LA POLOGNE. SI
de la Warta. Le nouveau quartier fut embelli par ses soins ; il protégea Posen, il l'enrichit, mais tous ces bienfaits sont effacés par le souvenir d'un meurtre! Przémyslas avait épousé Ludgarde, nièce de Barnim, duc de Sicllin : celte princesse, jeune, belle et toute charmante, devint un objet de haine pour son époux; haine injuste, car Ludgarde était victime de son propre malheur : le ciel lui avait refusé la joie de la maternité, le ciel élait resté sourd à ses vœux et à ses prières, cl le duc, qui voulait, en perpétuant sa race, donnner un héritier au trône, maudit la femme stérile, et jura sa perle pour se remarier. L'infortunée Ludgarde, qui résidait dans le château de Posen, fui étouffée, par les ordres de son époux, le 14 décembre 1283. Przémyslas se remaria, mais il n'eut pas d'enfant mâle. Plus tard il abandonna le duché de Posen pour occuper le trône de Pologne ; mais il ne jouit pas longtemps de ses grandeurs : ses neveux l'assassinèrent en 129G, treize ans après la mort de Ludgarde.
Wladislas-le-Bref pouvait prétendre au trône do Pologne ; on crut un moment qu'il succéderait à Przémyslas; mais la noblesse, qui l'avait favorisé en 1296, lui fut hostile dans cette circontance, et dans une réunion générale tenue a Posen en 1300, elle donna tous ses votes à Wcnceslas de Bohème : ce prince fut donc élu roi et épousa la fille de Przémyslas. Les noces se célébrèrent à Posen ; cette ville fit de grands Irais pour la cérémonie.
Wladislas-le-Bref n'abandonnait pas ses droits à la couronne; toute la Grande-Pologne embrassa son parti, et à l'aide de ce puissant auxiliaire, il parvint à s'en emparer. Mais Posen restait hostile au nouveau souverain; seule elle luttait, seule elle montrait son inimitié, elle partageait la haine que les ducs de Silésic avaient pour Wladislas-le- Bref. Przcmko, bourgeois de cetie ville, rassembla les mécontents, se mil à leur têle, et ouvrit les portes de Posen aux ducs de Glogau. Wladislas, en apprenant celle rébellion, vient, en 1310, avec ses iroupes, devant Posen. Après avoir franchi les remparts et forcé les portes, il entre dans la ville; il fait prendre et punir les principaux coupables, et il rend une ordonnance par laquelle il esl défendu aux enfants des bourgeois de Posen de participer aux bienfaits de l'éducation publique. La même ordonnance leur interdit l'entrée des chapitres el des prébendes ecclésiastiques dans tout le royaume de Pologne.
Cette mesure était terrible pour la bourgeoisie, mais plus tard elle sut regagner les bonnes grâces des monarques; et quant à la ville, elle resta toujours fidèle aux intérêts nationaux bien compris.
La sévérité que Wladislas avait montrée aux habitants de Posen encouragea le despotisme de Szamolulski, staroste général de la Grande- Pologne. Cet homme, qui voulait trancher du souverain, tyrannisa la ville de Posen avec une inconcevable persistance. Le peuple porta sa plainte aux pieds du trône, et, a force de supplications, il obtint le renvoi de Szamotulski; le roi confia le gouvernement de la Grande-Po-, logne à son fils Kasimir, prince royal.
Szamotulski, irrité de sa disgrâce, passa chez les Teutoniques, et, conjointement avec eux, il ravagea les pays qui venaient de lui être enlevés. Wladislas se mit à la tête de ses troupes pour repousser l'agression tcuionique ; mais, se voyant inférieur en nombre, il entra en négociations avec Szamotulski : celui-ci témoigne au roi un grand repentir, cl lui promet pour l'avenir une fidélité a toute épreuve, s'il consent à lui rendre ses dignités. Le roi lui reprocha ses crimes, mais lui pardonna, à la condition que Szamotulski prendrait parti avec lui contre les Teutoniques. Le 27 septembre 1351, les Polonais livrèrent bataille à Plowcé, et cette mémorable victoire fut due a la conduite qu'avait tenue Szamolulski. En récompense, le roi lui rendit le gouvernement de la Grande-Pologne ; mais la noblesse, qui ne pouvait lui pardonner sa conduite passée, le massacra aux environs de Posen.
