‹ La Pologne, historique, littéraire, monumentale et pittoresqueChapitre 49 sur 105 · AMBASSADEUR DE FRANCE EN POLOGNE EN 1574 ET · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR DE FRANCE EN POLOGNE EN 1574 ET

Le cinquième n^is de son règne en Pologne, Henri apprit la mort de Charles IX; comme il ne pouvait point quitter le royaume sans le consentement de la noblesse réunie en assemblée, il préféra se sauver nuitamment de Krakovie. c Le dessein de Henri, dit un écrivain français, était de s'enfuir secrètement et le plus tôt qu'il lui serait possible. Jamais prince n'avait donné une pareille scène à l'univers. La nécessité môme pouvait a peine en effacer le blâme. Il fixa son départ à la nuit du 18 juin 1574, et s'occupa d'abord à disposer des relais sur la route qu'il avait résolu de prendre. »

Le jour de son départ arrivé, le roi donna un festin, suivi d'un grand bal, à la sœur du feu roi Sigismond-Auguste, et quand tout dormait après la fatigue et la danse, Souvray et Lnrchant, capitaines des gardes, emmenèrent Henri, et l'ayant fait sortir par une porte secrète, le conduisirent à pied jusqu'à une chapelle, où des domestiques affidés l'attendaient avec des chevaux. René de Villequier, de Pybrac, Caylus, Beauvais- Nangis, Liancourt et quelques autres qui devaient escorter le prince s'égarèrent. Guy du Faur, seigneur de Pybrac, eut à essuyer, entre Zator et la Wistule, l'aventure la plus désagréable du monde. Nous laissons parler Charles Paschal, auteur latin de la Vie de Pybrac, écrite en 1585, et traduite en français par Guy du Faur, seigneur d'Hcrmay, en 1G17, en conservant le style naïf de l'époque.

• Le bien dire que plusieurs affectent tant et qu'ils acquièrent par étude et travail lui était comme propre et naturel. Que l'antiquité aille maintenant chanter ses éloges ampoulés en

l'honneur de son Orphée, de son Nestor ou de son Ulysse, lesquels ont été si hautement loués par les Grecs que leur vanité en est ennuyeuse à tout le monde. Pour moi, je ne ferai cas qae d'un Pybrac, non pas pour avoir amolli par son chant les rochers, et attiré à soi les forêts; mais

Pour avoir surpassé, par son esprit divin, Tous les autres mortels; ainsi que le malin, Quand Phœbus est levé, nous voyons les étoiles Sans lueur se cacher dessous leurs sombres voiles.

> Par telles vertus il s'acquit le crédit et autorité dans le royaume qu'il avait mérité. Il n'en fut pas pour cela plus glorieux ; on ne le vit jamais abuser de la faveur, ni s'attacher à son intérêt particulier. Au contraire, recherchant les occasions de bien faire à un chacun, il s'étudiait surtout d'avancer les gens de mérite qui avaient bien servi le roi, prenait grande compassion du pauvre peuple, rendait universellement à ceux qui l'en réquéraient tous les bons offices qu'il pouvait, avec un merveilleux soin et une certaine grâce et douceur qui le faisait aimer et bien vouloir de tout le monde.

» Pour s'ê tr e corn por té de la façon e t s'être rendu officieux aux uns et aux autres, il en remporta au moins cet avantage que, n'étant auparavant connu que de quelques principaux seigneurs par réputation, il le fut par après de tous par ses déportements. Cette douceur et abord gracieux qui lui était propre laissa dans les affections d'un chacun un amour et bienveillance universelle en son endroit, de façon qu'il n'y eut si petit, quand il eût le cœur d'acier, qui n'aimai comme à l'envi celui qui les avait tous aimés.

» Cette rare et insigne vertu expérimentée en

LA PC

tant d'occasions signalées s'exerçait parmi cette diversité d'affaires, lorsque les destins rappe- Unl le roi de France, il en fallut parler et délibérer secrètement; car comme la nouvelle fut venue en Pologne de la mort du roi Charles IX, on ne savait que trop combien les affaires de France étaient en mauvais état, à cause des factions et divisions des grands, des différentes volontés et inclinations des peuples, et de la guerre civile nourrie et fomentée dans ses entrailles, allumée depuis tant de temps en un si beau et si grand royaume, et dont le remède ne se pouvait attendre d'autre part que de la présence du roi.

» Partant, l'affaire ayant été mise sur le tapis, agitée de part et d'autre entre les principaux et plus confidents serviteurs de 6a Majesté, chacun trouva bon l'avis qu'il avait le premier proposé, qui était tel :

• Que, sans avoir égard a tout ce qu'on pourrait dire, tout de même que les amitiés et affections particulières et la nature enseignent de préférer toujours les personnes qui touchent de plus prés, aussi que IaJFYance, comme plus proche, le devait emporter sur la Pologne, et qu'il fallait courir à celle qui lui tendait les bras.

