S4 LA POLOGNE
voilù up bel exemple à imiter. Quoi de plut» bono- ce genre est rare. Nous voudrions avoir plus sonrable que ce dévouement à la science, que cet vent de pareils noms et de si belles actions à et* ainoui -des souvenirs nationaux! L'illustration dans registrer.
LES ARMÉNIENS A IAZLOWIEC.
( Prononce* : IASLOVIÉTZ. ) TRADITION POPULAIRE DU XVe SIÈCLE
( Imité rftf polonaii. )
Nos lecteurs connaissent déjà le château de Iazlowicc (t. I, p. 441), dont les ruines imposantes dominent encore les sinuosités karpaihiennes traversées par le Dniester. Nous avons parlé de la fondation du château, et, en explorant cette contrée, nous devions décrire aussi le château des lazlowiecki, car il appartient à l'histoire; il fait partie de ces pieuses stations où nous venons recueillir nos souvenirs nationaux. Nous l'avons d'abord envisagé historiquement; aujourd'hui nous allons rapporter une tradition populaire qui s'y rattache. Les traditions redites d'âge en Age par le peuple rendent la vie et le mouvement à tout ce qui n'est plus. Ces traditions, pleines de poésie, mystiques et merveilleuses à la fois, sont à la terre polonaise ce que le parfum est à la fleur, elles en sont inséparables ; si les événements sont en quelque sorte l'histoire morale d'un peuple, les traditions retracent son histoire intellectuelle. En Pologne, l'amour de la patrie veut tout conserver : les mêmes jeux se répètent, les mêmes chansons se redisent; le passé est une religion, on l'invoque dans ses joies comme dans ses donleurs.
Au retour du printemps, le premier dimanche après la pleine lune, les jeunes filles s'assemblent, elles sont parées de leurs plus beaux atours ; chacune se dit : « Je serai la plus belle; » les tresses de leurs cheveux tombent sur leurs épaule*, et leur taille bien prise dans un corset est encore pleine de souplesse et de grâce ; elles sont ravissantes à voir, tout animées de leur naïf espoir et de leur coquetterie d'instinct. Quand elles sont toutes réunies, elles se prennent par la moin et forment un rond ou une chaîne; une d'elles se place au milieu, et aussitôt les autres défont les tresses de sa chevelure; elle se soumet à tout ce que veulent ses compagnes, puis d'une voix plaintive elle chante :
< Par-dessus les monts le vautour fend les
airs ; sa mère le suit, et tous deux errants ils demandent la chaumière où reposait leur nid. >
Toutes les jeunes filles répondent en chœur :
• Les rameaux du hêtre frémissent snr les monts et dans la plaine, et le saule se balance tristement. Apporte tes douleurs à ta famille, là tu trouveras des plaintes, là ta trouveras des consolations; ne compte que sur elle, car le crime est dans le cœur des puissants de la terre.»
En entendant ces paroles, la pauvre fille prend ses cheveux et s'en couvre le visage, puis elle s'adresse à ses compagnes et leur demande des conseils et des inspirations; celles-ci lui vantent ce qu'elles possèdent, et plus encore ce qu'elles
espèrent « Non, reprend la jeune fille, je ne
demande pas la richesse; ce que je demande, c'est la liberté et l'amour.
