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chie; mais ces lois étaient, en quelque sorte, an nulées par les usages, les coutumes des temps primitifs. Par exemple : quiconque bégayait ag moment qu’il prêtait serment, perdait virtuelle ment sa cause, fût-elle la meilleure. Les palatins, les castellans, les starostes qui administraient la justice dans le pays, abusaient du pouvoir qui leur était confié par le trône, et interprétaient les lois au gré de leur passion ou de leurs intérêts particuliers, et le peuple était toujours victime. Les avocats, ne voyant dans les procès qu’une occasion de fortune, les trainaient en longueur. Kasimir, pour remédier à ces abus, convoqua une assemblée générale des notables, de la noblesse, du clergé et des magistrats. Le roi, de concert avec l'assemblée, fit un projet de code destiné à régir toute la république, et à faire participer tous et chacun aux bienfaits des lois. Les travaux préparatoires furent suivis d’ur conseil général ou diète, composé d’évêques, de palatins, de castellans et d’autres magistrats, qui s’assembla à Wisliça sur la Nida (14 lieues au nord-est de Krakovie). Les débats législatifs s’entamèrent le 8 mars 1347, à la suite desquels on publia en deux parties une série de lois : l’une pour la Grande-Pologne, l’autre pour la Petite-Pologne. Ces lois assuraient la propriété aux paysans comme à la noblesse, et les assujettissaient aux mêmes tribunaux et aux mêmes arrêts; mais ces lois, qui émanaient d’une classe privilégiée, étaient toujours plus favorables aux nobles qu'aux roturiers; car ceux qui les avaient faites étaient chargés de leur exécution !..….. Les paysans faisaient valoir les terres de leurs seigneurs; ils étaient d'abord attachés à la glèbe; mais avec la faculté cependant de pouvoir changer le lieu de leur domicile; ils relevaient de leurs seigneurs sans que ceux-ci eussent sur eux la suprême autorité judiciaire ; ie peuple, quasiment libre, répondait pour lui-même ; il recevait un dédommagement, quand il avait été outragé par un seigneur ;. mais ce dédommagement, ou mieux dit l'amende, était payé de moitié par le coupable et par l’offensé. Pour le meurtre d’un paysan, il y avait dix marcs d'amende, dont cinq marcs étaient pour le seigneur et cinq autres pour la famille du paysan assassiné. Le paysan était toujours et en toute circonstance au-dessous du noble,mais affranchi, et pouvait facilement s’anoblir. Les prérogatives des nobles étaient graduées par les statuts de Wisliça; le meurtre d’un paysan (kmetho, rusticus), comme nous l'avons dit, était puni d’une
Ga
amende de dix marcs d'argent ; celui d’un paysan nouvellement anobli (e sculteto e kmetone mi-
d'un baron ou d’un comte (baro, comes, famo-
sus), de soixante marcs. Dans la suite les règles }
d'exception dans la hiérarchie nobiliaire dispa-
petits fut parfaite; tout se transforma en un état
noble, l'égalité, nous le répétons, fut parfaite, | mais pour la noblesse seulement, pour la no-| blesse de tous les étages ; de là la démocratie no- | biliaire, corps compacte, mais qui malheureuse- | ment jeta un mur d’airain entre lui et la roture.On | | il reconnut aux représentants le droit de statuer
ne vit plus que des oppresseurs et des opprimés.
La noblesse exploitait, monopolisait à la sueur | | de tous les ordres. Le corps législatif, conjointe-
des masses abruties.
Le paysan, quel que fût son engagement à |
l'égard du seigneur, était censé libre et pou-
vait quitter le maître qui le traitait cruellement; |
mais en changeant de maître il n’améliorait pas son sort; souvent même il l’empirait : aussi le meilleur parti était de se résigner à souffrir et à travailler !..…,
Le statut de Wisliça ne précisait pas le genre
de travaux auxquels étaient assujettis les paysans; |
mais les serfs employés aux colonies ou à ia culture de la terre devenaient paysans; car s'ils restaient serfs, il ne leur était pas permis de se livrer aux travaux de l’agriculture.
Le statut des lois, rédigé en langue.latine, est écrit avec plus de pureté et d'élégance que le reste des écrits de ce temps. Sa netteté et sa précision rendaient facile l'application des lois, et n’entravaient pas la décision des juges.
