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coure même de la Wistulc ; mais avec le temps les sables amenés par le courant du fleuve firent alluvion au rivage, et insensiblement la ville se trouva éloignée d'à peu près deux lieues de la mer, ou de Weicbselmunde. Selon les chroniqueurs de la Pologne, la fondation de la cité est attribuée à Wizimir, prince de la première dynastie polonaise de Lech, et qui au vu* siècle faisait la guerre avec les Danois. C'est avec les bras des prisonniers danois qu'il fit élever une ville, et de là le nom de Dansvik, qui signifie port ou golfe danois. Selon d'autres écrivain», cette fondation ne daterait que du temps des guerres deWaldémar 1er, roi de Danemark, qui y établit, entre les années 1160 et 1170, une colonie danoise. Une troisième version bien plus reculée porte, qu'environ trois siècles avant l'ère chrétienne, un roi des Goths, nommé Bireck, courant la mer Baltique avec ses vaisseaux, voulut s'assurer de l'embouchure de la Wistule, et y éleva un petit fort auquel il donna le nom de Gothen-Schantz, qui signifie fort des Goths. Autour de ce fort il ne larda pas à se former plusieurs établissements de pêcheries, qui y troavaient un abri et une protection contre les incursions des pirates. Ces établissements attirèrent eux-mêmes d'autres classes d'habitants; et le commerce, toujours à l'affût de ce qui peut lui convenir, changea promptement le hameau de pécheur en uue vUle. Enfin, la quatrième version veut que, près du château élevé sur la montagne de Gradowa, s'élevait un village nommé Wtck. Dans le château demeurait un certain souverain vandale ou slave qui s'appelait Hadgel. Commo il n'était pas aimé, un jour que l'on dansait à Wick, on surprit Hadgel et on le tua ; et de là, Dantxwick. Toutefois nous n'affirmons rien, nous reproduisons les opinions de nos devanciers, et nous laissons aux lecteurs le choix de ces origines.
Quant aux faits historiques, ils sont positifs. Depuis le règne de Boleslas-le-Grand ( 992- 1025), jusqu'à celui de Boleslas-Bouche-de-Travers ( 1102-1159 ), et dans les guerres qui eurent lieu dans cet espace de temps, la ville de Dantxig figure souvent, quoique sans importance réelle, parce que la ville de Stettin était un point principal, où le commerce de la Pologne se débouchait plus avantageusement. Mais depuis l'époque du partage de la Pologne entre les fils de Boleslas-Bouche-de-Travers, en 1139, les Allemands envahissaient journellement les pos-
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sessions polonaises, et la Poméranie subissait leur influence. Lesgouverneurs de cette province, nommés par les monarques polonais, ne restaient pas toujours fidèles à leurs serments ; de cette manière, l'un d'eux, Swientopelk, nommé par le roi Leszek-le-Blanc, se révolta et voulut être indépendant. Leszek se préparait à le punir, lorsque Swientopelk l'assassina à Gonzawa en 1227.
Mestvin, l'un des descendants de Swientopelk, étant mort sans postérité, donna en 1290 la Poméranic à Przemyslas, duc de Posen ; mais celuici, étant déjà roi de Pologne, fut assassiné par les marquis de Brandebourg, qui en 1307 envahirent même Dantzig. Toutefois la citadelle de Danlzig et sa garnison restèrent fidèles aux Polonais. Les Tcutoniques, qui étaient déjà établis en Pologne, promirent de prendre fait et cause pour la Pologne, et marchèrent sur Dantzig pour en chasser les Brandebourgeois; mais, au lieu de cela, ils font leurs propres affaires; ils entrent à Dantzig (août 1308), c'était l'époque d'une grande foire; ils se jettent traîtreusement sur la population, et dix mille victimes des deux sexes sont immolées à leur rage.
Afin de mieux garantir les résultats de leurs usurpations, les chevaliers Teutoniques élevèrent des remparts en 1342; toutefois, ces précautions n'empêchèrent point la reddition de Danlzig en 1410. En celte année, les Teutoniques, complètement battus dans la mémorable bataille do Grunwald et Tannemberg, furent forcés de remettre Dantzig à Wladislas-Jagellon. En 1 432 , les chevaliers parvinrent à s'en réemparer; mais, en 1454, la ville rentra dans la possession paisible de la Pologne, et en 1406, par le traité de Thorn, toute contestation quelconque des droits de la Pologne fut à jamais écartée.
