‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 21 sur 105 · W LA POLOGNE · texte numérisé non relu

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ne pouvant lutter contré le mauvais vouloir des gouvernants et la concurrence de leurs protégée.

En 4823 on y comptait six cent» maisons et huit mille habitants, dont les Juifs formaient la moitié. I^e rapport ofliciel de 1850 porte la population jusqu'à quinze mille cinq cent quatrevingt-dix-neuf individus ; mais ce dernier chiffre nous parait exagéré.

La fondation de Kamiéniéç ne date que du milieu du xiv* siècle, malgré toutes les dissertation* des chroniqueurs en faveur de l'ancienneté de cette place, et le lieu où on a élevé la ville s'appelait jadis Klepidatea et Petridaua. M. Laurent Marczyn&ki, prédicateur à lu cathédrale, et dont l'ouvrage nous a fourni de nombreux renseignements, présume que le premier nom vient des Grecs, qui visitaient souvent la Podolic, cl qui, par suite des bois qui entourent Kamiéniéç, et des brigandages que l'on y commettait, ont pu lui laisser ce nom de Klepidawa, formé du mol grec kleptyê, voleur. Quant à celui de Pétridawa, c'est au latin qu'il a recours ; il le fuit dériver de p*tra, pierre, ce qu'on peul lui accorder sans hésitation.

Aprè6 la conquête de la Podolie par les Litvaniens, un des fils d'OIgncrd, le prince Koryat, en fut nommé gouverneur ; cl, selon le chroniqueur Mathieu Slryikowski, les quatre fils du prince chassant un jour dans les environs, aperçurent un site qui leur partit favorable pour établir une position fortifiée. Ils y firent donc bâtir un château, a l'ouest de l'île où s'élève la ville, sur la pente du rooher, et l'entourèrent de murailles garnies de meurtrières et de bastions. La ville fut ensuite fondée sur la plate-forme de l'Ile. Quand positivement et comment? on l'ignore; seulement les chroniques nous apprennent qu'afin de penpler la nouvelle cité, le prince Georges Koryatovcicz. hospodar et prince de Podolic, octroya, en 1374, à lu ville et à ses habitants, divers privilèges et dotations en forêts et terrains. Il établit aussi un tribunal de municipalité où les bourgeois devaient vider leurs affaires litigieuses.

Les Arméniens sont des bourgeois de Kamiéniéç les plus anciens et les plus estimables, car ce sont eux qui s'y établirent les premiers, et qui, par leurs capitaux autant que par leur industrie, donnèrent de l'importance à l'endroit. Los rois de Pologne savaient récompenser et exciter leur aè.V», et les nombreux privilèges dont ils jouissaient en font preuve. En 1443, Jean de Ctyr, castellnn et staroste de Krakovie, lieute-

nant du roi en Pologne, octroyant aux Arméniens de Kamiéniéç le privilège de coromereer, dit : c Ce privilège n'est point une faveur noit-

> velle, attendu que lesdils Arméniens ont prouvé » par-devant les seigneurs polonais et par des » documents authonliques, qu'ils avaient obtenn » du roi YVIadislas Jagellon, d'immortelle iaé-

> moire, la confirmation des anciens privilèges » dont les Arméniens jouissaient sons la domina- » lion des princes de Podolie, tels que de vendre » les drops et autres marchandises ; et que ce

> glorieux monarque ordonna aux staroste» et

> palatins de Kamiéniéç de soutenir et protéger » les droits des Arméniens à cet égard. •

Les Polonais et les Russiens participaient aussi aux droits de bourgeoisie. La ville était divisée en trois parties; l'Hôtel-de- Ville et son cercle appartenaient aux Polonais, qui avaient nn président, proconsul, et des échevins, cotuuls; les Arméniens et les Russiens occupaient le marché et la partie du nord : ils avaient également leurs magistrats séparés, c'est-à-dire leurs maires, nommés par le roi de Pologne, et leurs échevias.