Ï y avait en Pologne deux sortes de lois obligatoires : l’une étrangère, appelée lot allemande, teutone, saxonne, ou magdebourgeoïse ; l'autre, la loi polonaise indigène. L'État se composait de quatre ordres: l'ordre ecclésiastique ou spirituel; l'ordre équestre ou la noblesse ; l’ordre des bourgeois ou habitants des villes, et enfin les paysans ; mais comme les paysans ne comptaient pour rien, politiquement parlant, c’est toujours de trois ordres qu’il est question dans l’histoire de Pologue. La loi allemande régissait les bourgeois en général, et quelques villes ou districts où les Allemands étaient plus particulièrement répandus. La loi polonaise n’avait action que sur les nobles et les paysans. La loi de l'Église ou canonique était obligatoire pour tous les ordres chrétiens. L'ordre ecclésiastique, qui administrait les règle-
ments de cette loi, formait un état à part, et se
! faisait assister d’un membre de chacun des ordres les), de quinze marcs; celui d’un gentilhomme | (miles scartabellus), de trente marcs, et celui |
ci-dessus mentionnés, en cas d'application de Ja loi,
Le roi, outre les assemblées, convoquait les diètes selon son bon plaisir : le clergé, les magis-
| rats, les seigneurs, une députation de lordre rurent peu à peu, et l'égalité des grands aux |
équestre, une députation des villes, étaient appelés à participer aux débats. Le sénat prenait part aux délibérations; de là l’origine des diètes qui furent instituées sous le règne de Wladislas-le- Bref.
Quand Kasimir dota la Pologne de nouvelles institutions, et qu'il améliora celles qui existaient,
sur la cession du pays en s'appuyant du concours
ment avec les grands de l'État, furent chargés de rédiger le texte du code. Le roi s’obligea à ne pas augmenter les impôts, et il reconnut aux Polonais le droit d'élire le roi et de décliner l’hérédité; pour que la noblesse soitlibre dans son.choix, il rend nulle et non obligatoire l'hérédité de la ligne masculine, observée jusqu'à Lui.
Kasimir, en prenant possession des terres russiennes, fit justice des conspirateurs et, des fau
teurs de troubles, comme nous l'avons dit ; mais
après ces exemples indispensables au repos, de
| l'État, il fit des conventions avec les Litvaniens ;
la force des choses J’obligeait à donner les gages, d’une apparente confiance; en conséquence, il abandonna provisoirement aux fils de Gedymin, la Wolhynie, les terres de Brzesç et de Chelm. Les Litvaniens justifièrent les tristes prévisions. du roi; ils firent plusieurs invasions dans la Mazovie, se liguèrent avec les Teutoniques, et soulevèrent contre Kasimir les starostes institués par sa volonté, et, profitant des guerres qui, absorbaient les forces de la Pologne, ils augmentaient leurs possessions.
Le roi, inquiété par les Latvaniens, pouyait au moins se reposer sur la Bohême et sur la Silésie, grâce au traié qu'il avait conclu à Namyslow, sur la Wayda ( Namslau, 22 novembre 1548); mais voyant, qu'au. mépris de toutes les conventions, la Litvanie. était encore rebelle, il. déclara la guerre, et les troupes polonaises, avec le roi à leur tête, entrèrent en campagne (1349).
Après un siége opniâtre, les villes de Luck, ae Wlodzimierz, de Brzese sur le Bug, et Chelm, se rendirent. Les places moins considérables capitulèrent aux premières sommations, et les
Principaux boïars où kmazs s emprésserent de jurer sermént de fidélité; mais comme le passé donnait peu de garanties au roi, il rétablit partout ses Sstarostes, et après il revint à Krakovie.
Certés, il y à dé grandes et nobles choses dans la vie de ce prince; comme roi, comine chef d’un peuple, il est irréprochable ; mais comme homme,
on doit lui adresser de graves reproches. Doué |
d'un tempérament ardent, il abüsait de tous les plaisirs de la vie; foulant aux pieds la morale, il ne reconnaissait d'autre maître et d'autre droit que ses passions, et sa conduite avec Adélaïde, sa seconde femme, en fut la conséquence. Les évêques, voyant que le roi donnait l'exemple de tous les scandales et de tous les excès, lui firent des remontrahces: mais des remontrances d’évêques n'arrêtent pas lés passions fougueuses d'un roi : le roi aussi n’en tint aucun compte; alors le pape usa de son autorité : il écrivit au coupable des lettres pleines d'amertume ; il employa la menace, la colère, pour engager le roi à changer de conduite; mais les évêques comme le pape manquèrent leur but : Kasimir était trop fier pour céder aux menaces; peut-être l'eût-on persuadé en employant la douceur et la conviction, et au lieu de se rendre il profita de cette circonstance pour châtier les évêques.
