‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 6 sur 180 · RATES · texte numérisé non relu

RATES

Pr, «

ronnées et les courtisans burent cent quatrevingts tonneaux de vin.

Le roi Kasimir resta à Wissegrad jusqu’à la Noël; après, il parcit pour Bude, et revint à Krakovie dans les premiers jours de janvier 1356.

Les promesses, les conventions écrites et signées étaient de peu d'importance pour les moines-soldats : leur machiavélisme leur fournissait des ressources pour éluder tout ce qui génait leur ambition ou leur cupidité. Bientôt ils oublièrentles négociations solennelles du congrès de Wissegrad. Pour cette fois, le roi des Polonais crut devoir en appeler à l'autorité papale. Il envoya une députation au pape Benoît XII, qui résidait à Avignon : elle lui exposa énergiquement ses griefs contre l'ordre Teutonique, et profita de cette circonstance pour demander à Sa Sainteté la suppression du denier de saint Pierre (Swiento-

Pietrze) qui pesait sur la Pologne. Cette pieuse

-<t volontaire libéralité d'usage était devenue loi, et même elle fut augmentée par Wladislas-le-Bref qai voulait flatter le pape Jean XXII pour obtenir la couronne, quoiqu'il se passa de cette protection, comme on l'a vu dans l’histoire de son règne.

Pendant que ces négociations s’entamaient, le roi Kasimir, à la tête des troupes polonaises, marchait, comme allié de Charles de Hongrie et de Jean de Bohême, contre l’empereur Louis de Bavière, et pénétra dans la Haute-Bavière (juillet — août 1556). Tout cela se passa sans une guerre bien sérieuse ; la paix fut bientôt conclue, et Kasimir revint à Krakovie pour y attendre la réponse du pape.

Benoît XII désapprouva la convention de Wissegrad, comme attentoire à La justice et au bien de l'Etat, et surtout à l'autorité du siége apostolique. Le pape ne pouvait voir de bon œil la cession de la Poméranie, car il en tirait de grands revenus, qui l’aidaient à compenser ce que les Bohémiens et les Allemands refusaient de lui payer; il blâma donc les déterminations du roi des Polonais, et refusa net de se désister de l’impôt du denier de saint Pierre. Ce n'était pas encore tous ses griefs : il ne pardonnait pas à Kasimir la ligue soutenue contre Louis, empereur d'Allemagne, par les rois de Bohême, de Hongrie et le roi des Polonais; car Louis s’humiliait devant la puissance du pape. Toutefois il rendit hommage à Kasimir sur la manière dont il administrait la justice, et il nomma une commission pour résoudre l'affaire des chevaliers Teutoniques.

Sur ces entrefaites, le roi de Bohême, ami secret des Teutoniques, et avide de pouvoir, conçut le projet d’envahir la Litvanie, soi-disant pour la convertir à la foi chrétienne. Il franchit la Poméranie et la Prusse, mais la rigueur de la saison (hiver de 1357 ) le força à rebrousser chemin sans aucun résultat. Dans sa marche rétrograde, il rencontra Kasimir à Wloclawek en Kuïavie ; les deux rois parlèrent de l'affaire des Teutoniques, et ils vinrent à Posen pour y tenir des délibérations, qui n’eurent guère plus de succès que les autres.

Pour un moment les chevaliers parurent avoir cédé ; mais tout à coup ils lancèrent un nouveau motif de contestation : ils demandèrent à Kasimir de faire approuver la convention qui avait été signée entre lui et eux, par tous les ordres de la république. Cette nouvelle perfidie irrita le roi, il en prévoyait les conséquences, il savait que l'ambition des grands en profiterait pour empiéter sur l'autorité royale. Cependant il dut convoquer une assemblée générale; il trouva de la résistance dans les représentants de la nation : les villes, la noblesse et le clergé refusèrent de signer la convention faite par le roi avec les chevaliers ; il obtint quelques signatures partielles, mais le clergé ne voulut signer que son acte de présence et rien de plus. L'Assemblée décida qu'avant de prendre les armes contre les Teutoniques, on implorerait encore une fois l'autorité du pape pour les mettre à la raison. Jean Grot de Slupça, évêque de Krakovie, reçut la mission de se rendre à Avignon, auprès de Benoît XI.

