DU XIV« SIÈCLE
Slo lat mijilo, jak Zakoa Knji«»j W« knri poganitira palnotntgo brodait , Jui Pruiak izjjç ucbilit » okowv, Lab iicnie, oddai , * i i»n\ scUodùt , Kituleo la tbitgiea roiptt/dl gonllvj, WMj.il, ««do*.», ai a» rr.ai. Lit»;
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«I, BN*t w PIWlI«p Wajialatr.
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Prêt de cent «ni l'étaient écoule», àWpail qu'un ordre de crotté» se baignait dan» U »»ng de» paient du Nord. Déjà le Prussien avait courbé le coa tant le» fert, ou abandonne* te* terre» «I fut, «'emportait que ton tau i l'Allemand, acharné a U poarmite de» fuyard», avait porté l'esclavage «i le maasacre jatqu'aox frontière» de la Litvania.
Le Niémen sépare let Litvaniens de lenr» pertéeatenrt : d'un cùté étincellent le» faltè» de» lemplet *l frémissent let for'tt, séjour det dienx ; de l'antre, plantée tor une colline, la Crois, étendard drt Allemand», cache ton front dant les nuages, et allouée tur la I.ilvanie set bras menaçant», comme ai d'en haut <-llc >oulait taitir et ramener tout elle toute* le» terret de Palémon.
Et let homme»? Let guerre» ont divisé lei homme*.. ■
L'ancienne familiarité de» Pruitient et «le» titvanieai est tombée eh oubli. Parfoit teulement l'imov rapproche auttl Ici mortel» ! J'ai tu connaissance de deux mortel» !
O Niémen ! bientôt te précipiteront dant te» («offre* le» rang», portant la mort et lei flammét, et tel rivet, jusqu'ici vénérée». »e dépouilleront, tout la haché, de leur» verte» guirlandes ; le bruit du canon chaitera dri jardina le» rossignol» épouvanté»... Tout e* «ne la nature a noué de »et chaîne» d'or, U bain* de» peuples le rompra, le rompra tout... Mai» let caors des amantt te réuniront encore dam le» chant» dn Weidalote.
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I cemment sur les frontières de la Lliyanie, était
I occupé par le tieux komtnr Otto, surnomme l« Le château de Johanuisbourg, élevé tout ré- | Jambe de bois, et son compagnon d'armes, le
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jeune Werner von Windeken. Celle retraite Mail peu de charmes pourWerner, les entretiens dn komtur ne pouvaient le sauver de ses préoccupations; et ces deux hommes vivant ensemble, se réunissant aux heures des repas, passaient des heures entières sans échanger une seule parole. Aussi, au moment où commence cette histoire, nous voyons Otto dessinant sur le plancher des lignes avec sa béquille, et Werner regardant le foyer dans une attitude méditative.
Toui à coup, le komtur s'écria, en désignant do doigt les lignes qu'il avait faites : « C'est par ici que les païens peuvent arriver : là, entre le bc et la forêt ; mais aujourd'hui il faut pousser use reconnaissance. Prenez quatre cavaliers et vingt fantassins, dit -il à Werner, et vous longerez le fleuve; notre sûreté l'exige, car je crains une surprise des Litvanions. Par saint Sébastien ! qs'ils viennent, et ils verront à qui ils ont affaire ! Ma» vous ne m'écoute* pas, Werner, dit le vieux komtur en foreur; vous n'avez point entendu que je vous donnais des ordres. Votre regard est distrait, un ordre n'a donc plus le pouvoir d'arriver à votre oreille? — Non, komtur, répondit Werner, en se réveillant comme d'un sonjje.