La ville de Dantzig resta longtemps heureuse et florissante sous la domination bienfaisante des rois des Polonais. En effet, ils la comblèrent de prérogatives et de privilèges, l'affranchirent de tous tributs onéreux, reconnurent son indépendance civile, lui donnèrent le droit d'entretenir des troupes pour sa défense, et celui de se gouverner d'après ses lois, ses intérêts, ses usages. Mais, lorsque le trône de Pologne fut devenu électif, les factions étrangères se mirent en mouvement. La ville de Danlzig, peuplée d'Allemands, fut exposée aux intrigues allemandes. Dès la première élection, en 1573, les votes de la diète se trouvèrent partagés entre le duc Henri d'Anjou et l'archiduc d'Autriche. Danlzig s'était dé-
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clarée hautement pour le prince autrichien, mais Henri d'Anjou resta trop peu de temps sor le trône de Pologne pour tirer vengeance du refus que les Dantzikois firent de le reconnaître. Dans la nouvelle élection qui eut lieu après la fuite de Henri, les Polonais élurent encore deux rois, l'empereur Maximilien II et Etienne Batory, prince de Transylvanie. Danlzig se déclara encore en faveur du premier, dont le parti élait le moins nombreux. Sommée, en 1576, de reconnaître Étienne et d'abandonner Maximilien, la ville, qu'entouraient des forces considérables, répondit qu'elle y consentirait à condition qu'on lui donnerait la faculté de présenter les motifs du refus qu'elle avait fait jusqu'alors, et surtout qu'on rétablirait ses droits et privilèges dans toute leur intégrité. C'était un prétexte ou un faux-fuyant; aussi les griefs des Dantzikois furent considérés comme une révolte ouverte contre l'autorité légitime, et Étienne ordonna d'employer la force pour soumettre les rebelles.
Cette ville avait dès cette époque des fortifica lions considérables; car, exposée aux incursions continuelles de ses voisins, elle avait eu soin d'employer ce moyen de se mettre à l'abri de leurs insultes. Prévoyant que les guerres civiles seraient fréquentes, elle redoubla d'efforts pour accroître ces moyens de défense, et, dès l'année 1572, elle fit venir d'Allemagne et de Hollande des ingénieurs, qu'elle chargea d'accroître ses fortifications et de faire les ouvrages nécessaires pour inonder une partie de ses approches. Dantzig se trouvait donc dans un état de défensive respectable, lorsque les troupes de Batory en formèrent le siège. Cependant, malgré sa résistance prolongée, les Polonais ayant employé pour la soumettre la méthode déjà 'connue du bombardement, elle fut obligée de subir la loi du vainqueur et de se rendre à discrétion. Le 12 décembre 1577 on signa la capitulation, en vertu de laquelle les Dantzikois prêtèrent serment de fidélité, payèrent cent mille écus à titre de dédommagement et vingt mille autres écus pour la réparation de l'abbaye d'Oliwa qu'ils avaient ruinée. En retour, ils furent confirmés dans leurs droits et dans celui du libre exercice de la religion évangéliqne.
En 1598, sous le règne de Sigismond III, quelques habitants soulevèrent une forte émeute contre les gens du roi; c'était à la suite des dissensions religieuses. En 1655, àJ'époque de l'invasion des Suédois, Dantzig repoussa leurs at-
taques et resta fidèle à la Pologne après la mort de Jean Sobieski, le prince de CoDti débarqua à Dantzig. dans l'espoir qu'il serait élu roi; mais il retourna sans avoir réussi.
Après de longues et continuelles vicissitudes, au milieu desquelles les Dantzikois, profitant de l'excellence de leur position, enrichirent et agrandirent leur cité, Dantzig se vit exposée aux horreurs d'un siège.
Auguste U, roi de Pologne, était mort, et Stanislas Leszczynski, qui avait déjà été élu roi sous la protection de Charles XII, fut réélu de nouveau. Les cabinets de Saint-Pétersbourg et de Vienne, qui s'étaient hautement opposés à son élection, ne se tinrent pas pour battus, et manœuvrèrent avec tant d'habileté que, trois semaines après la nomination de Stanislas, une faction composée de ces aristocrates qui se vendent toujours au plus offrant élut l'électeur de Saxe, sous le nom d'Auguste lil.Afin de soutenir par la force cette nomination illégitime, le nouveau roi leva des troupes et attaqua Leszczynski du côté de la Saxe, landis que les Moskovites envahissaient la Pologne de leur côté.
