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Wiina, mais il arriva trois jours après la mort d'Alexandre, et assez à temps pour assister à ses obsèques.
Les vertus de Sigismond étaient connues en Pologne; on savait qu'il gouvernait non en maître, mais en père plein d'affection pour ses enfants ; aussi les Litvaniens n’hésitèrent pas à lui offrir la couronne ducale (20 octobre 1506) : ce choix, la récompense d'une belle renommée, aurait dû trouver l'assentiment de la nation.
Les Polonais s’indignérent, en voyant les Litvaniens prendre l'initiative, et renoncer par là à l'engagement de ne reconnaître pour souverains que les rois élus d'abord au trône de Pologne. Cependant l'intérêt de l'Etat prévalut, ils se tranquillisèrent, et finirent par proclamer Sigismond roi des Polonais (8 décembre 1506).
Ce choix semblait être un gage de paix et de sécurité, car le frère de Sigismond, Wladislas, roi de Hongrie et de Bohème, lui cédait tous les droits qu'il pouvait avoir sur la Pologne. Les députés polonais arrivèrent donc à Wilna, et Sigismond se rendit bientôt après à Krakovie, où il fut couronné, le 24 janvier 1507, par André Rosa, archevêque de Gnèzne.
Jusqu’à cette époque les monarques de la Pologne disaient : « Je suis appelé au trône par la » grâce de Dieu et du Sauveur, » ce qui ne les empêchait pas d'être soumis au vote d’une élection. Sigismond, cédant à la susceptibilité de la noblesse, formula ainsi son serment :
« Nous, Sigismond, faisons savoir qu'avec le » consentement de tous, des prélats, des grands, » de toute la noblesse et du peuple, la couronne » polonaise vient d’être placée sur notre tête. » Cette formule quasi-démocratique affirmait qu'un roi de Pologne n'était-que le premier citoyen du royaume. Il faut croire que Sigismond, en mêlant le nom de peuple avee les nobles, voulait amener une fusion dans l'État; mais ses bonnes intentions furent toujours traversées, et la condition du peuple ne s’améliora point. Cependant Sigismond cherchait dès le début de son règne à rendre la Pologne forte et respectée. [l porta remède aux abus, en améliorant les finances dilapidées par Jean-Albert et Alexandre. Jean Boner, trésorier du roi, mit ordre dans le trésor, racheta les domaines royaux qui se trouvaient engagés, rendit à la couronne ses revenus sans avoir établi de nouveaux impôts. Sigismond arrêta les brigandages,set s'occupa de l'administration civile et militaire.
Ses soins étaient d'autant plus sérieux, qu'il prévoyait l'orage qui grondait déjà sourdement du côté de la Moskovie. Les tzars, insatiables dans leurs conquêtes et leurs usurpations, cherchaient à envahir plusieurs des provinces dépendantes de la Litvanie. Vassili-Ivanovitsch visait même plus loin. Aussitôt qu'il eut appris le décès d'Alexandre, il envoya son confident, Naoumoff, avec une lettre de condoléance à la reine Hélène, veuve du roi, et proposa à la noblesse litvanienne son élection, et la réunion de la Litvanie à la Moskovie ; mais ces démarches furent inutiles, et Sigismond, en lui signifiant son avénement au trône, lui demandait amicalement la restitution des pays envahis sur la Litvanie, et le retour des prisonniers litvaniens, Vassili refus2.
Le dac Constantin Ostrogski, grand guerrier, et le plus riche seigneur de la Wolhynie, était prisonnier à Moskou depuis deux ans. Enfin, il parvint à s'échapper, et revint dans sa patrie pour offrir ses services à Sigismond (41608). Vassili devint furieux en apprenant la fuite du duc, et il se promit d'en tirer vengeance à la première circonstance. Cette vengeance d'un tzar fut une guerre de dix ans!