> Qu'en ce point seul consistait le salut de l'État et l'autorité du roi, si une fois les Français apprenaient que le roi fût hors de [la Pologne ; que celte nouvelle était de telle importance qu'elle serait suffisante pour divertir et dissiper toutes les pratiques et menées en quelque part que ce fût ( si d'aventure il s'en faisait quelqu'une ) ; car aussi bien avait-il couru un bruit en France que le* roi était arrêté en Pologne et qu'on ne pouvait donner de raisons assez fortes aux Polonais pour leur faire trouver bon le retour du roi en France, et que, quand même ils y consentiraient, les formes du pays et l'ordre du royaume de Pologne voulaient plus d'un an devant qu'on pût terminer cette affaire; que, comme ce retardement pouvait être profitable aux Polonais, il ne serait pas moins agréable à ceux qui demandaient des nouveautés en France, très-dommageable au roi et préjudiciable au nom français; que si une fois les ennemis du roi se voyaient déchus de cette espérance, toutes choses se rendraient faciles à Sa Majesté; car la paix étant assurée en France, qui serait celui si mal avisé qui osât ou pût troubler la Pologne? ou, d'autre part, la France une fois travaillée et perdue, qui ne voyait que la Pologne serait en grand branle? que, par ce conseil, l'autorité du roi s'af-

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fermirait et se conserverait en l'un et l'autre royaume; que les Polonais n'auraient aucune occasion de se plaindre avec raison, s'ils connaissaient une fois ce qui était de leur bien, desquels l'intérêt était principalement de ne pas changer si souvent de rois; qu'il les fallait rendre capables de ces raisons-là, et travailler seulement à faire qu'ils pesassent et considérassent les causes qui les avaient portés à faire choix d'un Français pour leur prince, afin de n'éprouver à leur dommage le mal qui s'ensuit d'un fréquent changement; que l'absence du roi (qui serait la seule chose qu'on pourrait par aventure blâmer) serait un sujet pour l'inciter de prendre un soin plus particulier du royaume; finalement, qu'il donnerait ordre, par l'avis même des Polonais, que l'État de Pologne ne recevrait aucun dommage; que sitêt qu'on serait arrivé en France, voire même en Italie, le roi enverrait des ambassadeurs en Pologne pour excuser la nécessité de son départ si subit. et offrir aux Polonais les bonnes et honnêtes conditions pour l'administration et gouvernement du royaume; pariant, qu'il n'y avait plus de moyen de retarder ; que tout consistait à tenir l'affaire secrète et y apporter de la diligence; qu'il n'était plus temps de délibérer lorsqu'il était question d'exécuter, parce que ce qui s'entreprenait était de telle condition qu'il ne pouvait être approuvé ni trouvé bon, s'il n'était entièrement parachevé. *

> Chacun fut de cet avis ; aussi ne tarda-t-on pas davantage ; car, le jour pris pour le voyage, le roi sortit de Krakovie la nuit, lorsque tout est plus coi et tranquille, avec bien peu des siens ; le jour ensuivant arriva aux contins de Moravie.

> M. de Pybrac, qui était parti quelques heures auparavant, attendait le roi près d'une certaine chapelle ruinée assez proche du chemin. Ce lieu avait été donné pour rendez-vous par ceux que Sa Majesté avait employés en cette affaire, et auxquels elle avait confié la conduite de l'entreprise.

» Etant là en telle obscurité qu'on ne voyait goutte quelconque (pour ce qu'il ne faisait point de lune), mettant l'oreille contre terre, il ouït un bruit de chevaux venant au grand trot à travers champs, qui lui fit croire que ce serait le roi (comme en effet ce l'était) qui s'en allait droit son chemin. U remonte à l'heure même à cheval, et en toute diligence se met, lui troisième, à suivre le roi de loin, lis avaient déjà fait beaucoup de chemin lorsqu'il ouït le bruit de quelque

homme à cheval quiLles suivait; cejui-q était Polonais, et parce que M. de Pybrac craignait qu'étant suivi d'une troupe d'autres gens il n'entreprît de faire quelque mccfomt tour (comme en un tel temps, ep un tel lieu on l'eût estimé une brave acijon), il commanda à l'un des deux qui l'accompagnaient, lequel était armé et monté sur un bon et vite cheval, de se tenir derrière, pour empêcher que celui-ci ne pût s'avancer pendant qu'il gagnerait pays avec celui qui lui restait pour compagnon; ainsi il continue son chemin.