La ville de Dantzig, qui reconnaissait presque seule encore le pouvoir de Stanislas, lui offrit généreusement un asile, et ne craignit point, par cet acte de magnanimité, d'attirer sur elle la vengeance des envahisseurs étrangers. En effet, les Moskovites et les Saxons ne surent pas plutôt qae Stanislas, suivi de quelques nobles Polonais, s'était réfugié dans Dantzig, qu'ils coururent l'assiéger. Le comte de Munich était à la tête des troupes alliées, et c'est sous ses ordres que la tranchée fut ouverte, au commencement de mars 1754.
L'Europe entière avait les yeux ouverts sur cet événement; on ne concevait pas comment Louis XV, gendre de Stanislas, ne prenait point ouvertement sa défense, et semblait lâchement l'abandonner à sa mauvaise fortune. L'étonnemeat augmenta encore lorsqu'on apprit que ce monarque se contentait d'envoyer par mer, à son beau-père, un secours de quinze cents hommes, commandés par un brigadier. Ce dernier, arrivant à la vue de Dantzig, s'imagina que sa commission n'était point sérieuse et alla relâcher en Danemark. Un Français, qui se trouvait dans ce royaume, allait montrer plus de courage et de générosité que le roi Louis XV et son brigadier.
Le comte de Plelo, ambassadeur de Fiance à Copenhague, vit avec indignation cette houleuse
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En 4697, retraite. Il prit donc la résolution de soutenir le roi Stanislas à Dantzig, ou'd'y périr avec sa petite troupe. De Plelo part avec les quinze cents Français pour attaquer trente mille Moskovito- Suxons, arrive dans la rade de Dantzig, débarque, s'avance sur trois colonnes vers les retranchements ennemis, arrache les palissades, force les barrières et est sur le point d'entrer dans la ville. Cependant les Moskovites résistaient avec courage. Un grenadier de cette nation, étonné de la bravoure française, met en joue le comte de Plelo et ose lui dire qu'il va l'étendre mort, s'il continue à vouloir mener inutilement tant de braves gens à la boucherie. Pour toute réponse, de Plelo lui passe son épée au travers du corps et poursuit sa marche. Le comte et ses grenadiers redoublent d'efforts : ils étaient sur le point de forcer la ligne, lorsque l'intrépide Plelo tombe mort, percé de mille coups. Ses soldats, animés par son dévouement sublime, se retranchent, fortifient leur camp, y soutiennent, pendant un mois, un siège et des combats continuels, et ne se rendent qu'au moment d'être forcés.
Toutefois, ces braves n'avaient point consenti à mettre bas les armes, avant d'avoir obtenu une capitulation honorable. Le général Munich avait promis de les faire conduire dans un port de la Baltique, où ils pourraient s'embarquer pour la France; mais, par une perfidie classique du cabinet tzarien, Munich prétendit que, la capitulation n'ayant point spécifié dans quel port de la Baltique il devait les faire conduire, il avait le droit de les diriger sur Saint-Pétersbourg, qui est aussi un port de la mer Baltique. Cette infâme interprétation d'une capitulation solennelle devint pour les Français qui en furent la victime une source inépuisable de dégoûts et d'humiliations. Déclarés prisonniers de guerre par une violation manifeste du droit des gens, ils furent promenés pendant plusieurs jours dans les rues de Narva et exposés aux regards ébahis des Moskovites, par Tordre exprès de la tzarine Anne, qui était bien aise d'habituer ses sujets à l'idée que les Européens du midi n'étaient pas invincibles.
Dans cette cruelle alternative, le roi Stanislas ne voulut pas rester plus longtemps dans la ville de Dantzig une cause de ruine et de destruction ; il se déguisa en paysan et parvint à s'échapper, en traversant les positions ennemies, au milieu des plus grands dangers. Cependant l'évasion du roi ne ralentit pas le zèle des Dantzikois; ils ne
consentirent à capituler, le 9 juillet 1754, que lorsqu'il ne resta plus aucun moyen de défense. Auguste III, en faisant son entrée dans la ville, et voyant son état de délabrement, put facilement se convaincre combien il en conte aux peuples pour recevoir des rois malgré eux. Il fit annoncer à l'Europe que l'ordre régnait à Dantzig» et il déclara par la diplomatie qn'il régnait par le choix libre et national du peuple !