— Ah! par saint Sébastien.... Mais non, je ne »eux pas me ficher, je vais -dire un Ave, et le calme reviendra. • Ayant dit ces mots, il se leva, fit plusieurs tours dans la chambre, puis il se rapprocha de Werner : * Mon ûls, mon cher frère, dit-il, prenez-moi pour exemple. J etais près de n'abandonner à la colère, et la pensée de Dieu m'a retenu. Dans la jeunesse, la violence peut conduire à de belles actions, mais dans la vieillesse on ne doit agir qu'avec sa raison, car le monde vous demande compte de tout, et vous n'avez plus l'excuse des passions pour justifier une foute ou une sottise. — Komtur, j'attends vss ordres, » dit Werner ; car il redoutait les longues digressions et les parenthèses à perte de
vue du komtur Otto devint pensif, puis il
regarda le jeune homme d'un air plus affectueux « loi dit : < Asseyez-vous et donnez-moi toute votre attention. D'abord le komtur vous parlera, or les devoirs de l'Ordre passent avant tout; mais ensuite votre vieil ami vous ouvrira son cœur, il vous dira tout ce que son intérêt, sa tendresse de père lui inspire. > Werner serra la main d'Otto, qui poursuivit : t Le komtur a de justos griefs contre le compagnon d'armes qui lui avait ■été confié par le grand-maître. Oui, Werner,
vous êtes sous ma tutelle et vous ne remplissez pa* vos devoirs, ou plutôt vous manquez à la sainteté de notre Ordre : vous aimez une pécheresse! Je le sais, vous l'aimez, et le révérend père Benoit dit que celte femme, tout en se conformant au culte chrétien, conserve au fond de son cœur sa foi et son adoration pour la religion de ses ancêtres; vous allez dans la maison de cette femme, vons l'accompagnez à la chasse, vous lui avez sauvé la vie, un jour qu'un mirs allait la terrasser.... Du dévouement pour elle! Et des soins, vous en avez aussi : des soins, du dévouement pour une pécheresse, pour une réprouvée? Quant à son père, je n'ai rien à en dire. Quoique Prussien, il est brave homme et tout dévoué à notre Ordre; mais les qualités du père ne me rendront pas plus indulgent pour la tille, et si vous persistez dans ce coupable attachement, je vous renverrai à Marienbourg.
— Le komtur a-t il fini, et le frère Werner peut- il répondre? — Parlez et défendez-vous, dit Otto avec véhémence.
— Moi, me défendre ! s'écria Werner, me défendre I quand je suis condamné par les lois de notre Ordre... Je m'expliquerai, je répéterai ce que vous m'avez dit : J'aime à voir Biruta, j'aime à l'entendre, j'aime à me sentir près d'elle. Je l'accompagne dans ses promenades, et un jour je lui ai sauvé la vie; c'est un crime, sans doute, car ma vie, à moi, appartient aux Teutoniques, et je l'ai exposée pour une femme... Vous voyez que je ne me défends pas.
— Ah! dit le vieillard d'une voix tremblante de colère, si je ne vous connaissais pas pour un brave chevalier et pour un homme digne de notre Ordre par ses antécédents, je vous accuserais devant le chapitre.
— Faites ce qui vous plaira.
Werner, j'ai accompli un devoir pénible
en vous parlant avec sévérité ; maintenant, mon enfant, je vais essayer les conseils de l'amitié.
— S'il en est ainsi, je vous entendrai avec respect, avec une affection toute filiale.
Vous devez vous rappeler ce que vous étiez
avant que l'Ordre vous eût reçu dans son sein : orphelin, sans appui, n'ayant point un toit pour vous abriter contre l'orage, point de vêtements pour vous couvrir, point de glaive pour vous défendre; rien, rien, pas mê:ne la possibilité d'aller mourir dans un combat. Le grand-maître vous vit, il eut pitié de vous, pauvre enfant, qui n'aviez point encore senti l'étreinte d'une main amie; il
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eut pilié de vous, Werncr, et il abrégea le temps île voire noviciat pour vous donner la croix de chevalier. Depuis ce jour, vous assistâtes aux conseils des princes et des comtes, et vous devîntes I égal de ceux qui vous auraient dédaigné.
— Vous dites vrai, komtur, la mémoire de ces événements m'est restée dans le cœur, et jamais je u'oublierai ce que je vous dois et ce que je dois au grand-maître Winrich von Kniprode.
— Oui ; n'oublie/ jamais, reprit le vieillard attendri, ce sentiment qui nous rend dignes de la justice de Dieu ; mais la reconnaissance ne sufûl pns, il faut mériter toujours et par tousses actes Jes bienfaits qu'on a reçus. Le danger vous menace, vous êtes au bord de l'abîme : ce que je redoute pour vous, c'est vous-même.
— Je vois le passé cl l'avenir, répondit Werncr avec amertume.
— Insensé, vous savez ce qui vous attend, et vous ne fuyez pas Biruta Cette croix qui recouvre votre poitrine ne vous défend-elle pas d'aimer une femme? les battements de votre cœur sont un sacrilège.
— L'indifférence, la mort, le néant, sont les vertus qu'on nous commande.
— Ne blasphémez pas, dit sévèrement Otto. Ma vie et celle du grand-maître doivent vous prouver qu'il y a d'autres dévouements que ceux de l'amour; nous pouvons aimer, nous pouvons accorder une pitié généreuse ; mais nous ne pouvons sans crime livrer notre Ame à une femme. Les règles de notre Ordre nous le défendent, et vous avez juré, sous serment, de les observer.
— Je.rcmplirai mes devoirs, mais je ne puis promettre d'étouffer les battements de mon cœur.
