TOME II
blissement de leur ancienne organisation; mais deux événements renversèrent la réalisation des projets du roi. le fils mourut le 9 août 1647, et Wladislas le 20 mai 1648. La lettre de Bogdan arriva trop tard ; l'avenir des Polonais et des Kosaks fut laissé à l'incertitude et au hasard.
C'est sous de tels auspices que le primat Mathias Lubienski déclara l'interrègne ( 26 mai 1648 ) et fixa au 16 juillet la diète de convocation. Cette diète fut orageuse, et elle indiqua le 6 octobre pour l'ouverture de la diète d'élection. En attendant, Chmielniçki s'élevait en force et en puissance; il conduit ses Kosaks dans le ccadr de la Pologne, fait main basse sur la noblesse, mais épargne les paysans. Tout en qu'on put réunir de gentilshommes et de troupes mercenaires formait quarante mille combattants; ils joignirent les Kosaks, non loin d'Oleske, dans les champs de Pilawcé ; mais, frappée d'une terreur panique, cette noblesse, si altière et si orgueilleuse, prit tout à coup la fuite, et Bogdan lui porta le coup de grâce ( 23 septembre). De là il marche à Léopol qui se rachète à prix d'or (24 octobre) et va cerner Zumosc qui se rachète encore (26 novembre), et Bogdan se retira.
En attendant, les états assemblés en diète d'élection à Warsovie (6 octobre) avaient à choisir entre trois candidats : t
Rakoczy, prince de Transylvanie ;
Charles-Ferdinand, évéque de Breslau et de Ploçk,
Et Jean-Kasimir, tous deux frères du défunt Wladislas IV.
Le parti du premier tomba bien vile; le second déclina sa prétention, et Jean-Kasimir est proclamé roi le 22 novembre.
JEAN II, KASIMIR V (1648-1668).
Après avoir pris les rênes dn gouvernement, le nouveau roi partit pour Krakovie. Le 14 janvier 1649 on enterra solennellement WladislasIV; le 17 eut lieu le couronnement, cl le 19 la diète entra en séance. Lelcctcur de Brandebourg, en sa qualité de tributaire, prêta serment de fidélité par ambassadeur, séiant racheté de l'hommage personnel. Les affaires kosakes occupèrent particulièrement cette assemblée. On choisit une commission pour traiter avec Bugdan; les commissaires le trouvèrent à Peréïaslaw (15 février), mais on ne put rien conclure, car le tsar de Moskovie intriguait déjà, et Bogdan hésitait.
La noblesse sollicitait Jean-Kâsimir de se mettre à la tête d'une armée ç ce roi, qui vouluit ramener les Kosaks pur des négociation*, répondit que la douceur émit le seul moyen de pacifier la Pologne, et qu'il fallait d'abord rendre justice aux Kosaks. Cette réponse déplut à la noblesse, qui prit les armes et alla se faire battre dans la Basse-Wolhynie. A peine remis de cette défuite, les Polonais s'approchèrent du Boh; et cette fois encore leur déroute Tut complète.
il était temps que Kasimir s'emparât du commandement des troupes. Après avoir célébré ses noces avec Marie-Louise, veuve de son frère Wladislas IV, il quitta Warsovie (24 juin). Mais avant l'arrivée du roi, Bogdan cerna les Polonais à ZbareE (au nord de Tarnopol); il les tint assiégés trente-six jours (du 50 juin au 31 juillet); les Kosaks tentèrent vingt assauts; les Polonais font soixaate-qutnie sorties, lorsque Bogdan, apprenant la marotte du roi, va au-devant de lui et le trouvée Zborow (entre Zloczow et Tarnopol); on ae battit plusieurs jours (août), la victoire abandonna Bogdan, qui s'humilia devant le roi et signa le traité de Zborow (19 août 1G49). D'un autre côté, Janus Kadziwill battit les Kosaks ù Loïow sur le Dniéper.
La paix de Zborow fit murmurer la noblesse. Le roi, qui n'avait point abandonné son dessein de ramener les Kosaks par la douceur, leur accorda des conditions dictées parla justice. Bogdan crut enfin a la sincérité de ces conditions; mais le clergé et l'aristocratie, qui avaient des terres en Ukraine, 6'opposèrent à l'exécution de la convention faite avec Bogdan; elle était contraire, disaient-ils, à leurs intérêts privés, elle cachait des intentions perfides contre la républi-
que ! Les Kosaks sentirent qne le parti des grands et des Jésuites l'emporterait sur celui du roi. Les hostilités recommencèrent. Bogdan, qui portait ses vues sur |a souveraineté de la Walaquie, hâta l'ouverture de la campagne; on arrêta à la diète de Warsovie (décembre 4650: la levée de l'arrière-ban. Le roi marcha en avant, les armées belligérantes se rencontrèrent à Berestecxko, sur le Styr, petite ville du paiatinat de Wolhynie (entre Olesko et Luçk); on se battit pendant trois jours (28, 29 et 30 juin 165<). les Talars, après une perle considérable, prirent la fuite; les Kosaks se retranchèrent dans leur camp, mais ils succombèrent. Le roi Jean-Kasimir ne quitta pas le champ de bataille. Etiense Czarnieçki et Jean Sebieiki s'y couvrirent de gloire.
