MICHEL
Fils de Jérémie Wisniowieçki et de Grizel deZamoyska, Michel était d'une extrémemodestie: ceb formait un contraste frappant avec l'orgueil démesuré des grands. Le père de Wisniowieçki s'était couvert de gloire et avait sacrifié sa fortune tout entière dans les guerres des Kosaks et des Tatars. Michel, héritier d'un nom illustre, n'avait pour toute fortune que six mille florins de rente (3,600 fr.), que lui avait légués la reine Marie- Louise. Mais c'était un titre de plus pour la petite et pauvre noblesse qui voyait son égal sur le trône, et d'ailleurs le pays était las des rois d'origine étrangère, et Michel, issu de la famille d'Olgerd et de l'un des frères de Jagellon, rappelait une époque de gloire et de grandeur. Le château royal de Warsovie, où devait trôner le nouveau roi, émit tellement dégarni par les invasions suédoises et brandebonrgeoises, que plusieurs seigneurs se réunirent pour orner le château royal et donner des présents au roi. L'archevêque de Gnèzne lui envoya une tapisserie cramoisie avec un dais richement brodé; le maître des requêtes de la couronne, un attelage de chevaux et un carrosse ; Radziwill, écuyer de la couronne, une épée montée de jaspe etd'émeraudes; le vice-chancelier, cent soixante fantassins hongrois et un attelage de chevaux ; les négociants se cotisèrent chacun pour 4 ,000 florins : de
manière que ce jour-là» le roi eut presqu'un million d'écus en espèces et en joyaux. La cuisine du roi fut abondamment pourvue de comestibles. En attendant, le roi alla dîner cbez le maître d'hôtel de la couronne et souper chez l'archevêque. Voilà le début de ce règne, et sa fin ne fut pas plus heureuse.
Michel fut couronné a Krakovie le 29 septembre 1669. La diète qui suivit le couronnement fut très-orageuse. Le roi avait donné à Jean Tarlo, palatin de Sandomir, une slarostie, et Jean-Alexandre Olizar, jaloux de n'avoir pas pu l'obtenir, parvint par ses intrigues à faire dissoudre la diète. Peu après cet événement, le roi épousa à CzenslochowMarie-Eléonore d'Autriche, sœur de Léopold 1«(27 février 1670). La diète ouverte le 5 mars fut encore dissoute; mais le 17 du même mois, le traité d'Andruszow fut confirmé, et la nouvelle diète (9 septembre) se passa dans le calme. Le 19 octobre on couronna la reine.
Au milieu de l'anarchie qui allait croissant, la licence de l'aristocratie augmentait. La reine, lassée de ce désordre, ne voulut plus vivre avec Michel, et lorsque Prazmowski résolut de le détrôner, l'empereur Léopold et lu reine Eléonore donnèrent les mains à ce projet, à condition que le duc de Lorraine prendrait possession du trône avant l'acte de mariage, et l'épouserait après le divorce. Sobieski, qui était du complot, proposa le prince de Longueville, et les troubles auraient été plus graves, si ce prince n'eût péri au passage du Rhin, lors de la guerre de Louis XIV avec la Hollande.
Les deux diètes réunies aux mois de janvier et de mai 1672 furent rompues. Les Kosaks, les Tatars cl les Turks en proûtèreot, et ils envahirent les terres russiennes (juillet 1672). L'indolent Michel, jaloux de la gloire de Sobieski, ne sut pas parer aux événements, et Sobieski, qui avait rallié autour de lui tous ses partisans, et qui avait armé ses paysans, n'avait que 6,000 hommes à opposer aux lignes épaisses sous lesquelles tremblaient l'Europe et l'Asie. Déjà les troupes du sultan Mouhammed IY s'étaient emparées de Ramicnieç-Podolski (29 août), et le 27 septembre elles assiégèrent Léopol et Buczaç. Sobieski soutenait sur le tranchant de son sabre le front de la vaste ligne qu'occupaient, dans les palatinals de Lublin, de Belz et de la Russie-Rouge, les bandes tatares
surprend l'ennemi près de Kaluza, entre Stryi et ïïalicz, le poursuit et lui tue 15,000 hommes ; il arrive devant un groupe immense de ses concitoyens, pères de famille, jeunes femmes, prêtres, nobles, que les Mabomélans emmenaient en esclavage. Ces malheureux étaient 20,000. Leurs chaînes tombent, et ils bénissent leur libérateur. Mais Sobieski tente davantage. Le gros de l'armée turke était sous Léopol, et le sultan campait à Buczaç, au-dessus de Jazlowieç. Sobieski dérobe sa marche, se glisse à travers les rivières, fond à ('improviste sur ce camp enivré de plaisirs et de pillages, y sème la terreur, pénètre jusqu'aux lentes impériales, s'empare du quartier même des femmes. Pendant que Sobieski espère que le roi Michel profitera de cet avantage pour donner le coup de grâce, ce monarque, au lieu de poursuivre l'ennemi, conclut avec lui une paix ignominieuse à Buczaç même (18 octobre 1672). Sobieski, fatigué de ce spectacle honteux, alla dans ses domaines attendre des jours meilleurs. Louis XIV lui avait offert une retraite dans ses Etats, une duché-pairie et le bâton
de maréchal de France , mais il voulait tout
obtenir de sa propre patrie......