La grande commission papale, assistée des parties intéressées, s'assembla, au mois de février 14339, à Warsovie. Les séances trainaient en longueur ; on discutait, on changeait de lieu pour discuter encore, et on se séparait sans rien conclure; enfin, la commission s’assembla de nouveau à Warsovie, et publia un arrêt dans l'église Saint-Jean (46 septembre 1539), par lequel les chevaliers furent condamnés à restituer aux Polonais la Poméranie, les terres de Michalow, de Dobrzyn, la Kuïavie et le palatinat de Culm. On leur enjoignit, en outre, de rétablir au plus tôt et à leurs frais les églises et les monastères de ces provinces, qu'ils avaient pillées et saccagées, et de payer à Kasimir, pour dommages et intérêts, 494,500 marcs de Pologne: ce qui ne les dispensa pas d'en payer 1600 pour les frais du procès. L'excommunication

suivit de près la sentence ; mais les chevaliers n’en furent ni étonnés ni abattus. Pour la forme ils en appelèrent au pape; mais, en attendant, ils gardèrentce qu'ils possédaient ; car le roi des Polonais, occupé des affaires intérieures, et à la veille d'une expédition qui eut lieu en 1540, le roi des Polonais, disons-nous, au milieu de ces graves préoccupations, négligea ses intérêts relativement aux Teutoniques.

Kasimir, qui se vouait tout entier au bien présent de la Pologne, pensait aussi à ses destinées futures; il redoutait pour elle la funeste influence des rois de Hongrie et de Bohême :

n'ayant pas de successeur, le pays deviendrait nécessairement la proie des factions. Pour prévenir les événements, il convoqua une assemblée à Krakovie, le 5 mai 1339, dans laquelle on discuta d'abord sur les moyens d'administrer la justice, et de pourvoir aux besoins de l'Etat ; ensuite le roi exposa l'impérieuse nécessité de fixer l'avenir du trône. Plusieurs seigneurs émirent leur opinion à cet égard, et proposèrent différents candidats ; mais les hommes gagnés, corrompus par les largesses du roi de Hongrie, s’opposèrent à l'élection de tous les candidats proposés. Ils s'élevaient aussi contre les Piasts de Silésie, race dégénérée et tout imprégnée de l'esprit germanique : ils étaient forts en parlant de ces princes qui, par suite de leur désunion, s'étaient soumis au sceptre du roi de Bohême; mais ils ne voulaient pas non plus des ducs de Mazovie : car les uns avaient reconnu l'autorité du roi de Bohême, et les autres, entrés en ligue avec les Teutoniques, étaient devenus ennemis de leur sang.

Le roi proposa, de concert avec sesdignitaires, Louis, prince royal de Hongrie, issu par les femmes de Wladislas-le-Bref.Ce jeune prince annonçait des qualités dignes du trône ; puis il était fils d'un monarque qui voulait et pouvait donner à la Pologne un secours puissant contre ses ennemis. La noble assemblée applaudit à cette motion, car elle était précédée de brillantes promesses à l'avantage des nobles.

Un événement inattendu vint frapper le roi au milieu de ces crises politiques : la reme Aldona mourut le 28 juin 4339, et après les funérailles royales, Kasimir se rendit en Hongrie pour arranger les affaires de la succession.

Le 7 juillet, le roi Charles reçut solennellement, à Wissegrad, le royal voyageur, et, après quelques jours de pourparlers, le jeune Louis

fut élu successeur de Kasimir, en promettant d'observer les conditions suivantes : 49 Louis s'obligeait à se faire rendre, à ses frais, tous les pays qui avaient été ravis à la Pologne, nommément la Poméranie ; 20 dans le cas où Kasimir viendrait à mourir sans enfant mâle, et que Louis par conséquent lui succédât, celui-ci ne conférerait les dignités et les starosties à aucun étranger, mais seulement aux regnicoles d’origine polonaise; 3° il n'établirait pas de nouveaux impôts sur l’ordre équestre ; il lui conserverait en entier ses droits, ses priviléges, ses franchises, et rétablirait ceux de ces mêmes droits qui leur auraient été injustement Ôôtés ; 40 tous les nobles s’engageaient à lui jurer fidélité et obéissance, à la condition que Louis observerait les conditions ci-dessus mentionnées ; 5° les filles, par cet accord, étaient exclues de la succession. On trouve ici l'origine des pacta conventa, qui passèrent en usage sous les rois électifs.

Au retour de son voyage en Hongrie, Kasimir se rendit à Krakovie, pour s'occuper sans relâche des affaires de l’intérieur. Sur ces entrefaites, une chance favorable allait compenser la perte des pays envahis et gardés par les Teutoniques. Une belle et fertile contrée est située à l'est : nous voulons parler de la Russie-Rouge. Nos lecteurs se rappelleront des événements qui se passèrent dans les terres russiennes, depuis Roman Mstislavitsch jusqu’à la mort de Léon, son petit-fils, ainsi que des victoires de Gedymin, qui changèrent la face du pays. ( Voyez pages 827-551 du tome 4er.)