11 ne restait plus qu'à poursuivre l'ennemi, mettre fin à cette guerre désastreuse; cependant la noblesse se révolu encore, et le roi oétk » Bogdan. Sur oes entrefaites, Janus Badciwill battit l'ennemi en Litvanie, s'empara de kiiow. et les braves cohorte» litvanienues rencontrèrent les légions de Pologne qui marchaient tous les ordres de Nicolas Potoiki. On serra alors Bogdan à Bialacerkiew, et il signa (28 septembre) une paix, qui promît la liberté an rit désuni; on assura la staroslie de Czehryn à l'attauan des Kosaks; on réduisit à 20,000 hommes leurs troupes régulières, et on leur ordonna de se resserrer dans 1 Ukraine. Un pacte n'était pas peau ble entre les oppresseurs qui avaient appris, en frémissant, le secret de leur faiblesse, et les opprimés qui avaient trouvé dans leurs revers même la preuve de leur force. L'hiver ae passa daos des discordes intérieures en Ukraine comme en rV logue. Bogdan n'abjura pas sa haine contre l'tristocratie, ni son dessein de s'emparer de la Moldavie. Il ourdissait des trames secrètes, excitant ou excité tour à tour par la Suède, la Moskovie et la Turquie.
A la diète de Wareovie (janvier 16ÛÉ) les rr présentaniene purent s'entendre, et elle futaètntrompue par Sicinskt, nonce d'Upita, un moyen du Tarai lihet um vet». Celte anarchie permit à Itmothée, fila de Bogdan, de mettre à exécution «on projet de mariage avec une princesse de Mol Uovie; il alla la cherchera la tête d'une armée de Kosaks et de Tatars. Les Polonais voulurent le «urprendre; Ils l'assaillirent à Batog sur le Boh, dans le paiatinat de Braclaw. On 6e battit deux jour» (1er et 8 juin 14iBi), mais les Polonais fu-
rent pris oa exterminés. Sept grands tertres qui existent encore sont les témoignages de cette malheureuse bataille.
La défaite de Batog demandait une réparution. Le roi convoqua une nouvelle diète à Warsovie (23 juillet 4652), on vota des impôts et on entreprit une nouvelle campagne, dans laquelle l'armée s'usa dans des marches perdues et dans des escarmouches inutiles. La diète de Brzeac- Litewski (mars 4699) vota de nouveaux impôts; Rakorzy, prince de Transylvanie, et Radula, hospodar de Moldavie, viennent aux secours des Polonais. On assiège Soczawa, où s'était enfermé Tlmolhée Ghmielniçki, et où il Fut blessé à mort (9 octobre). Les Tatars ravagèrent les terres russiennes;jJean-Kasimir,qul avait prolongé la campagne pendant les neiges et les glaces de l'hiver, finit par signer avee eux une trêve à Zvranieç, sur le Dniester, au-dessous de Kamienieç-Podol»ki (46 décembre 4653).
La mission de Bogdan était noble et généreuse quand il combattait pour l'indépendance et la liberté des Kosaks, mais dès qu'il appela à son secours ceux qui étaient ses ennemis comme ceux de la Pologne, il devint criminel. On réussit ou on succombe, mais la mémoire reste pure quand on a défendu une bonne cause. Bogdan s'apercevra de sa faute, mais il sera trop tard, il sollicite imprudemment le tzar de Moskovie, Alexis Mikhaïlovitsch, de lancer sur la république ses armées (Janvier 4654).
Au lieu (ramasser en toute hâte des moyens de défense, la noblesse polonaise ne songeait qu'à imputer au trône les malheurs publics. La diète de Warsovie, commencée le 48 février, fui rompue le 28 mars sans résultat. Pour réparer ce mal, une autre diète s'ouvrit et fut plus calme (juin-juillet); en attendant,lesMoskovites envahissaient toute l'Ukraine, des deux côtés du Doiéper. Janus Radxiwill fut battu par Troubeukoï à Ssklow (27 août). Smolensk fut pris le $9 septembre, et après, le txar s'empara de Witebsk, Polock, Moliilew, en poussant jusqu'au cœur de la Litvanie. Le roi mareha à Grodno ; mais n'étant pas soutenu par les siens, il revint à Warsovie (octobre-novembre). F.Uenne Czarnieçki reprenait avec sa bravoure ordinaire Busza sur le Dniester et Braçlaw sur le Boh ( no* vembre-décembre 4654). De nouvelles victoires Illustrèrent les Polonais à Humann et Ochmatow (janvier 1655). Au milieu des malheurs de l'invasion moskovite, un nouvel orage
se préparait du côté de la mer Baltique.