Pendant cet intervalle, les gentilshommes, indignés de la conduite des grands, firent une confédération à Golomb; une notre confédération fut formée à Lowicz. Les esprits s'irriiaienl de plus en plus, et Sobieski planait au-dessus de tous par ses succès et par son noble caractère. Cependant on osa l'accuser. Un jour, un pauvre gentilhomme prit la parole dans une diète convoquée ad koe à Warsovie (janvier 1675), et déclara qu'il avait d'importantes révélations à faire, que la patrie avait été vendue aux infidèles, qu'un homme avait livré Kamicnieç moyennant douze millions, et que cet homme était Sobieski!
A ce nom, l'assemblée su lève indignée. Elle demande que le calomniateur soit jugé. Sobieski accourt à Warsovie. La convocation se change en une diète régulière. Le calomniateur confessa son infamie, et dit qu'une somme de 2,000 florins et Li promesse de n'être pas abandonné l'avaient porté à cet attentat. Les seigneurs qui avaient conspiré rampèrent aux pieds de Sobieski. La diète fut close le 13 avril. On déclara la rupture du traité de Buczaç, et on se prépara à une nouvelle campagne.
Akhmel Kiuperli fut donc de nouveau obligé de porter en avant les troupes qu'il avait rappeet musulmanes. Un jour (15 octobre), Sobieski | lées sur le Danube, et le sultan s'avança aussitôt TOME h. 120
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en personne vers ce fleuve. Sept ponts furent jetés sur le Dniester; le grand-turc ne rêvait que vengeance et conquête.
Après maintes difficultés, 30,000 Polonais et Lilvaniens se trouvèrent réunis. Michel Paç commandait les Lilvaniens, Martin Koniski avait sons ses ordres l'artillerie, et Sobieski commandait en chef toutes les troupes (H octobre 1075).
Au moment de franchir le Dniester, Paç jeta le découragement dans l'armée, car lui aussi il enviait la gloire du héros; mais, effrayé par les menaces de Sapieha et de Radziwill, il promit de combattre. Sobieski rangeaen bataille ses troupes ébranlées. Les Turks, retranchés derrière Chocim (Khozime), étaient prêts à soutenir l'attaque désespérée des Chrétiens {9 novembre). Le temps était affreux : la neige tombait à flots ce jour-là (10 novembre). A pied et le sabre à la main, Sobieski, couvert de frimas, guidait ses braves, et en peu d'instants l'étendard de la croix, l'aigle blanc de la Pologne et le cavalier armé de Litvanie flottaient sur les hauteurs du camp escalade. 20,000 Musulmans tombent soit sur la grève, soit dans les flots rapides et à demi glacés du Dniester. Sobieski s'était saisi de l'étendard vert de Hussein, présent du sultan, que le vainqueur envoya comme un hommage filial au chef de l'Eglise, etquiome aujourd'hui encore les voûtes de Saint- Pierre à Rome.
Sobieski, maître de la Walaquie et de la Moldavie, était en pleine marche pour aller planter sur les bords du Danube les enseignes de la Pologne, lorsque arriva tout à coup la nouvelle de la mort du roi Michel. Il mourut à Léopol le 10 novembre 1673, la veille môme de la bataille de Chocim. Il était âgé de trente-cinq ans, régna quatre ans et fut enterré à Krakovie.
La mort de Michel Wisniowiecki arrêta la marche de Sobieski. L'interrègne appelait les citoyens à élire un nouveau chef de la république. L'évêque Michel-Florien Czartoryski fixa la diète de convocation au 15 janvier 1674; elle fut présidée par François Bielinski. La diète s'occupa avaot tout d'assurer la tranquillité intérieure, puis elle songea aux affaires du dehors : ensuite
OGNË.
on arrêta que la diète d'élection aurait lieu le 20 avril.
La gloire des Polonais, les grands hommes qui présidèrent aux destinées de la Pologne, les grands généraux qui illustrèrent ce pays, éveillèrent l'ambition de tous les princes de l'Europe ; car tous se croyaient capables d'égaler Batory, Wladislas IV et les célèbres Zamoyski, Zolkiewski, Konieçpolski, Chodkiewicz, Czarnieçki et Sobieski. Enfin, le nombre des candidats au trône fut de dix-sept :
Jacques-Smart, duc d'York (depuis Jacques II, roi d'Angleterre) ;
Guillaume de Nassau - Orange (depuis Guillaume III, roi de la Grande-Bretagne ) ; Georges, prince royal de Danemark ; Alexis Mikhaïlovitsch, tzar de Moskovie; Fédor Alexiéiévitsch, tzarévitsch ; Don Juan d'Autriche, bâtard de Philippe IV, roi d'Espagne ;
Michel, duc de Transylvanie; Emile, fils de Frédéric-Guillaume, électeur de Brandebourg, duc de Prusse ; Maximilien, duc de Bavière ; François H, duc de Modène ; Thomas, duc de Savoie ; Louis, duc de Vendôme ; Louis, bâtard, de Soissons ; Le prince de Condé ; Charles V, duc de Lorraine ; Jean-Guillaume, duc de Neubourg ; Jean Sobieski, grand-maréchal et grand-général des armées de la couronne de Pologne.