Ces trois nationalités ayant des droits distincts, chacune d'elles tirait de son côté, cl cher* chait à faire valoir ses privilèges au délrîment des deux autres. Ensuite, les maires nommés par la couronne avaient un pencliant particulier à vouloir abuser de leur autorité, et do là des plaintes, des récriminations retentissant sans relâche autour du trône. Cet état de en 1491, le roi Kasimir IV à laisse ment aux bourgeois le libre choix de leur principal magistral, et celui-ci fut investi du pouvoir de juger les affaires criminelles et civiles des Russiens; nul autre n'avait le droit de s'immiscer dans leurs différends, et la tâche des starotm te bornait à apaiser les querelles de la noblesse de Podolie et aux affaires de police.

Chaque roi, en montant sur le trône, confirmait les privilèges accordés par ses prédécesseur», ou en octroyait de nouveaux. Nous passerons sous silence rénumération de ces privilèges, d'ailleurs peu importants, et qui concernaient la libre fabrication de la bière, de l'hydromel et de l'eau-de-vie, pour arriver aux améliorations net»" bles et aux événements administratifs de la cité.

Un Arménien, nommé Piarsès, fit, en 1658, le* fonds nécessaires pour le percement d'nn pniH au milieu de la ville ; mais ce fut seulement sous la domination turque qu'elle se trouva approvi sionnée d'eau potable ; de nos jours encore, oi

ne se la procure que moyennant un prix assez cber, vu la grande élévation de Kamiéniéç andessus de. l'Ile qui l'enloure.

Eo 1512, la ville fit un procès aux possesseurs des boi» voisins, afin de pouvoir y jouir «le ses droitsde coupe réglée, droits qui lui avaient été accordés dans de certaines proportions.du temps où ces bois appartenaient à la couronne. Malgré l'opposition des propriétaires, la diète de Piotrkow décida en faveur de la ville; Sigismond 1er, ea 1518 et 1525, et Stanislas-Auguste, en 17G5, confirmèrent de nouveau ce privilège ; mais les possesseurs nobles trouvèrent toujours moyen d'en empêcher l'exécution. Ajoutons en passant qoe jadis, alors que l'omnipotence de la noblesse polonaise existait, l'exécution des arrêts judiciaires rendus contre elle ne pouvait avoir lieu par les gagnants qu'avec l'assistance de leurs voisins et amis; la sentence rendue, il fallait la faire exécuter a ses risques et périls : or, comme les nobles seuls avaient le droit de porter des armes, il s'ensuivait qu'eux seuls également, a peu d'exceptions, obtenaient justice. Kamiéniéç ne pouvait rassembler une armée tout exprès pour s'assurer la jouissance de quelques mesures de bois ; il lui eût fallu soutenir chaque fois une guerre en règle contre la noblesse voisine, qui, dans ces sortes d'occasions, savait toujours se prêter un appui charitable et mutuel. Donc, et en dépit de son privilège, la ville dut payer le bois dont elle eut besoin.

En 1594, Sigismond III, le roi le plus catholique de Pologne, défendit aux Juifs de s'établir toit dans Kamiéniéç, soit dans ses environs ; le séjour même temporaire des enfants d'Israël ne pouvait dépasser trois jours, sous peine d'amende et de prison, tant on craignait les rapprochements avec cette race, qui est regardée comme la lèpre du pays. Entrés furtivement à Kamiéniéç en 1699, et chassés xle nouveau en 1750, les Juifs ne parvinrent à s'y établir détiaitivement qu'en 1795, lors de la domination des Moskovites. Depuis lors, et par des moyens pécuniaires, qui sont seuls tout-puissants sous le gouvernement russe, ils acquirent même le droit de bourgeoisie, et siègent dans les tribunaux municipaux, où leur fanatisme et leur astuce corrompent toute justice en faveur de leur coreligionnaires.

Jean-Kasimir, pour récompenser les habitants de la valeur qu'ils avaient montrée durant le siège de Kamiéniéç par les Kosaks, les Hongrois et les Suédois, dota les maires et éche-

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