‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 24 sur 105 · CAPITALE DE LA POMÉRAN1E POLONAISE · texte numérisé non relu

CAPITALE DE LA POMÉRAN1E POLONAISE

La Wistule, en roulant ses eaux à travers les fertiles contrées de la Pologne, réfléchit trois cités polonaises sur trois principaux points du fleuve : l'antique et monumentale Krako e s'élance non loin des sources de la Wistule; la moderne et élégante Warsovîe la domine au milieu de son cours; la commerciale Dantzig semble proléger son embouchure dans la Baltique. Nos lecteurs connaissent déjà Krakovie et Warsovie ; aujourd'hui nous leur ferons connaître Danuig, et le tableau de cette trilogie wistulienue sera complet.

Aspect gênerai, impressions.

Gdantk, en polonais; Gedanum, en latin; Dantxig ou Danxig, en allemand et en français, est situéeau54° 21' î>' de latitude, cilfi°i8 45 " de longitude géographique. Deux petites rivières, la Radunia ( Radaune ) et la Motlawa ( Mottlau), traversent la ville, pour se jeter par la rive gauche dans la Wistule, qui porte le tribut de ses eaux dans la Baltique à peu près à 2 lieues plus bas. La ville ne s'élève au-dessus du niveau de la mer qu'à 43 pieds.

On remarque à Dantzig les édiGces qui se rencontrent ordinairement dans les villes grandes et riches. Cependant, l'aspect général en est triste, car les rues y sont étroites et les maisons bâties lourdement , dans l'ancien goût gothique mixte. Mais autant l'intérieur est peu remarquable au premier abord, autant les dehors sont délicieux et pittoresques. 11 est peu de cités en Europe qui présentent , dans leurs alentours, des paysages aussi riches et uussi variés. Tous les voyageurs se sont comme entendus pour admirer et célébrer la beauté pittoresque des environs de Dantzig; d'un côté, disent- Us, on croit voir la Hollande en miniature, et de l'autre, un abrégé des vallées des Alpes. A chaque pas, enfin, on trouve des sites qui semblentretraccr aux yeux de l'observateur les beaux paysages de l'Italie. Mais pourquoi faut-il que la nature n'ait pas mis le climat de Dantzig ou harmonie avec une position aussi heureuse?

Les Dantzikois ne jouissent réellement de leurs magnifiques environs que pendant trois ou quatre mois de l'année.

Le baromètre y est extrêmement variable. La température s'élève ordinairement de 20 à 22 degrés Réauinur pendant l'été; on Ta vue monter jusqu'à 30, mais rarement. En hiver, le froid est habituellement de 18 à 20 degrés au-dessous de zéro; on le voit souvent descendre jusqu'à 26 et 28. La situation de la ville, dans un terrain bas et presqu'en entier marécageux, en rend le séjour malsain pendant les fortes chaleurs. Toutefois, en temps de paix, la population y est florissante, et la mortalité peu considérable.

La rivière de la Mottlau, qui va se jeter dans la Wistule à la queue dos glacis de la ville, sert de canal de communication pour les bâtiments marchands qui arrivent à Dantzig et qui en parlent. Un bras de cette rivière forme une lie nommée Speichei slad». La Mottlau est très-ulile à la défense de la ville, en ce qu'elle entretient le système d'inondation créé autour de son enceinte.

Le port de Dantzig est formé par l'embouchure de la Wistule et défendu par les forts de Munde ou Weichselmundc et de Westerschanze. La rade, ou ce qu'on appelle proprement le golfe de Dantzig, consiste dans une partie de la mer qui se trouve abritée contre les vents du nord par la langue de terre sur laquelle est située la petite ville d'Héla. Les fameux werders (Zulawy) forment une île basse el fertile entre la Wistule et la Molilau.

Des vergers, des jardins, des maisons de campagne, des magasins, le mouvement des voitures, des charrettes, des bateaux et des vaisseaux, annoncent déjà à une certaine distance qu'on va voir une cité industrieuse, opulente et populeuse.