On ne s'arrêta pas longtemps aux premiers. Sobieski appuya vivement le prince de Condé, mais les vœux de la noblesse se partagèrent entre les ducs de Lorraine et de Neubourg. Les débats et les intrigues se prolongèrent près d'un mois, lorsque, le 10 mai, Stanislas Iablonowski, palatin de Russie - Rouge, ami et compagnon d'armes deSobieski, prononça un discours pathétique en disant que personne n'était plus digne du trùne que Sobieski. Cinqpalatinats s'écrièrent après ce discours : c Vive Jean Sobieski ! ou nous > périrons, ou il sera notre roi ! > Le palatinat de Russie-Rouge prit chaudement le parti de sou compatriote, et le 21 mai 1674 Jean Sobieski fut proclamé roi des Polonais.
LA POLOUNK.
JEAN III SOBIESKI (leu-im).
Les Turks et les Tatars, profitant de l'absence de Sobieski sur le Dniester, menacèrent de nouveau la Pologne. Aussi, après avoir juré kspacta conventa le 5 juin, on proposa au nouveau roi de recevoir l'onction sacrée ; mais il déclara que les dépenses et les préparatifs d'un couronnement s accordaient mal avec les dangers d'une invasion. En de telles circonstances, le casque, disait-il au sénat, irait à son front mieux qu'un diadème < Je sais bien, répondait-il aux autres, pourquoi » la nation m'a mis sur le trône. Ce n'est pas pour » représenter, c'est pour combattre. Ma mission » est de faire la guerre aux Turks : c'est ma con » signe de roi. Je la remplirai d'abord, à plus » tard les fêtes. »
Le 22 août 4674, Sobieski s'ébranla. Dans une marche rapide, qui lui Gt donner le nom d'ouragan, il enleva Bar.Braçlaw, Raszkow, eic.ei'hiverna en Ukraine. Mais les intrigues de Paç contrecarraient tout, et les mesures ultérieures du roi se trouvaient renversées. Dans cette alternative, Sobieski fortifia Léopol et se mit sur la défensive. Au mois d'août 4675 l'armée musulmane fit une nouvelle invasion. La petite armée de Sobieski campait dans les vallées tout près de Léopol, appuyée aux montagnes qui couvraient son artillerie. Le 24 août une tempête de neige et de grêle, venant des Karpates, porta l'ouragan sur le camp des Osmanlis. Cette miraculeuse apparition de la neige dans la canicule produisit un effet merveilleux sur les Polonais et effraya les Turks. Soliieski en profila, culbuta tout sur son passage. Le lever du jour trouva l'ennemi à huit lieues de Léopol. Stanislas iablonowski repoussa les Tatars à Zloczow. Sobieski, poussant toujours en avant, arrive à temps pour dégager Trembowla , illustrée par l'héroïsme de madame Chrzanowska (septembre 4675), et reprit Podhaycé.Ianoblpwski poussa l'ennemi jusqu'à Soczawa que bientôt Sobieski livra aux flammes.
La Pologne, délivrée encore une fois, envoyait des députaiions au libérateur de la république. Jean 111 se trouvait dès le 9 novembre dans ses terres deZolkiew, et on le pressait de venir enfin recevoir la couronne qu'il avait si souvent méritée. Le 30 janvier 4676, Jean ill arriva à Krakovie, fit les obsèques solennelles de Jean II Kasimiret de Wladislas IV, et le 2 février, le primat Olszowski ceignit, dans la cathédrale de Krakovie, te front de Sobieski de la couronne des Piasts
et des Jagellons. Sa femme, Marie - Kasimire d'Arquien, fut également couronnée.
Malgré tant de désastres, les Turks revinrent à la charge, croyant Sobieski tout occupé de sa royauté. L'armée musulmane remontait, à marches forcées, les rives du Dniester (août 4676). Le roi des Polonais arrive sur le champ de bataille, et attaque Zurawno, à l'affluent de la Swierza dans le Dniester ( 49 septembre ). Les forces imposantes de l'ennemi assiégèrent une poignée de braves. Le 29 septembre et le 8 octobre eurent lieu des combats sanglants. Le 4 4 octobre, Michel Paç, après avoir combattu dans le conseil de guerre tous les plans proposés par Sobieski pour assurer le salut de l'armée, se présenta devant lui, à la tête de mutins, et prononça le mot de désertion. « Déserte qui voudra,
• répondit le roi ; moi, je reste, ou du moins les » Infidèles n'arriveront au cœur de la république
• qu'en passant sur mon cadavre. J'aurais pu » vaincre, je mourrai; du reste, je sais bien qui
• souffle aux soldats cet esprit de découragement i et de révolte ; il est naturel que ceux qui arrivent les derniers sous les drapeaux parlent » les premiers de fuir. >
Sobieski, ayant prononcé ce dernier mot, monte à cheval, parcourt les fronts des lignes et s'écrie : « Mescamarades, je vous ai tirés de pas » plus mauvais que celui-ci.Quelqu'un croit-il par
• hasard que ma tète se soit affaiblie, parce que » vous y avez mis une couronne? » A cette voix si connue, l'armée se ranime, et les Musulmans, troublés et épuisés, fléchissent. Sans attendre une dernière bataille, ils veulent signer la paix à Zurawno (47 octobre 4676). Cette paix effaça sans retour les humiliations du traité de Buczaç du 48 octobre 4672, et les peuples de l'Europe, dans leur reconnaissance, appelèrent pour la centième fois la Pologne le boulevard de la chrétienté. La diète de Warsovie (janvier 46*i 7 ) ratifia ce traité, et Jean Gninski fut envoyé en ambassade à Constantinople.