» Il pouvait être environ le ppint du jour, lorsque par malheur, se fourvoyant de son chemin, il prit à main gauche au lieu de tourner à main droite, et se trouva dans des landes et marécages, où (comme d'une vitesse incroyable ta nouvelle du parlement du roi fut déjà parvenue) quelques paysans, ayant aperçu M. de Pybrac, firent une buée, et grands cris et voix commencèrent à appeler le voisinage ; ceux-ci aussitôt, prenant les premières armes qu'ils rencontrèrent, accourent pêle-mêle de toutes parts, et se rendent au lieu d'où venait la voix, sans savoir pourquoi ils y vont, et encore tout hors d'haleine s'enquièrent de ce que c'est} les uns répondent qu'ils ont vu des Français se cacher en ces lieuxlà ; quelques autres, à tout hasard, assuraient avoir vu |e roi, les autres s'en imaginaient qnelqu'autre. Bref, en moins de rien s'étant ramassé une troupe de gens rudes et barbares, ils se ruent avec impétuosité sur lui et sur son compagnon, lequel d'abord ils assomment. H. de Pybrac, ayant vu devant ses yeux un tel spectacle, abandonne son cheval (duquel aussi bien il ne se pouvait aider en ces lieux fangeux et pleins de broussailles); il se cache du commencement dans le plus épais du bois pour se sauver de la fureur de ceux qui le poursuivaient; puis aussitôt, pendant qu'ils courent et broussent par la forêt, ne laissant buisson ni endroit, pour peu couvert qu'il fut de feuillages, qu'avec leurs piques et gaules ils ne battent et ne revisitent, ni plus ni moins que s'ils eussent poursuivi quelque bête sauvage, il se jette dans une mare toute proche de là, et se cache en l'eau jusqu'aux épaules. Etant là, environné et couvert de roseaux et de joncs, il se tenait coi, quand ces rustauts, soupçonnant qu'il était dans cette mare, .iprés avoir bouché tons les passages par où il se pouvait sauver, et s'être empares de la chaussée et

garni son avenue de force gens, en même temps,

à grands traits d'arbalètes, d'arcs et de frondes, tirent leurs flèche*, leurs javelot» ef leur» pierres (sans regarder à quoi ils visent), tous ensemble, pour en offenser un seul.

» M. de Pybrac n'oyait pas seulement 1» fum et barbarie de ces gens-là, mai» la voyait, et plusieurs foi» se plongea dans cette eau sais et limoneuse pour n'être eu botte aux coups qu'on lui tirait. Il demeura bien quinze heures en cet angoisses et dans le fort du péril, quand, U nnù venue, ces paysans, harassés d'avoir été si longtemps sur pied et las de tant crier et tirer après lui, se retirèrent petit à petit dans leurs chaumière».

» Comme il vit toutes ces choses en silence et en [assurance, enfin il se retire de ce palui si bourbeux qu'il y laissa ses bottes et ses bas de chausses (vous eussiea dit que ce lieu voulait cela comme pour gage et pour récompense de la vie qn'il lui avait conservée). Ainsi, la téte découverte, les pieds et jambes nus, il se remet a travers des bois, des épines et des ronces, passant par dos lieux affreux et horribles, marche tout seul durant le silence de la nuit, qui Ini redoublait parfois faussement et parfois trop véritablement ses craintes et frayeurs, n'ayant que le ciel seul pour témoin d'une solitude si épouvantable où il se fourvoyait. A peine sorti des mains des hommes et presque tombé dans la gueule des bêtes sauvages, ne connaissant et discernant les régions de la terre que par la senle lueur des étoiles, il s'achemine comme il put par des lieux écartés et raboteux vers l'Occident, où il savait qu'était la France.

» Le jour commençant à poindre, il arrive i une rivière fort rapide dont il ne peut pour tout reconnaître le gué. Ce fut là où, élevant les yeux au ciel, les mains jointes, le» yeux baignés de larmes, il commença à implorer le secours.d'en haut, et quant à quant s'appuyant sur une branche qu'il avait arrachée d'un arbre, il se mit à la merci du courant ; mais comme il ne pouvait assurer ses pas au travers des cailloux tous moussus et glissants, étant par deux fois renversé de l'impétuosité du torrent, et pour la troisième fois quasi abimé dons les gouffres et tourneboule dans les ondes, s'en allait à vau-l'eau, lorsque, prenant courage et se bandant ferme sur ceiu branche, et même se relevant avec efforl, il s< trouva, par la seule assistance et grâce de Dieu

LA POLOGNE, échappé de ce fleure qui n'était pas guéable «passé heureusement à l'autre bord.