— Si vous ne pouvez vous dompter, fuyez au inoins le danger. La force des grandes Ames, c'est la vertu ; la force des faibles, c'est la fuite. Evitez la présence de Biruta. Les chevaliers commencent à murmurer, et bientôt on vous blâmera hautement. Une femme vous ferait oublier Dieu et l'honneur. Mais c'est horrible. Sa beauté vous séduit, et déjà vous avez conçu la possibilité de tous lescrimes. Fuyez, Werner, fuyezeette femme inspirée par le mauvais esprit.
— Avez-vons été amoureux? demanda Werner.
— Que vous importe?
— Je me rappelle, qu'étant encore enfant, je me promenais avec mon tuteur. Nous passâmes près le couvent des religieuses de Nonnenwerht,
sur le Rhin, pour nous rendre au château de vos ancêtres. Ma surprise fut extrême en voyant que ce château était en ruines ; j'en demandai la cause à mon tuteur, il me répondit que
— Taisez-vous, taisez-vous, s'écria Otto : ne me parlez jamais de la maison de mes pères....
—Un jour, poursuivit Werner, avec sang-froid, un jour je baisais avec transport les mains de ma sœur Marie, de cette chère Marie qui m'embrassait aussi avec tendresse. Mon tuteur avait toujours des confidences à lui faire, et ce jour-là, je me le rappelle, il m'envoya eu avant pour que je l'attendisse à la porte du couvent. J'obéis. Arrivé là, je trouvai une sœur tourière. Ma sœur, lui dis-je, apprenez-moi donc par quel hasard le château de mon tuteur se trouve dans cet état de dégradation?
— Allez, allez cruel, retournez le poignard dans mon cœur, faites saigner encore une blessure qui ne se fermera jamais. Je le mérite, soyez sans pilié, car moi je n'ai pas eu pilié de vous.
— Non, komtur. non, dit Werner, je ne me ferai pas une joie de vos douleurs. Je voulais seulement vous rappeler que l'amour peut faire battre un noble cœur.*
Otlo, tout pensif, écoutait Werner. Puis tout à coup il se retourne, tend les bras vers le jeune homme et lui dit d'une voix pénétrante : « Les années s'écoulent, comme s'écoule l'eau des fleuves, mais les impressions de la jeunesse ne s'effacent pas ; les hommes succèdent aux hommes; les événements se reproduisent, mais la douleur est impérissable. Les années emportent la vie et laissent les souvenirs. Mon passé est toujours là ; il n'y a pour moi de réel que ce qui n'est plus. Werner, vous êtes, après le grandmaître, le seul être au monde à qui je confierai les événements de ma jeunesse. Ce sera une souffrance de plus, une punition de plus! Que Dieu accepie ce sacrifice. Venez, Werner, asseyez-vous près de moi, je ne suis plus votre supérieur, je suis un vieillard à qui la vie a beaucoup pris et très-peu donné ; je suis un ami qui saura vous plaindre, car dans l'amour il y a toutes les compassions, toutes les pitiés, tous les dévouements.
. J'ai aimé, Werner, j'ai aimé une jeune fille qui était belle et pure comme les anges ; elle m'aimait. Rien ne s'opposait à notre bonheur ; nous étions égaux par la naissance et par la fortune : rien, comme je vous le dis, ne se serait opposé à notre bonheur, sans un vœu barbare de sa mère, et avant d'avoir compris la valeur d'un
t, elle loi fit jurer sur la tombe de son père qu'elle se ferait religieuse. L'amour ne lui avait poiol encore révélé tous les trésors de la vie.... Je oe vous parlerai pas des premiers moments deootre bonheur, vous avez aimé.
iL'époque fixée pour l'accomplissement de ses vœux arriva, et ma passion la disputa à Dieu. Je l'enlevai, je quittai ma patrie, et, dans une retraite ignorée, je vécus avec elle, pour elle, et je joutai des délices qu'on n'ose à peine rêver. Ce bonheur, qui me semblait un avant-goût du ciel, passa comme un songe. Un jour que je revenais de la chasse, accourant pour me jeter dans ses bras , je ne la trouvai plus Le tribunal secret l'avait fait enlever, et m'ordonnait de comparaître devant lui. Je partis. J'allais chercher une mort certaine ; mais ces hommes impitoyables eurent pitié de mon désespoir et me laissèrent la vie ; ces hommes, avides de condamnations, me laissèrent une vie dont je ne voulais plus. Je revins dans le château de mes pères, je la cherchai partout, j'allai dans les pays étrangers, mais tout fut inutile... j'avais tout perdu : mon amour, mes affections, ils avaient tout immolé à leur vengeance, et ces deux êtres créés pour mon bonheur, le sort me les ôta. C'est alors que Wiorich von Kniprode, qui n'était encore que komtur, séjourna dans mon château, avant de se rendre en Prusse. Winricb avait été mon ami d'enfance, je lui confiai mes malheurs; mais sa bouche ne proféra ni des paroles de consolation ni des paroles d'espoir ; des doigts seulement il me montra la croix qui reposait sur sa poitrine... Je le compris, et peu de jours après* j'appartenais à l'Ordre teutonique. Lorsque nous arrivâmes en Prusse, mon ami essaya de me consoler en me parlant du ciel et des récompenses célestes. Me parler du ciel, a moi qui avais
menti à Dieu J'appris par Winrich que mu
maîtresse adorée vivait encore, qu'on l'avait forcée de prononcer ses vœux et qu'elle faisait pénitence dans le couvent de Nonnenwerth.