Au mdieu de ces préoccupations politiques, les ennuis intérieurs aigrissaient l'esprit du roi. Marie- Kasimire remplissait le palais et la république de ses complots ou de ses intrigues. Avare, ambitieuse, abandonnée ù tous ses caprices, elle secondait merveilleusement les anarchiques dispositions de l'aristocratie. Au travers de ses complications, la conduite équivoque du lz;»r de
Moskovie donnait des inquiétudes» et, pour garantir la Pologne d'une nouvelle invasion, Michel Csartoryski et Kasintir-Jean Sapiéha furent envoyés à Moskou. Les conférences commencèrent le 33 mai, et le 17 août 1678, la trêve, qui devait expirer en 1680, fut prolongée pour treize ans, jusqu'au mois de juin 1693. Le izar restitua a la Pologne quelques places de la Russie-Blanche, et promit de payer deux millions de florins.
Sur ces entrefaites, les Suédois envahirent le duché de Prusse, et quoique le roi voulût être neutre dan s ces querelles de l'électeur, Paç écharpait les Suédois.
La diète de Grodno, commencée le H décembre 1678 et terminée au mois de mars 1G79, ratifia la trêve conclue à Moskou, et s'occupa des affaires intérieures.
Menant de front et les affaires publiques et les affaires de sa famille, Sobîeski chercha à établir ses enfants. Il voulut faire épouser à son Ûls, Louis-Jacques, la princesse Louise-Caroline Radzivrill ( née le 27 février 1667), fille et héritière de Boguslas, dernier rejeton de la maison de Birze. Mais Louis, fils de l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume, l'emporta, et alors les terres de Taurogi et de Serey entrèrent dans la maison de Brandebourg (1680). Le procédé de l'électeur affligea d'autant plus Sobieski, que l'électeur avait promis que cette alliance ne serait jamais contraire aux intérêts du roi; et, à la suite de ces indignes procédés, il amena, par ses intrigues, la dissolution de la diète de Warsovie, ou plutôt il fit agir Przyiemski (1681), et parvint à indisposer beaucoup de nobles contre Jean UL C'est alors aussi que les intrigues de la reine faisaient prendre une route funeste a la politique polonaise. Si Sobieski eut suivi et agi dans les vues de Louis XIV, il aurait pu réparer les pertes qu'il avait faites du côté de la Turquie, et ébranler la puissance de l'Autriche, si fatale a la Pologne. Mais, au lieu de cela, le roi suivit les conseils de la reine, et causa d'immenses malheurs a sa patrie. La Turquie était tellement effrayée, que lorsqu'un ambassadeur de la Porte-Ottomane vint en Pologne (juin 1681), portant des propositions nouvelles dans une bourse d'or, cet ambassadeur se jeta le visage contre terre, en s'écriant qu'il remerciait le grand Dieu et Mahomet, son prophète, de la grâce qu'il lui rivait fuite do lui laisser voir la face d'un si grand roi!...
Le marquis de Béllmne, ambassadeur de Trance à Warsovie, excitait, par ordre de sa cour,
Tékély et les Hongrois contre l'Autriche, et les Hongrois finirent par former une alliance avec la Turquie (mars 1683). il réussit même à mettre dans ses intérêts Sobieski. La restitutioai de 1* Podone et de Kamiénieç devait être le prix de ce service. Mais l'emportement deMarie-Kastm ire et la méfiance de l'aristocratie renversèrent ces arrangements, à la suite d'une haine slupide dont Marie et Louis XIV étaient également coupables. Voici le fait.
Fiêro de son élévation, Harie-Kasimire avait formé le projet de visiter la France pour déployer son luxe et sa magnificence royale ; dans celte vue, elle demanda à Louis XIV d'honorer son père d'une duché-pairie, et de la recevoir avec la pompe dont il avait honoré la reine d'Angleterre. Louis XIV refusa l'une et l'autre demande, et lui fit mire une impertinente réponse, d'après les insinuations du ministre de la guerre, marquis de Louvois. Voici la réponse du gratté rai : « Je sais la différence qu'on doit faire entre une reine héréditaire et une reine élective. > Piquée jusqu'au vif, elle jura de se venger de cet outrage ; elle remua tant, qu'on licencia les recrues faites pour la guerre prochaine, et elle amena le roi à conclure une alliance étroite avec l'Autriche contre la Turquie, alliance diamétralement opposée à la politique de Louis XIV et de Jean III. A ces intrigues le Vatican ajouta les siennes.
Innocent XI (Benoit Odescalchi), fils d'un banquier, soldat à la guerre contre la Turquie, depuis prêtre, ensuite cardinal et nonce en Pologne, enfin pape, était alors assis sur le siège apostolique. Dévoué à l'empereur Léopold, il mettait tout en œuvre pour écraser les Turks et humilier la France. Le légat du pape, Pallavicini, fut envoyé a Warsovie, et le pouvoir spirituel agissait dans toutes les conditions du machiavélisme temporel. Sobieski finit par concevoir de la rancune en voyant le peu de cas que le roi de France faisait de son ressentiment.