— Viens avec nous sur la montagne, nous apercevons là haut un enfant innocent : il vient pour nous annoncer la fin de notre esclavage ci le commencement du bonheur. »
La jeune fille, après avoir entendu cette promesse, ôte les fleurs qui ornent sa tête, regarde le ciel#et s'écrie :
« Là, dans les nuages, un ange lumineux nous berce d'espoir ; accepte nos fleurs, ange bienaimé, mais exauce la prière de notre âme. »
Elle jette en l'air ses fleurs, et le chœur ré* pond :
« Un vieux château, un nuage noir sont suspendus au-dessus de lasloviéu ; la rose se fanera et le myrte ne guérira plus les blessures! Sur laslovictz un nuage noir, pour le peuple la douleur ; les hommes se choisissent une destinée ; les Glles, hélas 1 sont vouées à l'esclavage. »
Wanda la belle, qui est regardée comme l'oracle de la contrée, frappe dans ses mains; à ce signal les chants cessent, la prophétesse va parler, on écoute dans le recueillement :
« La colombe et l'épervier, dit-elle» ne sac-
cordent jamais, quoiqu'ils vivent dans l'air ; la foi réprouve une foi contraire, le péché n'absout pas le péché. La colombe eut libre, et elle meurt étoufTée par l'épervier. L'âme la plus pure doit prier et se repentir. •
Les jeunes filles, en entendant ces tristes paroles, posent la main gauche sur la têiejJe leurs compagnes, et la main droite, elles la mettent »r leurs cœurs, puis elles regardent le ciel et dûment plaintivement :
« Défais les tresses de ma chevelure, mon âme pleure et nos mères soupirent en vain. Noes mourrons jeunes, car l'esclavage pèse sur aotra patrie, et nos frères abandonneront les champs. »
La propliéte&se ne partage pas le découragement de ses Compagnes; elle chante d'une voix assurée :
« Le pré est vert; mais le sapin est plus vert encore : en hiver et en été il est toujours vert, il domine les bois et les forêts. »
Les jeunes filles répondent :
< Le ruisseau prend sa source d'en haut et se répand dans la plaine ; le bonheur luit un moment et s'éteint comme la flamme. »
Wamda : < Le ruisseau vient se joindre au courant de la rivière, et la rivière s'unit au fleuve. Celai qui prie, celui qui porte en son ame la foi et l'espérance, est heureux. >
Les filles : < Le bonheur du ciel est ici-bas, mais il faut le chercher dans la résignation et le sacrifice ; le cœur abandonné à lui-même, le cœur ooi n'a pas compris l'esprit de Dieu, meurt de désespérance. Celui qui a embrouillé la pelote ae la débrouillera pas. >
Wamda : c Le cœur humble et soumis ne vil que d'espoir. »
Las filles : «Ah! l'espoir dans la douleur, et dans la douleur l'espoir. Eu Ukraioe il y a des tfeppes, et sur ces steppes l'herbe parasite croit en abondance. »
Wamda : • En Ukraine, le soleil réchauffe la aalare ; le temps ne s'y perd pas en vain ; aime Dieu, aime ton frère, et tes douleurs passeront. >
La propltétesse , après avoir prononcé ces mois, se met à genoux, et les jeunes filles recommencent à chanter :
< La foudre gronde, les éclairs traversent des nuages noirs : un maître cruel et dur avait outragé son serviteur; le serviteur quitta la maison, I âme désolée. La vengeance divine s'appesantit sur la famille du riche; un enfant innocent mou-
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rut : il erre au-dessus de lasloviélz, comme errent les fantômes dans les nuages. »
Wanda se lève et reprend :
» Avec du fer on fait des faux et des serpes { l'enfant est puni des crimes de son père; mais si l'hiver est triste, l'été nous sourit ; le pauvre enfant a souffert, mais il prie pour nous. •
Les jeunes filles répondent en chœur :
< Oh! dans le ciel comme dans les Karpates, l'orage a grondé, l'enfant s'est envolé dans les nuages. Le Dniéster en courroux a franchi les rocs , en emportant ' les bois et les moulins: Ainsi, l'enfant nous apporte du haut des cieux l'espoir et l'abondance. »
Les jeunes garçons de la contrée s'étaient tenus a l'écart, et n'avaient rien perdu de la scène que nous avons décrite; mats tout a coup ils se présentent en chantant :
t La source bouillonne sous terre et bondit en gerbes limpides; la source donne lu verdure et la fertilité aux champs. Heureux celui qui presse la main de sa fiancée 1 »
Les jeunes garçons veulent séparer les grou* pes, ils veulent embrasser Wanda la belle; elle se sauve, et toutes ses compagnes se rapprochent les unes des autres en se tenant par la main. Wanda chante encore :
t La lune projette sa douce lumière, le soleil darde ses feux, le bonheur plane au-dessus de lasloviéu.t
Le chœur répond :
< La lune est triste, le soleil s'obscurcit, le vent ne chasse plus les nuages; mais tu nous promets le bonheur et nous te bénissons, ô Wanda ! >
Les jeunes filles s'embrassent, l'épanchement et la joie terminent cette féte champêtre; elles se quittent en se promettant de se réunir le premier dimanche du printemps prochain : celles qui n'auront pas trouvé un mari reviendront apporter leurs vœux et leur tristesse, et les autres ne se mêleront plus à leurs jeux mélancoliques.
Yoici l'explication de celte tradition.
