‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 36 sur 105 · IG4 LA POLOGNE · texte numérisé non relu

IG4 LA POLOGNE

ser an intérêts de la patrie, lorsque les Tatars, parjures à leurs serments, après avoir déposé en Krimée leur butin du mois de mai, firent une nouvelle invasion (août 1506).

Les Tatars établirent leur camp principal à Klcçk, petite ville située dans le palatinat de Nowogrodek. Ils y laissèrent dix mille hommes, et vingt mille hommes furent lancés dans différentes directions pour massacrer et piller.

Pour marcher contre l'ennemi, la noblesse litvanienne voulait être commandée par Alexandre. Et celui-ci, malgré sa faiblesse, se fit porter à l'armée dans une litière et arriva ainsi a Lida. Quelques soldats y accoururent en disant que les Tatars n'étaient plus qu'à une journée de marche. On fit faire une nouvelle reconnaissance, et les soldats rapportèrent au bout de leurs piques quelques têtes de Tatars pour prouver qu'ils les avaient vus de près. La panique fut à son comble ; le roi, presque mort, fut reconduit à VYilna, et Michel Glinski avec Stanislas Kiszka furent chargés de tenir tète à l'ennemi.

Bientôt le grand-général Kiszka tomba grièvement malade, et Glinski devint le seul commandant de celte difficile expédition. Glinski n'avait que sept mille hommes sous ses ordres ; mais, comme il était expérimenté dans la manière de combattre les Tatars, il se rendit en toute hâte à Kleçk. Aussitôt il attaqua leur camp et parvint à s'y enfermer. Là il prenait au passage les détachements tatars qui venaient porter leur butin à l'armée. Il les enveloppait les uns après les autres, et bien peu échappèrent à la fureur des Litvaniens.

Sendziwoy Czarnkowski, fils du palatin de Poznanie, contribua puissamment à cette grande victoire, par sa présence d'esprit. Il plaça trois cents cavaliers de la garde du roi, parfaitement armés, sur une hauteur voisine ; il les fit ranger en ligne pour faire croire que leur nombre était considérable ; les mouvements de ce corps, qui battait plusieurs marches à la fois, et qui semblait toujours prêt à fondre sur l'ennemi, effrayèrent

tellement les Tatars, qu'Us furent complètement défaits ; ou leur reprit butin et prisonniers, et le pays se trouva délivré de la plaie qui le rongeait.

Alexandre était à l'agonie lorsqu'il reçut la nouvelle de la victoire. Il leva les mains vers le ciel, versa des larmes de joie et rendit le dernier soupir le 19 août 1506, à l'âge de quarante-six ans. Il fut enterré à Wilna.

Faible, indécis et borné, il n'eut aucune de ces qualités si utiles aux hommes et si indispensables aux rois. 11 surpassa ses frères en prodigalités ; sa mort venait à propos, disait-on alors, car il aurait fini par donner la Pologne et la Litvanie; il avait une passion pour la musique qui lui coûta des sommes immenses.

La noblesse lui arracha plusieurs privilèges; chaque nonce s'appropriait la puissance tribunitienne, et déterminait la volonté générale ; peu à peu celte noblesse votait ou refusait arbitrairement les impôts, la convocation de l'arrière-ban, l'institution des, lois et l'exécution de la justice; cependant les députés des villes furent admis aux délibérations.

Alexandre, malgré son peud'inlelligence, s'occupa en véritable législateur de la rédaction d'un statut des lois analogues à tous les ordres. Il est vrai qu'il suivait en tous points les conseils de Laski. Ces lois furent discutées dans les diètes de Piotrkow de 1503 et 1504, et dans celle de Radom en 1505. Les Juifs reçurent la confirmation de leurs privilèges ; on abolit une des lois de Magdebourg, qui permettait de se faire justice par le duel. Alexandre fit réunir et se fit soumettre toutes les lois instituées par Kasimir-le-Grand, par Wladislas-Jagellon, Rasimir IV et Jean-Albert, pour les mettreen harmonie avec les besoins des habitants. Tout cela fut confondu dans un même statut. Et comme Jean Laski, chanoine de KrakovLe, secrétaire du roi, et ensuite chancelier, était chargé de la rédaction du code, on l'appelait tantôt le statut d'Alexandre, et tantôt le statut de Laski, 11 fut imprimé en 1506.

SIGISMOND Ier, LE VIEUX ( um-itf«).

Quand Alexandre sentit sa fin approcher, il I commander la Pologne. Sigismond gouvernait le fil appeler son frère Sigismond, pour lui re- | duché de jSilésie ; il se rendit en toute »

HOLOfi?

Wilna, mais il arriva trois jours après la mort d'Alexandre, et assez à temps pour assister à ses chèques.

Les verlus de Sigismond étaient connues en Pologne; on savait qu'il gouvernait non en maître, mais en père plein d'affection pour ses enfants; aussi les Litvanlens n'hésitèrent pas à lui offrir la couronne ducale (20 octobre 1506) : ce choix, la récompense d'une belle renommée, aurait du trouver l'assentiment de la nation.

Les Polonais s'indignèrent, en voyant les Litvaniens prendre l'initiative, et renoncer par là à rengagement de ne reconnaître pour souverains que les rois élus d'abord au trône de Pologne. Cependant l'intérêt de l'Etat prévalut, ils se tranquillisèrent, et finirent par proclamer Sigismond roi des Polonais {8 décembre 1506). Ce choix semblait être un gage de paix et de séctrité, car le frère de Sigismond, Wladislas, roi de Hongrie et de Bohême, lui cédait tous les droits qu'il pouvait avoir sur la Pologne. Les députés polonais arrivèrent donc à Wilna, et Sigismond se rendit bientôt après à Krakovie, où il fat couronné, le 24 janvier 1507, par André Kosa , archevêque de Gnezne .

Jusqu'à cette époque les monarques de la Pologne disaient : c Je suis appelé au trône par la

> grâce de Dieu et du Sauveur, » ce qui ne les pas d'être soumis au vote d'une eleclond, cédant à la susceptibilité de la

noblesse, formula ainsi son serment:

« Nous, Sigismond, faisons savoir qu'avec le * consentement de tous, des prélats, des grands, » de toute la noblesse et du peuple, la couronne

> polonaise vient d'être placée sur notre tête. > Cette formule quasi-démocratique affirmait qu'un roi de Pologne n'était que le premier citoyen do royaume. 11 faut croire que Sigismond, en mêlant le nom de peuple avec les nobles, voulait amener une fusion dans l'État; mais ses bounes intentions furent toujours traversées, et la condition du peuple ne s'améliora point. Cependant Sigismond cherchait dès le début de mm règne à rendre la Pologne forte et respectée. Il portt remède aux abus, en améliorant les finances dilapidées par Jean-Albert et Alexandre. JeanBoner, trésorier du roi,* mit ordre dans le trésor, racheta les domaines royaux qui se trouvaient engagés, rendit à la couronne ses revenus sans avoir établi de nouveaux impôts. Sigismond arrêta les brigandages, et s'occupa de 1 «immistratwp.çivUe et «Uitaire,

Ses soins étaient d'autant plus sérieux, qu'il prévoyait l'orage qui grondait déjà sourdement du côté, de la Moskovie. Les tzars, insatiables dans leurs conquêtes et leurs usurpations, cherchaient à envahir plusieurs des provinces dépendantes de la Litvanie. Vassili-Ivanovilsch visait même plus loin. Aussitôt qu'il eut appris le décès d'Alexandre, il envoya son confident, Naoumoff, avec une lettre de condoléance à la reine Hélène, veuve du roi, et proposa à la noblesse litvanienne son élection, cl la réunion de la Litvanie à la Moskovie ; mais ces démarches furent iuutiles, et Sigismond, en lui signifiant son avènement au trône, lui demandait amicalement la restitution des pays envahis sur la Litvanie, et le retour des prisonniers lilYaniens. Yassili refusa.

Le duc Constantin Ostrogski, grand guerrier, et le plus riche seigneur de la Wolhynie, était prisonnier à Moskou depuis deux ans. Enfin, il parvint à s'échapper, et revint dans sa patrie pour offrir ses services à Sigismond (1608). Vassili devint furieux en apprenant la fuite du duc, et il se promit d'en tirer vengeance à la première circonstance. Celle vengeance d'un tzar fui une guerre de dix ans !