Christine abdiqua (6 juin 1654) en faveur de Charles-Gustave, prince palatin des Deux-Ponts, son cousin germain et l'héritier naturel de la couronne par suite de l'exclusion de la branche de Sigismond. Christine, à l'âge de vingt-sept ans, embrassa le catholicisme et renonça au trône, à la gloire, pour la liberté de la vie privée, les jouissances des arts et le ciel de l'Italie.
Charles-Gustave, a la fleur de l'âge, élevé dans les camps, brûlait d'envie d'exécuter les plans que la mort de Gustave-Adolphe avait interrompus; et il voulait étendre son empire sur tous les pays qui bordent la mer Baltique. Celte élévation bannissait du trône le sang des Wasa, et Jean- Kasimir, le chef, bientôt même l'unique rejeton de celte race, se hâta de protester contre l'exclusion qui lui était donnée. Ceci déplut â Gustave. Indéeis d'abord entre trois puissances, il dédaigna le Danemark, respecta la Moskovie et choisit la Pologne. L'arrivée â Stockholm de Jérôme Radzlelowski , viee-ebancelier de la couronne, acheva de l'y déterminer. Outragé par Jeaa-Kasimir, qui lui avait enlevé son épouse, et ne pouvant se faire rendre justice, il alla à Vienne pour soulever les Autrichiens contre le roi; ne pouvant réussir, il partit pour la Suède, où il espérait trouver des alliés tout prétsi épouser sa querelle. L'affaire privée devenant politique, Radzieïowski fut déclaré infime parla diète de Warsovie (juil* let-aoôt 4652) et condamné à mort pour complot avec l'ennemi extérieur.
Le Md-maréchal Arfwid, comte de Wittemberg, gouverneur de la Poméranie suédoise, envahit la Grande- Pologne (12 juillet 1655). Radzieïowski employa son influence sur l'esprit de plusieurs des chefs ses compatriotes, qui s'unirent aux Suédois* Uscie sur laNetze (2» juillet). Charles-Gustave débarqua à Stettin (29 juillet). La flotte qui l'y avait escorté fut renvoyée pour bloquer la rade de Dantzig.
Dans cette conjoncture, Jean-Kasimir réclama l'assistance et l'aide de Frédéric-Guillaume, en conséquence d'engagements et de devoirs solennels; ce dernier biaisa et se déclara en défaut; mais en revanche, Il fit avec les Hollandais une alliance définitive, rechercha l'amitié de Cromvrel, essaya de se lier avec Louis XIV, et flatta la hauteur de l'empereur Ferdinapd III, afln de l'engager dans ses intérêts.
Dès que Gustave et Witlemberg eurent fait leur jonction à Rolo, Jean-Kasimir envoya
Przyiemski poar négocier; mais sans l'entendre, Gustave lui répond : ■ Je traiterai avec Kasimir à Warsovie. » Kasimir recula à Opoczoo, et ensuite les deux armées belligérantes eurent un engagement à Zarnow; mais une pluie abondante arrêta le combat, et Kasimir fut obligé de se retirer par des forêts à Rrakovic. Gustave s'empara de Warsovie (30 août), et le 15 septembre il était déjà sous les murs de Krakovie.
Jean-Kasimir laissa la défense de Krakovie à Czarnieçki et se relira àOpawa(Oppcln), en Silésie. Après une résistance des plus opiniâtres qui dura trente-deux jours, Czarnieçki capitula (17 octobre), mais il inspira tant d'admiration aux Suédois, qu'il sortit, les armes à la main, les drapeaux déployés et mècbes allumées. Les autre chefs, Poloçki et Lançkoronski, se soumirent aussi aux Suédois.
Janus Radziwiil, accablé d'un côté par les Suédois et de l'autre parles Moskovites, se soumit aux premiers (31 juillet), et le 8 août les Moskovites occupèrent Wilna et plus tard Grodno. Enfin, les états de Litvanie et de Samogilie réunis à Kiéydany sur la Niewiaza, signèrent leur soumission à Charles - Gustave (28 septembre 1655).