Pour mieux tromper le cabinet de Warsovie, et pour tirer tout le parti des ressources polonaises et de la terreur qu'inspirait aux Turks le nom do Sobieski, la cour de Rome et la cour de Vienne firent des promesses perfides, et résolurent de faire épouser au prince Louis-Jacques l'archiduchesse Marie-Antoinette (née le 18 janvier 1669), fille de Léopold, héritière de la couronne d'Espagne par le chef de sa mère, à l'effet de rendre héréditaire la couronne de Pologne dans sa famille par les secours de l'Autriche et
des Jésuites! André Morsztyn, Jean Wielopolski et plusieurs autres citoyens s'élevèrent contre ces intrigues; mais leur opposition fut étouffée et l'on rejeta les bons conseils de la France. Le marquis de Vitry, ambassadeur de Louis XIV, promettait alors de l'argent et les titres de duc et de pair au père de Marie-Kasimire. 11 n'était pins temps. La reine ne voulut plus rien entendre ; son caractère allier et les vues d'élévation qu'avait conçues le roi des Polonais pour sa famille à Vienne renversèrent l'influence française. C'est sons de tels auspices que, lors de la diète de Warsovie (janvier-avril 1683), fut conclu le 51 mars, entre Jean 111 et Léopold Ier, le traité suivant : c 1° Une alliance offensive et défensive, jusqu'à » une paix raisonnable avec les Turks ; 2° l'ob- » servation des articles de celte alliance sera i jorée de part et d'autre à Rome, par les cardi-
> naux protecteurs Pio et Barberini, en présence i du saint Père ; 3° toutes les anciennes préten- » lions seront amorties ; 4* aucune des parties
> ne pourra conclure une paix à part; 5» les hé- » ritiers des deux parties sont obligés de main» » tenir cette alliance ; 6° le présent traité ne » concerne qae la guerre de Turquie, et non une
> antre; 7° l'empereur d'Allemagne fournira un t contingent de 60,000 hommes, et le roi de i Pologne celui de 40,000 hommes ; 8* l'ennemi i sera attaqué de deux côtés, par l'Autriche en » Hongrie, et par la Pologne en Podolie et en » Ukraine ; 9° l'empereur Léopold paiera au roi » Jean 300,000 écus, qu'il se fera escompter
> des dîmes des domaines ecclésiastiques avec la
> permission du pape ; 10° chaque allié sera » tenu d'engager à l'alliance d'autres puissances » amies. » Par les articles secrets : < l'Autriche » renonçait à ses prétentions aux salines de Bo- • chnia et deWiéliczka, et s'engageait à restituer f le diplôme qui garantissait l'élection d'un des
> archiducs en 1636, lors de la guerre de Suède, i L'indolent Léopold Ier, abandonné des princes
de l'Empire, implore le secours de la Pologne. Son ambassadeur, Wilczek, le nonce du pape, Pallavicini, se jettent aux pieds de Sobieski. L'un s'écrie : t Sire, sauvez l'Empire î — Sire, faites plus encore, ajoute l'autre ; sauvez la chrétienté 1 » Le prince Charles, duc de Lorraine, ouvrit la campagne (6 mai 1683). Lubomirski, avec 4,000 Polonais, était sous ses ordres. Kara- Moustapha évitait ou dépassait les forteresses, et marchait directement sur Vienne. Léopold perdit tête et courage ; il quitta le 10 juillet, avec
toute sa cour, sa capitale, et 60,000 habitants suivirent l'exemple de cette honteuse fuite. Cependant le général Stahremberg y fut laissé avec 14,000 hommes de garnison.
Le 14 juillet, une nuée de Musulman» se répandit autour de Vienne en forme d* croissant. Les assiégés étaient aux abois. L'empereur écrit de Passau, le3août, une lettre des plus pressantes à Jean 111, et pendant que l'empereur et sa femme Eiéonore, grosse desix mois, élevaient des plaintes contre leurs conseillers et contre les Jésuites qui les avaient poussés à la persécution des Uongrois, unis aujourd'hui aux Turks ; pendant que le mar» quis de Vilry, ambassadeur de France en Pologne, notifiait à Louis XIV que l'extrême embonpoint de Sobieski ne lui permettrait pas do se mettre en campagne, Sobieski quitta le 15 août Krakovie, et partit à] la tète de 23,000 Polonais et trente bouches à feu. Le 27 ils atteignent Berno (Brunn). Le 31, les troupes alliées se groupent et se soumettent sous les ordres du roi ; l'Empire était là tout entier, il n'y manquait que l'empereur. Le Danube fut franchi du 3 au 9 septembre à Krems et à Tuln, et l'on se mit en route. Le 11 septembre, Sobieski et ses braves occupèrent les hauteurs de Kalemberg qui dominent Vienne à l'ouest. Le 12 septembre, Sobieski, babillé à la polonaise, couvertd'une cotte de mailles en acier poli, parsemée de petites croix d'or, monté sur un cheval alezan, se fit devancer par un écuyer portant un grand bouclier à armoiries, et par un enseigne qui, pour faire reconnaître la place où se trouvait le roi, avait attaché un pa* nache au bout de sa lance. La bataille commence. Le grand-visir doutait encore de l'approche de l'armée polonaise. Mais il fallut bien y croire à la vue de ces lances ornées de banderoles dt guerriers polonais': t Sobieski est à leur tête,» dh le kan des Tatars. Ces paroles remplissent Kara» Moustapha d'inquiétude et de terreur. Les Polonais, exaltés par la victoire, poussent en avant et arrivent sur les glacis du camp. Déjà l'œil ardent du roi mesure la profondeur des lignes ennemies. Il cherche à en démêler le côté faible, et il s'écrie : « Ils sont perdus. » Il ordonne au duc de Lorraine d'attaquer brusquement au centre, tandis que lui-même va renverser ces masses ébranlées. Le bouclier homérique de Sobieski brille à travers les fumées de la poudre à canon et des poussières soulevées, et donne signe que Sobieski est toujours là oh le danger est imminent. Les Turks le reconnaissent enfin» ils
voient que c'était bien Sobieski en personne. Son nom vole de bouche en bouche, glace lous les courages : ils s'écrient : « Par Allait ! il est avec les siens I > A six heures du soir, Sobieski arriva le premier an quartier du grnnd-visir qui avait fui le désespoir dans le cœur. Après être demeuré quatorze heures à cheval, le roi s'endormit au pied d'un arbre. Napoléon s'endormit aussi après la bataille d'Auslerlitz (Slawkow). Ainsi fut délivrée la cité impériale, après soixante jours de tranchée ouverte.
