TOME
OGNE. m
en Léchie, dans l'année 965, par l'influence de la princesse bohémienne Dombrowka, qni épousa le prince léchite Miecysclaw (Miécislas), aussi luxurieux que Vladimir, et guerroyant avec malheur dans le nord- ouest de la Slavonie, tandis que Vladimir s'avançait vers ses domaines. Les fsechy (Tchèkhes, Bohémiens) occupaient la Crobatie-Blanche, et séparaient, en quelque sorte, les États russiens et ceux de la Léchie.
Mais si l'orient et le midi furent pour le culte grec, le nord et l'ouest des pays slaves étaient pour le culte latin. Cette différence de culte mêlée aux noms des Léchitcs et des Russiens, partagea alors les États slaves de l'est en deux nations distinctes. Depuis ce temps, te Bug et le San sépurèrent deux peuples de la même rare, et furent témoins de luttes terribles, interrompues seulement par des tiers, et qui amenèrent l'établissement de la domination polonaise.
Reprenons le fil de l'histoire. — Vladimir mourut en 1011, et partagea auparavant ses États entre ses fils. La partie dont nous nous occupons fut divisée en trois corps de province : ceux de Kiiovie, de Wlodimirie sur le Bug, et de Przémysl sur le San ; la Kiiovie fut censée le principal des États russiens. I* Pologne fut dominée par le bras vigoureux de Boleslas- le -Grand, qui, après la mort de son père (992), s'empara du pouvoir, en chassa ses frères, et fonda l'unité de la Léchie, transformée bientôt par lui (999) en royaume de Pologne. Avant d'en venir là, il avait expulsé les Bohémiens de la Crobatie-Blanche, soutenu une campagne contre les Russiens (992) sur le Bug, et conclu la paix avec Vladimir-le- Grand. Plus tard H fit deux expéditions contre les usurpateurs de Kiiow ; mais les envahissements des Allemands le forcèrent de voler à la défense de l'occident de son empire. (Voyez t. I, p. 33 a 40.)
Les victoires de Boleslas-le-Grand font époque dans notre histoire, et servent de rondement aux droits de la Pologne sur les terres russiennes. La Léchie, inquiétée sans relâche par la turbulence des princes russiens, occupés à se déchirer continuellement entre eux, fut forcée, à plusieurs reprises, d'entrer snr leur territoire, afin de réprimer leurs désordres (t. I, p. 38 et 120). Ces guerres et ces massacres perpétuels finirent par détruire l'uniié russienne. Un prince russien pilla Kiiow en H69, et transféra ensuite sa capitale à Wladimir, sur la Kliazma; une autre branche s'établit à Halicz, dans la Russie-Rouge
Kiiow resta isolée et penlil ainsi sa suprématie. Les princes de Vladimir sur la Klazma dominèrent la rive gauche du Dnieper, vers le nord, et les Haiiciens la rive droite, vers le midi et l'ouest. Les Etats de ces derniers entrent dans notre cadre.
Parmi les princes polonais qui furent obligés d'intervenir dans les dissensions des princes russiens, et de les raffermir sur le trône ou bien de les en chasser, on compte Boleslas Bouche-dc- Travers, Kasimir- le- Juste, Leszek-le-Blanc, et Boleslas-le-Chaste ( t. I, p. 159, 295, 313, 311 et 315).
L'invasion des Tatars (1240) mit un terme définitif à ces querelles, et plaça sous la souveraineté des envahisseurs les princes russiens. Les barbares tentèrent également de dévaster la Pologne, mais leur domination s'arrêta à l'Ukraine et à la Podolie. Ils régirent leurs conquêtes au moyen de gouverneurs appelés Batkaki, mais les atrocités de ces hordes ne tardèrent pas à les dépeupler presque entièrement : on ne rencontrait plus*que des déserts sans fin, des ruines et des tombeaux, sur cette terre qui respirait naguère une vie si active.
