TOME
hospodar de Walaquie, belliquetfp remuant et soudoyé par la perfide cour de Vienne, profita de cette circonstance pour s'emparer de la Pokutie. Mais se défiant de ses propres forces, il encouragea les Tatars à faire une nouvelle invasion, ce qu'ils firent avec empressement; ses hordes se jetèrent dans la Podolie et la Russie- Rouge, parcoururent la Litvanie, et poussèrent leurs rapines jusqu'à Kleçk et Sluçk. Pour remédier à ces malheurs, le roi vint a Lublin (fin octobre 1505), où il tint une diète ; l'assemblée tomba d'accord sur les propositions d'augmenter l'armée, de verser de nouvelles sommes dans le trésor public, et de faire la campagne de Pokutie.
Quand le moment de cette expédition fut venu» le roi envoya l'armée en Pokutie , et lui-même se rendit dans la Prusse et dans la Poméranie pour y recevoir le serment de fidélité (1504). En attendant, la guerre se poursuivait avec avantage; Élienne ne put tenir tète, et les Polonais lui reprirent cette belle et fertile province. Enfin la mort d'Étienne, survenue sur ces entrefaites, ôta tout prétexte ù la rébellion.
A la fin de la même année (1501) le roi présida à la diète de Lublin, où se traitaient les affaires de la Mazovie, a la suite de la mort du ducKonrad. De Lublin il partit pour Brzesc-Litexrski, où il ouvrit une nouvelle' diète (janvier 1505) dans l'intérêt de la noblesse litvanienne, et des mésintelligences provoquées par le prince Michel Lwowicz Glinski.
L'histoire de cet homme se lie aux événements les plus mémorables de la Pologne. Issu, selon les uns, d'une famille ta tare réfugiée auprès de Witold, et selon'les «autres, des ducs russiens, il naquit en Litvanie (vers l'an 1470), et embrassa de bonne heure la carrière des armes. Plus tard
il alla s'exercer dans l'art de In guerre en Allemagne, en Italie et en Espagne. Il demeura longtemps à la cour de Maximilien, empereur d'Allemagne, et quand il revint en Pologne, il devint favori d'Alexandre. Maître absolu dans le grand-duché de Lilvanie, où il possédait de vastes domaines, il abusait de son crédit. Ambitieux, prodigue et avare en même temps, il s'était fait un art de dérober le bien d'aulrui en éblouissant par ses largesses. Occupé de lui seul, il n'avait ni humanité ni justice. Les grands de la Pologne et de la Litvanie l'avaient souvent dépeint à Alexandre comme un homme dangereux qui n'aspirait à rien moins qu'à lui enlever la Litvanie ; maiHés avertissements ne faisaient aucune impression sur l'esprit du roi, il affectait, au contraire, de lui donner des marques de confiance et d'amitié. Glinski, de son côté, devenait tous les jours plus arrogant ; il obtint que le roi retirerait à George Miniez la starostie de Lida, et la donnerait à André Drozda, parent de Glinski.
Cette infraction à la justice et aux lois du pays révolta les Litvaniens. Dans cette généreuse opposition on remarquait Albert Tabor, évêqne de Wilna, Jean Zabrzezinski, palatin de Troki, Stanislas Zarnowiecki, staroste deSamogitie, et Stanislas Kiszka, grand-général de Litvanie. Mais Glinski ne reculait devant aucun moyen ; il les dénonça au roi comme rebelles, et parvint à les faire condamner à mort. C'est cette grave affaire qui amena la diète de Brzesc. Jean Laski, chancelier, et Jean Oswiccimski, confesseur du roi, parvinrent à découvrir les projets de Glinski ; ils firent des représentations au roi, ils lui montrèrent les dangers d'une pareille exécution, et l'arrêt fut révoqué. Mais Glinski conservait toujours le même esprit de vengeance, et le faible roi le même penchant à satisfaire la naine de son favori. Zabrzezinski fut prive de son palatinat, et Albert Radziw ill le remplaça ; les autres furent exclus du sénat, jusqu'à ce que par leur sonm^sion ils eussent réparé l'outrage que Glinski prétendait avoir été fait à la majesté du trône.