Le 13, le roi fit son entrée à Vienne, entendit la messe dans l'église de Saint-Etienne. Le 14, lorsque tout danger fut passé, Léopold arriva. Il délibéra longtemps avant de savoir comment il devait saluer le héros qui venait de sauver son empire. Le duc de Lorraine, ëtouffaut son ressentiment pour Sobieski qui l'avait fait débouler du sceptre de Pologne, s'écria : c Sire, saluez
> votre sauveur sans cérémonie et les bras ou- » verts. > Fatigué de ces misérables discussions d'étiquette, Jean 1U voulait repartir sans voir l'empereur, lorsqu'il fut décidé que les deux monarques se verraient en plein champ. En effet, le 15 septembre eut lieu cette entrevue à Schewechat, à [deux lieues de Vienne, sur la route de Presbourg. Après les salutations, l'empereur balbutia quelques molsde reconnaissance, d'une voix confuse. Le roi répondit : c Mon frère, je suis
> bien aise de vous avoir rendu ce peiitservice. » Ensuite, prenant son fais Jacques par la main, il le présenta a Léopold, en disant : • Voilà mon » fils que j'ai élevé pour la chrétienté. » L'empereur inclina à peine la tète cl ne répondit rien. Outré de la morgue autrichienne, Sobieski tourna la bride de son cheval et dit : « Je vais rejoindre • le gros de l'armée ; j'ai donné ordre aux grands- » généraux de vous le montrer, s'il vous plaît de » le voir. » Le lendemain, Léopold envoyant une épée richement montée au prince Jacques, lui écrivit une letire d'excuse, où il attribuait son embarras à la stupeur que lui avait causée la vue de son père, sauveur de son empire. Sobieski, pour ne rien devoir à Léopold, envoya, le 19, des cadeaux plus riches que ceux que son fils et les grands-généraux avaient reçus de l'empereur.
C'est afois que se vérifièrent les prévisions de ceux qui avaient juré de ne jamais croire au perfide cabinet de Vienne; il n'était plus question du mariage de l'archiduchesse. Les ministres autrichiens refusaient jusqu'aux vivres, logement et solde pour Lles troupes polonaises! Marie-
Kasimire et Jean 111 furent cruellement punis, mais lés remords des individus ne peuventexpier
les malheurs d'une nation tout entière 1
Pendant cent ans les Viennois célébrèrent l'anniversaire de ces événements, mais particulièrement le 14 septembre, jour de la soi-disant arrivée de Léopold ! Malgré ce mensonge officiel, cet anniversaire parut encore inopportun à l'empereur Joseph qui l'abolit en 1783.
Malgré tous les dégoûts qui l'entouraient , Sobieski crut devoir profiler militairement de sa victoire . et il poursuivit les Ottomans en Hongrie . Le 7 octobre, il fui surpris à Parkan et battu; mais le 9, il répara brillamment cet échecàGran. Cependant les Polonais, abandonnés par l'Autriche, prirent la route des Karpates, au milieu des neiges et essuyant des perles plus sensibles que celles qu'ils avaient essuyées pendani toute cette campagne. Le roi Jean III, en passant par Lubowla dans le Zips, arriva à Krakovie le 23 décembre 1683.
