologue, dernier empereur de Constantinople, mort au siége de cette ville, vivait à Rome des bienfaits du pape Paul IT. Yvan entama des négociations dans lesquelles toutes les parties firent assaut de mauvaise foi, et se li-

vrèrent à un combat d’habileté où Le plus fourbe | devait rester vainqueur. Yvan se flattait que ce | mariage donnerait aux souverains de Moskovie les droits des empereurs grecs; il adopta même, sans tarder, leurs armes, l'aigle noire à deux têtes; et pour tirer la princesse des mains du pape, il fit croire à ce pontife qu'il adhérerait au décret d'union des deux Églises, émané du concile de Florence. Le pape, de son côté, avait pour but avoué d’armer les Moskovites et les Tatars contre les Turks, et pour but sécret d'ame-

ner insensiblement les Moskovites à une entière | soumission au saint Siége, Sûr ou se croyant sûr

de Sophie, il comptait exploiter son influence d'épouse sur Yvan pour amener ce dernier à ses fins; et, quoiqu'il crût Sophie sincèrement convertie au catholicisme, il protestait hautement au grand-duc qu’elle était restée Grecque. Mais le pontife avait affaire à forte partie, car Sophie, pour conserver sa pension et la protection du saint Siége, affectait la plus grand ferveur pour la foi catholique ; et pour devenir tzarine elle se laissa, sans opposition, donner pour Grecque au Grec Yvan, qui lui-même se donnait pour catholique. Paul IT ouvrit, en 1469, cette négociation qui ne fut terminée qu'en juin 1472, par Sixte IV, dans une assemblée de cardinaux. La princesse entra processionnellement sur le territoire moskovite, conduite par un légat du pape, devantlequel on portait la croix latine. Mais cette croix latine soulevait les scrupules des schismatiques, et Sophie, qui n'avait plus à feindre, or: donna au légat de la cacher, et un message d’Yvan vint confirmer cet ordre. Sophie entra à Moskou (12 novembre.1472). Le mariage fut célébré par le métropolitain, suivant le rit grec, en présence du légat du pape. Et, lorsqu'ensuite celui-ci réclama l’exécution convenue du décret d'union, Yvan lui ferma la bouche en déclarant qu'il ne voulait pas en entendre parler. Et voilà depuis trois cent soixante-quinze ans que les tzars dupent à leur aise les papes, les rois et Les diplomaties de l'Europe !

La république de Pskow eut le sort de celle de Nowogorod. Cette dernière ville cherchait à conserver au moins quelques restes de ses anciennes franchises ; mais ses tentatives ne servirent qu’à irriter Yvan, et à lui donner un prétexte pour asservir plus complétement la malheureuse république (1479). Ainsi périt la liberté novogorodienne, après plus de six siècles d'une existence glorieuse. Une partie de la Sévérie et de la Russie-Blanche fut aussi détachée de la Litvanie (1479).

Dix ans s'étaient écoulés depuis cette époque, lorsqu'en 1489 les Tatars firent une nouvelle irruption dans les possessions polonaises. Mais Jean-Albert, fils du roi Kasimir, les battit complétement à Kopersziyn et dans une autre bataille rangée. Cette double victoire lui attira l’admiration générale; aussi, lorsque Mathias mourut (1490), les Hongrois l'appelèrent spontanément au trône. Mais un autre parti voulait porter au trône Wladislas de Bohême. Alors Jean-Albert entra avec une armée en Hongrie; Wladislas

marcha à sa rencontre. Mais au moment d'en venir aux mains, la voix dela nature parla au cœur des deux frères, et ils convinrent de s’en remettre, pour la décision de leur querelle, au jugement de leur père. Mais celui-ci était alors en Litvanie, où il s’occupait de réprimer les envahissements des Moskovites. À cette fin, i! avait convoqué plusieurs ducs russiens, jusqu'alors soumis à la Pologne. L'un d'eux se rendait chez Kasimir, au château royal de Wilna ; et, au moment où il entrait, le gardien de la porte la referma avec une brusque maladresse et écrasa les doigts du duc. Cet accident, en apparence si futile, irrita si vivement les autres chefs russiens, qu'ils se donnèrent à la Moskovie à jamais !