Tant que vécut Alexandre, l'ambitieux Glinski abusa impunément de son influence sur le roi; mais Sigismond, en découvrant les vues du courtisan, permit à Jean Zabrzezinski d'accuser hautement Glinski, et celui-ci, faisant tous ses efforts pour faire condamner celui qui Faccusait, finit par dire au roi: « Sire, vous et moi nous nous » repentirons, mais il sera trop tard. » Après celte menace il se retira dans son duché de Turow sur le Prypeç, en méditant une trahison.
Le grand-duc de Moskovie, bien servi par ses espions, et sachant tout ce qui se passait en Litvanie, envoya ses confidents Huba et Moklokoff à Glinski, pour lui promettre des honneurs et des richesses, s’il voulait servir la Moskovie et trahir la Pologne. Le pacte infâme fut signé et un crime en fut le gage; Glinski se rendit près de Grodno, là où se trouvaient les propriétés de Zabrzezinski ; il s’introduisit dans la maison avec ses complices, et fit trancher la tête à son ennemi; ensuite on la jeta dans le lac qui se trouve entre Grodno et Wilna. Après sa vengeance, Glinski revint à Turow, et il engagea les Tatars et les Walaques à envahir la Litvanie; lui-même rejoignit l'armée moskovite sur la Bérézyna, tous ils ravagèrent
la Litvanie et assiégèrent la ville de Minsk.
Le roi des Polonais se mit alors à la tête d’une armée, et marcha contre l'ennemi. Il le trouva sur le Dniéper non loin d'Orsza; pour donner une nouvelle impulsion, il franchit ce fleuve en personne, et remporta une victoire ( 13 juillet 1508). En attendant, Jean Firley, grandgénéral de la couronne, et Constantin Ostrogski, grand-général de Litvanie, poursuivaient l’ennemi en dévastant les possessions moskovites. Le roi se porta encore sur Smolensk. Les succès des Polono-Litvaniens répandirent la consternation dans les esprits. Vassili se hâta de conclure la paix, à la condition que les châteaux de Glinski seraient rendus au roi, et que les prisonniers de guérre seraient échangés de part et d'autre. Ainsi, plusieurs Polonais revinrent dans leur patrie, et les amis et les enfants de Glinski rejoignirent avec regret et les larmes aux yeux leur père.
Mais la politique envahissante des tzars méditait de nouveaux forfaits contre la Pologne, Voulant laffaiblir de tous les côtés à la fois, Vassili se ligua avec la Livonie (mars-avril 1509), et prépara ainsi lasservissement et le renversement des dernières libertés de la république de Pskow. Pskow avait le tort d’être attaché à la Litvanie. Ensuite, il suscita les Walaques à faire la guerre aux Polonais. Ces infermales machinations, quant à la Walaquie, viendront se briser contre les armes polonaises, mais Pskow succombera et ne se relèvera plus.
Bogdan, hospodar de Walaquie, commença par dévaster la Pokutie, et tenta de prendre Kamienieç, Haliez et Léopol (1509). Mais le palatin de Krakovie, Nicolas Kamieniecki, fait rétrograder l’armée de Bogdan, et entre en Walaquie. Les deux armées se trouvèrent en présence au passage du Dniester ; les Polonais remportent là une éclatante victoire, et la paix qui s’ensuivit (1510) soumit la Walaquie et la Moldavie à la Pologne : ce traité fut dans la suite la source de ces guerres sanglantes que la Pologne fut obligée de faire aux Turks, pour se maintenir dans son droit.