—Serait-ce sœur Marie? s'écria Werner.
— Celait elle... Mais ne parlons plus du pusse, Marie se repose dans la tombe de toutes ses douleurs... Nous nous retrouverons là-haut!...*
Il se leva, resta quelques moments pensif, pais il reprit la parole en ces termes :
i Werner, j'étais jeune quand je commis une faute ; le Ciel m'a puni... Souvenez-vous de sœur Marie, quand vous reverrez Biruta.
— J'ai été pour moi-même aussi sévère que
vous. J'ai voulu combattre par la raison ce qui est plus fort que la raison, j'ai voulu fuir Biruta ; mais elle m'attire malgré moi, et pourtant son caractère ne répond pas à mes idées sur les femmes. L'héroïsme, l'énergie, le courage, sont des vertus qui nous appartiennent; mais quand Biruta fixe ses yeux sur moi, son regard me fascine; quand elle chante des airs nationaux, elle me semble l'ange inspiré de sa patrie ; alors, ses yeux si Qers s'adoucissent, sa voix harmonieuse me pénètre, et je sens que rien sur cette terre ne la mérite. > i
Le vieillard secoua la tète et dit : e Lui as-tu parlé de tes sentiments pour elle?
— Mes sentiments! comment pourrais-je les exprimer, puisque je ne sais pas les comprendre?
— Werner, mon fils, rappelle-loi que tu appartiens à l'Ordre des Teutoniques.
— J'y pense nuît et jour, et c'est mon plus cruel châtiment. Pourtant j'ai la volonté du bien, j'ai la volonté de remplir tous mes devoirs, et je vous en convaincrai en exécutant vos ordres.»
Ce mot rappela au komtur ce qu'il avait dit précédemment à Werner. Alors il lui intima de nouveau l'ordre d'aller faire une reconnaissance avec quatre cavaliers et vingt fa ntassins. < Soyons sur nos gardes, dit-il, car je crains de nouvelles hostilités de la part des Samogitiens. — Adieu, mon fils, dit Otto ; ■ puis il regarda longtemps le jeune homme, il le regarda comme s'il retrouvait en lui tous ses souvenirs et toutes ses affections.
Une neige épaisse couvrait les champs, un vent du nord tourbillonnait dans les sapins et jetait d'une branche à l'autre de gros flocons. La lumière vivace d'un soleil levant se réfléchissait sur ces nappes blanches, mille congélations brillaient sur la nature, et dans le lointain, au faite d'une montagne, on apercevait, se perdant dans l'air, des colonnes de fumée.
Auprès d'un feu ardent se reposait un guerrier d'une haute stature ; ses yeux vifs et pénétrants brillaient sousd'épais sourcils, une longue bai bc retombait sur sa poitrine et ses traits exprimaient le calme et le courage. Certes, cet homme n'eût pas séduit une femme ordinaire, mais une femme supérieure se fût sentie attirée vers lui par une puissance irrésistible.
Un grand nombre de soldat» litvaniens couverts de peaux d'ours et de loup entouraient le guerrier; les nns dormaient et les autres semblaient attendre des ordres; puis deux chiens veillaient, dressaient l'oreille au moindre bruit, et ne perdaient pas de vue leur maître. Le guerrier debout, la tête appuyée sur son cheval, semblait plongé dans une profonde méditation; aucune voix n'osait interrompre ce silence. Tout à coup on entendit le son des trompettes, et aussitôt les Litvanions coururent aux armes. < Patrik, cria le guerrier avec précipitation, prends un détachement de cavalerie et cours savoir le motif de cette alarme. >
L'ordre fut exécuté à la minute, cent cavaliers fendirent l'air pour se rendre à l'endroit menacé. L<* guerrier écoutait attentivement pour savoir si le son de la trompette s'éloignait ou se rapprochait.