*De là, comme le soleil fut levé, et qu'il eut séché ses habits tout mouillés, ayant mesuré de ses pieds l'étendue d'une longue campagne, il aperçoit enfin une petite cabane, à laquelle il va droit. Là, étaient quelques bouviers, et telle sorte de gens rudes et grossiers qui, voyant cet homme à demi nu, jugèrent facilement à sa façon (parce qu'aussi il ne parlait point la langue polonaise) qu'il devait être Français. Du commencement ils ne firent que rire dsjjén malheur et de s'être ainsi fourvoyé; puis, ne pouvant contenir leurs mains, lui firent assez mauvais traitement; enfin, comme sa patience et wn silence les eut échauffés et irrités, peu s'en fallut qu'ils ne lui défigurassent le visage, quand, par le moyen d'une pauvre vieille qui survint, il fut délivré de la barbarie de ces pâtres, et ren-

fermé au plus haut étage de la cabane. Cette hoone vieille, émue de compassion, présenta à cet homme las et recru du travail (pour la peine qu'il avait eue à échapper de tant de dangers) ce qu'elle avait de meilleur et de plus délicieux, comme vous pourriez dire du pain de seigle et Je la bière, de laquelle il rafraîchit et arrosa sa gorge, si sèche et brûlante de soif, et comme collée de l'ardeur du chaud, qu'à peine pouvaitil desserrer les lèvres.

» Comme il eut un peu reposé ( et non pas beaucoup toutefois pour une telle lassitude ) et qu'il sentit ces gens endormis, il sort de cette logette sur le minuit sans sonner mot, et, à la laveur de la nuit, se voyant échappé, commence son chemin à toute aventure. Par bonne fortune, sortant le matin de la forêt, il s'égarait et allait à travers champs, quand, apercevant un carrosse, il y accourt en diligence.

^Le maître du carrosse, voyant de loin un homme venir droit à lui, commande au carrossier d arrêter. Aussitôt ayant reconnu que c'était M. de Pybrac, plaignant le misérable état où il wyatt un tel personnage, et détestant la maunm tertune de son ami, le met en son carrosse. I «Ce seigneur avait nom Stanislas Sendtiwoy de Czarnfcow, référendaire du royaume de Po- >0fP>e ( personnage de qualité, plein de courtoisie et intime ami du sieur de Pybrac, qui lui •■t toujours fidèle au besoin), lequel s'en allait w diligence sur la frontière du royaume, où étaient pareillement rendus quelques séna- *««•, pour l»J%ouveauié du cas, et pour Tétous il.

tonnement et diverses volontés et affection* des uns et des autres. Comme ils furent arrivés, et que M. de Pybrac eut ouï dire que le roi était parvenu sain et sauf en Moravie, oubliait tous les travaux passés, il se mit à pleurer de joie . Hais comme venant à descendre de carrosse, il fut par malheur reconnu de quelques-uns qui se trouvèrent là présents, voilà à l'heure même un brait qui se soulève parmi tout ce qui était là de peuple, qui lui fit juger qu'il n'y avait point d'autre remède à tant de maux que le présent péril où il se trouvait, et qu'il n'avait échappé à la barbarie de ces pâtres que pour être exposé à l'inclémence et nouvelle haine de quelques sénateurs. Car, tous furieux, l'ayant fait appeler, commencent^ lui user de menaces, pensant l'intimider, lui disent qu'il n'avait pas traité avec eux de bonne foi ni en homme de bien, qu'il avait été l'auteur de ce conseil que le roi avait écouté et reçu avec tant d'ardeur.

> Que Sa Majesté, sans dire adieu au sénat, ayant méprisé les seigneurs et tous les ordre» du royaume (desquels elle avait été chérie et èonorée pur-dessus tous les hommes du monde ), elle aurait mis en grand danger sa personne, le royaume de Pologne en de grands troubles, et en toute façon fait grand préjudice à sa réputation; et pourtant qu'il avisât aux moyens de défendre sa cause à Krakovie, où l'on s'allait remener, et où il recevrait (comme fauteur d'une telle faute) la peine endue à ces démérites.

> A cela M. de Pybrac (qui ne se sentait en aucune façon coupable) répondit, non point avec un visage étonné, ni avec une voix tremblante, mais assurée d'une conscience nette, et comme s'il eût été le juge par-devant qui ces Messieurs eussent plaidé leur cause ; purgeant la réputation de son roi de la calomnie, et sauvant sa vie de la fureur, leur parle de la sorte î

< Vous êtes malades et vous voulex guérir les » autres ; car vous leur reproches et imposes,

> par une vieille et assez commune ruse, les cho-

> ses que l'on vous peut imputer. Eh quel! j'ai » usé de mauvaise foi en votre endroit, et ne

> me suis pas comporté en homme de bien avec

> vous

>? Dites-moi, je vous prie, où j'ai rompu » ma foi? Qa'ai-je fait où je me sois tant soit peu