Cette affaire terminée, on mit en avant celle de Schah-Akhmet, khan des Tatars, qui ne put trouver justice ni sous le règne de Jean-Albert ni sous l'interrègne suivant. A la diète actuelle Alexandre témoigna l'intention de réparer ses torts, et il fit venir de Wilna le schah. Le roi en personne vint à sa rencontre à huit lieues de Brzcsc.On avait dressé une tente magnifique pour
le recevoir; lé roi le fit placer et se mit à si
droite.
De Bnesc on se rendit à une nouvelle diète i Radom,pour y discuter sur les affaires relative* à la
Pologne proprement dite (1505).Quandletourde l'affaire tatare fut venue, Schah-Akhmet se plaignit et prononça ces mots : « Je n'ai garde, dit- » il au roi, de vous reprocher les insultes » que vous m'avez faites; ce serait le moyen de » les mériter. Mes pertes, ma captivité, vos re- • mords vous disent assez quelle est votre injus-
> tice. N'était-ce donc que pour me faire périr,
> que vous m'avez attiré de si loin dans ces con-
> trées? Je me suis fié à vos promesses, à vos » serments, j'ai eu égardà votre difficile position » et j'ai perdu pour vous mes sujets, mes forces, » ma gloire, ma nation. Où est la récompense » de tant de sacrifices? Quel est le peuple qui » traiterait un ennemi avec autant de barbarie
> que vous traitez un ami et un allié ? Mais qui on* » blie les serments qu'il a faits à Dieu, peut bien » oublier ceux qu'il a faits aux hommes. » Pats, levant les mains au ciel, il s'écria : * Dieu est » juste, et se vengera sur vous de mes mal-
> heurs 1 >
Les sénateurs lui répondirent que le roi ni la nation n'étaient point coupables de ce qui lui était arrivé; que tonte la faute était à lui, qui s'était arrêté en vue de Kiiow , pour piller les contrées voisines, et qu'au lieu d'attaquer vigoureusement l'ennemi, il avait tenu une conduite équivoque vis-à-vis la Pologne.
Le schah ne répondit point à ces mais il demanda qu'on le laissât partir pour rejoindre sa horde. Voyant que l'assemblée hésitait, il dit : < Au moins, laissez partir mon » frère, il rejoindra mes compatriotes de Nogal; i je suis sûr qu'en apercevant mon bonnet, ils » seraient encore tous pour moi ; et si vous ac- » cordez des secours à mon frère, il vengera » d une manière éclatante son ancienne défaite
> sur le tzar de Pérékop. »
L'assemblée, au nom du roi, consentit à ce qu'il demandait, mais à la condition qu'il réunirait auparavant des troupes armées. Le schah ne fut pas satisfait de la décision conditionnelle; il promena ses regards sur la suite du roi, «iules sénateurs, sur les nonces, et dit avec véhémence : « Ces hommes ont tous le sabre an i côté, ne seraient-ils donc pas capables de se » battre en cas de besoin? Pourquoi se ménagenti ils? » On lui expliqua que la Pologne et la
i; qu'ici tes uns
voot à la guerre» et les autres délibèrent ; que d'attirés cultivent la terre, et enfin se livrent au commerce. L'infortuné schah, voyant qu'il ne pouvait les convaincre, se rendit à Troki, oo H attendit les résultats de l'ambassade dont son frète Ihaxakh était chargé aoprès des Nogaîs.
Les seigneurs titvaniens, confiants dans la parole du schah, Ini laissèrent une entière liberté, et le traitèrent avec largesse ; puis quand vinrent de Wogaî quatre-vingts Tatars notables, ils furent cordialement reçus; mais, peu soucieux de h reconnaissance, dès qu'ils purent tenter un cesp, ils le firent, et disparurent avec le schah. Le starostede Troki, en apprenant leur fuite, réunit qoelques troupes et courut après les fuyards. Les Litraniens prirent des chemins détournés, les joignirent non loin de Riiow et les reconduisirent à Troki, où le schah était gardé à vue.