Tant que vécut Alexandre, l'ambitieux Glinski abusa impunément de sou influence sur le roi ; mais Sigismond, en découvrant les vues du tisan, permit à Jean Zabrzezinski d'accuser lement Glinski, el celui-ci, faisant tous ses efforts pour faire condamner celui qui l'accusait, finit par dire au roi : * Sire, vous et moi nous nous » repentirons, mais il sera trop tard. » Après cette menace il se relira dans son duché de Turow sur le Prypeç, en méditant une trahison. Le grand-duc de Moskovie, bien servi par ses espions, el sachant tout ce qui se passait en Litvanie, envoya ses confidents Huba et Moklokoff à Glinski, pour lui promettre des honneurs et des richesses, s'il voulait servir la Moskovie et trahir la Pologne. Le pacte infâme fut signé et un crime en fut le gage ; Glinski se rendit près de Grodno, là où se trouvaient les propriétés' de Zabrzezinski ; il s'introduisit dans la maison avec ses complices, et fit trancher la tète & son ennemi; ensuite on la jeta dans le lac qui se trouve entre Grodno et Wilna. Après sa vengeance , Glinski revint à Turorr , et il engagea les Talars et les Walaques à envahir la Litvanie ; lui - même rejoignit l'armée jûQsJwvUe sur la Bcrézyna , tous ils ravagèrent

la Litvanie et assiégèrent la Tille de Minsk.

Le roi des Polonais se mit alors & la tête d'une armée, et marcha contre l'ennemi. Il le trouva snr le Dniéper non loin d'Orsza ; pour donner une nouvelle impulsion, il franchit ce fleuve en personne, et remporta une victoire ( 13 juillet 1508 ). En attendant, Jean Firley, grandgénéral de la couronne, et Constantin Ostrogski, grand-général de Litvanie, poursuivaient l'ennemi en dévastant les possessions moskovites. Le roi se porta encore sur Smoiensk. Les succès des Polono-Litvaniens répandirent la consternation dans les esprits. Vassili se hâta de conclure la paix, à la condition que les châteaux dp Glinski seraient rendus au roi, et que les prisonniers de guerre seraient échangés de part et d'autre. Ainsi, plusieurs Polonais revinrent dans leur patrie, et les amis et l'es enfants de Glinski rejoignirent avec regret et les larmes aux yeux leur père.

Mais la politique envahissante des tzars méditait de nouveaux forfaits contrt la Pologne. Voulant l'affaiblir de tous les cotés à la fois, Vassili se ligua avec la Livonie (mars-avril 1509), et prépara ainsi l'asservissement et le renversement des dernières libertés de la république de Pskow. Pskow avait le tort d'être attaché à la Litvanie. Ensuite, il suscita les Walaques à faire la guerre aux Polonais. Ces infernales machinations, quant à la Walaquie, viendront se briser contre les armes polonaises, mais Pskow succombera et ne se relèvera plus.

Bogdan, hospodar de Walaquie, commença par dévaster la Pokulie, et tenta de prendre tfamicnieç, Halicr et Léopol (1509). Mais le palatin de Krakovie, Nicolas Kamieniecki, fait rétrograder l'armée de Bogdan, et entre en Walaquie. Les deux armées se trouvèrent en présence au passage du Dniester ; les Polonais remportent là une éclatante victoire, et la paix gui s'ensuivit (1510) soumit la Walaquie et la Moldavie à la Pologne : ce traité fut dans la * suite la source de ces guerres sanglantes que la Pologne fut obligée de faire aux Turks, pour se maintenir dans son droit.

Les succès des Polonais relevèrent l'attention de l'Europe, et surtout de la cour de Rome. Le pape Jules II envoya complimenter Sigismond sur l'heureux résultat de la campagne de Walaquie, cl le supplia de faire une guerre contre les Turks pour les chasser de l'Europe. Il offrait à Sigismond le commandement en chef de

toutes les troupes de la chrétienté, en tant de l'appuyer de puissants renforts, pensant que sous les auspices d'un tel chef on en arriverait â célébrer le service divin à Constantinople. Le roi des Polonais n'eût pas hésité d'accomplir cette mission, mais îl se rappelait le sort de son oncle l'infortuné Wladislas-le-Varnénien (en 14 il), puis il se défiait des promesses des papes et de l'intérêt des puissances chrétiennes. Sur le papier ils promettaient argent et soldats, mais en réalité l'un et l'antre arrivaient peu on point. L'expérience avait déjà prouvé que les Polonais étaient toujours dévoués et prêts à agir, mais que leurs alKés étaient lents ou égoïstes.

Revenons maintenant à l'affaire de Pskow, dont le sort se lie intimement à celui des futures destinées de ta Litvanie.

Constant dans ses projets d'usurpation et dans sa haine contre la liberté, le tzarisme moskovite subjugua Pskow, comme il avait subjugué Novogorod-la-Grande, par la violence et la pertdie. Quoique soumise à la puissance des grands-ducs, Pskow avait su, à force de prudence, de sonmission et de sacrifices, conserver son conseil national, investi du pouvoir législatif, ses magistrats élus par le peuple; enfin, toute son organisation intérieure, et former une véritable république, calquée à peu près sur celle de ïtovogorod, dont elle avait été la sujette d'abord, et ensuite l'affranchie et h gœur cadette. Im ruine de Pskow, ajournée sous Yvan 111, fat exécutée sous son fils; l'intrigue prépara rosovre qu'achevèrent la trahison et la terreur.

Yvan Obolcnskoï, lieutenant ou gouverneur de Pskow, fomenta la discorde entre les diverses classes de citoyens, et se plaignit ensuite de leur turbulence ci des abus de pouvoir des magistrats; c'était le prétexte demandé pour jus* lifier l'intervention meurtrière des Moskovites.

En automne (1509), pendant que la Pologne était occupée de la guerre contre les Walaques, Vassili se rendit ù Novogorod avec un cortège imposant et des forces considérables; 15, il reçut avec bonté une nombreuse députation de Pskoviens, chargée de le féliciter et de lui offrir un présent en argent, puis H envoya dans ta cité prendre des informations sur les plaintes d'Obolenskoï. On lui rapporta que ce fénetionnaire et les citoyens s'accusaient réciproquement; et, en erret, une nouvelle dépntatron vint demander h d'Obolcnskoï. Vassili le fit appeler à

Novogorod, avec tous les Pskoviens qni avaient a s'en plaindre, ils arrivèrent en grand nombre ; mais une foule de boïnrs et de fonctionnaires tinrent aussi s'accuser les uns les autres. Vassili eirgea de plus que les neufs possadniks et les prévois des. marchands de tous les quartiers comparussent avec Obolenskoi, sinon le pays seuil déclaré en état de révoite. Les dociles Psko*

les fonctionnaires et les marchands, introduits dans la salle d'audience, se préparaient à plaider leur cause, lorsqu'on les prévint en les déclarant prisonniers. Cette fatale nouvelle arrive a Pskow, le cooseik national s'assemble, on ne comprend rien à cette perfidie, on gémit, et on envoie une députation à Vassili pour éciaircir l'affaire. Alors le despote déclare à ses prisonniers qu'ayant méconnu l'autorité do lieutenant et opprimé le peuple, ils méritent une punition rigoureuse; mais qu'ils peuvent recouvrer ses bonnes grâces et conserver lears propriétés, en abolissant pour jamais h conseil national, et en recevant ses juges à Pskow, et antres villes et bourgs.