Les mœurs des Dantzikois offrent des traits estimables. Comme tous les habitants y sont ou commerçants ou manufacturiers, on voit partout l'activité de l'industrie et le calme des passions. En même temps, les relations commerciales qu'ils entretiennent avec toute l'Europe ont contribué à polir leurs mœurs, et ils ne sont pas

du tout étrangers aux 'charmes des beau-arts, des lettres et des sciences. 11 n'y a presque point de père de famille qui ne procure à ses enfants une éducation conforme à sa fortune. Les jeunes demoiselles surtout s'adonnent à l'étude des langues, à la musique, a la danse, au dessin. Les jeunes gens se forment par les voyages.

Dans cette ville, les bons et les mauvais citoyens sont très-peu mêlés, et très- faciles à distinguer. L'intérêt général y soulève l'indignation publique contre tout individu qui manquerait d'honneur et de probité. D'ailleurs on y voit fort peu de ces germes de discorde qui éclatent souvent dans des capitales. Là, rien ne donne le droit de dominer les autres; ni les talents, ni les richesses, ni même les services rendus à la chose publique : l'égalité républicaine, qui peut-être restreint l'élan de quelques génies supérieurs, étouffe aussi beaucoup de vices et beaucoup de folies au moment même de leur naissance. Les Dantxikoisne souffrent pas de mendiants dans leur ville, parce qu'il y a des moyens d'occupation dans leurs nombreux ateliers publics, des asiles pour les infirmes dans leurs eicellents hôpitaux, et des moyens d'amendement pour les vagabonds dans une maison de correction supérieurement organisée. L'institution d'une maison d'enfants trouvés empêche les assassinats d'enfants nouveau-nés, qu'on n'y voit jamais abandonnés dans les rues, comme il arrive quelquefois dans d'au-

Une circonstance qui contribue à éloigner la misère et la corruption, c'est que les privilèges exclusifs du commerce et de l'industrie sont absolument inconnus. Chacun exerçant librement la profession qui lui convient, fait prospérer également la chose publique et ses affaires particulières. S'il arrivait qu'un méchant homme se trouvât élevé à une magistrature, il serait forcé de devenir probe; autrement sou élévation n'aurait pas une longue durée, surtout s'il était négociant : ses confrères se disputeraient l'honneur de le renverser.

Quant aux jouissances de la vie, on y fait des festins somptueux. La mode veut que toute famille aisée ail une maison de campagne avec un joli jardin. On se couvre des étoffes les mieux conditionnées et des meilleures pelleteries du nord. Les meubles sont souvent magnifiques. On a de belles bibliothèques, de superbes chevaux, et beaucoup de domestiques proprement vêtus. Mais ce luxe est mesuré sur les revenus}

il se montre dans des objets solides et utiles. Les femmes n'y ont point le droit de ruiner les familles et n'en sont que d'autant plus estimables et mieux aimées; c'est à leur influence qu'on doit de voir l'ivrognerie bannie des festins de DanUig, où règne une gaieté douce et peu bruyante ; rien d'ailleurs de plus ravissant que les petites réunions des jeunes gens des deux sexes pour faire de la musique.

Coup a* œil historique sur la Poméranie polonaise.

Avant d'aborder l'histoire de la fondation de la ville de Dantzig et des événements dont elle fut témoin, il est essentiel de parler de cette partie de la Poméramie polonaise dont Dantzig fut le chef lieu. D'ailleurs l'intérêt national réclame le redressement des torts par les preuves authentiques qui renversent victorieusement les envahissements et les prétentions erronées du cabinet de Berlin, sur celte province éminemment polonaise ; ei en attendant que le sabre fasse triompher nos droits, notre plume ne se lassera point de protester contre leur violation, et de réclamer la réunion de toutes les parties de l'antique république polonaise si iniquement détachées par les puissances voisines.

Avant le démembrement de 1778, la Poméranie 6e subdivisait en dix districts. Selon le système leu tonique, on changeait les noms slavespolonaisen termes germaniques, et leschefs-Ueux des districts de Gdansk, Tcxew, Nowe, Swieç, Tuchol, Gluchow, Hirachow, Puçk, Koscierzyn et Skorzewo, prirent dans les livres et sur les cartes géographiques les noms de Dantxig, Dvtchau, Newenbourg , Schwetx , TucheL, Sctochau, Mirchau , Putoig, Behrettdt, Sckoneci. Les deux autres districts de Lawenbourg ei de Butow cessèrent d'appartenir à la Pologne depuis 1657.