Les succès des Polonais relévèrent l'attention de l'Europe, et surtout de la cour de Rome. Le pape Jules IT envoya complimenter Sigismond
sur l’heureux résultat de la campagne de Wa-
laquie, et le supplia de faire une guerre contre les Turks pour les chasser de l'Europe. Il offrait à Sigismond le commandement en chef de
toutes les troupes de la chrétienté, en promettant de l’appuyer de puissants renforts, pensant que sous les auspices d’un tel chef on en arriverait à célébrer le service divin à Constantinople, Le roi des Polonais n’eût pas hésité d'accomplir cette mission, mais il se rappelait le sort de son oncle l’infortuné Wladislas-le-Varnénien {en 1444), puis il se défait des promesses des papes et de l'intérêt des puissances chrétiennes. Sur le papier ils promettaient argent et soldats, mais en réalité l’un et l'autre arrivaient peu ou point. L'expérience avait déjà prouvé que les Polonais étaient toujours dévoués et prêts à agir, mais que leurs alliés étaient lents ou égoïstes.
Revenons maintenant à l'affaire de Pskow, dont le sort se lie intimement à celui des futures destinées de la Litvanie.
Constant dans ses projets d'usurpation et dans sa haine contre la liberté, le tzarisme moskovite subjugua Pskow, comme il avait subjugué Novogorod-la-Grande, par la violence et la perfidie. Quoique soumise à la puissance des grands-ducs, Pskow avait su, à force de prudence, de soumission et de sacrifices, conserver son conseil national, investi du pouvoir législatif, ses magistrats élus par le peuple ; enfin, toute son organisation intérieure, et former une véritable république, calquée à peu près sur celle de Novogorod, dont elle avait été la sujette d'abord, et ensuite l’affranchie et la sœur cadette. La ruine de Pskow, ajournée sous Yvan III, fut exécutée sous son fils; l'intrigue prépara l'œuvre qu’achevèrent la trahison et la terreur,
Yvan Obolenskoï, lieutenant où gouverneur de Pskow, fomenta la discorde entre les diverses classes de citoyens, et se plaignit ensuite de leur turbulence et des abus de pouvoir des magistrats; c'était le prétexte demandé pour justüifier l'intervention meurtrière des Moskovies.
En automne (1509), pendant que la Pologne était occupée de la guerre contre les Walaiques, Vassili se rendit à Novogorod avec un cortége imposant et des forces considérables ; là, il reçut avec bonté une nombreuse députation de Pskoviens, chargée de le féliciter et de lui offrir un présent en argent, puis il envoya dans la cité prendre des informations sur les plaintes d'Obolenskoïi. On lui rapporta que ce. fonctionnaire et les citoyens s’accusaient réciproquement; et,-en effet, une nouvelle députation vint demander la destitution d'Obolenskoï. Vassili le fit appeler à
Novogorod, avec tous les Pskoviens qui avaient à s’en plaindre. Ils arrivèrent en grand nombre ; mais une foule de boïars et de fonctionnaires vinrent aussi s’accuser les uns les autres. Vassili exigea de plus que les neufs possadniks et les prévôts des marchands de tous les quartiers comparussent avec Obolenskoï, sinon le pays serait déclaré en état de révolte. Les dociles Pskoviens se présentèrent devant le tzar (janv. 1510); les fonctionnaires et les marchands, introduits dans la salle d'audience, se préparaient à plaider leur cause, lorsqu'on les prévint en les déclarant prisonniers. Cette fatale nouvelle arrive à Pskow, le conseil national s’assemble, on ne comprend rien à cette perfidie, on gémit, et on envoie une députation à Vassili pour éclaircir l'affaire. Alors le despote déclare à ses prisonniers qu'ayant méconnu l'autorité du lieutenant et opprimé le peuple, ils méritent une punition rigoureuse ; mais qu’ils Peuvent recouvrer ses bonnes grâces et conserver leurs propriétés, en abolissant pour jamais le conseil national, et en recevant ses juges à Pskow, et autres villes et bourgs.
