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LE JOUEUR DE LYRE

ESQUISSE DES MOEURS LITUANIENNES (i).

TRADUIT DE KlCKIBWICZ.

Vois ce vieillard attt vêtements étranges, Sa barbe et ses beaux cheveux blancs; •x beaux garçons, roses comme deux auges, Guident vers nous ses pas tremblants.

jit la route en jouant de la lyre, Les gars jouant du chalumeau!

or son passage on se presse, on admire, On veut l'amener au hameau.

• Viens égayer La f«ts du village,

Les fruits ne bous manqueront pas :

Les dons du ciel, galmeot on les partage, El notre gite est à deux pas. •

En inclinant son front couvert de neige, Sous un tilleul il vient »*aaaeoir :

A ses côtés s'établit son cortège, Admirant In fête du voir.

Ici l'on danse, un bûcher fume et brille,

A l'eotour filltt* et garçons, Formaot la ronde où le plaisir pétille,

Célèbrent les jours de» moissons.

A son aspect on s'arrête : — Silence!

On n'entend plus le tambourin, Le feu pâlit, et la foule s'élance

Vers le siège du pèlerin.

• Digne étranger, saint ! le ciel t'amène,

La joie habite nos séjours, Tes pieds sont las d'une course lointaine, Cher noua viens passer de beaux jours.»

Ils l'entraînaient vers les riches corbeilles. Et vers le siège de gazon :

• Veux» lu goûter ce vhi de nos abeille»,

Ou bien les fruits de la saison ?

•Voici ta lyre et voilà nos offrandes, Que ces enfanta sufrent ta voix:

Chargés par nous de présenta, de guirlandes, Chantez-nous un air tous les trois.

-Cest bien, dit-W, écoutez, je commence :

( L'essaim a Pentour te serra >; Que voulez-vous, chanson nette ou romance ?

Un sonnet? — Ce qu'il vous plaira.»

Il prit son luth, et vidant nne coupe

Où pétillait te plut doux miel, U6t un signe au* enfants, à m troupe,

El chanta les yeux ver» le ciel :

(i) Douars. L'idée eu est prise d'un chant populaire

« Amis, je vais de village en village,

Longeant le rapide Niémen, Chantant toujours en mon pèlerinage

Les joyeux refrains de l'hymen.

» A m'écouter aucuns trouvent des charmes,

Pourtant ils ne comprennent pas; Je vais plus loin en essuyant mes larmes,

Et le Niémen guide mes pas.

• Si dans ces lieux quelqu'un pouvait m 'entendre :

Il viendrait me presser la main ; Héler aux miens les pleurs d'une âme tendre :

Ici finirait mou chemin. »

Le vieillard cesse, et d'un regard humide Parcourt les bosquets et tas champs.

Quelle est au loin celle vierge timide, Debout, attentive à ses chants ?

Sa main commence une écharpe de roses,

Faisant, défaisant tour à tour; El ce berger, contant de douces choses,

Recevant ce gage d'amour ?

Comme un blanc lis sa figure est baissée,

De cbeveux d'or, les yeux voilés ; Son front est calme; hélai! mais sa pansée

S'enfuit vers les jours écoulé».

Comme la feuille au rosier se dérobe

Dans le silence des zépbirs, Sur sa poitrine ainsi frémit la robe.

El l'on n'entend pas de soupirs!

Bientôt sa main cherche une feuille morte Qu'elle gardait près de son coeur ;

Elle la jette, et la brise l'emporte : Le nouvel amant est vainqueur !

Elle la jelte, elle lui parle encore,

Levant ses regards vers les oieux; Son teint si pur d'iucaroat se colore.

Et des pleurs roulent dans ses veux.

Le barde alors avec un œil de flamme

Observe les traits de Feulant :

Eu préludant, il pénètre son âme

D'un regard vengeur, triomphant.

El de sa lèvre il approche l'amphore,

Le luth s'anime sont ses doigts, Il fait un signe, et d'un accent sonore

Ainsi commencent tous les trois:

m la

• Pour qui fais-tu si belle tresse De lilas, de rose el de thym ?

O quel transport et quelle ivresse A celui qui prend cette tresse, De son bonheur gage certain !

Mais pourquoi pleurer, ô maîtresse!

Quand ta main achève une tresse De lilas, de rose et de thym?

» A celui-ci donne la tresse De lilas, de rose et de thym ; L'autre l'adore avec ivresse El son jour pâlit au matin :

Garde les pleurs et la détresse Pour celui qui meurt, ô maltresse!

Puisque l'heureux obtient la tresse De lilas, de rose et de thym (1). »

Le chant flnit : et partout sur la plage S'étend un bruit multiplié :

• On l'a connu, chez nous, dans le village,

L'auteur, nous l'avons oublié. »

Le barde alors soulève un front austère, Les doigts sur les cordes d'airain.

« Je vais, dit-il, démêler ce mystère Et nommer l'auteur du refrain.

» Loraqu'autrefois, guidé par mon étoile, Je vis le château des croisés (2),

Un beau jeune homme arriva sous la voile, Des bords par Niémen arrosés.