Dantzig survécut au démembrement de 1772 ; mais le roi de Prusse, n'osant point s'en emparer de force, voulut amener sa soumission en gênant son commerce, en établissant des droits sur la Wistule et sur toutes les cotes de la mer, et surtout en favorisant, à son détriment, le commerce des villes voisines. Cepèndant tel était l'attachement des Dantzikois pour la Pologne, et surtout leur amour pour l'indépendance dont ils avaient toujours joui sous la domination polonaise, qu'ils aimèrent mieux supporter toutes les privations que de se soumettre à la Prusse.
Enfin, en 1793, à l'époque où le second partage de la Pologne fut arrêté entre les anciens coenvahisseurs, le cabinet de Berlin obtint de ceux de Saint-Pétersbourg et de Vienne l'autorisation d'employer la force des armes pour s'emparer de Dantzig. C'était, disait Frédéric* Guillaume, un faible dédommagement de tous les efforts que faisaient ses sujets pour soutenir la guerre contre la France républicaine.
Le général prussien de Blomer en forma le blocus le 8 mars 1793, puis somma la ville de reconnaître la domination paisible et paternelle de la Prusse, sous peine d'exécution militaire. Le peuple dantzikois, n'écoulant que sa haine historique et nationale contre les envahisseurs étrangers, voulait se défendre en désespéré. Mais les vœux du peuple furent vivement repoussés par les hommes puissants et riches, dont un grand nombre était d'ailleurs gagné par les promessei flatteuses du roi. Le sacrifice de la liberté parut moins pénible que celui de la richesse, et, par un acte que sans doute il n'avait pas le droit de consentir, le sénat livra la ville et son territoire aux serviteurs du roi de Prusse ; mais, retenn par une dernière honte, il stipula que les forts fussent livrés secrètement. Cette réserve faillit devenir funeste aux Prussiens et aux riches Dantzikois eux-mêmes.
En effet, le 5 avril 1793, les troupes prussiennes, suivant la convention, se mettaient secrètement en possession des lieux fortifiés.
Quelques braves du penple, qui s'aperçurent de leurs mouvements, s'imaginèrent qu'ils cherchaient a surprendre la ville, et crièrent aussitôt aux ormes. Au même moment, les Dantzikois se trouvent rassemblés ; les soldats eux-mêmes se révoltent contre leurs officiers qui voulaient les retenir. Le peuple se précipite en foule et tire sur les Prussiens. Un autre rassemblement s'étant emparé des batteries placées sur les hauteurs du Cavalier, les dirige sur le faubourg de Neugarten, habitation ordinaire de l'aristocratie et de la richesse ; mais les Prussiens braquèrent leurs canons sur le peuple, qui fut obligé de se soumettre, tout en criant à la trahison', et dès ce moment la ville de Dantzig devint une annexe de ce royaume de Prusse, formé depuis deux siècles d'une suite non interrompue d'usurpations et d'injustes envahissements.
Dantzig, en perdant ainsi sa liberté, son indépendance et sa nationalité, recouvra promptement cette opulence qui, dans les grandes cités, semble tenir lieu de tout. Le commerce, encouragé par la Prusse, reprit un vaste développement, et son port devint de nouveau l'entrepôt général où venaient se rendre les marchandises et les productions du nord et du midi de l'Europe. Quelques bons esprits gémissaient encore d'avoir été obligés d'accepter la domination militaire de la Prusse. Plusieurs mouvements insurrectionnels eurent même lieu dans les moments qui suivirent la prise de possession. Hais tons les efforts des Dantzikois indépendants, pour briser les chaînes de leur esclavage, furent comprimés par les Prussiens, à la disposition desquels se trouvaient tous les ressorts de la puissance, et qui pouvaient traiter les habitants en sujets vaincus. Car la lâcheté du sénat, en traitant avec un envahisseur étranger, avait été telle, qu'il n'avait fait aucune stipulation pour la conservation des prérogatives et des privilèges dont jouissait autrefois cette antique cité polonaise.
Telle était la situation politique de Danuif?, au moment où le roi de Prusse ou plutôt une nouvelle coalition des rois se mit en tête de déclarer la guerre à la France napoléonienne.