Le roi de Suède était maître d'une grande partie de la Pologne, mais il n'avait pas atteint le but de son expédition, tant qu'il ne possédait pas la Prusse. Alors l'électeur, vassal de la Pologne, prit une position mixte qui rendait son alliance désirable à l'un ou a l'autre parti. Ne sachant pas si Gustave, qui était près de Krakovie, serait victorieux, l'électeur conclut à Malborg, avec les états de la Prusse polonaise, un traité offensif etdéfensif (10 novembre). Jean-Kasimir, ébloui ou aveuglé, et ne devinant pas la perfidie de son vassal , députa de la Silésie un ministre chargé de promettre à l'électeur qu'il renoncerait, en faveur des descendants de l .edéric- Guillaume, des deux sexes, et des descendants mâles des autres branches d<< 1 a maison de Brandebourg, au lien féodal qui attachait la Prusse à la Pologne.
Ravi de cette promesse, il ne doutait pas que Gustave ne la lui confirmât s'il passait de son côté. En effet, Gustave quitte Krakovie, revient sur ses pas, occupe la Prusse, et dès que le roi et l'électeur purent s'entendre, ils conclurent à Keenigsberg (17 janvier 1656) un traité contre la Pologne !
Quand l'orage fut apaisé, quand le calme se
OGNE.
répandit dans le pays, les Polonais pensèrent que Charles-Gustave ne serait pas invincible. Toutes ses promesses enfreintes, des vexations sans nombre, ses levées de contributions, le gibet dressé en permanence, l'enlèvement des objets d'art et des bibliothèques transportées à Stockholm, exaspérèrent les Polonais, et hâtèrent le dénoûmenl. Le fort de Czenslochowa, assiégé par les Suédois (18 novembre- 13 décembre), résista, grâce à l'énergie du supérieur des Paulins, Augustin Kordecki. Jean-Kasimir profila de ces circonstances ; il quitta la Silésie et s'avança le long des Karpates. La confédération de Tyszowcé dans le palatinat de Belz, non loin de Zamosç, prit ce parti pour venger la patrie; celte confédération fut organisée le 29 décembre 1655. Etienne Czarnieçki en fut l'âme ; Czarnieçki, l'un de nos plus célèbres guerriers, était partout â la fois, rien ne pouvait ni le fatiguer ni l'abattre, et son courage semblait redoubler dans la défaite.
Cependant Charles-Gustave ramenait son armée du fond de la Prusse pour renverser l'œuvre du Czarnieçki, el Czarnieçki, aidé de Sobieski, organise une guerre de partisans, et se bal avec Gustave le long du San et de la Wistule, sur one vaste ligne entre Warsovie el Léopol. A Golomb sur la Wistule (8 février 1656), à Przémysl et Sandomir (mars), à Warka sur la Piliça (5 avril), on se bat à outrance, et Gustave est obligé de revenir en Prusse , pour demander secours à l'électeur; ils échangèrent à Marienbourg (15 juin) un traité d'alliance offensive. En attendant, les Suédois sont chassés de Warsovie, Jean-Rasimir et Czarnieçki y rentrent triomphants.
L'électeur, croyant Charles-Gustave plus fort, s'unit à lui. Les Suédois et les Prussiens se donnèrent rendez-vous à Modlin, et arrivèrent dans les plaines de Grocbow devant Praga. Après une bataille de trois jours (28, 29, 30 juillet 1656), Praga el Warsovie capitulèrent. Jean- Kasimir se retira à Lublio. Frédérie-Guillaume, qui, il y a quinze ans, était si humble et agenouillé dans la cour du château royal de Warsovie, se promenait aujourd'hui en vainqueur, fier de sa perfidie et de son insolence. A ce prix, il obtint l'entière souveraineté de la Prusse, parie traité de Labiau ( 10 novembre ); la Suède ne se réserva que la succession éventuelle du duché de Prusse.
En attendant, le roi Jean-Kasimir quitta U-
Min el gagna Danizig; Charles-Gustave le cerna, mais en vain.
Pendant cette succession de malheurs, George Rakoczy, duc de Transylvanie, s'entendit avec Gustave qui lui promit une grande partie de la Pologne et de la Litvanie. Ce nouvel ennemi pénétra eu Pologne avec 50,000 hommes et ravagea en tous sens le pays. Czarnieçki, posté près de Choynice (Konitz), ne pouvant pas pénétrera Dantzig, pour en l'aire sortir Jean-Kasimir, afin de l'amener dans le midi de la Pologne, fait courir le bruit qu'il marche contre Rakoczy. En effet , après avoir fuit 48 milles ( 84 lieues de France) en deux jours et une nuit, à travers les Suédois, les Prussiens et les Polonais partisans de Gustave, il arrive sur les bords de la Wistule en face de Ploçk (janvier 1657). Cerné de tous côtés, l'ennemi se réjouit déjà d'avoir en son pouvoir le héros qui vaut une armée à lui seul. Pendant la nuit, Czarnieçki et ses braves se jetlent dans la Wistule, et, à travers les glaçons que charriait le fleuve, ils passent à la nage. Il n'y eut que quatre hommes de noyés. Quel fut l'étonnement des Suédois en voyant, le lendemain, Czarnieçki et son armée au delà du fleuve! Il bat les Brandebourgeois à Chorzele et Dzialdow(Soldau), franchit de nouveau la Wistule, et, comme un éclair, arrive à Dantzig, prend le roi et l'emmène par Choynice, Gnèzne, Kalisz, à Czenstochowa où était la reine Marie-Louise. A son tour Charles-Gustave s'unit à Brzesç-Litewski à Rakoczy, où ils devaient consommer le partage de la Pologne (7 mai).