La Russie-Rouge, quoique molestée par les Tatars, les Russiens de l'est et les Polonais, fut plus heureuse, et, en dépit de nombre d'invasions, conserva ou rétablit toujours comme par enchantement son état prospère. La succession la remit définitivement entre les mains des princes polonais.gPresque en même temps les Litvaniens conquéraient sur les Tatars la Podolie et l'Ukraine. (Voy. quant à l'histoire de la Russie-Rouge, l'article sur la ville de Léopol, vol. I, p. 489 et suivantes. )
Gédymin (Guédymine) défit en 1521, sur la Piérna ou Irpien, les princes russiens tributaires des Tatars, les chassa du pays, et après avoir laissé garnison à Kiiow, s'avança vers la mer Noire. Cette victoire mit le comble à la puissance litvanicnne ; les frontières de la Litvanie s'étendirent de la Baltique au Pont-Kuxin ; elles touchaient à l'ouest aux pays polonais, et à l'est aux domaines russes des princes varègues, aim>i qu'aux villes libres de Novogorod-la-G ronde et de Pskow, qui avaient fini par secouer la domination des princes varègues.
Les ducs litvaniens partagèrent entre eux les pays conquis, et s'occupèrent ensuite de les repeupler. Tandis qu'ils étaient à la besogne, Ka-. simir Ic-Graud hérita de la Russie -Rouge, c'csl-
OGNE.
a-dire du royaume de Halicz, qui embrassai1 avec ce dernier pays, la Wolhynic et la terre de Brxésçen Litvanie. ( Voy. t. II, p. 7 et suivantes. ) La Podolie et l'Ukraine appartenaient de droit au royaume de Ha liez, et la noblesse polonaise ne cessa de protester contre la domination des Litvaniens, lorsque ceux-ci s'établirent dans ces provinces, et voulurent se les approprier pour jamais. Ce fut le sujet de longs débats entre la Pologne et la Litvanie ( 1349-1366), débals qui finirent momentanément à l'avantage des Litvaniens ; l'héritage de la Pologne passa alors sous la domination de leurs princes. Luçk, Wlodzimierz en Wolhynie, Brzesç et Chelm, restèrent fiefs de la couronne de Pologne entre les mains de Lubart, prince litvanien. La Podolie, soumise d'abord aux Polonais, devint, par suite des incursions des Tatars, l'apanage des princes Koryats, cousins et vassaux des princes de Litvanie. Plus tard on déposa plusieurs de ces princes, à cause de leur félonie.
Unie à la Litvanie en 1386, la Pologne puuit les vassaux rebelles, et reprit la Podolie, vers 1432. Buczaçki en fut nommé gouverneur, et tant que lui et ses descendants vécurent, cette province dépendit de la Pologne. En 1448, durant la diète de Lublin, et dans les diètes suivantes qui furent si nombreuses sons le règne de Kasimir IV, la noblesse litvanienne demanda qu'on lui rendit la Podolie; mais les Polonais répondirent qu'ayant été acquise à titre d'héritage par Knsimir-le-Grand, elle ne fut jamais possession légitime en d'autres mains. Cette résolution n'apporta qu'un faible remède au mal, car la Pologne, afin de garder plus sûrement sa propriété, octroya à la noblesse russienne de Podolie les privilèges des nobles polonais. La Litvanie et les pays russiens gémissant encore sous le régime féodal, il s'ensuivait que l'égalité était loin d'y régner parmi tous les membres de la noblesse, tandis que ce système n'existant point en Pologne, tous les nobles avaient droit aux mêmes privilèges. Cette égalité des prérogatives offusquait bien les kniax (ducs) féodaux russiens et litvaniens, mais attachait en même temps la noblesse non titrée à la Pologne.
L'union des Eglises^latine et grecque, accomplie vers ce temps à Florence, concourut également à poloniier les terres russiennes cis-borysthéniennes. Isidore, métropolitain de Kiiow, appela tous les Russiens, sous la domination des Jagellons, à adhérer à l'union.
L'influence réunie des privilèges et du culte consolida donc la suprématie polonaise, et anéantit les divisions que l'invasion des Varègues et du rite grec avait semées parmi les races slaves.