La nouvelle du désastre de Iéna parvint bientôt à Dantzig. Peu confiante dans les dispositions des habitants à son égard, la cour de Prusse y entretenait une garnison nombreuse, toujours prèle à s'opposer à tout mouvement national. Le général de cavalerie comte de Kalkreutli
avdit été longtemps gouverneur de la ville, et il avait réussi à se faire aimer des Dantrikois ; mais dès l'ouverture de la campagne, Ralkreuth fut rappelé auprès du roi, et avait été remplacé par le général de Mansiein, homme aussi dur et cruel qne le premier était bon et humain. Mansiein crut que les palissades garantiraient la ville contre toute attaque, et à cet effet H ordonna l'abattage de tous les arbres dont les fossés étaient garnis, et qui couvraient les charmantes promenades qui entourent Dantzig. Les habitants portaient tine sorte de vénération à ces arbres séculaires épargnés lors du siège de 1754; l'on vit même un bourgeois tellement exaspéré de voir abattre ceux qui ombrageaient sa maison, qu'il tira sur les travailleurs. Mansiein le fit pendre ; puis complétant ce qu'il appelait son système de défense, il fit brûler plusieurs faubourgs, et les voleurs consumées dans les divers incendies montèrent à plus de douze millions de francs.
Lorsque Napoléon arriva dans la Prusse orientale, il avait ordonné la formation d'un dixième corps d'armée sous les ordres du maréchal Lefebvre : les Français, les Polonais, les Saxons et les Badois en faisaient partie. La première attaque contre le poste de Stolzenbcrg eut lieu le 16 mars 4807. L'exaspération des Dantzikois fut telle, que Manstein fut rappelé le 18 mars, et Kalkreuth vint le remplacer. La garnison prussorusse était forte de vingt mille hommes, et Lefebvre, qui commença l'investissement avec ses huit mille hommes, n'en eut jamais plus du double I sa disposition. Mais c'étaient des Français et des Polonais, et ils avaient une confiance aveugle dans leur général, et la plus haute opinion de sa propre valeur.
Les troupes, fatiguées de plusieurs combats de irait, pliaient tin jour : c'était le 15 avril, lorsqu'averti du danger, le maréchal Lefebvre, suivi de quelques généraux et de ses aides de camp, accournt au lieu du désordre. Un bataillon du 44» de ligne venait également d'arriver. Aussitôt le maréchal quitte son habit et ses insignes, et Comme s'il n'était encore qu'un officier de fortune, il s'élance dans les rangs du bataillon en l'écriant : « Allons, enfants, c'est aujourd'hui notre tour, i En un instant, l'intrépide maréchal se trouve au plus fort de la mêlée. Electriscs par tant d'héroïsme, tous les soldats veulent l'enton- •*f, lui faire un rempart de leur corps, t Mes «ns, leur crie-t-il, et moi aussi je veux combattre! * La charge bat, on court, et le maréchal, à
la tête de ses bravés, se précipite dans la re> doute, à travers une grêle de ballesetde mitraille. Le cime est violent : les Prussiens et les Moskovhes se défendent avec une espèce de rage ; mais une dernière charge à la baïonnette décide la victoire. Le grand Condé a longtemps lassé les cent bouches de la renommée, parce que, dans une action ù peu près semblable, il avait lancé son bâton de commandant dans la mêlée. Que dire donc de Lefebvre s'élançant lui-même dans la redoute, et montrant a ses soldats le chemin du danger et de l'honneur?
Le siège et les combats duraient toujours, lorsque l'empereur Napoléon, apprenant le départ de Pillau du général russe Ramenskoï pour renforcer la garnison, donna ordre au maréchal Lannes, duc de Montebello, de se porter de Marienbonrg sur Dantzig, et d'appeler à lui la division du général Oudinot, afin de renforcer l'armée assiégeante. Le 12 mai cette réunion eut lieu. Là présence inopinée de ce secours produisit un effet magique. Lefebvre s'était jeté dans les bras de Lannes et d'Oudinot. De ce moment la victoire ne devait plus être incertaine. Dantzig n'offrait plus qu'un spectacle de désolation ; aussi, le 24 mai 1807, la capitulation fut signée. Le maréchal donna des ordres sévères pour que la discipline la plus exacte fut gardée. Les Djntzikois, étonnés de vivre au milieu de leurs vainqueurs, ne lardèrent pas à s'applaudir d'avoir changé de maîtres; d'ailleurs ils revoyaient une partie de leurs compatriotes, les Polonais, et leur joie en fut extrême.