Attirés dans cet épouvantable guet-apens, les députés envoyèrent un d'eux avec Dolmatoff, secrétaire de Vassili, porter aux Pskoviens cette terrible nouvelle. « Nous avons juré pour nous » et pour vous d'obéir aux volontés du monar- » que, dit au peuple assemblé le député psko- » vien, n’allez pas nous parjurer, nous périrons » tous. » Le délai fatal expirant le 28 janvier, Dolmatoff transmet les ordres et les menaces de Vassili, et va s'asseoir sur un gradin de la place publique, pour attendre la réponse. La consternation était profonde, on le supplia d'attendre jusqu’au lendemain. Le lendemain fatal est enfin venu, et les cris de désespoir retentirent dans toute la ville ; pour la dernière fois la cloche convoqua le peuple et annonça lugubrement la fin de la liberté pskovienne. Après cela on descendit de la tour de la Sainte-Trinité la cloche du conseil national, que Dolmatoff alla porter à son maitre la nuit suivante. Dès lors tout s’humilia sous le sceptre moskovite. Vassili entra triomphant à Pskow, s'empara des bâtiments des faubourgs pour y loger une garnison; il relégua
dans le fond de la Moskovie les fonctionnaires
etles notables; il distribua leurs propriétés, qu'il avait promis de leur conserver, à ses boïars et à trois cents familles moskovites qui les remplacèrent à Pskow. Ainsi finit cette république qui reconnaissait la suprématie polonaise depuis
plus de cent ans! L’historiographe des autocrates, Karamsine lui-même, en décrivant ces événements, ne put s'empêcher de flétrir cette invasion, et il cite ce passage rémarquable tiré d’une chronique russienne du temps : « Ainsi pé- » rit la gloire de Pskow, envahi non pas par des » hérétiques, mais par des croyants, par ses pro- » pres frères chrétiens! O ville jadis grande, tu > L'attristes de ton.abaissement.Un aigle aux lar- » ges ailes s’éleva au-dessus de toi, armé des » griffes du lion, il a arraché de ton sein les trois . » cèdres du Liban: il t'a ravi ta beauté, tes richesses et tes citoyens ; il a bouleversé tes marchés ct n’a laissé que des décombres. Il a transporté nos frères et nos sœurs dans des contrées éloignées, où n'étaient jamais allés ni vos > aïeux ni vos pères! »
On a vu dans le cours de cette histoire que la Pologne fut sans cesse tourmentée par les invasions tatares. Sigismond, pour en finir avec ces hordes maudites, chercha à les lancer sur la Moskovie, et s'engagea à payer annuellement au khan 45,000 ducats. Le khan, qui se jouait de ses serments, promettait aux Polonais et promettait aux tzars ; la politique moskovite obtint donc facilement que les Tatars envahiraient de nouveau les possessions polonaises. En effet, ils ravagèrent la Podolie et la Wolynie, lorsque Przeçlas Lanckoronski, staroste de Kamiéniec, et le grand-général Constantin Ostrogskileurlivrèrent une bataille près de Wisniowieg (1512), et vingtquatre mille Tatars, tués ou faits prisonniers, leur apprirent à être plus scrupuleux sur l’observation de leur parole. Sigismond, loin de se fier désormais à leur foi, augmentaen Ukraine le nombre de ses troupes pour tenir lennemienrespect.
Cette victoire, qui déconcerta pour le moment Vassili, ne l'empêcha point d'intriguer contre la Pologne et d'amener sur elle de nouveaux orages. Pendant que Sigismond se livrait à l’'administration intérieure pour raffermir le bonheur de la nation, il pensait aussi à maintenir sa couronne par un mariage, Il épousa donc Barbe, fille d'Étienne de Zapole, prince et palatin de Transylvanie, et comte de Zips. Ce mariage pouvant amener la famille de Zapole au trône de Hongrie, déconcerta les desseins de l'empereur Maximilien qui cherchait par des moyens secrets à s'emparer de la Hongrie. Pour mieux réussir, le perfide cabinet de Vienne expédie Schnitzen-Pamer à Moskou, offre son alliance au tzar. On se promet de concert d’écraser la Pologne à l’aide des cheva-
liers Teutoniques, des Moskovites et des Autri- à ses troupes de marcher au fond de ia Litvanie
chiens (février 1514).