Attirés dans cet épouvantable guet-apens, les dépités envoyèrent un d'eux avec Dolmatoff, secrétaire de Vassili, porter aux Pskoviens cette terrible nouvelle. t Nous avons juré ponr nous » et pour vous d'obéir aux volontés du monar- > que, dît au peuple assemblé le député psko-

* tien, n'allez pas nous parjurer, nous périrons

* tons. > Le délai fatal expirant le 28 janvier, Dolmatoff transmet les ordres et les menaces de Vassili, et va s'asseoir sur un gradin de la place publique, pour attendre la réponse. La consternation était profonde, on le sunplia d'attendre jusqa'ao lendemain. Le lendemain fatal est enfin mu, et les cris de désespoir retentirent dans tonte la ville ; pour la dernière fois la cloche convoqua le peuple et annonça lugubrement la fin de II liberté pskovienne. Après cela on descendît de la tour de la Sainte-Trinité la cloche du conseil national, que Dolmatoff alla porter à son maître la nuit suivante. Dès lors tout s'huœilia sons le sceptre moskovite. Vassili entra triomphant à Pskow, s'empara des bâtiments des faubourgs pour y loger une garnison ; il relégua dans le fond de la Moskovie les fonctionnaires elles notables; il distribua leurs propriétés, qu'il tait promis de leur conserver, à ses bolars et

* trois cents ramilles moskovites qui les remplacèrent à Pskow. Ainsi finit cette république qni «connaissait la suprématie polonaise depuis

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plus décent ans! L'historiographe des autocrates, Karamsioe lui-même, en décrivant ces événements, ne put s'empêcher de flétrir eetie invasion, et il cite ce passage remarquable tiré d'une chronique russienne dn temps : < Ainsi pér rit la gloire de Pskow, envahi non pas par des

> hérétiques, mois par des croyants, par ses pro» » près frères chrétiens I O ville jadis grande, ta

• t'attristes de ton abaissement.! in aigle aux lar-

> ges ailes s'éleva au-dessus de toi, armé des » griffes du lion, il a arraché de ton sein les trois » cèdres du Liban : il t'a ravi ta beauté, tes ri- » chesses et tes citoyens ; il a bouleversé tes mar-

• chés et n'a laissé que des décombres. Il a trens- » porté nos frères et nos sœurs dans des contrées » éloignées, où n'étaient jamais allés ni vm » aieux ni vos pères! »

On a vu dans le cours de cette histoire que It Pologne fut sans cesse tourmentée par les invasions'tatares. Sigismond, pour en finir avec ces bordes maudites , chercha a les lancer sur ht Moskovie, et s'engagea à payer annuellement au khan 43,000 ducats. Le khan, qui se jouait de ses serments, promettait aux Polonais et promettait aux tzars ; la politique moskovite obtint donc facilement que les Tatars envahiraient de nouveau les possessions polonaises. En effet, ils ra* vagèrent la Podolieetla Wolynie, lorsque Przeçlas Lançkoronski, staroste de Kamiénieç, et le grand-général Constantin Ostrogski leur livrèrent une bataille près de Wisniowreç (1512), et vingtquatre mille Tatars, tués ou faits prisonniers, leur apprirent à être plus scrupuleux sur l'observation de leur parole. Sigismond, loin de se fier désormais à leur foi, augmentaenUkraine le nombre de ses troupes pour tenir l'ennemi en respect.

Cette victoire, qui déconcerta pour le moment Vassili, ne l'empêcha point d'intriguer contre la Pologne et d'amener sur elle de nouveaux orages. Pendant que Sigismond se livrait à l'administration intérieure pour raffermir le bonheur de la nation, il pensait aussi à maintenir sa couronne par un mariage. Il épousa donc Barbe, fille d*Étienne de Zapole, prince et palatin de Transylvanie, et comte de Zips. Ce mariage pouvant amener la famille de Zapole au trône de Hongrie, déconcerta les desseins de l'empereur Maximilicn qui cherchait par des moyens secrets à s'emparer de la Hongrie. Pour mieux réussir, le perfide cabinet de Vienne expédie Schnitzen-Pamer â Moskou, offre son alliance au tzar. On se promet dé concert d'écraser la Pologne à l'aide des cheva-

liera Teutoniqoes, des Moskovites et des Autrichiens (février 4514).

Une formidable armée commandée parVassili vint enhahir (1513) les possessions polonaises, en dépit du traité de paix qni existait depuis 1508.

L'avant-garde de l'armée ennemie était commandée par le prince Michel Glinski. Il assiégea Smolensk, mais ne pouvant s'en rendre maître, Vassili vint le rejoindre avec des forces plus considérables. La ville, attaquée par une artillerie formidable, eût encore résisté sans la trahison ; Vassili. pour redoubler le courage de Glinski, la lui avait promise en don. Le traître, à l'aide de ses complices, entra dans la place. Le palatin Georges Sollohub, commandant, résista sans énergie, et enfin il finit par céder. Smolensk fut donc occupée par les Moskovites (6 août 1514), après avoir été gouvernée par les Polonais pendant cent dix ans. Sollohub, qui n'avait su mourir en brave, revint en Pologne, et ne sachant pas justifier sa conduite, il eut la tète tranchée.

Après l'occupation de Smolensk, une partie de l'armée moskovite alla à Mscislaw, où le duc Michel, descendant de Gédymin, ne pouvant pas se défendre, se soumit à Vassili, et c'est depuis, que plusieurs familles dévouées aux intérêts de la Pologne préférèrent quitter leurs terres pour venir s'établir en Litvanie; parmi ces familles étaient les princes Ozyreçki, Massalski, Oginski, Pnzyna, etc.

Les traîtres sont tôt ou tard victimes de leur trahison. Glinski, irrité contre Vassili qui lui refusait la souveraineté de Smolensk, pensa à implorer la clémence de Sigismond. 11 écrivit au roi, en lui promettant de le rendre maître de la ville de Smolensk. Sigismond ne repoussa point celte offre, et probablement on entra en négociations avec Glinski. On décida que le jeune Trepka chercherait à s'introduire dans le camp ennemi; mais les Moskovites ne tardèrent pas à le découvrir : Trepka fut interrogé, et résistant à toutes les menaces, ne voulant pas avouer le motif de sa mission, on le fit brûler à petit feu. Le nouveau Scévola soutint jusqu'au bout la cruelle épreuve, et il ne sut que souffrir, garder le secret, et cette mort sublime illustra à jamais le nom de Trepka !

Le bruit de la trahison de Glinski mit en émoi ses alliés ; il fut saisi, et on trouva sur lui les lettres de Sigismond. Amené à Dorogoboujc devant Vassili, on le lit enchaîner et enfermer dans une prison de Moskou. Aussitôt le tzar ordonna

à ses troupes de marcher an fond de la Litvanie et de la ravager en tous sens. Cette armée était composée de quatre-vingt mille hommes, et commandée par le prince BoulBlnkoff-Golita, et le boïar Yvan Tscheladnine.

Le roi des Polonais, qui avoitdéja quitté Wiloo, arrivait ù Boryssow avec trente-trois mille hommes, lorsqu'il apprit que l'ennemi s'avançait. A la suite d'un conseil de guerre, le roi resta avec quatre mille hommes à Boryssow, et vingt-neuf mille hommes, c'est-à-dire le reste de l'armée, allèrent au-devant des Moskovites. L'armée limaient* était commandée par le doc Constantin Ostrojçsli et par George Radzhvill; l'armée polonaise, par Jean Swierczowski, et la garde royale était sous les ordres d'Albert Saropolinski.

de bornes; il avait pour les Polonais une haine sauvage et stupide, et sa présomption était Mlle qu'il se vantait do pouvoir les soumettre avec des lanières de cuir. « Je leur apprendrai, disait-il, a » respecter ainsi le nom et la puissance de mon » maître.» Le maître était bien digne du général.

Son projet était d'abord d'aller au-devant de Sigismond pour lui livrer bataille. Il passa le Dnieper avec ses quatre-vingt mille Moskovites. Arrivé a Orszj, il apprit que l'armée polono* litvanicnne venait à lui. L'ennemi étant dans une position avantageuse, le duc Ostrogski hésita a l'attaquer, mais il s'aperçut que Tscheladnine, repoussant les avis de Boulguakoff, abandonnait élourdiment son terrain, faisait déûler une parlie de ses troupes vers le Qeuve et le regagoait à la hâte avec le reste de l'armée qui avait servi à couvrir ce mouvement. Les Moskovites se flattaient que, trompés par cette manœuvre» l«* Polonais se débanderaient pour les poursuivre. Ils prétendaient revenir sur eux et les surprendre dans un désordre égal à celui où ils auraient cru les trouver eux-mêmes. Ce qu'ils avaient espéré n'arriva poiot.4Oslrogski les suivit à la vérité, mais avec une extrême précaution et en ordre de bataille.