• éloigné du devoir d'un homme de bien? Au «contraire, je pourrais vous faire reproche, et

• avec vérité, des bons offices que j'ai rendus à » plusieurs de vous autres, si ma modestie me 4e > permettait autant comme presque vos »édi-

U POLOGNE

.» d^iÇçiWe^ roi a quitté la Pologne, et Ion me ..a.ttpu*,* moi seul le blâme- d'un fait auquel plui.î.«Wf Pffw«« avoir part. Eu, quoi l si je le nie, .s par quels arguments me convaincrez-vous? Je

> veuf toutefois bien vous relever de cette peine ; ( .f je ne. veux déjà dénier une si bonne action s au [9 contraire, je tiens à gloire de l'avouer. Oui, , f jaiconse'dlé et persuadé cette entreprise comme j * généreuse et digne de mémoire, nécessaire au

> lui et à la France, et pur conséquent utile à

* vous et à toute la chrétienté, de laquelle si » vous entendiez les raisons, vous m'en estime- » rie* et sauriez fort bon gré.

11 Mais, dites-vous, il y avait à craindre pour le » roi, A craindre pour le roi ? et de qui, sinon de a vous autres? Voyez quel jugement vous faites ;*de vous-mêmes, de qui le roi a fort bien fait ..•4e se garder, puisque vous êtes si mal affec- » lionnés en son endroit.

; ,* tl vous fiche et déplaît, dites-vous, de voir êt l'Etat divisé et troublé; dites-moi, je vous prie, j <jii en ost la cause? Prenez garde seulement

> q^e les factions et mécontentements des parti- ..» cubera ne sub ver tissent l'État fondé sur do si , belles lois; appuyez-vous sur icelles, et ne

» voys relâchez en aucune façon (je dis vous au-

.4,trus, les principaux seigneurs); le peuple se » coniui tuera à votre exemple, rien ne se fera

^vjçc confusion, toutes choses iront par ordre. » VoiOeirKW* que je vous dise la vérité ot d'où

* principalement .jappréueude des troubles?

* D'une impatiente ambition et d'une insatiable

* a v iJ 1 ne. Dépouillez vvous de ces passions qui

* vont à la ruine totale de l'Eut, honorez la jus*- AVœ-, embrasse* la concorde, l'État ne recevra «uMOUft dommage par labstnee du roi, la con-

* •wvfttion duquel lui est si chère, qu'il n'a pas

* cru y iwirrie» qui importât davantage à sa » réputation, de J actuelle seule il a été tellement .a.i»toa*, que jusque* à mainjenant il l'a conservée

* en lière et i a\ lolable.

Huy, il m parti, de ce .pays, en cachette et à , soi, e iusu, Ne voilù pas un grand crime? £b rqioil |»ar avfWture que par serment il s'était ■t obli^o qurt, sans votre, consentomeal (pu dirais » je ainsi sans votre eommuntlenirnti, H ne suiv ■» lirait point dn la Pologne? Un cela esuil écrit? »Qnesb-ce, je nous prie, être roi, sinon d'avoir k le temps et les oceanions en son pouvoir? Avec

* quel front uses-t", loi qui es personne privée* *,du«perln loi à top prince, laquelle s'il te donor

tuait, lu te plaindrais aussitôt de ne pouvoir

» souffrir «ne domination si lyranniqué. **• » Mais encore outre cela vous me mébacez, » moi que le jour d'bier ht mort tant de fois pré- » sente n'étonna point? Croyez-moi; je ne tieis

> pas que ce soit le plus grand mai d être com- • battu de maux, mais de ie* mériter. Vous ne » pouvez faire déplaisir, je n'en puis pas » voir. Toutefois (afin que vous ne » pas ) je veux bien que vous sachiez que le tort

> que vous me ferez ne demeurera pas impuni, » car je vous avise que le roi (craignant que vous » ne traitassiez mal ceux de sa maison, qui ne » sont en rieu coupables de son départ ) a écrit

> à la reine, sa mère, qu'elle fit arrêter tous les 1 Polonais qui sont en France, pour être traités

> par delà de la même façon qu'il apprendra que » nous aurons été par deçà. Parlant, si rien ne

> peut émouvoir vos courages à ce qui est de h » raison, ni le respect du roi, ni l'honneur delà

> justice, ni la considération de l'alliance que

> vous avez si étroite avec la France, laites ce 1 qu'il vous plaira, fuites-moi mourir, si vous » voulez, et si vous le jugez utile pour le bien » public et pour votre particulier. Je vous veux » toutefei» bien avertir qoe vous aurez affaire à » un roi* les prédécesseurs duquel ont traversé «avec de puissantes années de grands pays,

> voire passé les mers bieu souvent peur se ven- » ger non -seule, ment du tort qu'on leur avait fait, » mais mémo pour tirer raison des torts et u>