» Il souffrait tint! le secret de ses larmes Aux siens fut toujours étranger ;

Dieu seul connut ses soupirs, ses alarmes, El Dieu seul pourra les venger.

» Soit que la mer à l'orient s'enflamme.

Que la lune brille au zénith, Je l'ai vu fuir la tristesse dans l'àmc

Parmi les brisants de granit.

» Sur les écueils battus par la tempête

Il bravait les vents el les flots :

Des noirs récils il gravissait la crête,

Aux mers confiant ses sanglots.

» Je m'approchai du jeune homme en délire;

Une semblait pas m'éviter!

Sans dire un mot, je fis parler ma lyre,

Et puis je me pris à chanter.

• Il s'attendrit, de loin me fît un signe

Que mon luth calmait ses douleurs:

A m'approcher bientôt il se résigne, Alors nous mélAmes nos pleurs.

> Depuis ce jour il chercha ma présence,

Il partagea mon amitié, Comme autrefois, il gardait le silence,

Et je me laisais par pitié.

(I) Ces deux triolets sont de Thomas Znn.

«Lorsque bientôt sa peine trop a mère

L'eut brisé, mourant, il pâtit; Je lui donnai tous les soins d'une mère,

Sans cesse au chevet de son lit.

» Quaud tous les jours il s'éteint, il succombe, Un jour, il m'attire vers lui :

• Je sens, dit-il, le frisson de la tombe,

Ami, Dieu m'appelle aujourd'hui.

» Faut-il encor que mes jeunes années ! Dans l'exil se passent en vain? Un seul amour les a toutes fanées ; Mais le rêve, ami, fut divin!

» Tu sais ! depuis que ce roc solitaire

Ensevelit tous mes remords, Je n'avais plus de désir sur la terre :

Mon âme était parmi les morts.

» Jusqu'au tombeau tu me restes fidèle.»

Mêlant ses pleurs avec les miens, « Dieu, disait-il. reconnaîtra ton zèle:

Mais prends les derniers de mes biens.

» Te souviens-tu, barde qui me consoles, Du chant que j'aimais autrefois ?

Tu te souviens des plaintives paroles, Tu connais le rbythme et la voix.

» Regarde encor celte boucle si bloude,

Voici le rameau de cyprès, Ce sout pour moi les seuls biens dans ce monde,

Les seuls dignes de mes regrets.

» Prends-les, peut-être, en remontant le fleuve, Tu verras l'objet de mes vœux ;

Dis-lui ce jour qui la fait libre el veuve: Rends-lui ce refrain, ces cheveux.

* Comblé de soins par ma Vierge chérie,

Dis-lui...» Mais son œil s'est terni; Il commençait le saiut nom de Marie, Les anges aux cieux l'ont fini.

» Dans les douleurs d'une lente agonie

Il voulait me parler encor; Montrait son cœur, cl la plage bénie

Vers où son âme a pris l'essor.*

Le barde achève, el d'un regard oblique Semble chercher autour de lui :

De sa ceinture il lire la relique, Déjà la bergère avait fui.

Au loin, pourtant, il voit un blanc fautômo, D'un voile étouffant se* sanglots :

Il aperçoit a son bras le jeune homme, I/entralnant parmi les bouleaux.

Kt du vieillard ou envahit le siège :

Quels sont ces secrets étonnants?

Il les ignore, ou les connaît, que sais-je ! Mais il ue dit rien aux manants.

J. Christrin Osraowiuu.

HISTOIRE

Le testament de Kasimir IV garantissait à son iil» Jean-Albert la succession au trône ; mais la noblesse, jalouse des droits qu'elle jetait créés, se récria contre la décision du monarque défunt, et elle se réunit a Piotrkow (15 août 1492) pour procéder à l'élection; alors plusieurs coteries se formèrent, et chacune voulait dominer.

ces discussions confuses, les uns souque l'élection devait absolument avoir liev, parce que Wladislas, fils aîné de Kasimir, possédant déjà deux couronnes, ne pouvait gouverner un pays qui nécessitait incessamment la présence de son roi. Quant à l'élection du fils poloé, elle était impossible, car elle eût compromis les liens qui unissaient la couronne à la litvanie; et le troisième fils, Alexandre, qui avait été agréé comme grand-duc de cette protiace, sans le concours de la noblesse polonaise, ne pouvait plus entrer en concurrence avec ses frères.

Wladislas et Alexandre se trouvant donc écartés, trois autres candidats se présentèrent sur U scèae politique, et les partis se divisèrent encore. Les uns prônaient Jean-Albert ou 01bracht, vantant la renommée qu'il s'était acquise contre les Tatars, et les preuves de son courage personnel dans une bataille contre les Hongrois; nais d'autres lui objectaient précisément son peu de succès en Hongrie, et l'orgueil qu'il avait montré à différentes occasions.

Le second candidat était le jeune Sigismond, quatrième fils de Kasimir IV, et qni gouvernait déjà dans plusieurs duchés de Silésie. Les Tenczynski le recommandaient comme le plus digne d« la couronne. L'archevêque de Gnèzne, Zbigniew-Olesniçki, homonyme du cardinal, l'appuyait de son crédit. Mais on répondait à cela q«e Sigismond ayant l'espoir fondé de succéder

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