Sur ces entrefaites, nn vieillard s'approcha du guerrier, et, prenant son cheval par la bride, il dit : « Seigneur, montez à cheval, vous êtes Ici presqne sans gardes, et l'ennemi p:»ralt s'approcher. Kieystut, l'espoir de la Litvanie, ne doit pas inutilement exposer sa vie.
Ne crains rien, mon bon GastoM, reprit le
grand-duc de Litvanie, je serai ù cheval en nn clin d'oeil ; d'ailleurs l'ennemi ignore que je me trouve ici.
— Tout cela est possible, mais je connais la vigilance dcsTcutoniques, et vous-même, seigneur, vous avez été victime de leurs ruses. L'ami de votre père et le voir» a le droit de vous avertir, i
Kieystut, impatienté, fronça le sourcil, et sans rien répondre quitta sa place pour aller écouter les mouvements de l'ennemi. Au même instant, un cavalier du détachement de Patrik arriva tout essoufflé en disant à Kieystut : t Seigneur, nous avons fait bonne chasse, nous avons pris une biche comme vous n'en avez jamais vu.
— Explique-toi plus clairement, Woydan, reprit sévèrement Kieystut.
— Dès (tue nous eûmes gagné la forêt voisine, nous nous répandîmes de tous les côtés. Patrik, toujours plus heureux que les autres, rencontra une femme, mais une femme belle comme la déesse Pogezana ; quand elle nous vit, elle voulut fuir, mais il n'est pas facile d'échapper à Patrik ; il s'en saisit et va vous l'amener à l'instant.
— Était-elle accompagnée de ses serviteurs? dit Kieystut.
— Il n'y en avait qu'un, et il est en
voir.
— C'est bien, nous ne serons pas trahis.
— Mais, poursuivit Woydan, notre expédition ne fut pas sans danger. Voici comment les choses se passèrent : nous «perçûmes, après nous être emparés de la femme que vous verrez bien* tôt, seigneur, nous aperçûmes plusieurs cavalier» enveloppés dans de vastes manteaux; nn homme, qui paraissait être leur chef, marchait à leur tète, et c'est lui le premier qui se jeta sur nous pour délivrer la prisonnière; d'un coup de lanee il renversa un de nos compagnons : alors le combat s'engagea ; mais comme nos forces étaient supérieures aux leurs, pas un n'échappa. Le chef se battit corps à corps avec Patrik. Patrik, dont vous connaissez la vigueur et l'adresse, allait le frappr-r. mais avant que le coup l'eût atteint, il avait disparu.
— Et vous ne l'avez pas rattrapé? dit Kieystut.
— Impossible, Une marchaitpas, il ne courait pas, il volait comme si Giltyne (la déesse de la Mort) elle-même l'eût poursuivi, et comme nous craignions de tomber dans les griffes de sa troupe qui était en embuscade, nous ne trouvâmes ries de mieux à faire que de rebrousser chemin.
— Misérables!» s'écria le grand-duc; et prenant un petit cor d'argent qu'il portait toujours sur lui, il en sonna trois fois, et aussitôt les Litvaniens accoururent.
Woydan, malgré la colère du prince, osa lui dire : « Seigneur, je crois bien que ces hommes qui nous ont attaqués étaient des Teutoniques... » Sur ces entrefaites, Patrik arriva tout couvert de sang, et il présenta an grand-duc la prisonnière. Le grand-duc ne la regarda pas, il dit seulement à Patrik : « Je serais plus content de toi si tu m'avais amené un Teutonique. Cette circonstance bouleverse tous mes projets, à présent l'ennemi connaît ma présence en ce lieu; mais ce que quelqnes-uns n'ont pas pn faire, tous le feront. Gastold, réunissez les troupes et attaquez le château sur trois points à la fois. — Savez-vous à quelle distance nous sommes de Johannisbourg? Puisque vons avez parcouru les environs, vous devez le savoir,» dit Kieystnt, en tournant ses yeux pour la première fois snr la captive. Alors elle prit la parole, et prononça ces mots d'un ton fier et hardi : t Avec des chevaux comme les vôtres vous serez bientôt arrivés, mais votre retour s'«ra plus prompt eurore. » Kieystut, étonné de tant d'audace, jeta de nou-
LA P OLOGNE.
têao ses regards sur celte femme; mois cette fa» il ne pat les en détacher, jamais il n'avait fa rien de si complètement beau, rien de si par*
i Qui es-tuf demanda Kieystut d'une vois près* que tremblaate d'émotion.
— Je me nomme fiirata, je suis la fille de Walgnna, un noble prussien.