Parmi tant de braves qui se sont distingués durant ce siège, les rapports officiels mentionnaient les Polonais suivants de tons grades : Ber« gonzoni, Downarowicz, Amilcar Kosinski, Kozieryeki, Rrasinski, Modzelewski, Nicmoiewski, Michel Radziwill, Rembowski, Schmeler, Michel Sokolnicki, Antoine Sulkowski, Zaleski, Georges Zenowicz.
Dans les premiers jours de juin, Napoléon quitta son quartier général de Finckenslein, et arriva à Dantzig, où il fut reçu avec acclamation ; mais il repartit bientôt pour Finckenslein, où il se trouvait plus à portée de la grande-armée.
Le général Rapp fut nommé gouverneur de la place, et par le décret du 28 mai 1807, l'empereur créa Lefebvre duc de Dantzig, avec une dotation endomainessitués en France. Parle traité de Tilsitt signé le 9 juillet entre Napoléon et Frédéric-Gnillaume III, les articles 19, 20 et 21
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portaient les clauses suivantes quant à la ville de Daotzig : « La ville, avec un territoire de deux lieues de ruyon autour de son enceinte, sera rétablie dans son indépendance, sous la protection de S. M. le roi de Prusse et de S. M. le roi de Saxe, et gouvernée par les lois qui la régissaient à l'époque où elle cessa de se gouverner elle-même. S. M. le roi de Prusse et S. M. le roi de Saxe, ni la ville de Danlzig ne pourront empêcher par aucune prohibition, ni entraver par l'établissement d'aucun péage, droit ou impôt, de quelque nature qu'il puisse être, la navigation de la Wisiule. La ville, les port et territoire de Danlzig seront fermés, pendant la durée de la présente guerre maritime, au commerce et à la navigation des Anglais. »
Durant sept années qui s'écoulèrent depuis 1807 jusqu'en 18 13, la ville jouissait d'une parfaite tranquillité, et la forteresse fut restaurée par les soins du génie français. Mais à la suite de la désastreuse retraite de Moskoji, Dantzig, Thorn, Modlin, Praga et Zamosc devaient servir d'appui a la ligne d'opération sur tout le cours de la Wisiule. Les débris de l'armée française se réfugièrent donc dans ces places. La ville de Dantzig reçut dans ses murs trente-cinq mille neuf cent trente - quatre hommes; mais il n'y en avait guère que dix mille sous les armes, au moment où les Moskoviies et les Prussiens l'assiégèrent, dès le 21 janvier 1815. L'armée assiégeante, forie de trente mille hommes et commandée successivement par l'atlaman Platoff, le général Lewis et Alexandre, duc de Wurtemberg, était pourvue de toutes les ressources, et cependant le général Rapp, avec ses braves, sut résister pendant près d'une année! En proie aux épidémies et à la famine, faisant plusieurs sorties éloignées, ci livrant de nombreux et sanglants combats, ayant perdu près de vingt mille en morts, et le reste par la défection des troupes étrangères, la garnison, comptant à peine sept mille combattants, céda une place qu'elle avait défendue pendant huit mois de blocus et quatre mois de siège.
La capitulation fut signée le 29 novembre
1813, entre le duc de Wurtemberg et le comte Rapp. La garnison devait sortir le 2 janvier
1814. Les Français pouvaient rentrer en France, et les Polonais suivre le sort des premiers ; les troupes des autres nations rentraient dans leurs pays respectifs, car le désastre de Leipzig avait déjà changé Iajftce de l'Europe. Mais au moment
où les Français allaient prendre la route de leur pays, le duc de Wurtemberg annonce au général Rapp que le tzar Alexandre approuve la capitulation du 29 novembre, à l'exception, cependant, que les Français seront conduits au fond de la Moskovie. Cette in f Ame violation d'an traité aussi solennel souleva l'indignation générale. Un second traité fut signé le 29 décembre ; les Polonais, au nombre de trois mille six cent vingt-six, durent être renvoyés dans leur pays, pour être outragés par le farouche Constantin; et cinq mille deux cents Français durent marcher à travers les plaines glacées de la Moskovie, pendant la saison la plus rigoureuse de Tannée 1