Tandis que le grand-duc de Litvame étendait sa domination sur la Wolhynie, la Podolie et l'Ukraine, Boleslas, duc de Mazovie, et petit-neveu de Kasimir-le-Grand, régnait sur la Russie-Rouge. Les Tatars, s'étant emparés de la Podolie, avaient établi leurs gouverneurs, et en tiraient un tribut. Les Russiens étaient mécontents de ces dominations étrangères ; de fait, ils préféraient pour chef un Polonais, issu de leur sang par les femmes, que de relever de maîtres imposés par les Tatars; de ces Tatars qui s'étaient poussés, par leurs envahissements, des rives du Dniéper au Danube, en Transylvanie et en Walaquie. Boleslas, qui avait pris possession de la terre russienne, par l'appui que lui avait prêté son grand oncle Wladislas-le-Bref, se fit un devoir d’embrasser la religion gréco-russienne ; mais le pape Jean XXII, qui se souciait peu des intérêts politiques de Boleslas, et qui se souciait fort du de-

nier de saint Pierre, qu'il prélevait sur cette province, le pape, disons-nous, témoigna son courroux au nouveau converti, et celui-ci s'empressa de se remettre sous le giron de l'Eglise catholique, et pour témoigner son zèle, il se déclara apôtre de l'Evangile. Cette conduite, plus que faible, lui attira la haine des Russiens, et il mourut empoisonné, à Léopol, le 25 mars 1340.

Le roi des Polonais devenait successeur légitime du trône ducal, et son intérêt voulait qu'il réunit à la Pologne un pays qui en avait été tant de fois tributaire; mais avant de faire valoir ses droits, il devait punir le crime commis sur son parent, et protéger la femme du feu duc : cette princesse était sœur de la reine Aldona.

Au mois d'avril les troupes polonaises se dirigèrent sur Léopol; après un siége de quelques semaines, les Boïars offrirent de rendre la ville, à la condition que les Polonais respecteraient leur religion, et ne changeraient rien à leur culte. Kasimir souscrivit à ces propositions, et répondit qu'il re venait pas en ennemi. Les portes de Léopol s'ouvrirent, et les habitants jurèrent soumission et obéissance au roi des Polonais.

Kasimir tira de Léopol d'immenses richesses, tant en or qu'en argent et en bijoux; il fit emporter deux croix d'or massif qui contenaient du bois de la sainte croix, deux couronnes magnifiquement montées et le trône ducal ; le tout fut transporté à Krakovie. Après avoir organisé cette province à l'instar de la Pologne, Kasimir fit raser le château qui servait de refuge aux mécontents, puis il retourna dans sa capitale.

Kasimir ne jouit pas longtemps de la tranquillité. Les ‘Tatars conspiraient sourdement, ils prêchaient la révolte aux peuples soumis à la domination polonaise. Le roi, prévoyant les conséquences de ces menées, écrivit au pape Benoît XII pour lui demander des secours, et l'autorisation d’une croisade contre ces infidèles.

Le 24 juin de l’année 1340, Kasimir entra en nouvelle campagne à la tête d’une grande armée, et, sans qu'on lui oppgsât de résistance, il occupa la province, car la conspiration n'avait pas jeté des racines bien profondes, et les masses étaient pour les Polonais. Kasimir convoqua une assemblée à Léopol, où on concerta une union indissoluble entre la province soumise et la Pologne ; le roi institua des palatins, des castellans, des starostes, des juges et d'autres magis-

trats, pour qu'à l'avenir cette province formât toujours un corps compacte avec la république polonaise.

Depuis lors, des relations intimes s'établirent entre Léopol et Krakovie. Les familles polonaises firent des migrations dans la Russie- Rouge, et peuplèrent cette terre ruinée par les guerres civiles et étrangères. Les Allemands, d'autre part, affluèrent à Léopol, et le roi leur accorda les lois de Magdebourg, et leur promit une entière tolérance religieuse.

Malgré cet état de choses, l'intervention des voisins était à craindre, une étincelle pouvait allumer une guerre funeste ; mais le bruit d’une prochaine croisade et la mort de Gedymin assurèrent le repos du pays; et, pour gage de sécurité, les fils de Gedymin conclurent un traité avec le roi, en vertu duquel traité le duché de Léopol restait à la Pologne, et ne laissait aux héritiers du duc que les terres de Brzesc, de Wlodimiérz ou Luck, de Chelm, de Belz et de Krzemieniec, en réservant au roi des Polonais le droit de mettre des garnisons dans les chefslieux de ces terres. En cas de nouvelles dissensions, il pouvait appeler la médiation du roi de Hongrie.