Pendani que Sobieski était sous Vienne, André Potoçki, castellan de Krakovie, battait les Turks près de Kamienieç, forçait les Kosaks à prendre son parti; fit prisonnier Ducas, hospodar de Walaquie, et établit à sa place Etienne XIV (août-septembre 1683), L'année 1684 se passa en intrigues; elles ne furent pas apaisées dans la dicte de Warsovie (février 1685). Au mois d'août lo grand-général Stanislas lablonowski essuya un échec en Bukovine; pour le venger, et pour êtro assuré du côté de la Moskovie qui ne cessait pas ses sourdes menées, le roi fut forcé de conclure, un nouveau traité avec le tzar. Les conférences étaient déjà ouvertes en 1684, mais de nouveaux ambassadeurs furent envoyés à Moskou, c'étaient: Christophe Grzymullowbki , palatin de Poznanie; Marcien Oginski, grand-chancelier de Lituanie ; Alexandre Przyiemski, tribun de la Grande- Pologne; Alexandre-Jean Potoçki, castellan do Kamienieç; et Nicolas Oginski, porte- glaive de Litvanie. Ce traité fut signé à Moskou le 6 mai 1686, aux conditions suivantes : « Il y aura » paix perpétuelle et oubli de toutes les dissen-
> sions qui ont eu lieu depuis la rupture de la
> dernière paix de Polanowka. Ce traité avec
> ceux d'Andruszow et de Moskou sont snpprii més. La république cède au tzar : Smolensk, » avec ses appartenances situées vers Witebsk, » Poloçk et Lucyn, ainsi que Dorogobouje, Kra - » snoi, Biélaïa, avec leurs districts et dépendan- » ces? plus, vers Roslavl, les villes de Czer-
• niechow, Starodob, Nowogrod - Siewierski, » Poczep ; puis toute la Petite-Russie sise sur
> la rive gauche du Dniéper, avec les villes de » Niezyn, Péréiaslawl, Bntoryn. Poltava, Péré- » volocza, et eu général toute la partie de la » Petite-Russie que les tzars possédaient pendant
• la trêve, depuis le Dniéper jusqu'à la rivière
• de Putywl. Le ville de Kiiow est également » cédée au tzar avec le district situé entre l'Ir- » pien et la Stulna, y compris la ville de Wasil-
• kow. Les Kosaks Zaporoguesde la rive gauche » du Dniéper passent sous la domination des tzars,
• et ceux de la rive droite restent toujours sous » celle de la Pologne. Si les habitants des villes et
> districts cédés au tzar se révoltaient et deman-
> daient à être reçus sujets de la république, ils » ne seront pas protégés dans cette rébellion ,
> les izars promettent la réciprocité à l'égard
> des sujets du roi et de la république dans les t pays de Poloçk, de Witebsk , dans les districts » de Bialacerkiew et Pawolocz, qui appartien- » nent exclusivement à la Pologne. Les tzars » s'engagent à payer 146,000 roubles au roi et » à la république de Pologne, comme une marque » de leur amitié et de leur amour pour la paix. » Les endroits contestés et dévastés sur la rive » droite du Dniéper, depuis Stayki jusqu'à la » Tiasminia, savoir : Rzyszczew, Trechtymirow,
> Kaniow, Moszna, Sokolnia, Czerkassy, Bo-
• rowiça.Buzyn.Woronkow, KrylowetCzebryn, » resteront abandonnés et incultes, jusqu'à ce » qu'il aura été décidé auquel des deux États ils » doivent appartenir. Les villes et pays de Po-
> loçk, Witebsk, Newel, Siebicz.Wieliz. Rzezyca, » Dunaburg, Lucyn, Marienhaus, avec toute la
> Ltvonie méridionale et tous les châteaux, pa-
• latinats et districts y appartenant , demeure- » ront à perpétuité à la Pologne ; et ni les tzars
> ni leurs successeurs n'y formeront jamais des
> prétentions. La religion gréco-schismatique
> dans les États de la république jouira d'une » tolérance complète, et en aucune manière on t ne forcera ces chrétiens à embrasser le rit et
> l'union romaine. Les tzars concluent avec le
> roi de Pologne une alliance contre les Turks
> et le khan de la Krimée, et le tzar attaquera
> ces derniers pendant le cours de l'année 1686, » tandis qu'une armée polonaise agira contre les
> Turks et les Tatars de Bialogrod (Ackerman).
• Le tzar s'engage à ménager aux Polonais la » restitution de Kamienieç et de la Podolie, à » inviter la France et d'autres puissances chré-
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> tiennes d'accéder à celte même alliance. Afin » de raffermir le bon voisinage et à prévenir
> tout sujet de brouillerie entre les denx États,
> on promet de ne point faire alliance avec les
> ennemis ouverts ou secrets de l'un ou de Tau- » tre souverain, et de ne leur donner aucun se- » cours,soii en argent, soit en troupes. »
Ainsi la paix d'Oliwa élevajl'électeur de Brandebourg dont les descendants devaient un jour concourir à démembrer la république ; la paix de Moskou amena le même résultat, et la délivrance de Vienne fut une troisième cause qui dut aboutir en 4793 au même résultat: l'anéantissement politique de la Pologne !
Dans ces dernières circonstances, on leurrait encore Sobieski, en lui assurant que ses enfants posséderaient un jour la Moldavie et la Walaquie. De la, ses malheurs en administration; de là, la haine de l'aristocratie, et l'obstination de la noblesse à convoquer diète sur diète, et à lui adresser en public des discours virulents.
La paix de Moskou laissant la sécurité de ce côté, le roi se mit à la tête d'une armée, et arriva à Yassy («6 août 1686). Mais l'Autriche, après avoir solennellement promis des secours, ne les envoya point; le pape trahit aussi ses promesses, et celte campagne n'eut aucun résultat. C'est en passant par Léopol que le roi ratifia (2 février 1687) le traité de Moskou en versant des larmes sur le sort de sa patrie. Il ne voulut pas porter ce traité devant la diète, mais se contenta de le faire confirmer par le sénat : quant à Grzymultovrski, il manqua d'être assassiné par ses compatriotes, pour avoir assisté comme chef de l'ambassade de 1686.