Au milieu de ces conjonctures, Jean-Kasimir conclut un traité avec l'empereur Léopold, à Vienne (27 mai). Le roi de Danemark déclara aussi la guerre à la Suède. Gustave marche donc en Poméranie et en Danemark. Rakoczy, poursuivi et battu par Czarnieçki depuis Brzesç jusqu'à Miedzyboz en Wolhynie, y signe un traité honteux (23 juillet), et se trouve encore heureux de pouvoir gagner la Transylvanie. Delà Wolhynie, Czarnieçki marche sur lu Poméranie suédoise, qu'il parcourt en vainqueur. Quand Charles-Gustave fut occupé par la guerre avec le Danemark, Félecteur abandonna son parti et se tourna de nouveau vers la Pologne. Jean-Kasimir eut encore la faiblesse de conclure avec Frédéric- Guillaume un traité de Wolawa (Wehlau sur le Prégel), le 19 septembre 1657, par suite duquel il fut affranchi pour jamais de l'hommage à l'égard de la république. Ce traité fut ratifié ù
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Bydgoszez (Bremberg) le 6 novembre, et l'électeur gagna encore les slarosties de Lauenbourg, de Butowet de Drahim.
Les Moskovites profitèrent de ces événements et envahirent la Livonie, l'Ingrie, la Karélie et la Finlande. Charles-Gustave put comprendre alors le tort immense qu'il avait eu de respecter le tzar et d'envahir la Pologne.
C'est à celte époque que Bogdan Chmîelnicki disparut de la scène du monde (15 août 4657). Bogdan , dévoré de remords , se repentait de s'être soumis aux Moskovites. La république polonaise, cruellement démembrée, périt plus tard par les suites de cette fatale soumission, et la nation kosaque, la première asservie, dispersée, décimée, tomba sans retour sous le joog des tzars.
Le roi de Danemark, ne pouvant pas résister à Charles-Gustave, demanda du secours à la Pologne, à la Prusse et à l'Autriche ; les deux alliés fournirent leurs contingents, mais leur lenteur fut telle, que toute la besogne resta aux Polonais. C'est encore à Czarnieçki que fut confiée celte expédition, qui devait porter si loin la gloire militaire des Polonais.
Après les deux diètes qui furent tenues en l'année 1658 (février et juillet), et après le vote des impôts, Czarnieçki arriva à Schleswig (14 novembre). Les Polonais devant s'embarquer pour l'Alsen, et de là pour la Fionie, aGn d'y attaquer les Suédois qui assiégeaient Copenhague; l'électeur de Brandebourg ne réussissant pas, et Czarnieçki voyant la nécessité d'appuyer ses opérations, résolut de franchir le golfe; auparavant il dit à ses troupes : «Polonais, jusqu'ici nous avons » franchi les rivières et les fleuves, aujourd'hui » nous allons franchir la mer; montrons que le » courage surmonte tous les obstacles. » Les Suédois, qui ne s'attendaient pas à cette audace surhumaine, se rallièrent du côté opposé du golfe, et se mirent à tirer; mais, voyant que malgré leur feu les Polonais sortaient de la mer, ils s'enfuirent. Les prisonniers, tout étourdis de l'attaque et de la défaite, disaient : « Les Polonais » ne sont pas des créatures humaines, ce sont des > diables. Jamais on n'a vu une cavalerie traver- » ser un bras de mer pour aller chercher son en- » nemi. » La terreur que Czarnieçki avait jetée dans l'armée suédoise contribua puissamment au succès de l'expédition, et le roi de Danemark lui écrivit à ce sujet une lettre très-flatteuse (24décembre 1658),etlui fit présent d'une chaîne
d or, d'un travail magnifique, en le priant de lui [ ges Ubomirski écrasaient le» Moskovites et
" ur allié Georges Cbmielniçki, à Lubar (17 sepn i tembre), à Slobodys»cze (49 septembre) et à
envoyer son poi trail pour souvenir.