Une formidable armée commandée par Vassili vint enhahir (1513) les possessions polonaises, en dépit du traité de paix qui existait depuis 1508.
L'avant-garde de l’armée ennemie était commandée par le prince Michel Glinski. Il assiégea Smolensk, mais ne pouvant s’en rendre maître, Vassili vint le rejoindre avec des forces plus considérables. La ville, attaquée par une artillerie formidable, eût encore résisté sans la trahison ; Vassili, pour redoubler le courage de Glinski, la lui avait promise en don. Le traître, à l’aide de ses complices, entra dans la place. Le palatin Georges Sollohub, commandant, résista sans énergie, et enfin il finit par céder. Smolensk fut donc occupée par les Moskovites (6 août 1514), après avoir été gouvernée par les Polonais pendant cent dix ans. Sollohub, qui n’avait su mourir en brave, revint en Pologne, et ne sachant pas justifier sa conduite, il eut la tête tranchée.
Après l'occupation de Smolensk, une partie de l'armée moskovite alla à Mscislaw, où le duc Michel, descendant de Gédymin, ne pouvant pas se défendre, se soumit à Vassili, et c’est depuis, que plusieurs familles dévouées aux intérêts de la Pologne préférèrent quitter leurs terres pour venir s'établir en Litvanie; parmi ces familles étaient les princes Ozyrecki, Massalski, Oginski, Puzyna, etc.
Lestraîtres sont tôt ou tard victimes de leurtrahison. Glinski, irrité contre Vassili qui lui refusait la souveraineté de Smolensk, pensa à implorer la clémence de Sigismond. Il écrivit au roi, en lui promettant de le rendre maître de la ville de Smolensk. Sigismond ne repoussa point cette offre, et probablement.on entra en négociations avec Glinski. On décida que le jeune Trepka chercherait à s'introduire dans le camp ennemi; mais les Moskovitesine tardèrent pas à le découvrir : Trepka fut interrogé, et résistant à toutes les menaces, ne voulant pas avouer le motif de sa mission, on le fit brûler à petit feu. Le nouveau Scévola soutint jusqu'au bout la cruelle épreuve, et il ne sut que souffrir, garder le secret, et cette mort sublime illustra à jamais le nom de Trepka !
Le bruit de la trahison de Glinski mit en émoi ses alliés ; il fut saisi, et on trouva sur lui les lettres de Sigismond. Amené à Dorogobouje devant Vassili, on le fit enchainer et enfermer dans une prison de Moskou. Aussitôt Le tzar ordonna
et de la ravager en tous sens. Cette armée était composée de quatre-vingt mille hommes, et commandée par le prince Boulghakoff-Golitza, et le boïar Yvan Tscheladnine,
Le roi des Polonais, qui avait déjà quitté Wilna, arrivait à Boryssow avec trente-trois mille hommes, lorsqu'il apprit que l’ennemi s’avançait. A la suite d'un conseil de guerre, le roi resta avec quatre mille hommes à Boryssow, et vingt-neuf mille hommes, c’est-à-dire le reste de l’armée, allèrent au-devant des Moskovites. L'armée litvanienne était commandée par le duc Constantin Ostrogski et par George Radziwill; l'armée polonaise, par Jean Swierczowski, et la garde royale était sous les ordres d'Albert Sampolinski.
L'insolence de Tscheladnine ne connaissait pas de bornes; il avait pour les Polonais une haine sauvage et stupide, et sa présomption était telle qu'il se vantait de pouvoir les soumettre avec des lanières de euir. « Je leur apprendrai, disait-il, à » respecter ainsi le nom et la puissance de mon » maître.» Le maitre était bien digne du général.