Dans la seconde moitié du xiue siècle, lorsque Léon Daniélowilscb gouvernait la Russie- Rouge, les Arméniens (Onnianié) vinrent oc* cuper celte contrée dévastée par des guerres entre les Tatars et les Litvaniens. Ils s'établirent d'abord dans la ville de Kmy; mais, sous le règne de Kasimir- le -Grand, ils se répandirent dans toute la province de Pokuiie. L'industrie et le commerce des Arméniens rendirent la fertilité au pays, tout prit un nouvel aspect, et plusieurs
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villes, à l'exemple de cette province, arrivèrent à un bien-être inconnu jusqu'alors. La ville de Iasloviétz fut du nombre. L'activité des Arméniens, leurs richesses, la sévérité de leurs mœurs et l'union qui régnait entre eux, firent dire qu'ils se tenaient par une chaîne indissoluble. Ils n'aimaient pas les chers qui les commandaient, mais, profondément attachés ù la religion chrétienne, Us reconnaissaient un supérieur dans la personne de leur évéque (Wladyka).
Les incursions des Walaques dans la Pokutie obligèrent les principaux Arméniens et leur évéque à se transporter à Iasloviétz. Leur présence donna la richesse et la prospérité à cette ville; mais à mesure que le bien-être croissait, l'avidité des lazlowiecki se développait, et les Arméniens eurent à subir chaque jour de nouvelles vexations ; enfin, l'avarice du maître n'ayant plus de bornes, il les obligea ù payer leurs entrées dans leur propre église ; ils se résignèrent encore cette fois, leurs relations commerciales les y forçaient ! Comment quitter une ville qui était le point central de leurs entreprises industrielles? Leur soumission, qui devait adoucir leur maître ou plutôt leur tyran, leur soumission lui donna plus d'audace; influencé par les jésuites, il voulut forcer les Arméniens à se soumettre à la cour de Rome. Ah ! pour cette fois, il trouva de la résistance; mais toujours calmes et mesurés dans leurs actions, les Arméniens, levêquc à leur tète, se rendirent au château de Iasloviétz, pour faire au maître de respectueuses remontrances.
Le maître, malgré la modération de ces hommes, osa porter la main sur la personne vénérable de l'évêque La stupeur, le désespoir
saisirent tout à coup les Arméniens; mais, en sachant se posséder, ils prireut la résolution de se venger d'une vengeance calme, réfléchie, en dehors de toutes les vengeances de ce monde. Ils prononcèrent ces mots avant de se retirer : t Seigneur lazlowiecki, vous ne direz pas dans l'avenir que vous avez gardé nos cendres. » En effet, tous les Arméniens quittèrent Iasloviétz, et prirent la route de Léopol ; à mi-chemin de la ville, ils s'arrêtèrent pour jeter leur anathème, non sur l'infime qui a insulté l'évêque, car Dieu frappe ses élus par la main des méchants, non sur l:i terre, non sur la ville qui les avait reçus, mais ils maudirent les Arméniens qui oseraient encore rester dans Iasloviétz, là où ils avaient été vexés et opprimés ; ils maudirent ceux même
qui voudraient conserver des relations avec les habitants. L'évêque termina son exorde par ers mots : « Ici ton amour fraternel se changera eo
> avarice, ta vertu en crime, ta foi en blasphème;
> ton séjour sera un enfer, et la discorde et la » douleur mineront la vie. » Et les assistants répondirent : « Ainsi soit-il ! que l'herbe croisse » sur tout chemin, et que tous ceux qui se sépa* » reront de nous oublient la langue de leurs » pères ! » C'était un cruel anathème pour ces hommes qui se livraient exclusivement an commerce.
Les Arméniens se fixèrent à Léopol, et la ville devint riche. Ils élevèrent a leurs frais un temple qui existe encore, et dont la beauté est proverbiale. Dieu bénissait les travaux des Arméniens, et la peste, la misère, désolaient Iasloviétz. Les bazars, construits par des mains laborieuses, étaient déserts, le hibou y faisait son nid en poussant des cris de désolation ; les voyageurs détournaient leurs pas en approchant de celte ville, et l'herbe croissait sur les chemins. lazlowiecki s'accusait intérieurement de tout ce mal ; mais, pour Taire taire le remords, il buvait avec excès, et tombait dans un état d'abrutissement complet. La colère de Dieu est lente, mais certaine; le coupable fut puni dans sa plus chère affection : son fils, le dernier rejeton de cette antique famille, était un jour assis sur le balcon du château, avec sa gouvernante. Tout à coup la foudre fend les nuages et vient frapper le malheureux enfant, son corps roule dans les fossés, et la gouvernante, redoutant la colère du père, se précipite dans le fossé et meurt à côté de l'enfant. Quant à lazlowiecki, il termina ses jours dans une partie de chasse; sa veuve, après tous ces malheurs, entra dans un couvent et fit pénitence pour trois générations.