Cependant les kniaz, lésés dans leurs intérêts, fomentèrent bientôt de nouvelles dissensions et s'emparèrent, en 1457, d'une partie de la Podolie, celle qui constituait jadis le palatinat de Braçlaw, et qui s'étendait presque jusqu'à la mer Noire. Peu à peu les Tatars, profilant aussi de la négligence litvanieune, commencèrent à s'établir sur le littoral; les vastes domaines des Iazlowiecki, descendants des Buczaçki, furent incendiés par eux. Les Turks conquirent Àkerman en UM, et s'avancèrent au cœur du pays. Le traité de 1533, entre Sigismond I« , roi de Pologne, et le grand-seigneur, ramena la paix et fit prospérer la Podolie et l'Ukraine. L'union définitive de la Pologne et de la Liivanie, accomplie à Lublin en 1569, avait rendu ces pays à la Pologne, ainsi que la Wolliynie ; ils furent incorporés à la province de la Petite-Pologne et formèrent cinq palatinats que nous avons décrits plus haut.
Cette jonction ne mit cependant pas fin aux malheurs de ces contrées ; tous les maux qu'entraîne la guerre la décimèrent sans relâche ; la religion y participa bien un peu, mais ces désastres, dus à l'intolérance, n'approchèrent pas de ceux qu'enfanta l'arrogance de la noblesse secondaire, qui, en secouant le joug des grands, se mit à tourmenter le pauvre paysan et voulut le tenir constamment attaché à la glèbe. Us oublièrent bien vite que la Pologne les gratifia de l'égalité j au lieu d'en remercier la Providence, en libérant leurs serfs, ils sévirent encore plus inhumainement que par le passé contre eux, et leur exemple encouragea en quelque sorte les exactions des nobles sur les paysans dans d'uutrcs provinces de la Pologne.
Mais l'esprit fier et les bras vigoureux des Russiens s'opposaient énergiquement à cette oppression, et, poussés à bout, ils répandirent abondamment le sang des nobles et le leur. Sans entrer dans les détails sur les luttes et tous les combats qui ont ensanglé ces contrées, nous nous bornerons, pour le moment, à retracer simplement les diverses phases que subit le peuple de la souche dite russienne.
Les possessions polonaises dépassaient le bniéper et embrassaient la Russie mineure, c'està-dire le gouvetnementactuel de C/.erniecliow, de Mtawa et de Kharkow ; cette partie des terres
russiennes joue aussi un grand rôle dans le récit qui va suivre. Une fois que la Pologne en fut maîtresse sans contestation, elle songea à l'organiser de son mieux ; plusieurs seigneurs polonais, tels que les Sieniawski, les Wisniowieçki, les Konieçpolski, obtinrent dans ce but de la munificence des rois et des diètes de vastes concessions de terres dans ces contrées : ils y fondèrent d'importantes colonies et cherchèrent à y enraciner de plus en plus la puissance polonaise. Cette tendance leur suggéra même des moyens qui ne s'accordaient pas avec la bonne politique et la justice ; on opprima les paysans, on leur inculqua, par des procédés violents, l'union catholique, qu'on voulut rendre plus forte par la confirmation de Brzesc en Litvanie (1596). Si on eut procédé par les voies évangéliques, par la douceur, ou même par l'adresse et l'habileté, on eût pu espérer des résultats avantageux ; mais la fougue des intendants des seigneurs poussa tout à l'extrême. Tandis que les Juifs soutiraient au malheureux paysan son dernier denier pour l'eau-de-vie dont ils l'enivraient, eux, intendants, lui arrachaient sa dernière vache pour la redevance au maître ; puis le prêtre catholique accourait réclamer la dime et ses anciennes prérogatives. Pressuré, ruiné, force était au paysan d'opposer à tant d'exactions une résistance d'inertie, et le fouet venait alors meurtrir son corps. Cet étatde choses ne pouvait durer longtemps.