Kasimir, à son tour, irrité au vif de la perte de ses vastes provinces, voulut que Jean-Albert poussât la guerre de Hongrie avec plus de vivacité. La campagne se rouvrit donc, et, le 4er janvier 4491, Jean-Albert et Wladislas se livrèrent la bataille de Koszyce (Kaschau). Albert y fit des prodiges de valeur. Avec une troupe de quatre mille hommes, cernée par un corps de dixhuit mille hommes, il repoussa vaillamment les Hongrois. Un soldat bohémien qui, à la faveur de la mêlée, avait pénétré jusqu'à Albert, allait le percer, lorsque le prince saisit le sabre d’un de ses officiers ; il étendit l’agresseur roide mort. Il eut trois chevaux tués sous lui, et soutint dans cette journée la renommée de valeur qu'il avait acquise dans la guerre contre les Tatars ; mais 1! dut céder à la supériorité du nombre. Toutefois les deux frères finirent par s’accommoder. Jean- Albert renonça à tous ses droits à la Hongrie. Wladislas lui donna, à titre de fief, plusieurs duchés en Silésie, et l’assura qu'il lui céderait la couronne de Hongrie, s’il mourait sans enfants.

Attéré par la nouvelle de l'échec que son fils puiné avait essuyé en Hongrie, Kasimir résolut d'amener la rupture du traité conclu entre les deux frères, et d'appuyer de toutes ses forces les prétentions d'Albert. Il quitta sur-le-champ Wilna pour se rendre à Krakovie; mais arrivé à Troki, il tomba malade, et l'intensité du mal ne permit pas de le transporter plus loin qu'à Grodno, où il expira le 7 juin 4492, à l’âge de soixante-cinq ans, et dans la quarante-sixième année de son règne. Il fut enterré à Krakovie. Il eut six garçons et sept filles. Par son testament, il déshérita Wladislas, nomma Jean-Albert son successeur à la royauté, et son autre fils,

Alexandre, pour son successeur au duché de Litvanie.

Kasimir s'était fait appeler Kasimir IV, en suivant la chronologie des rois de ce nom à partir de celui qui régra cn 1041. Cependant il aurait du s'appeler Kasimir Il, car Kasimir-le-Grand avait fait mettre dans ses actes et sur les monnaies le nom de Kasimir Ir; mais nous conservons le chiffre IV pour ne pas être en contradiction avec. les monnaies frappées au coin de ce roi.

Pendant ce règne, qui dura près d’un demisiècle, la puissance de la démocratie nobiliaire prit un développement immense. De nombreux abus s’introduisirent dans les formes de la procédure civile et criminelle. Les usagées jusqu'alors admis pour la tenue des diètes et des diétines furent modifiés. Ces assemblées s'arrogèrent le droit de se constituer même hors la présidence du roi, et quelquefois même sans ordre de convocation. Les diétines furent connues d’abord sous le nom de colloquia, conventes. Dès l'année 1468, on voit le roi Kasimir présider les assemblées des États de Pologne, divisées en deux chambres ; la première, c'est-à-dire le sénat, composée des évêques, palatins, castellans ; la seconde, composée de nonces terriens de la noblesse représentant les terres et districts, et les députés représentant les villes. Toutes les affaires d'État intérieures et extérieures étaient soumises aux votes des chambres. Peu à peu, l'influence de la chambre élective devint prépondérante, et l'antique prestige du sénat s’'évanouit devant la puissance active de l'ordre équestre ou de la petite noblesse.

C'était un progrès que cette mise en pratique de la souveraineté nationale; mais par malheur la noblesse ne songeait qu’à ses intérêts de caste; le peuple, la masse laborieuse des paysans, cette force vitale de tout Etat, étaient opprimés ; le servage général prenait de jour en jour plus d'extension, et tout ce qui n'était pas noble n’était point ctfoyen. Les droits de la bourgeoisie furent restreints, et avec de pareils abus, il fallait ou arriver à une révolution sociale et radicale intérieure, ou devenir la proie d’un envahissement et d'une conquête étrangère. Ce dernier résultat fut accompli. Le premier viendra à son tour immanquablement, et c'est alors que la liberté, l'égalité et l'indépendance nationale deviendront le partage de tous les habitants sans distinction. :

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