Son projet était d’abord d’aller au-dévant de Sigismond pour lui livrer bataille. IL passa le Daiéper avec ses quatre-vingt mille Moskovites. Arrivé à Orsza, il apprit que l’armée polonolitvanienne venait à lui. L'ennemi étant dans une position avantageuse, le duc Ostrogski hésita à l'attaquer, mais il s’aperçut que Tscheladnine, repoussant les avis de Boulghakoff, abandonnait étourdiment son terrain, faisait défiler une partie de ses troupes vers le fleuve et le regagnait à la hâte avec le reste de l’armée qui avait servi à couvrir ce mouvement. Les Moskovites se flattaient que, trompés par cette manœuvre, les Polonais se débanderaient pour les poursuivre. Ils prétendaient revenir sur eux et les surprendre dans un désordre égal à celui où ils auraient eru les trouver eux-mêmes. Ce qu'ils avaient espéré n'arriva point. Ostrogski les suivit à la vérité, mais avec une extrême précaution et en ordre de bataille.
La rencontre dès armées belligérantes eut lieu sur les bords du Dniéper, entre Orsza et Dubrowna, le 8 septembre 1514.
Resserrés sur les bords du fleuve, les Moskoyites se virent contraints de le repasser. Ils replièrent leurs ponts, et, déjà campés sur l'autre rive, ils provoquaient les Polonais avec d'autant plus d'assurance que, les bords étant très-escarpés de leur côté, rendaient l'attaque plus diffi-
cile. Cependant leur confiance s’évanouit dès qu'ils s’'aperçurent qu'Ostrogski faisait construire un pont pour le passage de son infanterie, et lorsqu'ils virent surtout sa cavalerie se jeter à la page pour les attaquer à l’arme blanche.
Etonné de ce courage sarhumain, Tscheladnine perdit sa présence d'esprit et ne put empêcher ce corps de troupes de venir à lui. Les Litvaniens eurent ordre d'engager la bataille, Le feu de leur mousqueterie n'ébranla point les Moskovites. Ils s'avancèrent pour attaquer au sabre. Accablés par le nombre, les Litvaniens commencèrent à céder du terrain. Ils feignirent du moins de ne pouvoir résister et se laissèrent pousser jusqu’à la portée d'une batterie, Là, ils s’ouvri-
rent tout à coup pour la laisser agir. Cette ruse’
les servit merveilleusement.
Alors la cavalerie polonaise se jetant sur eux, les chargea le sabre à la main, tandis que l'infanterie, les prenant de flanc, les culbuta sur les bataillons qui venaient soutenir leur attaque. En
‘un instant la confusion se mit dans tousles rangs. Tscheladnine, épouvanté, essayait en vain de rassurer son armée. Il priait, il menaçait, il donnait des ordres, mais il n’était point écouté. Par intervalle quelques corps moskovites se ralliant d'eux-mêmes, soutenaient le choc des Polonais. Plus braves que hardis, ils luttaient contre une défaite déjà décidée, et qu'ils augmentaient par leur inutile résistance. Tout s’abaissa de proche en proche devant l'armée républicaine. Quelques cavaliers litvaniens, ayant pénétré jusqu'aux extrémités du camp ennemi, y trouvèrent un corps de réserve, qu'ils crurent avoir été destiné à les tourner durant l'action. Ils le forcèrent à mettre bas les armes. Ce nouveau malheur acheva de décourager les Moskovites. Ceux qui restaient n'avaient pour abri contre la fougue du vainqueur que des tas de corps morts dont ils s'étaient fait une espèce de barricade. Forcés dans ce retranchement, ils voulurent en sortir, mais ils ne firent qu'avancer le moment de leur perte. Les uns se noyaient dans la rivière de la Kropiwna; près de l'embouchure du Dniéper, et presque tous les autres furent massacrés, car on ne faisait point de quartier.
Un spectacle affreux se présenta aux regards des vaincus et des vainqueurs.Toute la plaine, l’espace de quatre milles de Pologne (sept lieues de France), était jonchée de cadavres et de chevaux tués. Les blessés restaient sans secours au milieu