Les Tatars faisant de continuelles incursions sur la terre de Pologne, afin d'arrêter leurs courses, on forma, sous Sigismond Ier, une cavalerie composée du peuple de l'Ukraine et des déserteurs des diverses nations, à laquelle on donna le nom de kosaks. Ces soldats défendaient bravement les frontières menacées et souvent même, par représailles, exploitaient les terres des envahisseurs, les Tatars et les Turks. Leur nombre s'accrut considérablement, et leurs richesses tentèrent la cupidité de leurs maîtres ; on voulut les traiter tout à fait en esclaves, en paysans. Mais de braves soldats ne se laissent pas opprimer ainsi, et les Kosaks trouvèrent des nobles, mécontents ou avides de butin, qui se mirent à leur tête. De là les guerres qu'ils soutinrent contre l'aristocratie polonaise et non contre la Pologne, qu'ils estimaient toujours, comme en font foi leurs propres déclarations. Ils prouvèrent qu'ils étaient capables de se battre afin de vivre libres et, malheureusement pour l'humanité, pour se venger aussi de leurs oppres-
seurs. Le xvuft siècle fui témoin de ces luttes sanglantes, qui finirent hélas! par l'asservissement complot du peuple russien et l'affaiblissement, d'abord de la Pologne, et ensuite par son anéantissement.
Le G janvier 1654, Bogdau Chmielniçki, chef des Kosaks de l'Ukraine, se mit lui et les siens sous !a protection de la Moskovie. La Pologne perdit donc ses plus braves garde-frontières et tout le pays au delà du Dnieper, ainsi que la ville de Kiiow; la trêve d'Andruszow, en 1607, et la paix de Moskou, négociée par Grzymultowski et Oginski, eu 1686, la privèrent légalement de ces possessions. Une autre parue de l'Ukraine et de la Podolic passa également aux mains des Turks, qui, en 1072, envahirent ces provinces ; le traité de Buezacz, de la même aimée, leur en adjugea la jouissance, et le roi de Pologne, le roi Michel Korybtii, s'obligea de plus à payer un tribut annuel à la Porte. Ce traité ignominieux ne fui jamais exécuté, et Jean Sobieski, par la paix de Zurawno, en 1676, eu affranchit les Polouais et les fit rentrer en possession de la moitié de l'Ukraine. L'autre moitié, c'est-à-dire le gouvernement actuel de Khcrson, resta, par portions égales, au pouvoir des Turks et des Kosaks zaporogues, qui se déclarèrent vasseaux de la Turquie. La Pologne perdit ainsi complètement les bords de la mer Moire, et celte brave milice, qui lui fut jusque-là d'une grande utilité. La faible partie qui lui resta au-dessous de Baszkow, sur le Dniester, ne signifiait plus rien. Les Turks conservèrent, en outre, la Podolic cl la ville de Kamiéniéc. jusqu'en 1669, époque de la paix de KarloYviu.
Depuis l'invasion des Musulmans, nobles et paysans quittaient à l'envi le pays, qui devint bieulût un désert sous la domination ottomane. La prospérité lui revint avec le pouvoir polonais; mais la partie basse fut à jamais ruinée.
Les Turks occupèrent la région située entre le Dniester et le Boh, appelée par les habitants Pobereze, et les Kosaks zapoiogues celle entre le Boh et le Dnieper, qu'on transforma plus tard (1754) en Nouvelle-Servie, quaud la Russie s'en empara au détriment de la Porte. Les Kosaks, mécontents à juste tkre qu'on introduisit des étrangers chez eux, et de ce qu'on voulait les attacher à la glèbe, se soulevèrent ; mais leurs tentatives de rébellion furent réprimées sévèrement par le cabinet de Pélersbourg, qui se montra plus tolérant pour leurs excursions en
Turquie et en Pologne. Leurs courses en Pologne
se nomment rzexie haydamaçkic ( les massacres des Haydamacks, Kosaks); la plus mémorable est celle de 1768, où 50,000 habitants entassés dans la ville de Human et ses environs furent massacrés par ces brigands. La tzarine Catherine U, ne pouvant maîtriser elle-même les mauvais penchants de cette race pillarde, se vit forcée de U transplanter, en 1775, sur le Kouban, vers le Caucase, où elle forme aujourd'hui la milice des Kosaks de la mer Noire.