Kasimir voyait s’accroitre par ses efforts la prospérité de la Pologne; il ne manquait à ses vœux qu'un héritier qui assurât l'avenir du trône, et qui détruisit les vues ambitieuses des Hongrois et des Bohémiens : il songea donc à se remarier. Jean de Bohême lui offrit sa fille Marguerite, princesse de Bavière ; ce prince avait le double but de conserver ses relations avec la Pologne, et de s’en servir d'appui pour conquérir un jour la Bavière. Marguerite n’aimait pas Kasimir, mais il ne s’agit point d'amour en pareil cas, et Kasimir hâtait les préparatifs de son mariage, comme s'il comptait sur le cœur de sa future épouse ; il allait se rendre en Bavière, au moment où il apprit qu'une insurrection avait éclaté dans les terres russiennes. Voici le fait :

Après la réunion des terres russiennes à la Pologne, le roi avait donné le gouvernement de Volhynie à Ostrosgki, et à Daszko celui de Przemysi. La religion catholique, protégée par les gouverneurs au détriment de la religion de la majorité, causa un mécontentement qui n'attendait que l’occasion vour devenir une rébellion ouverte. Les Tatars, avides de discordes, offrirent leurs secours aux Russiens, et la guerre fut déclarée,

Au premier bruit de l'irruption des Tatars, les rois de Pologne et de Hongrie sollicitèrent l'appui de l'empereur Louis; mais celui-ci, après avoir pris connaissance du message des deux souverains, dit aux envoyés : « Puisque vos rois sont si puissants, ils n'ont pas besoin de mon aide. » Cette réponse était accompagnée d’un sourire sardonique qui en disait plus encore. L'empereur avait raison : le roi, à la tête de ses braves Polonais, pouvait se passer d’un secours étranger. Ainsi fit-il.

Le roi de Hongrie sut adroitement détourner l'ennemi de son pays : l'invasion se jeta donc comme un ouragan furieux sur la Pologne.

Dans les premiers jours d'avril 1541, Kasimir prend le commandement des troupes, et oppose à l'ennemi une vigoureuse résistance sur les bords de la Wistule, dans les environs de Zawichost ; il franchit le fleuve, marche sur Lublin, et dans une bataille rangée met 6,000 ennemis sur la place, et fait prisonniers plusieurs chefs, qui lui paient de grosses rançons pour être mis en liberté. Lublin revint au pouvoir des Po- Jonais !

Les Tatars et les Russiens, mécontents, exaspérés de leur défaite en Pologne, se jetèrent sur la Prusse; là, ils furent en partie massacrés par les Teutoniques. Le roi, victorieux et clément, publia une amnistie pour les coupables Russiens; ensuite il partit pour épouser Marguerite.

Mais la joie de Kasimir à son arrivée en Allemagne, se changea bientôt en deuil: Marguerite mourut. On ne sut à quelle cause attribuer cette mort prématurée. Peut-être était-ce le désespoir d'épouser un homme qu’elle n’aimait pas? Cet événement fut également douloureux pour les deux rois; unis par leurs regrets, et plus encore par des considérations politiques, ils conclurent à Prague (15 juillet 4341) un nouveau traité d'alliance et d'amitié, et sur la proposition que lui en fit le roi Jean, Kasimir épousa Adelaïde, fille de Henri, surnommé de Fer, duc de Hesse. Le duc amena sa fille à Krakovie, où elle fut mariée et couronnée par Janislas, archevêque de Gnezne, le 29 septembre 1541. Le roi combla son beau-père des plus riches présents. La princesse Adelaïde était pleine de vertu, mais la nature lui avait refusé tous les charmes et toutes les grâces, et le roi ne pouvait s’accoutumer à cet extérieur repoussant, aussi lui faisait-il de nombreuses et patentes infidélités. La pauvre reine souffrait de l'indifférence de son royal

époux, et celui-ci, pour se délivrer d’un témoin importun, quoiqu'il se gênât peu, comme nous l'avons dit, la relégua dans le château de Zarnowiec, sur la Piliça. Elle y vécut dans une entière solitude pendant quinze ans; le roi, qui l'entourait d'égards et de luxe, ne venait pas même la visiter; la reine était respectée, mais le cœur de l'épouse suffoquait de larmes au milieu de cette grandeur. S

Charles Ier, roi de Hongrie, mourut le 44 juillet 1542. Cet événement n’était pas sans importance, car son successeur, Louis, s'intéressait plus particulièrement encore à la Pologne. Pendant qu’un souverain laissait un trône, Kasimir consolidait le sien, en signant des traités de paix et des trèves à Posen et à Kalisz. Le traité de Kalisz n'était pas aussi favorable qu'on le désirait, à cause de la ténacité des Teutoniques, aussi ne fut-il pas généralement approuvé comme les précédents ; mais dans l'assemblée tenue à Inowloclaw, une immense majorité ratifia le trarté ; le clergé seul, ou plutôt les évêques ne voulurent signer encore cette fois que leur acte de présence (22 juillet 4349).