Pendant que ceci se passait au non la mort de Cbmielniçki changeait le* affaires de l'Ukraine, Wyhowski devint attaman des Kosaks. Mais le tatar, qui ne l'aimait pas, institua d'autres attamans que Wyhowski combattait comme des usurpateurs. Las de celle lune, il chercha la protection de la Pologne, qui fit avec lui une convention avantageuse aux Ko saks, à Hadziacz sur la Psel, au nord de Poltava ( 16 septembre 1658). Lo uar irrité ouvrit une nouvelle campagne et envoya trois armées en Litvanie et en Ukraine (janvier 1659). La diète de Warsovie(17 mars) s'occupe do cette affaire, vote des impôts. Wyhowski et les Polonais battent les Moskovites à Konolop en Ukraine (17 juillet); mais le général Khavanskoî battit en Litvanie le général Vincent Gosiewski. Alors Czarnieçki Tut rappelé du Danemark (juin-juillet).
Sur ces entrefaites, Charles-Gustave mournt {12 février 1660). Cette mort bâta la conclusion de la paix entre la Suède et la Pologne, qui fut signée à Oliwa près de Dantzig (3 mai). Le traité de Bromberg fut maintenu, et la souveraineté de l'électeur sur la Prusse fut reconnue. Lo roi des Polonais renonça à ses droits sur la Suède, la Livonie, l'Esthonie, et les autres puissances convinrent entre elles de remettre les choses sur le pied où elles avaient été avant la guerre.
Jean-Kasimir tourna ses armées contre les Moskovites.Kuavanskoï tenait Lachowicze assiégée; il brûlait de se mesurer avec Czarnieçki et Sapicba qui marchaient contre lui; il les rencontra à Polonka, non loin de SIonim> Les Polonais n'avaient que 8,000 hommes, les Moskovites 30,000 et une artillerie bien montée. Une bataille terrible et sanglante fut livrée (26 juin 1660). Khavaoskoï perdit sa présence desprit, tant était puissant sur les Moskovites le prestige de Czarnieçki, et ils furent complètement défait?. Le général ennemi se sauva jusqu'à Smolensk, et lo lendemain Czarnieçki dégagea Lachowicze, vaillamment défendue par Michel ludyçki. Quarante bouches a feu, cent quarante-six drapeaux et la caisse tombèrent au pouvoir des Polonais. 15,000 Moskovites furent tués dans la bataille. Tels furent les résultats de la journée dePolonka. Ctatnicçki poursuivait et battait les Moskovites an delà de Mubylow *ur le Doiéper, et assiégea Polock, qui était encore au pouvoir du tzar.
Çudnow (1" octobre), où 37,000 Moskoviletst Kosaks furent tués ou dispersés, et le général** siuie Schcréméiieff fait priaonnier de guerre.
La d.ète de Warsovie ( maUjuin 1661) s'ouvrit sous d heureux auspices, des glorieux souvenirs planaient sur elle. Les grunds générai» de Pologne et de Litvanie remplirent la capital* de trophées pris à l'ennemi sur Uni de chanfft de bataille, et ils reçurent les récompenses qu'il* avaient si justement méritées.Czarnieçki, palatin de Russie-Rouge, obtint la ataroatie de Tykoç.o. Mais la pénurie d'argent, par suite du mauvais ouloir do l'aristocratie, amena la révolte des troupes, et il n'était pas difficile de deviner laenirdela Pologne. Auasi Jean-Kasjmir prononça evant les représentante, le A juin 1061, ces paoles mémorables : . Dieu veuille que je sois ua faux prophète i mais je vous dis que si voos m remédiez pas au mal, si vous ne réformes pu vos élections prétendues libres, si vous ne renoncez pag à vos privilèges personnels, la république deviendra la proie des nations étrangères. Les Moskovites s'efforceront à détacher los torresniseiennes et le grand -duché de Utvanie jusqu'au Bug, au Narew et peut-être jnt- <ju à b Wistnle. L'expectanie maison de Braadebourg voudra s'emparer de la Grande-Pologne et de la Prusse polonaise. L'Autriche, voyant les autres se partager vos dépouilles, se jettera sur Krakovie et les palatinats voisins. Chacune de ces puissances préférera envahir une portion do I* république que de la posséder tout entière avec vos libertés cTaujour-
Ces avis salutaires, loin de calmer les esprits, amenèrent de nouveaux désordres ; Pégoïsme des grands se révolta à l'idée d'un sacrlBce. Les confédérations militaires, sous Swîderski et Zyromslu, devinrent plus insolentes. Pour empêcher les troupes de piller le pays, Jean-Kasiralr entreprit une nouvelle expédition contre les Moskovites qui tenaient encore Grodno, Kowno. * ilna, etc. C'est encore à Czarnieçki qu'est eonûe le commandement. Il trouve Khavanskof près de Glembokié (entre Wilne et Poloek). Il remporte une victoire éclatante (6 novembre 1661). Le Moskovite s'enferme & Poloek, et Czeraleeki revient sur ses pas et délivre Wilna
Ah »éme époque, Stanislas Potoçki etGeor- 1 Le. rapines des confédérations miiiiaires allant