Au milieu de ces désastres, les militaires de tons grades, appartenant à différentes nations et qui composaient la garnison, donnèrent des preuves du plus beau courage ; mais désirant, dans toutes les circonstances possibles, conserver religieusement les noms de nos compatriotes, je vais rappeler ceux qui méritèrent une mention particulière dans les rapports des chefs respectifs; et les noms de ceux qui furent décorés de l'étoile de la Légion-d'Honneur se distinguent par un astérisque. Les Polonais formaient alors un corps composé des cinquième, dixième, onzième régiments de ligne, le neuvième de lanciers; h première batterie d'artillerie à cheval, les dixseptième, dix-huitième et vingtième batteries d'artillerie à pied et une compagnie de sapeurs du génie. * Bogatko (Laurent); * Boguslawski, chef de bataillon; Brolinski; * Czyzewski, lieutenantcolonel ; * Deskur, major ; Dobrzanski, commandant les sapeurs ; Dombski; ' Dybowski, chef de bataillon; Hann, commandant la vingtième coin pagnie d'artillerie ; * Kaminski (Henri), colonel; Katarbinski; Kaminski ( Louis), chef de bataillon; * Koss, capitaine du génie ; Kowalski, capitaine ; Lépigé, capitaine d'artillerie; Upinski; Malu/alek, sergent; Me) nier; Naumann, capitaine de lanciers; Ncynian (Mathieu), chef d'escadron; * Nowicki, colonel, soiis-chef-d'éiat-major-général ; * Oslrowski ( Wladislas ), chef d'escadron d'artillerie à cheval; Pomianowski, chef de bataillon; Potocki, chef de bataillon ; * Racxynski, capitaine d'infauterie; * Radziwill (Michel), général de brigade; Razewski; Regulski, lieutenant de cavalerie ; Rolbicki, chef de bataillon; Rumpel, capitaine de lanciers; Stokowski; Swiderski, capitaine d'artillerie; Szembek (Pierre), chef de bataillon; 'Sznayde (François), Ueutenantdelaa-
ciers; Zariinski; Zielinski ( Ignace), chef d'escadron de lanciers.
Depuis 1815. la ville de Dantzig fut annexer aux États du roi de Prusse, et devint le cheflieu de la régence de Dantzig dans la Prusse occidentale.
Commerce; navigation.
Dantzig était au nombre des viller les plus importantes de la ligue anséalique. Le roi Kasimir IV, en accordant les privilèges à la cité, s'était réservé la suprématie sur le port et sur les bords de la mer, laissant seulement aux Dantzikois le soin de les administrer; mais plus tard, ils s'arrogèrent le droit de l'entrepôt général (ju$ stapulœ ) ; le roi Sigismond 1er s'y opposa ; sous les règnes suivants, cette discussion se renouvelait souvent, et les Dantzikois surent faire réussir toutes leurs prétentions. Toutefois le gouvernement de la Pologne ne cessait de tirer d'immenses ressources de cette ville. La position de Dantzig était d'autant plus admirable, que tous les produits agricoles de la Pologne pouvaient être descendus par le San, la Pilica, le Bug, la Narew, la Drwença, et déchargés ensuite à Dantzig par la Wistule. Dans les beaux temps de la Pologne, pins de mille bâtiments visitaient annuellement Dantzig. En 1619, on exporta jusqu'à 102.000 lasU de blé ; les Polonais percevaient 75 °/Q, et les Dantzikois trouvaient encore moyen de gagner 15 °/0, ce qui réellement faisait 100 %; et les artisans, industriels et manufacturiers de toute espèce affluaient dans la ville. Aussi le cabinet de Berlin attachait-il le plus grand prix à l'envahissement de Dantzig. En 1772. après s'éire emparé de la Prusse polonaise, il vexait tellement le commerce de la Wistule, que la population de Dantzig, qui montait à quatre-vingt mille âmes, descendit successivement à soixante et à quarante mille; mats quand cette ville tomba tout à fait au pouvoir du roi de Prusse, il lui redonna de la prospérité, et aujourd'hui sa population est de cinquante-cinq mille habitants, et le chiffre moyen des bâtiments qui chaque année visitent son port est de cinq cents. En 1834, ce nombre s'éleva jusqu'à six cent quarante-quatre bâtiments, et parmi eux on comptait sept navires anséa tiques, trois russes, dixsept suédois, soixante-deux norvégiens, trente-
huit anglais, cinquante-quatre hanovriens, douze oldcnbourgeois, cent trente -trois hollandais, quatre belges, un français et deux cent quatrevingt-cinq prussiens; l'importation était de 61,996 tonnes de marchandises, l'exportation de 50,021 tonnes. Dantzig possède quatre-vingts bâtiments à elle, avec trois mille matelots. Deux grandes foires, du 5 août et du 11 novembre, attirent une foule innombrable.
Municipalité; Hôtel-de- Ville.