Malgré tant de désastres, il restait encore à la Pologne une partie considérable des pays russiens, c'est-à-dire les gouvernements actuels de Kiiow (moins la ville avec son arrondissement), de Podolie, de Wolhynie, et enûo la Russie- Bouge. Bientôt ces terres passèrent entre les mains d'avides voisins, qui n'attendaient qu'une occasion pour déchirer le sein de la Polrgne. Mai avant l'arrivée de ce moment fatal, les sentiments les plus énergiques, les plus nationaux y éclatèrent de toutes parts. Dès 1768, la confédération de Bar commença à agir contre l'empire moskovite, baptisé eu celui de Russie, qui, par vengeance, déchaîna les Haydamacks 6ur les défenseurs de l'indépendance nationale. Puis plus lard, en 1702, quelques aristocrates polonais voyant que la nouvelle constitution du 3 mai 1791 arrachait de leurs mains le fruit des labeurs du paysan, formèrent un complot, qu'ils décorèrent du nom de confédération,* Targowiça, dans le palalinat de Braçlaw, et invoquèrent l'appui de Catherine U pour leurs infâmes menées.
A la suite du premier démembrement (1772), la Pologue perdit la Bussie - Bouge, envahie par l'Autriche, qui semblait proléger les confédérés de Bar. Après la rébellion de Targowiça contre la loi nationale elle second démembrement (1795), les palatinats de Kiiow, de Braçlaw, la Podolic ei la moitié de la Wolhynie devinrent la proie de la Russie, qui excitait et soutenait de ses armes les menées des traîlres. L'Autriche et la Russie recueillirent encore les fruits de leur astuce et de leur force brutale en 1795, année où la Pologne cessa d'exister politiquement. Ce* deux puissances se partagèrent alors Je restant do butin ; l'empereur d'Autriche se titra du nom de roi de la Gallicie et de la Lodomerie (de Halicz et de Wlodziroierz), mais le tzar de Moskovie garda purement et simplement son litre d'empereur de toutes les Russie*, quoique les Russie» polonaises n'eussent jamais fait partie du uarat
uiginzeo
mosloviie dont Pierre Ier forma l'empire russe. Une petite partie de la Russie polonaise fut enclavée en 1809 dans le grand-duché de Warsovie, et le royaume de Pologne la conserva depuis dans la palaliuni de Lubliu, comme une parcelle de drap mortuaire.
Cette Russie slave (la Moskovie est uue Russie sbvo-tatare) partagée en trois parties, et qui aigrit l'empereur d'Autriche contre l'empereur de Russie, tandis que celui-ci n'aspire qu'à s'emparer de laGallicie, qu'il prétend être son héri-
tage vladimiriea, peut un jour offrir un vaste
champ aux combats où se décidera le sort de la Slavonie occidentale ; mais si, avant celte époque, le peuple slavo-russien apprend qu'il n'est le patrimoine ni des Habsbourgs ni des Hostein- Goiiorp, on verra luire dans ce» contrées une liberté et une civilisation dignes au plus haut point de In sympathie et de l'appui de toute l'Europe chrétienne.
Passons maintenant à la description de la capitale de Podolie.
KAMIÉNIÉÇ-PODOLSKI.
La ville de Itamiéniéç est située sur les bords du Smotrycz, par 48° ACf 41" de latitude nord et 24* \S 45 ' de longitude est, méridien de Paris. Elle est à 85 milles de Pologne (15 au degré) au »ud-est de Krakovie. Râtie sur une plate-forme entourée d'eau, tout concourait à lui donner de I importance, et maintes fois elle servit jadis de boulevard à la Pologne contre les attaques des tordes barbares. Mais, si aujourd'hui ses défenses naturelles existent toujours, celles dues à la nain des hommes tombent de toutes parts en ruines.
L'île qui sert de point d'appui à la ville se compose de couches d'argile dure et de calcaire brun ; ce dernier minéral abonde, ainsi que la chaux, et a servi comme matière principale dans la construction des maisons. Le granit, recouvert par le calcaire, renferme des morceaux d'un très-beau quartz. On rencontre dan* quelques endroits de J albâtre, et l'on présume qu'un peu plus bas on trouverait du marbre. Parmi les pétrifications, le madrépore est le plus nombreux; et, par-ci par-là , on voit des couches de pierresgi aailiques.