La rencontre des armées belligérantes eut lieu sur les bords du, Dniéper, entre Orsza et Dabrowna, le 8 septembre 1514.

Resserrés sur les bords du fleuve, le» Moskovites se virent contraints de le repasser. Ils re plièrent leurs ponts, et, déjà campés sur l'autre rive, ils provoquaient les Polonais avec d'autant plus d'assurance que, les bords étant très-escar pés de leur côté, rendaient l'attaque plus difti

t'évanouit dès qu'ils s'aperçurent qu'Os trogski faisait construire nn pont pour le passage de son infanterie, et lorsqu'ils virent surtout sa cavalerie se jeter à la nage ponr les attaquer à l'arme blanche.

perdit sa présence d'esprit et ne put empêcher ce corps de troupes de venir à lui. Les Litvaniens eurent ordre d'engager la bataille. Le feu de leur mousqueterie n'ébranla point les Moskovites. Us s'avancèrent pour attaquer au sabre. Accablés par le nombre, les Litvaniens commencèrent à céder do terrain. Us feignirent du moins de ae pouvoir résister et se laissèrent pousser jusqu'à la portée d'une batterie. Là, ils s'ouvrirent tout à coup pour la laisser agir. Cette ruse les servit merveilleusement.

Alors la cavalerie polonaise se jetant sur eux, les chargea le sabre à la main, tandis que l'infanterie, les prenant de flanc, les culbuta sur les bataillons qui venaient soutenir leur attaque. En un instant la confusion se mit dans tonales rangs.

ï, épouvanté, essayait en vain de rasson armée. Il priait, il menaçait, il donnait i, mais il n'était point écouté. Par intervalle quelques corps moskovites se ralliant d'eux-mêmes, soutenaient le choc des Polonais. Plus braves que hardis, ils luttaient contre une débite déjà décidée, et qu'ils augmentaient par résistance. Tout s'abaissa de proche devant l'armée républicaine. Quelques cavaliers litvaniens, ayant pénétré jusqu'aux extrémités du camp ennemi, y trouvèrent un corps de réserve, qu'ils crurent avoir été destiné 1 les tourner durant l'action. Ils le forcèrent à mettre bas les armes. Ce nouveau malheur acheva de décourager les Moskovites. Ceux qui restaient n'avaient pour abri contre la fougue du vainqueur que des tas de corps morts dont ils s'étaient bit une espèce de barricade. Forcés dans ce

ne firent qu'avancer le moment de leur perte. Les tn» se noyaient dans la rivière de la Kroptwna, près de l'embouchure du Dniéper, et presque ions les antres furent massacrés, car on ne faisait point de quartier.

reux se présenta aux regards i vainqueurs. Toute la plaine, l'espace de quatre milles de Pologne (sept heues de France), était jonchée de cadavres et de chevaux »«é$. Les blessés restaient sans secours au milieu Tous n.

des champs; leurs cris de douleur se répandaient dans l'air, et il était impossible de les panser, de les soigner, tant grande était la confusion. Une foule d'officiers, enchaînés avec leurs soldats, demandaient en vain qu'on les traitât en prisonniers plutôt qu'en esclaves. Tschcladninc et Boulghakoff, liés et garrottés, marchaient à la tète de ces malheureux, victimes de l'ambition de leur monarque et de la présomptueuse arrogance d'un chef grossier.

On se battit depuis midi jusqu'au coucher du soleil. Outre les deux chefs que nous venons de nommer, six voïevodes, trente-sept princes (kniaz) et mille cinq cents officiers supérieurs et autres employés de la cour, présents dans le camp, furent faits prisonniers de guerre et envoyés à Wiloa et dans d'autres villes de la Litvanie. Tous les drapeaux, armes et canons tombèrent au pouvoir des Polonais. Trente mille Moskovites furent tués, six mille furent faits prisoniers ; le reste se dispersa à la faveur de la nuit et des bois. Les chroniqueurs russiens et polonais s'accordent à dire que les Polonais, grâce à la supériorité de leur artillerie, perdirent seulement quatre cents hommes, et eurent six cents blessés.

A la suite de cette victoire, les villes de Dubrowna, de Kryczevr et de Mscislaw rentrèrent sous la domination polonaise. Le duc Ostrogski, à qui la gloire de la journée du 8 septembre revenait principalement, ne put, à cause de la mésintelligence entre ses autres chefs, arriver à temps sous Smolensk pour reprendre cette ville; quand il arriva sous ses murs, les Moskovites avaient déjà pris les précautions nécessaires pour la défense, et soupçonnant les connivences de plusieurs boiars de Smolensk avec les Polonais, ils firent dresser des potences snr le haut des remparts et les pendirent. Les Polonais, furieux à la vue de cette barbarie, tentèrent plusieurs assauts, et rentrèrent chez eux pour se préparer à de nouveaux événements.

Toutes les cours de l'Europe et les peuples de tous les pays relisaient avec admiration et étonnement le récit de cette incroyable campagne . La gloire qui en rejaillit sur Sigismond fit taire ses ennemis, et parmi enx, l'empereur Maximilien Ier qui parut s'attacher à la fortune du roi et chercha à lui faire accroire qu'il t aimait «meirement. Pour preuve, il fit semblant d'abandonner entièrement ses relations avec la Moskovie, et leurra Sigismond de sa perfide amitié. Pourca-

LA POLOGNK.

cher mieux ses véritables intentions, Maximilienlcr proposa un congrès, car, ne pouvant nuire a Sigismond par les guerres qu'il lui avait suscitées, il affecta d'arriver à ses fins par la voie des négociations diplomatiques. Arrive à Prcsbourg, avec son frère Wladislas, roi de Hongrie et de Bohême, Sigismond fut sollicité par plusieurs Polonais, qui voyaient clair dans celte affaire, de ne pas partir pour Vienne; mais Sigismond eut le tort de croire à la bonne foi de Maximilien. Le résultat ne vériCa que trop h prophétie de ceux qui étaient en défiance contre l'empereur, et le congrès ne couronna que les vœux de Maximilien, en lui donnant accès à la couronne de Hongrie et de Bohème, par le mariage de son neveu avec Anne, nièce de Wladislas ( 15-22 juillet 1513 ). Maximilien promit seulement à Sigismond d'engager Yassili à la paix, et de réduire les chevaliers Teutoniques à lui rendre hommage ; offrant, en cas de refus, de seconder le roi avec des troupes qu'il enverrait d'Allemagne. On voulut encore engager le roi dans une guerre contre la Turquie, mais de bons conseils prévalurent et il s'y refusa.

Dès que le roi lut de retour, il apprit que les Moskovites envahissaient la Lilvanie et assiégeaient Witcbsk ; les Tatars en faisaient autant en Podolic (1515). Les Moskovites furent repoussés, et les Tatars battus par Ostrogski, Lançkoronski, Farurey et Secygniowski (151(5). A cette époque commence l'histoire des Kosaks. Les pays situés le long du Borysthène étaient continuellement exposés aux incursions des Tatars. Les seigneurs qui y avaieut de vastes domaines, pour les mettre à l'abri de la rapacité de ces hordes, y entretenaient des armées considérables. Les fuyards de ces armées, grossis par des aventuriers, commencèrent à se former en corps compactes. Les landes de l'Ukraine, les lies du Dniéper leur offraient un asile où ils trouvaient sûreté et subsistances. Leurs irruptions par terre et par «au dans les pays relevant de la Turquie leur inspirèrent le goût des richesses. Ils furent longtemps ûdèles et utiles à la Pologne qui en tirait de grands avantages, jusqu'à ce que la cupidité de l'aristocratie polonaise, en violant leurs privilèges et en leur ravissant leurs richesses, les eût portés à lever l'étendard de l'indépendance. Eustache Daszkiewicz, sujet d'Ostrogski, homme d'un esprit pénétrant, et naturellement porté aux exploits héroïques, fut le premier qui les organisa, en les divisant en régiments et en

les maintenant dans la discipline. Lui et ses K.osâk^ ne tardèrent pas à se faire connaître contre les Tatars, les Moskovites et les Turks. Ostrogski recommanda ce chef à Sigismond. Ce sage monarque, en dépit de l'opposition de l'aristocratie, fit donation à Daszkiewicz de la starostie de Czerkassy avec des châteaux situés près du Dniéper. Ce chef, en revenant d'Otschakow, se présenta devant le roi, qui ne manqua pas de lui demander quel était le moyen d'empêcher les Tatars de faire à la Pologne tant de ravages, € Sire, répondit-il, c'est d'entretenir deux mille hommes sur le Dniéper, qui pourront, sur des bateaux, empêcher les Tatars de pénétrer en Pologne, et quelques centaines de cavaliers qui fournissent à ces hommes des subsistances ; enfin, de bâtir sur les lies du Dniéper des châteaux et des villes. » Ce conseil fut approuvé, mais les intrigues de la noblesse et les événements ultérieurs entravèrent la réalisation d'un projet si salutaire.