Les nombreuses conventions passées avec les Bohémiens ne furent jamais sincèrement observées. Kasimir-le-Grand, malgré ses vues pacifiques et ses sentiments conciliants, fut donc entraîiné dans une guerre contre la Bohême. Les persécutions que Jean avait fait éprouver à Bo- Iko ou Boleslas, duc de Swidniça (Schweidnitz), furent un des motifs qui le déterminèrent; car ce duc était tributaire et allié de la Pologne. Kasimir ouvrit la campagne de Silésie, battit en brèche les villes de Wschowa (Fraustadt) et de Cieniawa (Steinau) sur l'Oder (1344). Cet heureux début fit redouter aux ducs de Silésie les suites de cette guerre; ils envoyèrent donc une députation au roi, et vinrent ensuite le trouver dans son camp pour lui offrir de lui céder à perpétuité la ville de Wschowa avec ses dépendances, par un acte authentique. Depuis cette époque, cette ville fut réunie au corps de la république polonaise , mais avec la clause expresse qu'elle conserveraït, le privilége de battre monnaie, privilége dont elle a joui jusqu'au règne de Wladislas Jagellon.

La Pologne, en consolidant ses possessions, effraya le roi Jean de Bohême, et une guerre s'ensuivit. Pour la soutenir avec honneur, Kasimir fit une alliance avec l’empereur d’Allemagne,et fiança sa fille Kunégonde à Romulus, fils de l'empereur.

EAY POEOCNE.

K mégonde était un enfant de son premier mariage. Après les fiançalles, Kasimir entra en campagne; il occupa militairement le duché d'Opawa (Oppeln), et fit le siége de la ville de Saar. Jean de Bohême, atteint depuis quelque temps d'une cécité complète, déclara néanmoins que s’il ne pouvait voir la ville de Krakovie, il voulait s'en consoler en touchant ses murs, et sur-le-champ il se dirigea avec une partie de son armée sur Opawa. La position du roi devenait critique, et l’empereur, malgré ses promesses, n’envoyait pas de renfort aux Polonais; Kasimir, irrité de cet abandon, déclara qu'il ne marierait pas sa fille au fils de l'empereur. Les troupes du roi furent forcées de reculer devant un ennemi supérieur en nombre et en moyens matériels. Kasimir s’'enferma donc dans Krakovie, où Jean vint l’assiéger (juillet 4345). Les Bohémiens, malgré leur roi aveugle, ne purent rien faire de décisif; ils se contentèrent de brûler quelques faubourgs.

Alors, Kasimir, pour arrêter l’effusion du sang, proposa à Jean un combat singulier ; Jean répondit à cette proposition : « Que le roi Kasimir se fasse d’abord crever les yeux, et ensuite nous nous battrons à armes égales. Je ne me refuse pas, dans ce cas, à un combat corps à corps. » L'intervention du pape Clément VI vint enfin terminer cette guerre. Les plénipotentiaires établis à Pyzdry (Peisern) conclurent un armistice qui devait durer du 7 septembre au 11 novembre, et pendant ce temps on entama des négociations qui amenèrent une paix définitive. Kasimir, pouvant se reposer sur un point, voulut secourir son allié le roi de Hongrie; il mit à sa disposition une partie des troupes polonaises qui devaient marcher en Italie, pour y venger la mort du roi André, frère de Louis de Hongrie, assassiné le 20 août 1545. On pouvait espérer d'autant plus la tranquillité, que le roi Jean était occupé ailleurs. Secondant Philippe, roi de France, contre les Anglais, informé de l'échec de son allié, le roi Jean fit attacher son cheval entre ceux des deux guerriers, s’élança ainsi dans le fort de la mêlée, et périt sur le champ de bataille de Crécy (29 août 1346). La mort de cet implacable ennemi de la Pologne délivra Kasimir de toute entrave, et il reprit avec confiance la gestion des affaires intérieures, et c'est à ce moment qu'il accomplit un acte qui, à lui seul, aurait fait la gloire de son règne.

La Pologne avait des lois civiles, militaires et

judiciaires qui dataient de l’origine de la monar-

Page 1