‹ La Pologne historique, littéraireChapitre 81 sur 180 · NIER À W · texte numérisé non relu

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glièrent, elles devinrent amies dans cette com-

mune douleur. Anna savait par son mari tout ce qui se passait dans l'intérieur du château, et aussitôt elle en instruisait Biruta. Un jour, elle vint lui dire que Walguna avait été amené devant les juges, et qu’il avait avoué que Biruta avait eu une entrevue avec Kieystut. Biruta, qui connaissait la faiblesse de son père, ne douta pas de ce qu'on lui rapportait : aussi quand vint son tour, quand elle fut appelée devant le tribunal, elle fit les mêmes aveux que son père, elle dit tout, sans trahir ses propres sentiments. Les juges, convaincus de l'innocence de Walguna, ne tardèrent pas à le mettre en liberté ; mais le premier arrêt, touchant Biruta, fut confirmé, et elle fut condamnée à étre enfermée dans le couvent de Thorn.

Walguna n’osa pas manifester sa douleur en présence des juges, et il entendit la condamnation de sa fille sans articuler une plainte. Biruta écouta dignement son arrêt, mais quand elle fut ramenée à la prison, son désespoir éclata, non par des larmes, mais par des imprécations contre cet ordre odieux. « Aidez-moi à me sauver!

disait-elle à Anna, et Kieystut vous récompensera en prince. » Anna la regarda en souriant, fit un mouvement d'épaules et ne répondit rien. Biruta crut voir un consentement dans ce silence.

Plusieurs jours s'étaient passés depuis la lecture de l'arrêt, lorsqu'un matin Biruta vit entrer dans sa prison un homme en manteau blanc, c'était Werner von Windeken : d'abord elle ne l'avait pas reconnu, tant il était pâle et changé ; puis enfin elle s’écrie : « Est-ce vous que je revois, mon généreux ami?..,

— Oui, dit Werner, c’est moi, »et une faible rougeur anima ses joues décolorées. « Oui, je suis changé depuis que l'épée de Kieystut a voulu payer de la mort mon amitié pour lui.

— Quelle circonstance vous amène ici? » dit Biruta, sans vouloir s'arrêter aux dernières paroles de Werner. « Etes-vous envoyé par l'Ordre, ou venez-vous comme un ami me visiter dans ma prison ? |

— Je ne viens point en secret, c’est le grandmaitre qui m'envoie. Quand je vous dis adieu dans la maison de votre père, je croyais ne vous révoir jamais : mais, hélas! mon pressentiment m'a trompé.

— Parlez franchement, Werner, j'ai la force de tout entendre.

+— J'ai accepté un cruel devoir, mais je voulais vous voir encore une fois, et le grand-maître m'a

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