La prospérité du roi sembla l'abandonner après la mort de la vertueuse reine Barbe (4 octobre 1516). Wladislas, roi de Hongrie et de Bohême, frère du roi, mourut aussi. Sigismond, qui avait été désigné par lui comme tuteur de Louis, son neveu, envoya dans ces deux royaumes ses conseillers, Laski, archevêque de Gaèzne, et Christophe Szydlowiecki, palatin de Krakovie, pour gouverner ces deux royaumes pendant la minorité de Louis. Un peu plus tard, lesTooicki, les Tarnowski, et le vertueux Boner, qui avaient si puissamment concouru à l'état florissant des finances, perdirent leur influence sur l'esprit do roi.

Toutefois, pour punir l'audace de Yassili, Sigismond se mit ù la tête de ses troupes (1517) et alla jusqu'à Poloçk. Ostrogski assiégea inutilement Opotschka, et Secygniowski poussa son avant-garde jusqu'à la vue de Moskou; mais l'ennemi évita le combat, et la campagne se termina sans grands résultats. En attendant, Yassili concluait (1517) un traité offensif et défensif avec Christiern 11 du Danemark, contre la Suède et la Pologne, et un autre avec l'ordre Teutonique contre la Pologne. L'envoyé de Maximilien, le baron de Herberstein, négociait à Moskou pour réconcilier Sigismond et Yassili ; mais ces négociations n'eurent aucun résultat.

Toutes les perfidies du cabinet de Vienne envers la Pologne ne suffisaient point à l'empereur Maximilien, et, sous le prétexte de consoler Si-

gismond de la perle de Barbe, qui ne lai laissait qne deux filles, il lui proposa d'épouser (1518) Boae Sforza, fille de Jean Galeazzi, duc de Mi- 1m, et nièce de Ferdinand II, roi de Naples et de Sicile. Dès que celte femme fut installée en Pologne, elle rappela à elle toute l'autorité, envahit tout et chercha à perdre dans l'esprit du roi les grands citoyens, les hommes honnêtes qui avaient fait la gloire de son règne (1519).

Dans sa jeunesse Bone avait été belle, spiri- «elle, portée aux plaisirs, orgueilleuse, avide de gouverner, dune cupidité insatiable, sacrifiant à cette passion le bonheur de son époux et les intérêts de l'État. Elle grossit ses coffres des revenus destinés aux besoins de la République; elle brouilla Kmitaavec Tarnowski; elle s'ingéra dans l'administration; elle sema la discorde et les soupçons, et trafiqua de toutes les charges. Pareille en tout à Catherine de Médicis, a la différence près que les institutions et les usages du pars l'empêchèrent d'exercer sur la Pologne une influence aussi nuisible que le fut celle de Catherine sur la France. Ces deux Italiennes, assises mr les principaux trônes de l'Europe, marquèrent leur passage par les mêmes malheurs. Entonnée d'une foule d'étrangers, dont le désordre, l'impiété et l'effronterie donnaient l'exemple de tous les scandales, Bone remplit la Pologne de troubles et de divisions; n'aimant, parmi les indigènes, que les usuriers, les gens sans mœurs et sans aveu. Voilà le présent que l'Autriche fit i la Pologne.

Sir ces entrefaites, les Tatars, soudoyés par Vassili, envahissaient la Podolie et la Petite- Pologne (1519). La bataille de Sokal fut perdue par les Polonais, Ostrogski eut peine à se sauver, et les princes Czetwertynski, Korecki et d'autres chefs y furent tués. Les Hoskovites envahirent de leur côté la Litvanie et ravagèrent Krewo, Smorgonie, Molodeczno, Krzywicze et les villes voisines (1319). Hais après leur retraite on conclut un armistice (1520) pour six mois; ce Vi permit à Sigismônd de punir l'insolence des Tentoniques, protégés à la fois et par l'Autriche MparlaMoskovie.

leurs se trouvaient maîtres de donner pour chef à l'Allemagne celui des princes de l'Europe qu'ils jugeraient le plus capable de la bien gouverner. Parmi les nombreux candidats, ce furent Charles d'Autriche, roi d'Espagne, petit-fils du dernier empereur, et François l«r, roi de France, qui eurent le plus de chances de succès. Comme Sigismônd avait une grande influence sur la Bohême, Jean de Langeac vint en Pologne poux demander au roi de favoriser François Ier. Mais le roi d'Espagne finit par triompher, et c'est dès lors qu'apparut sur la scène du monde ce Charles- Quint, Odèle dans son amitié pour Sigismônd.

Cette élection étant accomplie, Albert, grandmaitredes chevaliers Teutoniques, et neveu de Sigismônd, ne prétendait rien moins qu'à envahir la Prusse-Royale : mais à la diète de Thorn (1520) on déclara l'ouverture de la campagne. En moins de deux mois, Nicolas Firley, palatin de Sandomir, battit les Teutoniques. Albert demanda grâce et alla trouver à Thorn le roi des Polonais; mais dès qu'il apprit que quatre mille Danois, débarqués à Memel, étaient entrés dans Konigsberg, et qu'il lui venait d'autres renforts d'Allemagne, il rompit les négociations. Les hostilités commencèrent donc. Dantzig fut assiégé par Schonberg, mais son commandant Jean Zaremba repoussa l'ennemi. Albert fut humilié; Sigismônd voulut bien pour cette fois oublier le passé, et il lot accorda une trêve de quatre ans. Plusieurs motifs avaient déterminé le roi dans cette démarche. Les Tatars et les Moskovites inquiétaient toujours les possessions polonaises. Les doctrines de Luther, qui agitaient toute l'Allemagne, commençaient jk pénétrer en Pologne. La ville de Dantzig fut la première à embrasser le protestantisme, et, par un zèle exagéré, destitua d'anciens magistrats, profana les églises et les couvents catholiques (1521). Sigismônd se rendit en personne à Dantzig, condamna à la peine capitale quatorze des principaux bourgeois, chez qui on aperçut l'influence traitreuse des Allemands ; il publia en outre plusieurs décrets pour arrêter l'extension de la nouvelle doctrine. Cependant non-seulemeniDantzig, maismême toute la Prusse se sépara de Rome et de la croyance catholique.

C'est encore vers la même époque que mourut \ L'ordre Teutonique, en grande partie, suivit cet l'empereur Maximilien Ier. La maison d'Autriche exemple ; le grand-mattre lui-même abjura ses était en danger de perdre la prépondérance vœux et se maria (1524). qu'elle s'était acquise dans le corps germanique. Dans celte position délicate, Sigismônd, sage

Maximilien n'avait pu réussir à faire de ses petits-fils roi des Romains ;

les clec-

et tolérant, aima mieux laisser à chacun la liberté de conscience que de se charger des inté-

rèis du ciel et de remplir la République de sang, de carnage, suites inévitables des persécutions religieuses. La paix définitive fut conclue en 1525. Albert, issu des marquis de Brandebourg, résignant le titre de grand-maître, fut créé duc de la Prusse-Orientale, ayant siégé à Kœnisberg. Albert se rendit à Krakovie, encore décoré de la croix de l'ordre sur lequel il rejeta le retard de la prestation d'hommages, et la guerre qui s'en était suivie ; il prêta hommage sur la grande place de Krakovie, le 40 avril 1535, en se réservant le fief pour lui et pour ses enfants, par le glaive. On accorda au nouveau feudataire'de la Pologne place au sénat ; il dut prêter serment de fidélité et fournir des forces armées à la première ré-

prisonné depuis quatorze ans, et que trouverons encore sur la scène politique.