— Ët ce chevalier Teutonique qui te suivait h qui combattait si vaillamment pour toi?
— Il a combattu vaillamment, dites-vous, et je sais entre vos mains !
» Ge chevalier était, je crois, Werner von Win« Mea.
— Tu es fiêre et dédaigneuse, Bimia, répondit Kieystut.
— Oui, je sais comprendre ma dignité de
— Il me semble que pour une esclave, pour une captive, celte dignité est un peu exagérée.
— Moi, esclave ! je no le suis pas, je ne le serai pas, car je ne le teux pa$ !
— Tu es confiante dans ta beauté et tu as lu dans mes yeux un sentiment de pitié, je ne m'en défends pas. Tu ne seras pas esclave, Biruta, tu seras ma captive. J'ordonnerai à Palrik qu'il mo cède ses droits sur toi, et tu seras heureuse
— Kieystut, répliqua Biruta, avec calme, ce mot heureute me semble une ironie, un langage de prince assez hors de propos, car vous n'auriez pas dû oublier le sort de voire grand-père Gedymm. Dans le siège du château de Christ bourg, la fille d'un noble de Samlaad tomba en son pouvoir; elle était belle aussi : elle lui plut, et il voulut en faire sa captive. Sans doute il lui promettait de la rendre heureuse ; mais dès que celle femme fut arrivée dans la tente de Gedy- Din.de votre graod-père, Kieystut, elle lui enfonça an poignard daas le cœur Laissez-moi
libre, renvoyez-moi à mon père, préservez-nous du pillage, de l'incendie... Une bonne action ne peut-elle vous séduire, et ma reconnaissance •est-elle pat de quelque prix !... >
Kieystut, qui l'avait écoutée dans un profond recueillement, se retourna vers sa suite et dit : < Reconduisez celte femme dans la maison de son père.»Pois il ajouta, en regardant Biruta: « Nous sans reverrons encore, nous nous reverrons après la prise du fort. •
Biruta fut rêveuse tout le temps que dura le mage. Kieystut la préoccupait ; elle avait cru
voir en lui la réalité de tous ses rêves. Kieystut, le héros de la Litvanie; Kieystut, le grand homme de guerre, pouvait devenir le sauveur de sa patrie et l'arracher au joug des Teatoniqueaj L'amour de la pairie était une religion pour Biruta : tous les grands sentiments avaient place dans cette âme. Mais si Biruta pensait comme un homme, ellfi sentait comme une femme : toutes ses facultés étaient complètes. Elle pouvait aimer, elle devait aimer, non de cet amour qui est ponr les femmes une distraction, une occupaiiofl dans une vie inoccupée, mais avec passion, avec cette force divine qui fuit tout vouloir et tout en* l reprendre. Biruta ne rêvait pins que son bonhenf et la délivrance de sa patrie. Kieystut résumait toutes ces espérances : un jour, un moment avait suffi.
Quand elle fut arrivée chez son père, elle dit aux Litvaniens qui l'avaient accompagnée : t Exprimez à votre maître ma profonde gratitude ; dites-lui que mon souvenir ne le quittera pas. »
Après le retour de Werner dans le fort, l'ac-< tivité et le mouvement se firent remarquer sur tous les points. Les postes furent occupés, et on se prépara à la défense. Kieystut ne tarda pas à paraître, et le fort fut attaqué sur tous les points à la fois. La défense et l'attaque furent ponssée» avec une égale vigueur. Les troupes de Kieystut firent des prodiges, mais la fortune favorisa cette fois les chevaliers Teutonique s : ils résistèrent, et Kieystut, pour épargner son monde, donna ordre de cesser l'attaque, et les Lit™ nions reprirent leurs positions dans les forêts environnantes.