Eo attendant, les TatarsdeKrimée, encouragés parles réussites précédentes, envahirent la Litva* nie et pillèrent les districts de Minsk, Sluçk et Nowogrodek (fin août 1503). La panique s'étant i, on s'empressa d'entourer celte s, ce qui fut fait en peu de
temps.
Au milieu de ces événements, la santé du roi prouva plusieurs échecs; mais dès qu'il se sentit ra peu mieux, il quitta Krakovie et alla ouvrir la diète de Lublin (janvier 1806). A côté des délions relatives aux affaires intérieures, l'assemblée de la noblesse s'occupa des moyens de punir rissoleace de Bogdan, hospodar de Walaquie.
Bogdan, succédant à son père Étienne, prétendait épouser (a soeur du roi Alexandre ; mais malgré ses instances on réconduisit sous différents prétextes. Irrité de ce refus, Bog- •bn s'empara de la Pokutie. La diète de Lublin tota des impôts, et quatre mille Polonais armés rtos&èrent les Wa laques et poussèrent même jasqu'aucœur de la Walaquie. Les Polonais eurent partout le dessus, mais Us eurent à déplorer la perte des braves Strus, frères, et de quelques antres chefs. A la suite de cette expédition, on conclut un traité par lequel on promettait à Bogdan la main de la princesse polonaise, à condition qu'il embrasserait la religion catholique, et qu'il fonderait un évéché et plusieurs églises. Bogdan promit une alliance fidèle à la Pologne et l'union de ses forces à celles de la chrétienté contre les Turks; mats ée traité n'eut aucun résultat, comme on le verra plus tard.
Les délibérations de la diète de Lublin furent closes a la suite d'une nouvelle officielle qui parvint an roi et qui lui apprenait la mort d'Yvan- Vassilévitsch, grand-duc de Moskovie.Cet homme cruel, qui causa tant de maux à la Litvanie, descendit dans la tombe le 27 octobre 1805, à l'âge de soixante-six ans, après en avoir régné quarante-trois et demi. Le roi des Polonais, croyant à la possibilité d'un bouleversement par suite de cette mort, hâta son voyage de Wilna, pour se préparera reprendre tout ce qui avait été envahi par les Moskovites sur la Litvanie ; mais il apprit que les esprits étaient peu disposés à la guerre : alors force lui fut de respecter la trêve, mais en gardant au fond du cœur son inimitié pour le nouveau tzar Vassili-Ivanovitsch.
Le roi en arrivant à Wilna y trouva déjà les envoyés de Mengli-Gierey, uar de Pérékop, et ennemi déclaré de Schah-Akhmet. Ces envoyés ne tardèrent pas a conclure un traité d'alliance avec la Pologne; mais le premier article portait le sacrifice du schah. Le roi fit amener en sa présence le schah et sa suite ; on instruisait le procès, et les faibles furent condamnés par les forts. Le schah fut relégué dans la prison de Kowno, où d termina ses jours, et Ton répartit le reste des Tatars dans divers forts de Litvanie.
Pendant ce malheureux procès, le schah engageait le roi et son conseil à se défier du perfide Mengli-Gierey, disant que ce dernier romprait la paix,violerait ses serments aussitôt que son intérêt propre le lui commanderait ; mais on ne tint point compte de cet a vertissement : l'événement justifia sa prédiction. En effet, à peine les envoyés du khan furent-ils de retour chez eux, que leur maître eut l'impudence de jeter encore une fois ses troupes sur les possessions polonaises (mai 1506).
Ces barbares mirent tout à feu et à sang dans la Podolie, la Bussic-Rouge et la Litvanie méridionale. On portait à cent mille le nombre des prisonniers ; quantaux vieillardset aux enfants, ils tes tuaient ; les chroniques du temps disent que chaque Tatar eut dans cette expédition vingt-cinq captifs pour sa part.
Sur ces entrefaites, le roi, frappé de paralysie, expirait à Wilna entre les mains d'un empirique polonais, qui se disait Grec de naissance, pour se donner un plus grand air d'habileté, et qui, par des bains fréquents et des sueurs continuelles, achevait d'ôter au roi tout espoir de guérison. L'envie etla jalousie entre les principales familles détruisaient l'union et ôtaient les moyens de pen-