Sur ces entrefaites, la Hongrie venait d'être envahie par le sultan Soliman (4521). Sigismond envoya six mille Polonais, commandés par Tarnowski, au secours des Hongrois. Mais les Ottomans ayant eu le dessus, ils se rabattirent sur l'ile de Rhodes dont ils firent la conquête ; en 1526, Soliman revint en Hongrie aveedes forces plus considérables. Pour empêcher Sigiamond de donner du secours au roi Louis son neveu, il avait dirigé le kban de Krimée sur les terres russiennes, et tandis que les Tatars avançaient du côté de Lublin, Soliman avait déjà passé le Danube et était venu jusqu'à Mohatsch. Louis de-

quisition du roi. Ainsi finit en Pologne l'ordre I manda du secours à la chrétienté ; mais on

Teutonique, après s'être déshonoré par l'ingratitude, après avoir attiré sur ses bienfaiteurs des malheurs qui durèrent trois siècles sans interruption (4235-4525).

La loyauté de Sigismond envers Albert devint par la suite fatale à la Pologne. Mais qui pouvait prévoir ce qui devait s'accomplir deux cent cinquante ans plus tard 1 Du reste, il faut mettre ces malheurs sur le compte du temps, on existait encore la coutume de donner des fiefs à des princes appartenant aux familles royales. Ce fut aussi ce motif qui détermina Sigismond h donner, à titre de fiefs, les districts de Butom et de Lauenbourg à George et à Barnim, ducs de Poméranie, ses neveux.

La Pologne, tranquillisée au nord, se trouva encore raffermie par la réunion définitive de la Mazovie. Son dernier duc Janus. issu des Piasts, mourut en 4525. Après Eonrad Ier, cette province fut gouvernée, pendant l'espace de trois cent dix-huit ans, par des ducs, dont les uns étaient amis de la Pologne, et dont les autres en étaient ennemis, mais depuis toutes les rivalités cessèrent, et la république devint forte et indivisible. Grâce à la trêve de cinq ans, signée le 6 janvier 4523 (25 décembre 4522, v. st.), deux ans se passèrent sans hostilités de la part de la Hoskovie. Cette trêve mit fin à la guerre de dix ans, si glorieuse pour les Polonais, si mémorable par la bataille d'Orssa, mais cependant proûtable aux Moskovites, par la conquête de Smolcnsk. En 4526 la trêve fut encore prolongée et elle dura jusqu'en 4535. Dans la même année, Vassili épousa en secondes noces Hélène Glinska, qui finit par obtenir l'élargissement (février 4527) de son oncle Michel Glinski, em-

s'excusa et personne ne voulut l'aider. Sigismond se montra au-dessus d'un lâche égolsme, et, malgré les Tatars qui le menaçaient, il fit marcher en Hongrie un corps de cavalerie, sous les ordres de Gnoinski; le duc d'Autriche, Ferdinand, envoya aussi trois mille fantassins. La mémorable bataille de Mohatsch fut livrée, perdue; et malgré de si généreux efforts, le roi Louis II y trouva la mort.

La modération et la loyauté étaient les traits caractéristiques de Sigismond. Pouvant se rendre maître de plusieurs couronnes, il les refusa pour se consacrer à son pays. Dès l'année 1549, le pape Léon X, par ses bulles des 27 mars et 13 mai, lui avait promis la couronne impériale d'Allemagne. Après la mort de Louis II, les Hongrois offrirent le sceptre à Sigismond, et il le refusa, comme il avait refusé deux fois (4522 et 4526) la couronne de Suède. Jean de Zapole, palatin de Transylvanie et père de la feue reine de Pologne, fut élu roi par la majeure partie des Hongrois. Cette élévation lui attira l'animosité de Ferdinand Iar, archiduc d'Autriche. Sigismond fut invité h être médiateur entre ces deux princes, mais il ne put parvenir à les réconcilier.

Sentant que l'âge arrivait, Sigismond voulut assurer à son fils la succession au trône. Les Litvaniens proclamèrent le jeune Sigismond-Auguste, âgé de dix ans, grand-duc de Litvanie (48 octobre 4329), et les Polonais, réunis à la diète de Piotrkow, le proclamèrent roi (48 décembre 4529), a condition que du vivant de son père il ne se mêlerait pas du gouvernement. Son couronnement eut même lieu l'année suivante (20 février 4530) ; mais avant de procéder à cette cérémonie, Sigismond donna à la noblesse la so-

uigiiize

leonetle promesse qoe cette nomination anticipée ne dérogerait en rien à la libre élection des rois peur l'avenir.

La joie que la Pologne et la Litvanie ressentaient, en voyant les Jagcllons s'affermir sur le trône, fnt troublée par une invasion des Walaques (4851). Pierre ou Pctrillon, hospodar de Walaquie, entra en Pokutic et s'empara de Snialyn. A cette irruption soudaine, Jean Tarnowski, palatin de Russie - Rouge et grand - général do l'armée, eut ordre de marcher contre l'ennemi. Le chef des Polonais n'avait que six mille hommes, mais ils étalent aguerris, et il trouva l'ennemi dans le bourg d'Oberlyn (entre Staoislawow et Czerniowiec). Les Walaques étaient an nombre de virigt-deux mille et gardaient une position avantageuse sur les hauteurs. Ils croyaient que les Polonais viendraient les attaquer de front. Pour marque d'intrépidité et par une espèce de bravade, ils avaient ouvert une partie de leurs retranchements. Le sabre et la lance à la main, ils semblaient donner le signal de la bataille. Quelque empressement qu'eût Tarnowski de livrer bataille, il ne fit aucun mouvement, et il défendit à ses officiers de rien entreprendre sans son ordre. Les Walaques attribuèrent à une lâche perplexité ce que cornmandaitimpéneusement la prudence. Impatients et pleins de confiance, ils descendirent dans la plaine; et passant de loin et rapidement à côté de l'armée polonaise qu'ils laissaient sur leur droite et qu'ils n'osaient attaquer de front, ni entamer par les ailes qui étaient couvertes d'une file de chariots, ils allèrent tomber sur ses derrières, qu'ils croyaient moins en état de résister * leurs efforts. Les troupes qu'ils menaçaient eurent ordre de se présenter a eux et de les joindre, tandis que Tarnowski leur faisant essuyer le feu de ses batteries, fit marcher le reste de m corps d'armée, pour les prendre en flanc. Ceax d'entre les Polonais qui faisaient face aux Walaques, se voyant soutenus, et apercevant le désordre où les mettait l'artillerie, eurent bientôt percé et enfoncé leurs premiers rangs. Tarnowski avançait toujours en bon ordre et sans précipitation. Ses charges étaient vives et pressées. Il se mêla enfin avec les ennemis qui, saisis de terreur, tournèrent le dos, s'embarrassèrent dans leur fuite, et, par cette nouvelle confusion, donnèrent le temps aux dernières files de les atteindre et d'achever leur défaite le sabre a la main. L'hospodar, dangereusement blessé,

>GNE. m

ne se sauva qu'avec peine. Cette mémorable'victoire fut remportée le 24 août 1351.

Sigismond, pour prix de tant de gloire, de talents et d'intrépidité, décerna à Tarnowski les honneurs du triomphe. Le héros fit son entrée a Krakovie (1532), menant à sa suite un grand nombre de prisonniers, quarante-huit canons, parmi lesquels on voyait aussi ceux qui avaient été enlevés, sous Jean-Albert, dans la bataille de la Rukowina. Le ro\ honora Tarnowski d'une distinction qu'il n'avait encore accordée à aucnn de ses généraux. Lorsque le cortège s'approchait de la cour du château, Sigismond se leva de son trône et alla au-devant du vainqueur pour le remercier publiquement et le presser contre son cœur.