Le lendemain de cette Journée, vYerner» mal* gré la défense et la recommandation du komtor, se rendit chez Walguna. C'était pur une froide soirée d'hiver : le ciel était parsemé de brillantes étoiles, la lune jetait ses pâles rayons, le sol était recouvert d'une neige éclatante, tl partit seul, et pour arriver plus tôt il traversa la forêt qui le séparait de l'habitation de Walguna. La nature, dans sa majestueuse tristesse, était en harmonie avee son cœur; des flocons de neige remplaçaient les feuilles tremblantes, et leurs* mugissements étaient semblables aux vagues de la mer. Les oiseaux ne sillonnaient pins rarr paf leurs chants ; partout un calma lugubre... Wer-
ner vivait an milieu de ces images de mort, il vivait de donlcar et d'angoisses, son pools battait avec violence; et, en approchant de ce lieu où il allait revoir Biruta, son émotion fut telle
qu'il fut obligé de s'arrêter Enfin il reprit
courage, fit quelques pas encore et se trouva en face de la croisée de Biruta, < Mon Dieu! je Vais la voir, se dit-il ; mats quel pouvoir m'attire vers cette femme? quelle fatalité m'enchaîne à son souvenir ! Elle ne peut être à moi, je ne la mérite pas; elle m'a repoussé avec indifférence, avec mépris; elle a écouté avec dédain les paroles d'amour qui tombaient de mon coeur comme malgré moi. Je ne l'aimerai pas, je ne serai pas sacrilège pour cette femme... » Se croyant plus fort après cette résolution, il se disposait à entrer, lorsqu'il aperçut Biruta qui s'approchait de la croisée pour regarder le ciel. Sa figure éclairée par les reflets de la lune, sa chevelure noire tombant en grosses boucles sur son cou, sur ses épaules, lui donnaient l'air d'une vision. Biruta prit sa harpe et se mit à préluder quelques accords, puis elle chanta cette divine prière : t Pardonnez-moi, 6 sainte Vierge ! pardonnez-moi! » Werner, en l'écoutant, se rappela 1rs paroles du komlur:< Non, dit-il, elle n'est pas païenne ; ce sont les traits d'un ange, et l'âme d'un ange. »
Il frappa à la porte, et le vieux Walguna vint à sa rencontre. «
• Soyez le bienvenu, seigneur Werner, dit-il, je suis heureux de vous voir, car je sais que votre courage a contribué à la défense du fort. Mon âge me rend inutile pour le service de l'Ordre, mais mes vœux, mes prières accompagnent les braves qui lui sont dévoués.
— Vous avez fait vos preuves, Walguna, et aujourd'hui vous pouvez vous reposer. Ouu vous avez bien mérité de notre Ordre, et nous le sentons d'autant mieux, que tous vos compatriotes ne nous ont pas été fidèles, notamment Monté qui grossit la liste des traîtres....
— Ah 1 seigneur, n'appelez mes frères, ni des traîtres ni des ingrats, ne condamnez pas des opprimés qui voulaient être libres : l'amour de la liberté est aussi une passion.
-—Si vous les excusez, Walguna, pourquoi n'avez-vous pas fait comme eux ? Pourquoi étiezvous avec nous, quand tout ce qui habite les bords de la mer jusqu'aux bords du Niémen, était contre nous? >
Walguna ne répondit rien.
« Parlez franchement : depuis longtemps je
voulais vous demander la cause de votre conduite, l'explication de ce dévouement à toute épreuve; mais votre tristesse, tontes les fois que j'abordais ce sujet, m'a retenu. Aujourd'hui je sollicite encore votre confiance ; parlez, Walguna, je vous ouvre un cœur ami.
— Seigneur, répondit Walguna, je n'aurais jamais abandonné les rangs de mes compatriotes, s'il se fût agi seulement de la défense de la patrie; mais l'Eglise était menacée, la croix allait tomber sous des coups sacrilèges; l'idolâtrie redressait la tête, Kriwe-Kreweyto allait s'emparer du pouvoir... Toute mon âme s'est révoltée, et Dieu l'a emporté sur la patrie; j'ai abandonné mes rangs, j'ai trahi mes frères, j'ai combattu pour le Christ, mais pas pour des boa*
mes, seigneur, pas pour votre Ordre J'ai dit
plus que je ne devais sans doute, oubliez mes paroles. >
La recommandation de Walguna était inutile. Werner n'écoutait plus, il avait cru entendre les pas de Biruta, et en effet elle entra en apportant l'hydromel. Mais elle ne leva pas les yeux, à peine si elle répondit au salut de Werner. Elle posa sur la table deux verres et un flacon, et se disposait à sortir lorsque son père lui dit : « Versenous à boire, et fais les honneurs de la maison au nouveau venu. » Elle obéit, offrit les verres, et, selon l'antique usage, but elle-même ce que Werner avait laissé dans son verre ; mais auparavant elle dit avec un sourire plein d'ironie : • A votre santé, intrépide Teutonique, et surtout à votre fougueux coursier.
— Que voulez-vous dire, Biruta? demanda Werner tout étonné.