Le palatinat de Poméramie avait pour frontières, au nord la mer Baltique, à l'est la Wistule, nu sud la Kuïavie et la Grande Pologne, et à l'ouest la Marche de Brandebourg.

Le nom de Poméranient, qui veut dire habitants de» cotée, n'est connu que par les écrivains du xie siècle, et celui de Poméranie, qui veut dire région maritime, ne l'est que par ceux du xu«. Le premier prince des Poméraniens connu est Worlislas on Wracislaw, en 1 125, époque de l'introduction du christianisme en Poméranie; c'est ce Wortislas qui est la souche connue de la maison des ducs de Szcsecin (Sletlin). Ce

prince laissa deux 61s, Kaaimir et Boguslas. Ces premiers descendants de Wortislas s'agrandirent à l'occident de l'Oder, vers le Mecklenbourg, et vers la Moyenne- Marche de Brandebourg d'aujourd'hui, où ils propagèrent la religion chrétienne. Ces deux frères furent créés princes parl'empereur Frédéric 1er, sous le litre de ducs des Slaves, environ vers l'an 1180. On dit qu'ils régnèrent à Demmin sur la Penne, qui était une de leurs conquêtes sur les Wilques ou Wilcy, Slaves idolâtres, jusqu'au xue siècle. Les descendants de cette famille y régnèrent jusqu'en 1637, année de leur extinction.

Quant à la maison de Poméranie qui a régné à Danuig, elle descend d'un suroste ou gouverneur, appelé Sambor, qui vivait vers l'année 1175. Sambor était gouverneur pour le roi de Pologne, Kasimir-le-Juste, d'une province qui s'étendait le long de la Wistnle, et qu'on appelait la Marche de Dantzig , mais qui ne faisait pas encore partie de la Poméranie. Swientopelk, fils du petit-fils de Sambor, gouverneur de la même province vers l'année 1212, épousa la 811e d'un autre gouverneur, nommé Janus, qui commandait en Kassubie ; et après la mort de son beau-père, Swientopelk s'empara de cet autre gouvernement vers l'an 1220. La Kassubie ( Kaszuby ), province de la Pologne, s'étendait entre la Persante et la Léba, et cette région maritime était appelée aussi Poméranie.

Vers la même époque (1220), Swientopelk s'allia avec Wladislas, dit le Crackeur, duc de Poznanie. Ce prince, expul&é alors de son Ktat par un autre Wladislas, dit le Haut, son oncle, épousa une soeur de Swientopelk, nommée Hélinga, et quelques années après, Swientopelk, aidé de ce beau-frère, se révolta contre Leszek-le- Blanc, roi de Pologne, à qui appartenaient les provinces de Dantzig et de Poméranie ou de Kassubie. Leszek marchait pour réduire Swientopelk, loisqu'il péril près de Gonzawa en 1227 sous les coups meurtriers de Swientopelk , laissant pour successeur un fils âgé de six ans, appelé Boleslas, connu depuis sous le nom de Chaste. Profitant de ce meurtre , Swientopelk usurpa la souveraineté dans ces gouvernements; il s'affermit dans cette usurpation pendant la minorité de Boleslas, et prit le titre de duc de Poméranie , qu'il transmit à son fils Ms/.czug (Mestvinus). ( Voy. T. I, p. 296.)

Après la mort de Mestvin les provinces de Kassubie et de Dantzig revinrent à la Polo-

gne sous le titre de duché de Poméranie.

Il y avait à l'époque de la mort de Mestvm deux princes descendus de Wortislas 1er, dont l'un s'appelait Boguslas IV et l'autre Othon Ier. Le premier de ces princes régnait à Demmin, l'a», tre à Stettin. ils étaient tous deux fils de Barn i m Ier et petit-fils de Boguslas II, qui lui-même était petit-fils de Wortislas 1er. Ces princes, qui ne portaient pas le titre de ducs de Poméraoie, mais celui de ducs Slaves, et celui des villes où ils régnaient, n'élevèrent point de prétentions à la succession du duc Mestvin, ne croyant pas sans doute avoir droit à d'anciens domaines de la couronne, usurpés assez récemment par Swientopelk, et que la Pologne n'avait cédés à Swientopelk ou à son fils par aucun traité. Si quelqu'un avait pu disputer à Przémyslas, duc de la Grande-Pologne et depuis roi de Pologae, la succession du duché de Poméranie, c'eût été Wladislas-le-Bref, qui était le plus proche héritier de Leszek-le-Blanc et de Boleslas-le-Cbaste, sur qui la Marche de Dantzig et la Kassubie avaient été usurpées.