Dans les années suivantes les Walaques cher* chèrent à envahir la Pologne, mais Tarnowski les battit. Pour gage de reconnaissance, la noblesse, réunie à Piotrkow, vota un impôt extraordinaire de deux gros par arpent, pour en offrir le montant à Tarnowski. Le héros accepta la récompense, pour la distribuer ensuite à ses compagnons d'armes.

Au milieu de ces événements, le grand-duc de Moskovie, Vassili, mourut à Moskou (1333). Il laissa un fils mineur,et ce fils sera on jour connu sous le nom dTvan-le-Féroce ou le Terrible. Son père, dont la vie se lie à l'histoire des malheurs de la Pologne, au momentoù il conçut le projet de se marier, déclara dans tous ses Etats qu'il voulait qu'on choisi t cinq cen ts jeunes filles des plus belles, n'importe à quelle condition et classe qu'elles appartinssent. Les accoucheuses en choisirent d'abord trois cents, ensuite deux cents, ensuite cent. Passant de plus belle à plus belle, elles s'arrêtèrent a faire un choix de dix filles d'une grande beauté ; parmi celles-là Vassili en choisit une qui s'appelait Salomonée. Le monarque vécut avec elle vingt ans, sans avoir d'enfants. Un jour de l'année 1525, se promenant avec des courtisans, il s'arrête devant un nid d'oiseaux : « Ah !

> s'écrie-t-il, ces oiseaux sont plus heureux que

> moi, ils ont au moins des enfants! Qui devien-

> dra mon héritier? » Et les flatteurs de répondre : t On abat le figuier stérile pour en

> planter un autre dans le verger. » Vassili entendit parfaitement ce conseil qu'il avait provoqué, peut-être même commandé, il répudia Salomonée. Hais auparavant, il voulait avoir l'avis du clergé. Marc, métropolitain de Jérusalem, réprouva le divorce, et répondit en ces termes à

Vassili : < Si lu- épouses une autre femme, tu

> auras des enfants monstrueux ; ton empire sera » la proie de la terreur et de la misère, il y » aura des rivières de sang ; les tètes des sei- » gneurs tomberont sous la hache, et les villes

> disparaîtront dans les flammes! » Malgré cela, la belle et vertueuse Salomonée fut forcée de prendre l'habit monastique, et Vassili choisit dans les métropolitains un certain Daniel, gras, vermeil, jeune ambitieux-, expressions textuelles de la chronique russienne du temps, et rapportée littéralement par Rarainzine lui-même, qui lui dit que le métropolitain de Jérusalem radotait, et qu'il fallait passer outre. Daniel prouva ensuite que le divorce de Vassili était louable, quoique contraire à la morale publique et religieuse, et qu'il devait se remarier, en dépit des canons de l'Eglise. Vassili épousa bientôt Hélène, fllle de Basile Glinski et nièce du fameux Michel Glinski, toujours captif et qui ne fut mis en liberté qu'en 1527, comme nous l'avons dit plus haut. Les Moskovites rigides en furent scandalisés; mais le maître le voulait ainsi ; son métropolitain avait parlé, et l'opinion devait se taire.

Parmi les courtisans 'du grand-duc et de la grande-duchesse on remarquait le beau prince Yvan-Fédorovitsch- Ovlschina - Télepnief f- Obolenskoî, et l'on disait en secret qu'il avait' des relations intimes avec Hélène. Trois ans s'étaient écoulés depuis le dernier hymen de Vassili sans qu'Hélène lui donnât d'enfants, et déjà sa conscience lui reprochait le scandale d'un divorce inutile, lorsqu'Hélène devint enceinte et accoucha, en 1530, d'un fils. Le métropolitain Daniel, s'appuyant sur les prétendues prophéties, disait à quiconque voulait l'entendre, que le nouveauné serait un Titus doué d'un vaste génie. Le tzar Yvan IV le Féroce vint donner le démenti aux prédictions. Pendant trois ans le tzar et sa femme, le peuple, tous les fonctionnaires civils et ecclésiastiques avaient fatigué le Ciel de leurs prières pour obtenir ce beau présent 1 L'année suivante, Hélène eut un second fils appelé Youri ou Georges; mais le grand-duc ne jouit pas longtemps de son bonheur, il mourut à la fin de 1355, après avoir désigné pour successeur Yvan le futur Titus, qu'il plaça sous la tutelle de sa veuve Hélène, mais en le recommandant aux boiars et aux fonctionnaires ecclésiastiques, notamment au métropolitain Daniel et à Michel Glinski, oncle d'Hélène.

L'influence de la famille Glinski, sa participa-

lion dans les affaires de la régence des craintes sérieuses à plusieurs des boiars. Le jeune Télèpniéff-Obolenskoi, qui était en rivalité avec les Glinski et qui leur disputait le pouvoir, jura de se défaire d'une famille qui lui portait ombrage. On forgea contre eux des accusations, car Michel Glinski avait osé remontrer à sa nièce le scandale de sa conduite. Hélène sacrifia sa famille entière à la politique de l'amant qoi la dominait. Michel Glinski eut les yeux crevés, et mourut en prison dans les bras de sa fille (1553); ses frères furent emprisonnés aussi, ses neveux cherchèrent un asile en Litvanie et bientôt la proscription s'étendit à quiconque portait ombrage à Télepnieff.

Les relations extérieures continuèrent comme sous Vassili. Sigismond, qui réclamait les provinces envahies, fut obligé d'ouvrir une campagne. Une guerre qui dura trois ans en fut la suite (1534, 1535, 155G). La Litvanie demande au roi do lui donner pour chef Tarnowski. A la téte de ses vieilles troupes il entre à Wilna, et le grand-général de Litvanie se soumet à ses ordres. A l'approche de Tarnowski les Moskovites'se retirent au fond de leur pays. 11 reprend Homel, Starodub et fait un grand nombre de prisonnier*. Le roi ne pouvant lui envoyer des renforts à cause des troubles suscités par la reine Bone, Tarnowski borna là son triomphe et Smolensk demeura au pouvoir des Moskovites. On fit une trêve de cinq ans.

L'hospodar de Walaquie, s étant remis de la perte qu'il avait essuyée à la bataille d'Obertyn, voulut encore tenter fortune. Il envahit la Pologne et la ravagea. Sigismond assembla la diète à Krakovie pour aviser aux moyens de réduire cet ennemi ; mais la diète n'eut aucun résultat, son action fut paralysée par les intrigues de la reine Bone, de Kmita, palatin de Krakovie, et deKny* cki, primat du royaume.

Depuis la mort des deux grands chanceliers Szydlowiecki (1552) et Tomicki (1555), la reine acquérait tous les jours plus de crédit auprès d'un roi courbé par l'âge. Elle vendait les charges, remettait en vigueur des tailles ruineuses pour le peuple et instituées par les ducs de Mazovie ; chargée de l'éducation de son fils, Sigismond-Augustc, clic lut donna un Italien pour gouverneur et attirait le jeune homme sans expérience dans sa cour efféminée. De là des plaintes contre le roi, de là son discrédit dans l'esprit des Polonais. Les bons règlements,

l'administration de la jus liée, le soin d'apprécier le mérite, sa bonté naturelle étaient amant de griefs contre lui, tant l'influence de la reine dans les affaires publiques avait aliéné les esprits. Au lieu île délibérer sur l'objet soumis & la diète, Boue, (traita et Kreycki insistaient auprès dé Sigismond pour qu'il conférât le sceau à Gamrat, évêque de Przenysl, homme habile dans les italiennes, sans mœurs, sans conscience, J embonpoint et fort mince d'intelligence ; il dans ud seul repas douxe gros chapons, buvant en proportion, et rivalisant dans la débauche avec les plus déboutés. Au moment où le maréchal ou président allait, au nom du roi, annoncer le choix du chancelier, Gamrat, sûr de son fait, se lève d'un air radieux pour entendre sa nomination. Le ro'r le fait rasseoir, et le maréchal déclare, de la part du monarque, que Jean Cboinski, évéque de Ploçk, est promu à celte dignité. Ce prélat d'une habileté reconnue, capable de remplaçer le grand Tomiçki, réunit d'unanimes suffrages. Gamrat fut honni et hué par l'assemblée. La reine, piquée au vif, fut plusieurs jours sans voir le roi; et l'assemblée manqua son but par la faute du parti de la reiue (1536- 1557).