Outre ses privilèges, comme ville anséatique, Dantzig avait ses immunités spéciales, quand elle faisait partie de la république polonaise. Les députés de cette ville avaient le droit de voter aux diètes ordinaires et à celles de l'élection des rois. Elle était gouvernée par quatre bourgmestres et quatorze sénateurs, parmi lesquels le roi choisissait son lieutenant appelé bourgraf. C'était la première autorité de la ville ; la se* conde résidait dans le corps des conseillers (lawnicy) ; la troisième portait le nom de grand sénat, et se composait de cent représentants. Dans toutes les affaires qui dépassaient la valeur de 500 florins de Pologne, on devait appeler aux jugements de la cour royale de Warsovie. En 1657, le roi Jean-Kasimir accorda les titres de noblesse à toute cette municipalité.
L'Hôiel-de-Ville, qui sert de siège aux autorités de Dantzig, est un des édifices remarquables à différents titres. Il fut fondé en 1311. mais depuis il changea souvent de forme; en 1468, on y éleva une haute tour, mais l'incendie de 1556 la réduisit en cendres. En 1561 , sous le règne de Sigismond-Auguste, dernier rejeton des Jagellons, l'Hôtel-de-Yille et sa tour furent restaurés, et ils sont tels que les représente notre planche.
Quoique l'intérieur de cet édifice soit imposant, cependant son intérieur est infiniment plus intéressant et plus curieux à examiner. Il y a deux grandes salles destinées au conseil des magistrats; entre les sculptures et les ornements en bois ou en pierre du temps du xvie siècle, on remarque des figures allégoriques, et les armoiries de Dantzig et celles de Pologne. C'est là qu'en 1457 le roi Kasimir IV fut salué du titre de libérateur, et c'est dès lorsque ce monarque jeta les bases de (a belle prospérité dont jouissait la ville de Dantzig. C'est là qu'Alexandre en 1504. Sigismond I'r en 1521, Sigismond-Auguste.Batory, Sigismond II(
et Wladislas IV, recevaient les hommages et les serments de fidélité des Dantzikois. Les archives de la ville remontent au xiu» siècle, et possèdent des matériaux très- importants à l'histoire de la Poméranie cl de la Prusse polonaise.
L'horloge à carillon de la tour de l'Hôtel-de- Yille était une des curiosités de la ville. Elle marchait encore en 1813; à chaque quart d'heure elle sonnait un petit air, et à chaque heure un psaume de David. La vue dont on jouit du haut de cette tour est des plus pittoresques.
Statistique.
La ville de Dantzig est divisée en six arrondissements ; cinq portes lui servent d'entrée, et six faubourgs l'entourent. On y compte vingt et une églises, dont treize pour les Luthériens, cinq pour les Calvinistes, quatre pour les Catholiques et deux couvents.
Il y a un hôpital de la ville qui contenait en 1835 quatre mille malades; la maison de refuge pour les pauvres, trois cents personnes; l'hôtel des orphelins, trois cent quatre-vingts personnes; la société de bienfaisance a secouru neuf cent vingt et une familles et a vêtu trois cents enfants.
La ville possède trois écoles d'enfants pauvres,
un gymnase, une école normale, une école de dessin, l'institut de la marine, trois écoles supérieures et douze écoles élémentaires. Il y existe une société de naturalistes, une société de physique, un observatoire astronomique, un cabinet d'histoire naturelle, et une bibliothèque de trente mille volumes.
C'est à 2 lieues de Dantzig que se trouve la célèbre abbaye et l'église des Citeaux, appelée Oliwa. Elle est située dans une position délicieuse. On y aperçoit des mausolées du su* siècle, élevés à la famille de Sambor. En 4284, 4834 et 4432, le couvent fut pillé par les Prussiens païens et par les Bohémiens. En 4454, le roi Kasimir IV eut ici une entrevue avec Kanut, roi de Suède. En 4577, le roi Étienne Batory restaura l'église et l'abbaye. En 4387, Sigismond 111 y jura les pacta contenta. En 4645, Marie-Louise de Gonzague y séjourna quelque temps avant d'arriver à Warsovie pour épouser Wladislas IV. C'est à Oliwa aussi que fut conclu le fameni traité du 3 mai 1660, entre la Pologne et h Suède, sous la garantie de la France. La Livonic fut perdue et la Prusse déclarée indépendante. Le roi Jean-Kasimir signait ce traité les larmes aux yeux.