Le duché de Poméranie fut possédé tranquillement par la Pologne pendant les règnes trèsagités de Przémyslas qui fut assassiné par les marquis de Brandebourg Otbon et Jean en 1296; de OltoacreWenceslas, qui gouverna le royaume par ses lieutenants, et de Wladislas»le-Bref, qui succéda à Wenceslas en 1305. Les choses allèrent ainsi jusqu'à la rébellion des Szwença, famille puissante et turbulente, qui appelèrent en Poméranie, non les ducs Slaves , mais le marquis de Brandebourg Voldemar d'Anlialt, vers l'an 1509, et dans le temps où Wladislas-le-Brcf était occupé à recouvrer la Grande-Pologne, que les ducs de Silesie avaient envahie depuis 1305. Voldemar, auquel les Szwença avaient livré h ville de Dantzig, en fut chassé par Bogusz ou Boguslas, gouverneur du château , aidé par les chevaliers Teutoniques, à qui Konrad, duc de Mazovie, avait donne un établissement sur les frontières de la Prusse et de la Mazovie, environ quatre-vingts ans auparavant. Mais cesauxi- Maires s'emparèrent eux-mêmes de Dantzig, ainsi que des principales villes le long de la Wistnle, en 1310. Tous les voisins se jetèreo alors sur la Poméranie: les chevaliers envahireo à peu près ce qui composait ce palatinai avan l'année 1772; les marquis de Brandebourg, c qui composait, à la même époque, la partie sep tentrionule de la Nouvelle-Marche, le long de I

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Drawa ou Drage; et les ducs des Slaves s'emparèrent de ce qu'où appelait les duchés de Kassubie el de Wcuden ou de Vandalie, connus antérieurement sous le nom de Poméranie de Stolpe ou duché de Stolpe. La partie du duché de Poméranie envahie par les chevaliers Teuloniques, et qui seule conserva longtemps le nom unique de Poméranie, fut cédée à cet ordre par Kasimir-le- Crand, par un traité passé à Kalisx en 1343 ; mais par un autre traité passé à Tborn en 1466, cet ordre la rétrocéda à la Pologne, sous le règne de Kasimir IV, fils de Wladislas - Jagellon. C'est alors que cette province fut érigée en palatinat

La partie usurpée par les marquis de Brandebourg, et possédée par les électeurs de ce oom, ne leur avait jamais été cédée par aucun traité. Celle dont s'étaient emparés les ducs des Slaves leur fut maintenue par la permission tacite des rois de Pologne, avec lesquels ces princes contractèrent souvent des alliances, sans cependant qu'aucun acte ait jamais légalisé ce démembrement. C'est à cause de cette partie du duché de Poméranie qu'ils ajoutèrent à leur litre celui de ducs de Poméranie. Après l'extinction de la maison des ducs des Slaves, celte partie du duché de Poméranie passa aussi aux électeur* de Brandebourg et prit le nom de Poméranie brandebourgeoise.

Nous avons déjà dit qu'en 1343, la Pomérasie fut cédée par Kasimir-le-Grand aux chevaliers Teuloniques ; mais que, lors du traité de Tborn de 1466, l'ordre Teutonique la restitua à la Pologne ; ajoutons que le traité d'Oliwa de 1660 lui en confirma la paisible possession. Ainsi, depuis 1290 jusqu'en 1772, c'est-à-dire pendant près de cinq siècles, il ne se trouva ni duc de Slellin, ni électeur de Brandebourg qui prélendit avoir des droits sur le palatinat de Poméranie, ou qui contestât ceux de la Pologne; et cependant Frédéric U, dit le Grand, l'envahit dans le premier partage de la république, mettant en avant de prétendues preuves historiques fabriqués par le cabinet de Potsdam, Cette circonstance est d'autant plus remarquable que ce même Frédéric, quand il écrivait ses Mémoires mr le Brandebourg, qualifie d'injuste toute entreprise sur la Poméranie et la Prusse polonaise.

Histoire de Dantzig; événements mémorables.

D'après toutes les probabilités , la viUe de Danuig se trouvait originairement à l'embou-

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