> jures faites aux «étions «bréuennes. »

* La grande assurance ut fésokihon de son discours détourna le péril 1 où sans dôme H était, s'il eut témoigné quelque timidité ) ; car ces sénateurs, tous étonnes, et tout ce peuple qui de fortune s'était là rencontré un pou es parafant, étaientdevenustoutautresidalaieonqueeeitsqnV» avait vus transportes de fureur et de rage Jurent adoucis par le repentir; et» ae levant de tant sièges, supplient M. de Pybrac% et le conjurent de se as pas souvenir de eu que lenetai de 1 aV UJMte de leur prince cl l'a a fait dkeî mais que, de même qu'ira été reconnu pour fort affectionné è l Émt, il veuille ci-après leur rendre auprès du roi tous les bons offices qu'il pourra . eu entreprenant la protection et défense de tant te royaume près de Sa Majesté, et de et pus te tout retirer es cacbelse* ■ ,v;;i >] tae oou9>)»hh a>

» M. de Pyurac continua aon voyage dans le même carrosse dans lequel il* lait venu avec k

ti .«s

wigseor Czam kowski, «t atteignit U roi à Vienne k ta Amricbe, ch.es l'empereur Muximiben. Du depaiaen tout eu long vopge d'Allemagne et dluli«, et jusquas a oe que le roi fut arrivé en France {où il était tant souhaité et attendu ), il n> M «Ht point de plu» assidu ai qui fui plut y* lontier» vu, ni utlrois au cabinet et aux ufïaires, ou qui fut plu» souvent appelé nus plu» étroit» et plut importants conseil* que lui. Les princes d'Allemagne et d'Italie s'admiraient rien tant en Mite la cour du roi, que M. de Fybroo, à qui les ifeager* et les périls tout récents, et dont il ve* tut il échapper, n' n de réputation»

> Au surplus, bien qu'en tout oe voyage de Pologne il ne manquât pot d'occupation, et que 1*« affaires allaient de jour en jour croissant par sas eatrosajla et liaison des uuee aux autres, comme chaînon* qui s'entretiennent (et que difbiWment ûrrivort-il qtt'uu homme qui est beaumçi employé puisse bien faire quelque autre chose), toutefois il avait celu de propre que, trouvant toujours l jo ne sais commeut) quelque beu retiré lu beau milieu de la foule, il caressait li* Husos tout ainsi que s'il eût été dans les bois » l'écart.

«C'est là qu'il commença à composer cet quatrains qui coatienne ni une sorte de doctrinejulile et nécessaire (voire que l'on peut dire être seule aeeewaire u toutes sortes de personnes), en qui il n'y a rien d'écrit obscurément, rien de couvert ou caché sous le voile de quelques vieilles fable», mais tous préceptes de piété et de justice enseignés en termes propres et significatifs; un vers plus abondant en substance qu'en p»roles, tout parsemé de l'or et pureté do sa-

wto qu'il enseigne ou qu'il encourage, OU (arcs qu'il reprend le vice «t qu'H lone la vertu ; » poème à la vérité rare et excellent, et sur lefnel la rouille ni lo temps ne trouveront que et qne l'âge ne consommera jamais;

et de son esprit: car il n'a pus dit d'an et pensé d'autre, ni ftk le contraire de ce qu'il a écrit; son âme con- Corsait sa main, son esprit commandait à sa langue, n sa conscience s'est toujours ateordée avec sa vie.

i U rot, qui le connaissait très-bien, ne s'arrê- *« pas tant à la répntation comme 6 la vérité, ni tant à ce que les autres estimaient comme a lî créance qu'il en avait conçue de longtemps

(pesant à lu balance de son royaT jugerne!* les moeurs et actions des hommes)» faisait telle1 estime de Si. do Pybrac, tomme de cehii dont l'Etat recevait journellement do grands et sft gnalée services, et le tenait en oe rang auquel un oWoun tient celui à qui il ouvre son cceor el découvre se» plus secrètes pensées : qui nie fait moins étonner si Sa Majesté eut do la peine a consentir qu'un tel homme s'éloignât d'elle, combien que les affaires et la nécessité du temps le requissent do la sorte ; car presque aussitôt que lo roi fut parti de la Pologne, les seigneurs du royaume dépénhèrent une ambassade ew Franc*, par laquelle ils protestaient que comme sans le chef les membres désunit ne peuvent subsister, de même ils tie savaient que trop à leurs dépens, et par les maux qu'ils avalent soufferts, combien lo longue absence de 6a Majesté était préjudiciable a l'État; partant, lui faisaient lêur* supplications comme ils s'y sentaient obligés selon la nécessité des affaires, qui contenaient a peu près ce qui s'ensuit:

» Qu'il plût à Sa Majesté se rendre dans le 13 de mai en un bourg de lo Pologne, appelé Stenxyça, afin que là, par son autorité et par un commun consentement des Etats, on pût remédier aux maux publics qui allaient de jour en jonr croissant, et éviter ceux qui les semblaient me*' nacer ; que si cela ne se futsu'it , ils appelaient Dieu: et les hommes a témoin que, de cette heure-la, ils rentraient en la même liberté qu'ils étaient lorsqu'ils l'élurent pour leur roi (c'est-à-dire personnes libres, an pouvoir de qui serait de faire oleciion d'un autre ).