A la diète de Grodno (janvier 1688) les clameurs et les personnalités furent poussées à la dernière extrémité; le vieux monarque indigné se lève avec effort et dit : c Celui-là connaissait i bien les peines de l'Ame qui a dit que les petites
• douleurs aiment à parler, que les grandes sont
• muettes. L'univers même restera muet en contemplant nous ei nos conseils! Oh! quelle sera
• un jour la morne surprise de la postérité, de
• voir que du faite de tant de gloire, quand le
> nom polonais remplissait l'univers, nous ayons
> laissé notre patrie tomber en ruines, y tomber,
• hélas ! pour jamais!... Croyez-moi, toute cette •éloquence tribunitienoe serait mieux employée
• contre ceux-là qui, par leurs désordres, appel-
> lent sur notre patrie le cri du prophète, que je
• crois, hélas! entendre déjà retentir au-dessus de
•Dos têtes: Encore quarante jours, et Ninive sera
• détruite 1... Là où l'on peot impunément oser
• tout dv vivant du prince, élever autel contre au-
■ tel, chercher les dieux étrangers sous l'œil du
■ véritable, là grondent déjà les vengeances du
• Très-Haut... •
Il voulut abdiquer, mois on se jeta à ses pieds, et on le supplia de renoncer à cette idée. Deux diètes, peu tranquilles, eurent encore lieu en 108!) et 1690. Le roi, malgré le coeur blessé, le corps souffrant, l'esprit frappé de pressentiments sinistres, vit que les masses, étrangères aux calculs des factions, aimaient son pouvoir, et se résigna à régner jusqu'au bout. 11 servit encore une fois à la tète de ses troupes (août 1691). franchit le Dniester, et battit les Tui ks. En 1693, il 6t élever les remparts de Sainte-Trinité, non loin de Chocim, pourcouvrirle pays de ce côté.Enattendant, la diète de Grodno (décembre 1692- février 4693) fut rompue; celle du 22 décembre 1693, ouverte à Warsovie, ne fut pas plus heureuse. Outre cela, iesTatars firent deux invasions (1695 et 1694); la guerre civile entre Sapieba et Bnostowski compliqua encore les malheurs publics. Le roi crut que la convocation d'une nouvelle diète à Warsovie (janvier 1693) guérirait tant de plaies; il n'en fut rien, et clic fut rompue. LesTatars, profitant de l'anarchie, firent une nouvelle invasion et poussèrent jusqu'à Léopol (février 1693).
Enfin Jean III s'en allait, la reine continua ses intrigues avec plus de liberté. Ses deux confidentes françaises, le Jésuite Vota, Alberti, résident de Venise, trafiquaient de tout; un médecin juif Jonas, etun autre juif Bethsal, qu'il avait pour intendant, appartenaient à cet aréopage: l'un s'empara du corps de Sobieski , l'autre de ses finances. En se roidissant contre ses maux, le roi cherchait à couvrir son état de souffrance. 11 assistait au sénat, mais rare ment il voyait la fin des conseils. En attendant, lu confusion s'introduisait dans les affaires. Les monnaies, déjà altérées par le voisinage de l'électeur de Brandebourg, s'altéraient encore davantage, et ruinaient le peu de commerce qui viviieit la Pologne. On ordonnait des contribue se réalisaient pas. Le grand-trésorier que le trésor était épuisé. L'armée n'était pas payée. A peine voyait-on 10,000 hommes sous les drapeaux, et c'étaient autant de mécontents qui opprimaient le pauvre paysan.
Pendant tout l'hiver de 1693 à 1696, l'Europe et l'Asie retentissaient tous les huit jours du bruit de la mort roi. Le soleil du printemps sembla rallumer en lui quelques étincelles de vie. Il allait dans ses beaux jardins de Wilanow (Villanova), au sud de Warsovie, respirer un air pur. Les médecins lui conseillèrent des eaux thermales d'Allemagne : mais des accidents redoublés s'y opposèrent. Le médecin juif lui donna du mercure en trop grande quantité peut-être. Le malade, sentant le ravage du remède, s'écria : • IN'y »aura-t-il personne pour venger ma mort? •
La reine, inquiète sur le présent et l'avenir, crut qu'il n'y avait plus de temps à perdre pour le déterminer à un testament. Elle donna commission à l'évéque Zaluski d'avertir le roi de l'approche de son dernier jour. L'évéque en parla et Jean répondit : < Vous vous imaginez que les vi-
• vants ne sauront pas s'arranger sans le coasen-
• tement des morts. Pourquoi ce testament? Pou-
• vez-vous attendre quelque bien dn temps où nous > sommes ? Voyez le débordement des vices, la
• contagion des folies; et nous croirions à l'exécuilion de notre volonté dernière 1 Nous ordonnons
• vivants, et nous ne sommes pas écoutés; morts, »le serions-nous? Qu'on ne m'en parle plus. »
Le jour de la Fête-Dieu, qui, par une étrange rencontre, avait été le jour de sa naissance et celui de son élection, fut aussi celui de sa mort. Ce jour-la, la foule se pressait pour célébrer le double anniversaire dans le château de Wilanow. Il demanda ce qu'on disait à Warsovie : on I ui répondit que Warsovie était tout entier dans les temples, priant pour la conservation de ses jours. Il fut ému, entendit avec recueillement la messe du père Vota, se plaignit de ne pouvoir communier, parce qu'il n'était plus à jeun, et s'entretint doucement tout le jour. Le soir, une attaque d'apoplexie le surprit. Aux cris de la reine et des personnes accourues, il reprit ses sens. 11 appela son confesseur, reçut les sacrements; puis, frappé d'une attaque nouvelle, il expira le 17 juin 1696.
Jean Sobieski était né à Olcsko, dans le palatinat de Russie-Rouge, le 2 juin 1624. 11 vécut soixante-douze ans, et régna vingt-deux ans. Son corps fut d'abord déposé dans l'église des Capucins à Warsovie, mais en 1734 il fut transporté dans la cathédrale de Krakovie. Son cercueil repose entre ceux de Joseph Poniatowski et de Thadé Kosciuszko.