—Comment! ne dois-je pas vous féliciter d'avoir échappé si heureusement aux Litvaniens? Votre fuite a été si précipitée, que vous ne vous êtes pas souvenu, sans doute, que vous laissiez une femme entre leurs mains. >
Un long regard fut la réponse de Werner. Walguna, qui craignait que sa fille n'eût offensé le chevalier, dit : t Mais toi-même, Biruta, w avais rendu justice au courage du seigneur Werner. — Oui, répondit-elle, on peut être brave* et ne pas soutenir le combat, un contre mille; mais abandonner une femme, la laisser au pouvoir des païens... Allons, ne parlons plus de ces choses, on m'accuserait d'orgueil, et dans le vrai, je ne mérite pas qu'un noble chevalier teutonique verse son sang pour moi ; un duc de Troki et de
Samogitie à la bonne heure, un païen peut bit mourir pour une pauvre fille.
■»— Vous êtes injuste, Biruta ! ma vie, je l'aurais sacriGée; je l'aurais sacriGée sans l'espoir d'une larme; je l'aurais sacrifiée avec joie, car celui qui s'est pas aimé ne regrette pas la vie.
— Eh bien, pourquoi m 'avez-vous abandonnée? dites, justifiez-vous.
— Mon devoir : vous comprenez la valeur de ce mot, vous qui êtes plus qu'une femme. L'honneur çiigeait que j'allasse prévenir les chevaliers de la présence des Litvaniens. D'abord, je pe pensai qu'à vous, aux. dangers que vous courriez, mais la position de mes frères d'armes, mes serments me revinrent à la mémoire ; il fallut m arracher à vous, so^* peine de passer pour traître et parjure, Je vous qujltai, et je m* rendis dans le fort pour le prépare? à la défense.
» A présent, Biruta, ditc6-moj par quel miracle vous avez été sauvée. »
Biruta, sans répondre, donna sa main à Werner, son beau regard se fixa sur lui... Il était justifié...
Biruta lui raconta avec détail l'histoire de sa captivité d'un moment. Son enthousiasme pour le grand-duc se peignait dans sa voix, dans ses gestes; elle oubliait Werner, elle ne le voyait plus, son ame s'épanchait....
t Votre reconnaissance est presque du fanatisme, lui dit Wirner ; mais comment est-il donc cet homme qui a mérjté votre admiration? On le regarde comme un .héros, je le croirais s'il était
— L'héroïsme n'pppartieni-il qu'aux chrétiens? enviez- le, mais ne le calomniez pas! Ah! si vous le voyiez, vous aussi, vous seriez forcé à l'admiration, fouies les vertus resplendissent sur son visage, et on ne pourrait supporter l'éclat de ses. yeux, car leigénie est imposant, si une expression «e bonté ne tempérait le feu de ses regards; k calme «t la force, jle génie et la bonté, jroiià cet homme que les chrétiens ne trouvent pas assez grand pour J appeler un héros!
— Voire exaltai ion me paraîtrait juste, si elle tenait -de la réflexion.; mais je crains, fiiruta,
je crains qu'elle ne vienne du
— Et quand cela serait?...
— Mai* danS'le vrai, je suis mauvais juge, pour- Miutii Werner* car je ne .connais pas l'amour...
"-Je cous plains^ dMle dédaigneusement.
tant d'illusions ; il ne voit pas, il ne juge pas, il sent, il est entraîné par la passion, et toutes les passions sont menteuses.
— Mais si vous ne connaissez pas l'amour, comment reconnaissez-vous ses symptômes? i Werner se tut un moment, puis il dit : i Avouez, Biruta, que le grand-duc vous a fait une profonde impression.
— Je ne le nie pas, j'ai éprouvé le plus inattendu et le plus nouveau des sentiments. Je me rappelle les paroles de Kiey6tui, je me rappelle son regard. Ah ! jamais je n'oublierai le moment où il me rendit la liberté.
— Celte action est belle, sans doute, mais les traits de Kieystut ne sont-ils pas plus profondément gravés dans votre cœur?
— Il parait que le chevalier teutonique veut être mon confesseur, dit Biruta en souriant ; pour me plaire, il faut avoir pénétré mon aine.
— J'apprécie votre franchise, Biruta, je ne m'en offense pas; celte croix, que vous voyez sur ma. poitrine, me défend l'amour, la jalousie; elle me fait un crime de toutes les joies et de toutes les douleurs de ce monde ! L^-baut doivent être toutes mes espérances. Mais demandant plus rien pour moi, ne puis-je pas m'inquiéter pour vous ? avez-vous pensé à l'avenir ?
— L'avenir, la gloire peut l'espérer ; mais le bonheur n'a pas d'avenir! le bonheur, c'est uu jour sans lendemain ; un jour où on vit toute sa vie, où on épuise toute son à me.
— • Je vous avais deviné, Biruta. Que le Ciel vous protège !
— Werner, dit-elle en l'attirant vers la croisée, et en lui montrant de la main la clarté de la lune, l'astre ne peut retourner sur ses pas ;
il ut