» Pour toute réponse le rot ne lenr dk autre chose, sinon qu'il était engagé et atlaoné au*1 guerres de la France t qu'il se pouvait parler en core assurément du temps de son retour en Pc-»' logne ; mais qu'il y enverrait ses ambassadeurs, personnes de qualité et de mérite, qni se trou-' veraient à l'assemblée à jour nommé pour y*dén-' ner le môme ordre aux affaires du pays, et pa-' rett contentement aux seigneurs et ordres du royaume ( ou peu s'en faudrait ) qu'il eût pu don-" ner lui-même s'il y était en personne. 1

» Cette ambassade fut donnée, quelque tempiT après, a Messire Roger de Bellegarde, maréchal de France, et ê notre Pybrac. M. de Bellègartfe1 prend son chemin par l'Italie, pour traiter et1 négocier, en passant, quelques affaires importantes et concernant sa légation.

» Ponr M. de Pybrac, il eut commandement''

de s'en allér par l'Allemagne et tirer droit en Pologne. 11 avait déjà fait du chemin, et était arrivé aux confina de l'Allemagne, comme il lui survint un accident fâcheux et inopiné. (Vous diriez qu'exprès ce personnage avait eu affaire tant de fois avec la mauvaise fortune, pour faire voir comme il savait rabattre ses coups par son courage. ) Le péril ne l'étonnait point; il ne se laissait point abattre par les adversités, mais demeurait immobile et invincible ; et bien qne toutes ces choses lui fussent, en les expérit, grandement difficiles à supporter, fâet déplaisantes à ses amis, toutes et quantes fois qu'ils viennent à y penser, et à moi, qui vous raconte les aventures étranges qu'a couru un tant excellent homme, si sensibles que quasi d'horreur les cheveux m'en dressent à la tète, toutefois, pour ne rien laisser de ce qui pourrait servir de lustre à sa gloire (parce qu'en nulles occasions les hommes ne peuvent faire preuve de leur courage ni se signaler davantage que dans les rencontres hasardeuses et douteuses), écoutez, je vous supplie, encore celle-ci.

> Il était arrivé à MontbeUlard, dernière ville de la Bourgogne, limitrophe de l'Allemagne ; il y avait là toute sorte de gens ramassés ; même s'y étaient retirés force voleurs, à cause des troubles qui étaient en France, et à cause des édits nouvellement publiés contre ceux de la religion prétendue réformée. Une troupe de ces larrons firent complot de voler le sieur de Pybrac, qui avait le bruit de porter quant et soi deux cent mille écus, que le roi envoyait en Pologne, pour payer la gendarmerie de la Litvanie de leurs appointements, et pour quelques autres affaires de la Pologne. Ces brigands, béant après la proie, séparèrent leurs troupes de çà de là par les lieux où il fallait de nécessité qu'il passât ( comme ils avaient appris des espions envoyés pour découvrir quelle route il prenait). Ils se disposent de telle façon et d'un tel ordre, que, de quelque coté qu'il voulût prendre son chemin, il ne leur pouvait échapper. C'est un grand lait de dire que même les plus méchants desseins ne peuvent pas succéder heureusement, si l'on n'y observe quelque ordre et discipline.

» M. de Pybrac n'était pas presque hors des faubourgs, et à peine avait-il fait derai-lieuc française ( sans se douter en façon du monde de ce qui lui devait arriver), que voici qu'on commence à découvrir premièrement quelques trente de cheval courant à toute bride après

lui, et quasi bien autant de gens de pied qu'on chacun d'eux portait en croupe ; puis en même temps on voit sortir de la forêt une autre troup? encore plus grande. Une partie environne le carrosse dans lequel il était, une autre partie attaque ses gens, et se rue sur ceux qui l'accompagnaient en son voyage, fort peu préparés an combat, et ( comme vous pouvez penser ) fort peu prêts à soutenir cet assaut. Tous les lieux d'alentour retentissent de voix effroyables et de menaces cruelles. Il n'y a celui d'entre eux qui ne se voie à deux doigts de sa mort. Les capitaines de ces bandoliers crient principalement à Pybrac, le menacent, lui portent la dague à h gorge et le pistolet à 4a tête.