La ville est donc bâtie sur un terrain pierreux, «eù lui vient son nom; Kamiéoiéç, en polonais, veut dire vile en pierre. De grands rochers escarpés l'entourent au nord et à l'est, et ces masses semblent s'élancer au ciel ou incliner humblement leur front vers la terre.
Les autres monticules offrent un aspect plus riant et se prolongent jusqu'à ceux du Miodobor, où le Bon et le Boxait ont leurs sources. Ça et là foil admire de charmants bosquets et des bois d'une lieue d'étendue; ceux de Padlowçe, de Zwaaiec et de Kubaczow forment «me ceinture 4'édaiaate verdure, et, dans la belle saisou, les haUtants en font l'objet de leurs promenades favorites.
Tout autour de la ville sont des murailles en état d'abandon ; leurs bastions et leurs roudulles servaient jadis à braquer les canons. Les trois poi les, situées à l ouest, s'appellent Laçka, Rwka et Zamkotca( polonaise, russienoeet du château).
Avant d'eulrer à Kamieniéç, on rencontre un petit château fort, dit château souterrain; il servait à défendre l'approche des montagnes qui entourent la ville. Ce château, déjà séparé en deux par un poot-levis, est traversé par un filet d'eau qui, de la rivière Smotrycz, parcourt un cauul creusé à ce dessein. Des remparts, des bastions et des ouvrages d'artillerie environnent le château ; on y arrive par un chemin escarpé, bâti en pierre par les Polonais et les Turks.
La ville possède par elle-même des rues bien droites, larges, pavées et entretenues avec beaucoup de propreté; ee qui, du reste, est facile, car le terrain est assez solide pour pouvoir résister à l'action des pluies. Les maisons portent l'empreinte du goût oriental et sont toutes bâties en pierre.
Au milieu de la place Carrée, la seuls place qui existe, s'élève l'Hètel-de-Ville, surmonte de l'aigle blanc et du cavalier armé, ancien < de la république polonaise. Quand on entre la salle de l'Hètel-de-Ville on aperçoit l'aigle moskovite et au-dessous, une grande tablette de pierre incrustée dans le mur, avec l'inbcriptiop n gros caractères:
SlîMJTC
Palatinatoi PonoLt*
Ga ATITCMNE H llfSCJUMT
S. P. O. C. Casjoxcknus
Xsho DOMIHI HOC CUV.
c Pour les frais de restauration, le sénat et le i peuple de la ville de Kamiéniéç inscrivent ici • leur reconnaissance envers le palalinat de Po- > dolie. An du Seigneur 1754. >
Dans les bâtiments qui entourent la place, et même dans ceux de l'Hôtel-de-Ville, se trouvent des boutiques et des magasins remplis de toutes espèces de marchandises.
Les églises constituent à Kamiéniéç, comme dans toute la Pologne, le principnl ornement de la ville. Les anciens Polonais, peu soucieux des besoins de la vie matérielle, aimaient à consacrer leurs biens à la fondation ou à l'entretien de monuments pieux ; et de tout temps le clergé exerça une grande influence, tant sur l'esprit de la noblesse que sur celui des pauvres paysans, ce qui lui valut d'énormes richesses, dont les gouvernements actuels s'emparèrent sans avoir égard aux clauses de la douation.