Le clergé, qui avait reçu dés domaines considérables, devenait avide à proportion de ses richesses, et il s’affranchissait peu à peu des charges du pays, et se refusait à payer les impôts ; il ne voulait plus contribuer de ses deniers à la construction des châteaux, à la réparation des routes, etc., etc., et par là tout retombait sur les particuliers. Kasimir pensa dans sa sagesse que le moment était venu d'arrêter ces abus; en conséquence il donna ordre au palatin de Sandomir de faire payer à Bodzanta de Jankow, évêque de Krakovie, les impôts affectés aux domaines des évêques; il voulait que, de ce jour, les charges fussent également réparties sur tous les citoyens.
L'évêque excommunia d'abord le staroste Othon de Pilça et ensuite le roi. Le haut clergé avait reçu la mission de porter au roi la bulle d’excommunication ; Martin Baryezka, vicaire de l'église cathédrale de Krakovie, se chargea de cette périlleuse mission, et avec une arrogance qui outre-passait ses pouvoirs, il fit de sévères réprimandes. Le monarque, après lui avoir rappele le respect qu'il lui devait, le fit mettre en
prison; et bientôt, cédant aux conseils des courtisans, qui renchérissent toujours sur la colère du maitre, il fit jeter le vicaire dans la Wistule (1349).
Cet événement était grave; aussi la peste qui, après avoir parcouru tous les pays de l'Europe, vint en Pologne, la peste fut regardée comme un juste châtiment du ciel. Et quand les Litvaniens envahirent encore une fois les terres russiennes, le peuple vit dans ce malheur les effets de la colère céleste. Et la noblesse des frontières, en voyant les armêéments de la Litvanie, ne fit rien pour les empêcher, car la noblesse, comme le peuple, se croyait frappée par la vengeance divine ; aussi les Litvaniens entrèrentils sans coup férir jusqu'au cœur du royaume ; ils ravagèrent et dépeuplèrent les terres de Lukow, de Radom et de Sandomir; de là ils se jetèrent sur Léopol, mais ils ne purent parvenir à s’en emparer, car la ville était déjà fortifiée à cetie époque; mais ils brülèrent les environs ; ensuite ils s'emparèrent de Belz et de Wlodzimiérz.
Pour venger tant d’audace et réparer tant d'échecs, Kasimir demanda des secours à son neveu Louis de Hongrie ; celui-ci vint à la tête de ses troupes, ét entra dans les terres russiennes (1351). Les armées polonaises et hongroises conquirent tous les pays envahis, et dans une bataille livrée aux Litvaniens, elles firent prisonniers les ducs Kieystut et Lubart. Le premier parvint à s'échapper, et le second donna la promesse écrite de ne plus combattre contre Kasimir; mais dès qu'il fut libre, il recommenca les hostilités.
La campagne de Russie fut en tout point favorable aux intérêts du roi des Polonais : le duché de Mazovie, que Wenceslas, duc de Plock, avait été forcé de céder à Jean de Bohême, revint à la Pologne. Ce résultat eut lieu après une convention faite à Plock (septembre 1351) entre Kasimir et les ducs de Mazovie. Ainsi furent réunies à la couronne les terres de Plock, de Wiz et de Zakroczym, avec la promesse de leurs priviléges, et de leur laisser toujours des starostes regnicoles.
Dans cette même année, on expulsa du pays la secte ou société des Flagellants. Jaroslas, àrchevêque de Gnèzne, et les évêques avaient été chargés de cette mission.
Les Flagellants étaient répandus en Europe depuis l'année 1309, et partout ils avaent conquis un grand nombre de prosélytes. Les frères
de cette secte voyageaient tous ensemble, et entraient deux à deux dans les villes. Ils portaient une croix sur leurs habits, et avaient la tête cou-
verte d’un bonnet qui leur cachaït presque les
yeux ; leur corps était découvert jusqu’à la cein-
ture et montrait les cicatrices, les flagellations |
imposées par leur ordre. Ils se fustigeaient dans les églises, après quoi ils allaient tout nus dans les cimetières; ils s’étendaient par terre, ou se mettaient à genoux; un d’entre eux venait alors les toucher l’un après l’autre, en disant : « Dieu te remet tes péchés, tu peux te lever. » Sur quoi, ils entonnaient un cantique, et quand arrivait un verset où il était parlé de la passion de Jésus-Christ, ils se jetaient tous par terre ; souvent leurs corps se heurtaient contre les pierres, ou tombaient dans la boue, mais ce n’était rien pour des Flagellants... Hommes et femmes, car il y avait des femmes dans cette secte, se confondaient dans l'exercice de ces rudes pénitences.