Sigismond n'ayant pas obtenu les impôts nécessaires pour solder l'armée, fit lever l'arrièreban, qu'on évaluait à cent cinquante mille hommes; ils se réunirent armés aux environs de Léopol, pour défendre la patrie (7 août 1537). Le roi avait le dessein d'attaquer l'ennemi, de conquérir la Walaquie et de la réunir pour jamais à* ta Pologne; mai ses intrigues de Bone, et les sourdes menées des ennemis extérieurs, amenèrent de nouvelles perturbations; les mésintelligences entre l'aristocratie et la petite noblessse éclatèrent avec furie : tous s'en prenaient au roi.On se plaignait des impôts que la noblesse avait soidisant à payer; on demandait qu'il fût défendu an bourgeois et aux étrangers de tenir à ferme des domaines territoriaux ; on voulait que la noblesse ne fût pas détenue dans les prisons des bourgeois. Et les nouvelles recrues se changèrent en une multitude de mécontents, de mutins, armés de plumes, de papiers, de livres, de loiset d'instruments de justice. Vainement le roi signala l'inconvenance de ces demandes intempestives; vainement Tarnowski défendit l'autorité du roi; la malveillance prévalut. Les Kmita, les Zborowski , les Odrowonz, les Tnszyçki et d'autres fonctionnaires fomentaient toujours les

troubles, et les ambitieux eurent le dessus.

Un jour (22 août) que le sénat délibérait en plein air entouré de la noblesse, la pluie survint et fit rentrer toute celte foule dans la ville. Depuis lors il y eut encore des délibérations, mais elles n'eurentaucun résultat;et au mois de septembre chacun retourna dans ses foyers; ce formidable arrière-ban (pospolilé rusxenié) fondit comme la neige aux rayons du soleil ; aussi on ne l'appela ni une confédération, ni rokosz, on l'appela plaisamment la guerre aux poulets (woyna kokosza), car, après avoir dévoré tout ce qui se présentait, l'arrière-ban fit main-basse sur les poulets et les œufs : Léopol et ses environs furent témoins d'un massacre de poulets.

L'hospodar de Walaquie, encouragé par la dispersiou du camp de Léopol, envahit la Podolie (1558) et défit à Sereth un petit corps d'armée polonais. Sigismond s'adressa aux Turks ; ceux-ci déposèrent Pierre, et nommèrent Alexandre; et les Turks exercèrent alors une influence plus directe sur la Moldavie. De son côté l'Autriche attirait dans ses filets la coor de Krakovie, et Sigismond-Auguste épousa en 1543 Elisabeth, fille de Ferdinand 1er. En 1544 le roi remit à son fils le gouvernement de la Litvanie, et en 1548 celui de la Prusse; enfin les amertumes et les ennuis qui empoisonnèrent les dernières années de son règne causèrent sa mort. Sigismond Ie' le Vieux, Agé de quatre-vingt-deux ans, mourut à Krakovie le rr avril 1548, après avoir régné quarante-deux ans.

Juste, sage et majestueux, Sigismond avait un visage d'un aspect imposant, et sa force physique était si extraordinaire, qu'il rompait des cordes et brisait les fers d'un cheval. Sa taille était de six pieds quatre pouces. Lent a entreprendre la guerre, mais hardi et intrépide dans le danger, il ne put profiler de ses victoires, ayant toujours à lutter contre les écueils que lui offrait la forme du gouvernement. La vénalité qu'avait introduite l'infâme Bone lui avait aliéné les esprits; mais a peine eut-il fermé les yeux, qu'on ne s'entretenait que de ses vertus, du bonheur et de la gloire que son règne avait donnés a la Pologne. Le deuil qui suivit sa mort dura un an, b musique se tut, les bals furent suspendus, la tristesse remplaça la gaieté ordinaire des Polonais.

Sigismond fut tour à lonr ou craint ou estimé de toute l'Europe. Les papes Jules H, Clément VU, Paul 111 et Léon X lui donnèrent des

marques de considération. Sélim le respecta, Soliman le craignit, et après la mort de Maximilien l«r, CharlesQuint et François Ier Ini demandèrent ses suffrages pour leur élection à T empire. Sigismond donna sa voix a Charles* Quint, comme h son cousin, car Louis, roi de Hongrie, neveu de Sigismond, avait épousé la sœur de Charles-Qnint. Le règne de Sigismond fut un des plus remarquables; des grands guer- Hers, des savants, des législateurs entouraient le trône. Cette époque fut le siècle d'or de la littérature polonaise. Kopernik était contemporain de Sigismond !

Partisan de la tranquillité et de la concorde, Sigismond en offrait le modèle à ses concitoyens. Les générations futures se formaient sous lui pour le serviee de la patrie ; tous les ordres se ressentaient de l'aisance. Mais la noblesse dominait sur les autres, confondant son intérêt avec eelui de la république. Cette noblesse, qui prêchait l'égalité fraternelle, regardait comme nudessous d'elle les bourgeois et les paysans. Elle seule voulait être libre, parce qu'elle était appelée a la défense de la patrie ; les autres états n'étant obligés de s'enrôler que dans des cas urgents. Elle commença déjà sous Sigismond à se diviser en haute et petite noblesse. Les riches affectèrent de se distinguer de la petite noblesse, tantôt par les litres de prince ou comte du Saint- Empire romain ; tantôt par des majorats, auxquels Sigismond s'opposa tant qu'il put. L'exemple de la Litvanie, qui avait des princes ou ducs, porta les nobles de la couronne à se revêtir de ce titre. Tarnowski, Gorka, Ostrorog obtinrent les titres de comte de l'Empire romain héréditaires, titres entièrement étrangers à la Pologne. Odrowonz, qui avait pour épouse la duchesse de Mazovie, prit le titre de duc. Les Radziwill se revêtirent, en 1518, du titre de prince du Saint-Empire romain.

Indépendamment de cela, les grands avaient des moyens de se mettre au-dessus de la petite noblesse. Récompensés par des starosties, comblés de biens et de richesses, ils percevaient des énormes, et ils exerçaient les hauts

plois de maréchalata, les séoatorats. L'aristocratie cherchait encore à se distinguer des gentilshommes par son crédit et par soi aux diètes, où elle n'agissait que dans son int La chambre dea nonces avait la prépondérance ; le silence de la chambre était une approbation, et le bruit une opposition. Les grands fomentaient tant de discordes, que le roi, pour leur arracher une décision, était obligé de recourir aux largesses ou à la menace.

Voilà les difficultés contre lesquelles Sigis» mond avait à lutter, et les fréquentes diètes tenues depuis. 1507 jusqu'en 1531 prouvent combien l'ordre de la noblesse était jaloux de ses intérêts; combien le roi était obligé de combattre pour y maintenir l'union ; combien il avait à coeur de faire régner dans le pays l'ordre et la prospérité ; combien il songeait à relever la condition des agriculteurs : cette sollicitude de Sigismond augmenta le nombre des constitutions, et son règne en offre autant à lui seul que tous ceux de ses prédécesseurs.

Pour donner à la justice un caractère d'uniformité, Sigismond voulut qu'un même code fût obligatoire pour la Pologne et pour la Litvanie; il assimila le statut de la Litvanie à celui de la Pologne. Ainsi la Litvanie devenait tous les jours plus puissante, en s'amalgamant avec sa soeur la Pologne.

Sous le règne de Sigismond les villes retrouvèrent leurs anciennes prospérités; les bâtiments publics devinrent magnifiques, on les construisait dans le goût italien, et la terre classique des beaux-arts prêta ses artistes à notre patrie. Les places de guerre devinrent plus régulières et plus fortes ; les collèges plus célèbres et plus fréquentés; les châteaux des particuliers plus commodes, les campagnes plus cultivées. C'était avec une profonde conviction que Paul Jovius écrivait cette remarquable observation : < Si Charles-Quint, François !•* et Si- » gismond Ier n'avaient régné dans le même i temps, chacun d'eux aurait mérité de régner i sur les Etats des autres, et d'avoir a lui seul » l'empire du monde entier. >

POLOCN

MARIE LESZCZYNSKA.

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