Kasimir- le-Grand, successeur de Wladislasle-Bref, accordait à Posen une protection spéciale ; il fit fortifier la ville et réparer plusieurs édifices ; aussi on vit les Poznan iens former une confédération en septembre 1352, pour soutenir la cause du roi, lorsque les ducs de Silésie s'étaient ligués contre lui avec les Teutoniques.
De 1552 jusqu'au règne de Jean-Kasimir, l'histoire de Posen présente peu d'événements remarquables, si on en excepte les faits relatifs aux guerres civiles, guerres si fréquentes en Pologne, et les querelles religieuses pro\oquées par l'intolérance des Jésuites. Mais, en 1655, une invasion étrangère vint désoler la ville. Charles-Gustave, ennemi de Jean-Kasimir, envahit la Pologne : le 20 juillet, les Suédois se montrèrent sous les murs de Posen. La ville était Uni bien que mal fortifiée, et entourée d'eau par
suite des inondations ; au nord de la ville, h Warta se séparait en deux bras de même dimension, et le long du mur de défense, la rivière alimentait un canal qni séparait la ville du fanl>ourg des Tanneurs. La ville comptait alors dix mille habitants, et possédait huit églises et dix couvents.
Elle ne pouvait opposer aucune résistance, car la noblesse de la Grande-Pologne avait déjà passé une capitulation avec le roi de Suède, et lui avait concédé provisoirement tous les droits de souveraineté sur cette province. Posen fut occupée par les Suédois jusqu'au commencement de l'année 1657, où elle eut une garnison brandebourgeoisc, en vertu de l'alliance conclue entre le roi de Suède et le grand-électeur ; mais an mois de juin de la même année, peu avant le traité de Welau, l'électeur donna ordre au maréchal Dorflingcr de remettre la ville aux commissaires du roi de Pologne. Posen rentra ainsi sous la domination nationale.
Cinquante ans s'étaient à peine écoulés, qu'une nouvelle invasion des Suédois vint mettre la Pologne à feu et à sang. Christian V, roi de Danemark, Auguste II, roi de Pologne, Pierre I«r, tzar de Moskovie, s'étani ligués contre la Suède, provoquèrent l'expédition de Charles XII. Ce prince, après avoir conquis une grande parlie du pays, occupa la ville de Posen (1703). Les habitants ont gardé mémoire de l'anecdote suivante, cl ils la racontent encore aujourd'hui, en montrant une maison qui se trouve sur la grande place. Celte maison a un perron recouvert d'un auvent. Charles XII, après avoir levé le siège de Thorn, vint à Posen, où il demeura quelques instants, et se fit servir à déjeuner dans la maison en question. L'histoire rapporte que le vin de Hongrie n'avait pas été épargné. Après le repas, le roi était en belle humeur, et, dans son accès de gaieté, il se mit à cheval sur la croisée; mais il ne larda pas à perdre l'équilibre, et sans l'auvent, où il se rattrapa, il serait infailliblement tombé par terre. Une si petite cause, un si grand événement eût entièrement changé la face de l'Europe ! Charles XII mort, et Stanislas Lestczynski, palatin de Posen, n'eût pas été roi, el Pierre I" n'aurait pas eu à célébrer la bataille de Pulcava !
Dans la guerre de sept ans, les troupes moskoviles passèrent et repassèrent par Posen, en laissant des traces de leur barbarie. Depuis celle époque, la situation de la Pologne ne cessa
de s'aggraver, et quand survint le deuxième partage de la Pologne, la Prusse s'empara de Posen. En 1794, la Grande-Pologne secoua le joug et seconda dignement les efforts de Kosciuszko ; mais après la chute de la révolution, Posen fut encore au pouvoir de l'ennemi, qui la garda jusqu'en 1806.
La même année, l'empereur Napoléon écrasait les troupes de Frédéric- Guillaume III à Iéna, et faisait son entrée victorieuse à Berlin. Les patriotes polonais se groupèrent autour de l'empereur, et, le 3 novembre, Dombrowski et Wybicki adressaient de Berlin leur mémorable proclamation aux Polonais. Le 7 du môme mois, les troupes françaises entrèrent à Posen, et quinze jours après Dombrowski y organisait quatre nouveaux régiments polonais; les autorités prussiennes furent chassées de partout.