croissant, la dièle de Warsovie (22 février 1662) s'occupa d'elles, et on établit nue capiialion extraordinaire, dite ntbndium ckaritativum, pour payer les arrérage», évalués ù 26,000,000 de florins. On lorma une commission qui devait s'assembler a Léopol pour le 47 juillet, et distribuer cette somme. Ces négociations étaient commencées lorsque le roi et Czarnieçki vinrent à Léopol (17 novembre); là, ils apprirent que Zyromski et Vincent Go>iewski étaient victimes des confédérés de Wilna; mais comme leur siège principal était a Wolborx, non loin de Piolrkow, le primat du royaume et autres dignitaires obtinrent que les confédérés se contenteraient de 10,000,000 de florins, et celte convention fut signée le 24 décembre 1662. Le roi en fut d'abord mécontent ci Czarnieçki l'appuya; ils revinrent donc ù War&ovie, on reprit les négociations, et au mois de juillet 1663 tout fut terminé. Cet arrangement était d'autant plus nécessaire, que les Moskovites attiraient de nouveau les Kosaks à la révolte, et qu'ils avaient envahi et la Litvanie et l'Ukraine. Jean-Kaeimir, entouré de bons généraux, d'une bonne armée dévouée, ouvrit la campagne (45 août). Ctarnieçki, Sobieski et autres bra vesse distinguent à Podhaycé (entre Halicz et Tarnopol). De là, le roi et Ctarnieçki vinrent sur le Dniester et franchirent le Dniéper (13 novembre), et dix-sept villes se soumettent aux Polonais, entre le Dniéper et la Vorskla.
LesTatars,qui étaient jusqu'alors avec les Polonais, les abandonnèrent (janvier 1664);; cependant Czarnieçki et Sobieski ne se découragèrent pas et battirent l'atiaman firzucbowiecki, près de Staryn. Tandis que cela se passait au midi; Paç battait, au nord, les Moskovites près de Brian>k. La présence du roi à Wilna étant nécessaire, Czarnieçki le ramena par Mobilow jusqu'à Mintk, et de Minsk Czarnieçki revient de nouveau sor le Dniéper, parcourt secrètement et à «lie val la Krimée et la Bessarabie, afin de gagner les Talars et les Kosaks; il bat l'ennemi àCzehryn et assiège (14 juillet 1664) Slewisaoze entre Pialybory et Boguslaw;là l'ennemi est forcé, et les troupes polonaises prennent leurs quartiers d'hiver. Mais une nouvelle révolte éclate à Slawisscxe (1665); Czarnieçki se présente, tout plie devant lui, les coupables sont punis. Cependant les fatigues de la guerre brisèrent otite incomparable nature et cette atne sublime; Czarnieçki devint malade, et voulant mourir dans le lieu où il avait reçu la vie, à Czarnça, dans le
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palatinat de Saodomir, il entreprit ce voyage qu'il n'eut pas la force de continuer; il s'affaiblit et on le déposa dans une chaumière de Sokolowka, près Dubno sur le Siyr. C'est là qu'il reçut le bàtou de grand-général de la couronne; en le recevant il prononça ces paroles: < Wuvais-je pas prédit plus d'une fois qu'on » me donnerait le bâton de grand-général quand » je ne serais plus en étal de le porter 1 N'im- » porte; si j'en reviens, je m'en servirai pour la > défense de la patrie; si je meurs, on s'en seri vira pour orner ma tombe. » Et au bout de quelques jours le célèbre guerrier, le vertueux citoyen, expira à l'âge de soixante-six ans
Cette perte était immense pour Jeao-Kasimirf mais une plus cruelle épreuve lui était réservée! La guerre civile, fruit de l'orgueil de Marie- Louise, vint mettre le comble ù tant de malheurs. L'intrigante Marie, n'ayant point d'enfants, voulut, encore du vivant du roi, assurer la couronne de Pologne au duc d'Enghien, fils du grand Condé, époux de sa sœur Anne, fille d'Edouard, prince palatin du Rhin. Georges Lubomirski s'y opposa fortement. Offensée de cetle résistance, la reine jura une haine implacable à Lubomirski qui fut condamné, par contumace, à perdre l'honneur» les biens et la vie, et sa dignité de grand-maréchal fut conférée à Jean Sobieski. Marie-Louise mena Sobieski et Marie-Kasimire d'Arquien dans sa chapelle (5 juillet 1665). Elle lit célébrer sous ses yeux, par le nonce du saint Siège» Odescalchi, celte union qui fui suivie d'événements étranges. Peu après, Marie-Louise, qui l'avait formée, ne vivait plus; le prêtre qui la consacra était pape sous le nom d'Innocent XI; Sobieski était roi, et Marie d'Arquien ceignait la couronne de sa bienfaitrice
Pendant que ces événements se passaient, Lubomirski saccageait les terres de Sobieski. Le 7 novembre 4665, les deux armées, royale si insurgée, se trouvèrent en présence, non loin de Thorn ; mais Lubomirski, d'un côté, Sobieski et le roi, de l'autre, s'éloignèrent sans coup férir. La diète de Warsovie (4 moi 1Wi6) futrompuc;la trêve avec Lubomirski se brisa, et le lOjtiillot les deux camps se joignirent à Manirty, non loin d'Inowroçlow en Kuîavie. La roi dédaigna les conseils de Sobieski, tt il fut battu, il sa retira sur la Pdiçn, et an traité fut signé à Leogoniça (31 juillei). Jean-Kasimir n'engagea à ne se mêler en aucune façon de son successeur. Lubomirski se contenta de la révocation du décret qui
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l'avait proscrit; il partit pour Broslau, en Silésie, où il mourut le 7 février 4667.