Parmi les églises de Kamiéniéç, le premier rang appartient à la cathédrale, placée sous l'invocation de saint Pierre et saint Paul. La basilique est élevée sur l'un des rochers qui environnent la ville; sa hauteur porte 200 pieds, sa longueur 140 et sa largeur 124. L'architecture en est gothique, et sa façade, tournée à l'ouest, fut restaurée par les soins de l'évêque Nicolas Dembowski; elle est surmontée d'une croix en grès, et, de chaque côté de la croix, on a placé les statues des deux saints patrons de la cathédrale. Au-dessus des portes et des armes des restaurateurs du monument, on lit l'inscription suivante : Deo G. O.M. illtutrissimo, excellentistimo, reverendistimo domino Nicolai a Dembowa G or a l)embou>$ki epiteopo Camenecenti, prœposito Miechovietui, huju$ basilicœ restauratori, eapitulum cathédrale obligaiam imponil memoriam anno Dommi 1754.— Tout l'extérieur de léglise a l'apparence d'une nouvelle construction, par suite de travaux récents faits en 1816, époque où l'intérieur fut également restauré. Les cent cinquante piliers de la nef lui donnent un air de majesté que rehaussent encore les quatorze autels servant à célébrer l'office divin. Le maître-autel s'élève jusqu'à la voûte ; c'est un ouvrage en bois, orné en bas des statues de saint Pierre et saint Paul, plus haut de celles de saint Stanislas et saint Étienne, et au faite de celle du Père éternel. Le fond de l'autel, peint à fresque, représente la vue de Jérusalem; Jésus-Christ sur la croix, sa mère et saint Jean évangéliste, debout auprès d'elle, et sainte Madelaine, agenouillée,
en forment, au milieu de l'autel, le groupe principal.
Au nord de la cathédrale on voit une colonne ou minaret (dxamia), élevée par les Musulmans et assise sur un piédestal carré, haut d'une trentaine de pieds. La colonne, construite en pierre, fer et plomb, est haute elle-même d'au moins 180 pieds; elle se dresse majestueusement, et on peut circuler de l'église dans son intérieur au moyen d'un escalior de 150 degrés. Parvenu au haut de cet escalier, on pénètre dans une spacieuse galerie régnant amour de la colonne. De cette élévation le coup d'œil est magnilique ; Kamiéniéç et ses environs offrent un tableau ravissant ; on aperçoit même, à l'aide de longues-vues, la forteresse de Chocim, éloignée de deux milles (trois lieues et demie) ei située sur la rive droite du Dniester. La colonne, qui s'élève encore plus haut, est couronnée d'une statue en cuivre de la sainte Vierge de l'immaculée conception. Ce fut durant leur séjour à Kamiéniéç que les Turks élevèrent ce monument, et ils placèrent à son sommet l'emblème de leur loi, le croissant ; de là, les muslemines appelaient jadis les croyants à la prière dans la mosquée qui avait remplacé la cathédrale. Quand la ville rentra sous le pouvoir des Polonais, il fut stipulé dans les clauses de la capitulation que la colonne et son croissant demeureraient à jamais où ils étaient; mais l'esprit jésuitique trouva moyen de satisfaire aux exigences de la foi, tout en ayant l'air de respecter les conventions : on lit donc fondre à Dantzig une statue de la Vierge, et on la plaça sur le signe vénéré des Turks, qui ne purent s'en fâcher : la lettre du traite avait été respectée.
A quelque distance de la cathédrale, on aperçoit une tombe où ont été déposés les os et les cendres des morts qui y pourrissaient jadis. Sur cette tombe une petite colonne supporte la statue de Jésus-Christ.
L'église ci-devant des Jésuites, et maintenant de l'école du district, se lait remarquer par sa belle architecture et le souvenir de ses anciens possesseurs.
L'église des Dominicains avec son cloître, fondé et bâti en bois en 1560, par les princes Koryatowicz, et construit en pierre après la retraite des Turks, par Michel Potoçki, staroste (gouverneur) de Trembowla, est également un édifice remarquable. La chaire en pierre est façonnée d'une manière pleine de goût, et supporte l'inscription turque : Allah, Allah, R«$ul Allah :
t Dieu est Dieu, et Mahomet son prophète. » Le front de l'église est orné d'une tour en pierre renfermant une horloge.
L'église des nonnes de Saint-Dominique, bâtie par les soins d'Elisabeth Cîeplowska, Tut reconstruite en 1713, aux Trais des nonnes venues de Léopol (Lwow).
L'église des Carmes avec son cloître, détruit par les Turks, qui construisirent à sa place une batterie, fût bâtie grâce aux dons recueillis et aux dotations particulières de Michel Potoçki, le même qui reconstruisit l'église des Dominicains.
L'église de la Trinité est d'une architecture fort simple. Un ange s'élève dans les airs et tient deux esclaves encore enchaînés ; il offre l'image des travaux de l'ordre religieux des Trinitaires, qui avaient pour mission de racheter les esclaves chrétiens des mains barbares.