Depuis ces événements, le peuple dit qu'il voit au-dessus des ruines du château un enfant à la chevelure blonde ; une ceinture d'or entoure sa taille, il porte sur sa tête une couronne, dans sa main droite il tient une croix, et dans sa gauche un bouquet de fleurs. Les jeunes fille? se rassemblent et célèbrent leurs jeux en l'honneur de cette sainte créature; mais tout e< honorant sa mémoire, elles lui demandent de! prières. On ne dit pas si le saint enfant leui envoya de bons maris et des amants fidèles. - De celte histoire vraie dans le fond, le peuple t fait une tradition mystique.
Olympk CnoDzxo.
HISTOIRE
WLADÏSLAS II, JAGELLON (1386 *434).
XXm
Les grands hommes déterminent les grands événements; ce que les autres pensent, eux ils l'exécutent. Le règne de Wladislas-le-Bref en Pologne, le règne de Gédymin en Litvanie amenèrent l'union préparatoire des deux peuples. Wladislus et Gédymin étaient guerriers et politiques : ils avaient donc en leur puissance les moyens et la force ; ils s'en servirent pour rapprocher deux nations qui, avant celte époque, étaient toujours en hostilité. Les premières relations amicales datent de 1335. Gédymin offrit ta main de sa fille à Wladislas-le-Bref. Ainsi fut cimentée l'union de la Litvanie à la Pologne; et plus tard, Wladislas-Jagcllon, petit-fils de Gédymin, épousera l'arrière-petUe- fille de Wladislas.
Mais avant de nous arrêter aux événements ultérieurs, nous allons jeter un coup d'œil sur la patrie de Jagellon, sur cette Litvanie qui remplissait le monde de sa renommée, sur cette Litvanie à qui la fière Pologne voulut unir sa gloire ci ses destinées.
Depuis l'embouchure de la Wislule jusqu'à l'embouchure du Salis, ou, si l'on veut, depuis le golfe de Danlzig jusqu'au golfe de Pernau, tout le long du littoral de la mer Baltique, s'étendaient les races litvaniennes connues sous le nom de Prussiens, de Jadvingues, de Samogitiens, de Mourons, de Lolisches, de Krivilschans. On trouve l'origine de ces races dans les Slaves, les Goths, les Finnois, les Hérules et autres peuplades du nord-est qui se confondaient et se poussaient vers l'Occident. Pendant quelque temps les Goihs, et après eux les Huns, rommamJaientà ces races disjointes, et plus d'une fois les Normands les attaquèrent par la mer.
Vers l'an 1840, Byngold, guerrier plein d'audace et de bonheur, subjugua ses cousins et les seigneurs qui lui disputaient le pouvoir pour po- 1er les premières bases de la puissance litva-
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nienne. Ce fut lui qui apprit au peuple el aux soldats a repousser les agressions des chevaliers du Porle-Glaive et les Teutoniques, de ces prétendus apôtres de la foi ! De cette époque date la conquête des terres occupées par les ducs russiens. Ces ducs, déjà affaiblis par les invasions des Mogols-Tatars, ne purent résister à Ryngold, et Nowogrodek, Slonim, Grodno, Minsk, Pinsk, et une partie de la Sévérie, vinrent enrichir les Eiais de la Litvanie.
Mendog, fils et successeur de Ryngold, aurait voulu suivre les traces de son père ; mais des jalousies de famille et les hostilités des ennemis du dehors paralysèrent ses bonnes intentions, et, pour sortir d'une position difficile, il chercha la protection du pape. Mendog embrassa la religion chrétienne, et le pape, content de cette conversion, le fit couronner roi de Litvanie (1352). Mendog chrétien n'eut plus à redouter l'invasion des chevaliers Teutoniques; mais il fut encore obligé de leur céder quelques provinces. Le pape l'en dédommagea en l'autorisant à s'agrandir du côté des terres russiennes.
L'avidité des Teutoniques, cl plus encore la conversion de Mendog, irritèrent le peuple. Le roi, menacé par la colère populaire, acheta le repos par une nouvelle apostasie; encore une fois il redevint païen, mais la confiance était perdue. Plus tard, il enleva la femme de Doumont, duc de Zanalszow, pour laquelle il avait conçu une folle passion. Le duc, pour venger son honneur, assassina Mendog sur les bords de la Dzwina (1263).
La Litvanie devint alors la proie de plusieurs chefs. Le pays de Jadwings, ce boulevard qui séparait la Litvanie de la Pologne, fut écrase par celte deruière puisssance. La Samogilie se débattait contre les Teutoniques, et les Teutoniques, les Tatars et les ducs russiens s'unissaient