Le 27 novembre, Napoléon arrive à Posen, et, le lendemain, les bulletins de la Grande-Armée sont datés de celte ville. Le 2 décembre, premier anniversaire de la bataille d'Austerliu, il signe, à Posen, l'ordonnance par laquelle il décrète l'érection du monument dédié à la Grande- Armée. Ce monument est devenu, comme on le sait, le temple de la Madeleine, terminé en 1834. C'est encore à Posen que l'empereur conclut le traité avec la Saxe, du H décembre 180G. Le 12, il forma le royaume de Saxe, et son électeur, Frédéric-Auguste, devint roi par la grâce de Napoléon.
La ville de Posen, témoin d'événements si mémorables, forma le chef-lieu d'un département du grand-duché de Warsovie : 1815 la trouva avec celte dénomination ; mais alors, la Russie, l'Autriche, la Prusse, en se partageant encore une fois nos dépouilles, appelèrent cette fraction de la Pologne le grand-duché de Posen. Le gouvernement prussien établit dans cette ville la résidence du lieutenant du roi, celle de Hircbi-président des jugements suprêmes, celle de la régence du cercle de Posen, celle du commandant militaire, celle de l'archevêque et quelques autres administrations subalternes.
La population de Posen est évaluée aujourd'hui à 50,000 habitants, dont 12,000 Allemands et 6,000 Juifs.
Les principales villes de la Pologne sont remarquables par leurs églises, et particulièrement Posen. Elle possédait d'abord dix églises qoi furent démolies à différentes époques; mais en compte seisc, dans lesquelles
nous comprenons deux temples luthérien et calviniste. Elle a trois couvents de religieux et trots autres de religieuses.
L'église cathédrale a autant d'importance par son ancienneté que par les souvenirs historiques qui s'y rattachent. Plusieurs fois elle fut la proie des flammes, mais elle fut réparée, et chaque réparation lui otait son caractère primitif. La trace des révolutions politiques se retrouve aussi sur ce monument ; ces travaux, commencés et détruits, furent définitivement terminés en
L'église et l'ancien collège des jésuites au nombre des curiosités de la ville. Les ciples de Loyola furent introduits à Posen en 1370; peu à peu ils s'enrichirent et parvinrent à élever un collège; plus lard, le collège devint les bureaux d'une administration gouvernementale, et, en 1806, ce lieu fut habité par Napoléon. Aujourd'hui il est devenu la résidence du lieutenant du roi de Prusse.
L'Hôtel -de- Ville est d'un aspect imposant, son architecture appartient à plusieurs époques, par suite des restaurations. Près de l'Hôtcl-de- Ville se trouve un ancien pilori, élevé en 1533. C'est là qu'on attachait les coupables, c'est là aussi que leurs noms sont gravés. Mais on doit dire en l'honneur de la Pologne que les crimes y ont été fort rares; car, dans l'espace de trois siècles, on ne fit que six exécutions capitales, et le nom des coupables se voit encore sur le pilori.
La ville de Posen possède un gymnase pour cinq cents élèves, un séminaire catholique, une école préparatoire pour les instituteurs de villages, quatre librairies, trois imprimeries, deux journaux polonais et un journal allemand. Quant aux bibliothèques, elles sont en général peu considérables, si on en excepte le bel établissement fondé par M. Edouard Raczynski : ce citoyen, l'un des plus riches de la Grande-Pologne, consacra sa fortune à la propagation des sciences et des lumières. II fit l'acquisition d'un terrain, et fit élever un édifice dont la façade principale est copiée sur celle du Louvre. Là est la belle bibliothèque des Raczynski; elle possède de riches collections, et compte aujourd'hui 25,000 volumes. Le fondateur a crée sur sa fortune une rente perpétuelle pour le maintien de la bibliothèque, et, non content de cette oftrande toute patriotique, il rend encore d'immenses services à l'histoire nationale en publiant plusieurs mémoires relatifs à différentes époques. Certes,