Au bruit de ces discordes, les Tatars firent une invasion dans les terres russicnnes. Jean Rasimir se hâta de mettre un terme à la guerre prolongée de Hoskovic, et une trêve do treize ans fut conclue à Andruszow, au nord de Mscislaw, le 30 janvier 4667. Ou céda au tzar Smolensk, Sévérie,Czeroiécbow, l'Ukraine de la rive gauche du Doiépcr et la ville de Kiiow pour deux ans. La Pologne rentra en possession de Mohilew, Mscislaw, Witebsk, Poloçk et de la Livonie polonaise.
La punition des Tatars fut réservée à Sobieski, qui se conOa dans un coup d'audace, de désespoir, de génie. Il se fortiGeà Podhaycé, au nord du Dniester, et toute la puissance des assaillants vint se briser contre ce camp. Une bataille de seize jours en fut la suite. Le dix septième (15 octobre 4667), Sobicski sortit des forliBcations et remporta une victoire décisive, et le traité de paix fut signé.
Jean-Kasirair, victime des désordres de l'aristocratie, malheureux par la perte de sa femme, morte depuis le 46 mai 4667, voulut abdiquer. Le sénat et l'ordre équestre le supplièrent de ne pas le faire, mais il fut inébranlable. Le roi ouvrit la diète de Warsovie le 27 août 4668, et le 46 septembre il prononça un discours touchant, et déposa la couronne et le sceptre, en souhaitant a la noblesse de choisir un roi plus jeune et plus heureux.
Jean-Kasimir quitta la Pologne en 4660, se retira en France, où Louis XIV lui donna le revenu de l'abbaye de Saim-Germain-des-Prés et de celle de Saint-Martin en Nivernais. Il mourut à Nevers, le 46 décembre 1672, à l'âge de soixante ans, et après avoir régné vingt ans. Son corps fut transporté à Krakovie, et son coeur fut déposé au fond du mausolée élevé dans l'église de Saint- Germain- des-Prés à Paris.
La Pologne n'ayant plus de roi, le primat Nicolas Prazmowski assembla la diète do convocation (5 novembre 4668). La noblesse réunie indiqua la journée du 2 mai 4669 pour la diète d'élection. Elle statua nlors que le roi de Pologne ne pourrait plus abdiquer ni nommer son successeur, et qu'on môme individu ne pourrait plus, à
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l'avenir, cumuler deux ministères. Ensuite on procéda au choix des candidats qui étaient :
Le prince de Condé, père du duc d'Enghien ;
Philippe-Guillaume, prince de Neubourg;
Charles, duc de Lorraine ;
Michel-Koribut, prince Wisniowieçki, palatin de Hussie-Rouge.
Le prince de Condé échoua dans ses prétentions,malgré l'appui du primat et deSobieski.qui avait quitté l'Ukraine pour venir grossir le parti du grand Condé. Les suffrages se trouvèrent donc partagés entre le prince de Neubourg et le duc de Lorraine. Cependant, au milien des plaines de Wola, le nom de Wisniowieçki retentit, et cette voix, prompte comme l'éclair, fut presque répétée unanimement ( 49 juin). Wisniowieçki en fut tellement effrayé qu'il se sauva du champ d'élection ; on le poursuivit et on voulut le faire roi malgré lui. Le 7 juillet 4669, le nouveau roi jura le maintien despacla contenta, et prit les rênes du gouvernement.