Le clergé, qui était plongé dans la mollesse, accusait les flagellants : « Ce sont des hommes déshonorés par une jeunesse licencieuse, disaitil, et aujourd’hui ils cachent un libertinage affreux sous des dehors d’austérité. » Les Flagellants se défendaient en disant qu'ils étaient, par leurs pénitences, à la hauteur des apôtres de l'Evangile. En 1372 on convoqua à Kalisz un synode, pour détruire leur ordre; mais en dé-
fendant leur cause, ils mirent au grand jour tous
les abus de l'Eglise romaine.
Tandis que la Pologne tentait des améliorations religieuses dans le nord et dans l’est de ‘Europe, Olgerd jetait une gloire immense sur la Litvanie et les terres russiennes. Iawnuta avait succédé à Gedymin (1540), mais ses deux frères Olgerd et Kieystut lui contestèrent la couronne ducale, en disant qu'ils avaient plus de force et de puissance pour la porter. Olgerd fut pro-
clamé duc. Ses Etats s’étendaient de la mer Bal-
tique à la mer Noire.
Pendant les années 1346-1349 il combattit victorieusement près de Pskow et Nowogorod ; il tint tête aux Polonais, aux Teutoniques et aux Russiens. De 1350 à 1552 il poursuivit ses expéditions en Wolhynie et en Podolie, et après avoir vengé les défaites de Kieystut et de Lubart, il
finit par entrer en arrangement avec le roi Ka-
simir.
Les habitants de la Grande-Pologne gémis-
saient de voir le pays en proie à des guerres introduites, et pour prévenir de nouveaux mal-
heurs et pour donner au roi une preuve de leur dévouement, les seigneurs et la noblesse de cette province s’assemblèrent à Posen ( septembre 1352), et signèrent un acte de confédération, en foi de quoi ils promettaient aide, assistance, intervention armée pour conjurer les événements qui menaceraient encore le pays.
Ce fut la première confédération qu'on vit en Pologne, ou du moins que Fhistoire ait mentionnée depuis.
Kasimir, rassuré sur les destinées de ses États, se rendit en Hongrie. Il conclut à Bude une convention (24 janvier 1355 ) qui lui garantissait la possession paisible de la Russie-Rouge, et dégagée de toutes les prétentions hongroises. Par une autre convention (23 février 1355) il fut arrêté que, si Kasimir et Louis mouraient sans enfants mâles, la couronne de Pologne passerait à la ligne masculine du frère de Louis. Après ces décisions, les deux monarques se transportèrent à Zantok dans la Grande-Pologne, où on signa la convention (30 avril 1355). Pour donner plus de poids encore aux déterminations qui avaient été prises par le monarque, les notables de la Pologne se rendirent à Bude (juin 14555), pour recevoir le serment de Louis, qui jura d'être fidèle à ses engagements. On arrêta que dans le cas où Louis et ses successeurs n'auraient pas d'enfants mâles, la Pologne serait libre de se choisir un roi.
Kasimir, dont l’activité ne se lassait jamais, s’occupa de réunir à la couronne le duché de Mazovie; ainsi la république ne s’affaiblissait pas, car ayant perdu la Silésie, il voulait regagner une autre province.
Mais Ziemowit, dernier rejeton des ducs de Mazovie, se déclara enfin tributaire de la Pologne : en cela il avait cédé aux vœux de ses sujets. Il se rendit donc à Kalisz, et signa l'acte définitif (24 juin 1355) qui réunissait son duché à la Pologne. Kasimir, assis sur son trône, et revêtu de
ses habits royaux, reçut son serment.
La même année le roi accorda des immunités à la ville de Léopol; cette ville, comblée des bienfaits du monarque, croissait aussi en prospérité par son commerce. Pourquoi faut-il que ce roi, dont l'âme était si grande, eût un côté vulné-
rable ! Pourquoi faut-il qu'une vie si glorieuse et
si nationale soit ternie par un déréglement de mœurs ! Il y avait dans Kasimir deux hommes : l'un tout de force et de volonté; l’autre tout de faiblesses et de misères..,. Pour séduire ou pour
POLOGNE