L'église des Arméniens, fondée en 1767, possède une image miraculeuse de ht sainte Vierge.
La chapelle privée de rarchevéque^gréco-russe renferme une belle mosaïque, et est peinte dans le goût romain.
La cerkitw (église gréco-russe) de Saint-Jean, autrefois cathédrale des Grecs-unis, est remplie de goût et de majesté. Durant la domination turque, elle servit de mosquée au grand-visir.
La cerkiew de la Sainte-Trinité est jointe à un cloître de moines gréco-russes, nommés Czerncy. Ce cloître est une archimandrie ou abbaye grecque-russe de première classe.
Il existait encore jadis un plus grand nombre d églises a Kamiéniéç; nous nous contenterons de rappeler leurs noms de Sainte-Catherine, de Saint-Paul et Saint-Pierre, de Saint-Stanislas, de la Sainte-Vierge, de Saint-Michel, de la Nativité de Jésus-Christ et de la Sainte-Croix, cette dernière derrière le château.
A une lieue de la ville et sur une montagne, près de la route septentrionale, se trouve un cimetière entouré de murailles et garni intérieurement de fossés. On y enterre les catholiques romains, les Arméniens et les Grecs -unis. Une église petite et élégante embellit ce lieu.
Plus près de la ville, on voit le cimetière grécorusse, et à une demi-lieue d'elle, eu arrivaut de Zwanieç, on rencontre du côté du château le cimetière des réformes : il est entouré de murs et bordé de tilleuls.
Le reste de Kamiéniéç n'offre rien qui mérite d'attirer notre attention. Nous mentionnerons seulement les sources d'eau salée qui se trouvent
dans plusieurs endroits de la ville et même dans des cours particulières. Un puits taillé dans le roc, près de l'église de la Trinité, en renferme une des meilleures cl des plus abondantes ; une autre source existe du côté du château, et une troisième au delà de la porte russienne.
Kamiéniéç est la résidence d'un évèque catholique et d'un archevêque gréco-russe, ainsi que des employés civils et ecclésiastiques du gouvernement de Podolie. Elle possède une école de district, des séminaires catholiques et grécorusses, et une institution de jeunes demoiselles. On y compte deux pharmacies, l'une privée et l'autre qui appartient au comité de l'administration générale des hospices, résidant à Kamiéniéç. Elle renferme également un hôpital pour les malades et les aliénés; le général Wilt mit ù la disposition de ces derniers un vaste et agréable jardin. Il y a encore une société de bienfaisance composée de dames nobles, qui secourent les pauvres à l'aide de fonds recueillis par des quêtes, des concerts et des spectacles d'amateurs donnés an profit de l'humanité souffrante.
De temps à autre des acteurs de profession viennent réjouir les habitants, et c'est toute la vie intellectuelle de Kamiéniéç, car le reste du temps on ne s'occupe que de commerce et d'industrie.
Les Arméniens ont établi de grandes mégisseries, où l'on prépare plus de seize cents pièces par an. Deux chapelleries, une savonnerie dans le faubourg de Karwassary ( probablement Caravansérail des Turks), et deux tuileries, voilât pour le surplus des fabriques et manufactures qui comptaient en 1820 deux ccuts ouvriers.
Le commerce se fait avec les villes marchandes du pays, telles qu'Odessa et Berdyczow, pour les étoffes et autres marchandises, et pour les vins, avec la Hongrie et la Moldavie. Le système dé douaues adopté par la Russie et vexatoire pour le commerce, empêche son développement dans les pays frontières de l'empire ; aussi Kamiéniéç, jadis forteresse, ne jouit-elle d'aucune importance sous ce rapport. On n'y voit peint de marchands de la première ghilde ou classe, mais seulement ceux de la seconde et de îa troisième» qui ne sauraient lui donner l'apparence d'une forte place commerciale.
C'étaient autrefois les Arméniens qui s'occupaient principalement de négoce, mais depuis que les Juifs se sont introduits à Kamiéniéç avec les Moskovites, en 179J», ils ont battu en retraite,