> Pour dire vrai, il fut d'abord un peu effraye : mais ayant repris ses esprits ( qui reviennent même aux plus épouvantés lorsqu'il y va de u vie ), commença à dire qu'il s'émerveillait de la façon de laquelle ils étaient venus à une personne qui ne leur avait jamais fait de tort. Après cela, comme la rage et la fureur s'allaient augmentant, et qu'il eut reconnu que ce n'étaient pas tant soldats huguenots (dont il avait ea quelque soupçon du 'commencement ) que d'insignes voleurs, il leur parla avec plus de douceur, et les pria de lui laisser la vie ( ayant offert le prix de sa rançon, le plus présent remède à la fureur), laquelle il obtint de la sorte qu'eus, qui ne pouvaient bonnement s'accorder en leurs opinions, consentirent, non qu'on lui donnât la vie, mais qu'on différât sa mort jusqu'à ce qu'on eût appris de lui ce qu'on en voulait savoir. Ils lui commandent de descendre de carrosse, de monter à cheval et de les suivre.

> Cependant les uns lui demandaient qu'il eét à montrer ce paquet qu'il portait en Allemagne pour y faire des levées de gens de guerre (quoiqu'on apparence on voulût faire croire qu'il les portait en Pologne); les autres fouillent dans les carrosses, brisent, pillent, dérobent, emportent l'argent qu'ils trouvent (comme vous pourries dire ce qu'il fallait pour la dépense du voyage, le service de vaisselle d'argent, et tout ce qu'il y avait de meilleurs meubles), ouvrent à grands coups de couteaux et de dagues les valises et les malles, jettent ce qui ne valait pas la peiue de s'emporter, et ce qu'ils trouvent de bon en chargent en partie sur le dos de huit chevaux de carrosse qu'il y avait, et une partie sur les épaules de leurs gens de pied.

» Ceux qui avaient eu la commission de faire le

carnage tuèrent d'abord deux des gens dn sieur de Pybrac, et se préparaient à n'en faire pas moins aux autres, quand, enviant la condition de ceux qui faisaient le vol (de peur aussi que tout le profit de la peine qu'ils prenaient ne fût pour d'autres), quittent la prise, et vont prendre leur part du pillage. Comme ils se virent les mains pleines du butin, après que cette première impétuosité et fureur fut un peu rassise, laissèrent (avec regret néanmoins) la vie à tous ceux de la suite du sieur de Pybrac.

» Pour sa personne, ils l'emmenèrent dans la forêt, afin qu'il ne fût pas tué à la chaude, mais pour lui faire endurer devant la mort des ignominies et opprobres plus sensibles mille fois que la mort même. Ainsi, après avoir bien tourné et promené ce personnage d'honneur par des sentiers détournés, tantôt de çà, tantôt de là, depuis le midi jusques à la minuit, toujours assailli d'extrêmes frayeurs, ils l'emmènent enfin en un certain village. Arrivés qu'ils y Gont (comme les paysans étaient déjà avertis, par le gouverneur du château de Montbeillard, de la prise de l'ambassadeur de France, et du malheur qui lui était survenu, car il avait passé par là avec quelques gens de cheval sans les avoir pu rencontrer), on court de tous côtés aux armes, et se met-on aux avenues. Sitôt que l'on sut qu'ils étaient là, on ne les laissa pas longtemps en repos; car comme ils commençaient à mettre ordre pour le logement et d'eux et de leurs chevaux, ayant ouï le bruit, et soupçonnant qu'on lenr en voulait ( comme celait la vérité ), et que de toutes parts on venait * eux, recommencent de nouveau à menacer M. de Pybrac, et lui dire résolument que si le moindre d'entre eux reçoit aucun déplaisir, wnsplus tarder ils le feront mourir, et qu'il s'en assure. Ainsi, ceux qui accouraient pour le sauter s'engagent davantage dans le péril.

» Cependant ces brigands ne s'endorment pas; c'est à qui sortira le premier son cheval de 1 etoble; les uns courent aux armes, les autres s'en ▼ont anx avenues du village pour prévenir le danger, où ils assommèrent un pauvre homme sorti à la aial'heure de sa maison ; ils emmènent M. de Pybrac quand et eux par des lieux égaré* et couverts, lui donnant à chaque bout de champ de nouvelles frayeurs et appréhensions de la mort. -

» Ui qui, le jour précédent, par la douceur de son parler et par cette grâce et majesté

commencé à gagner Brisach (ainsi se nommait le capitaine de ces voleurs), continua, toutes chosesétant presque désespérées, encore ce jourlà, et lui succéda heureusement; car la fureur de ce brigand commença à se refroidir tellement, que celui qui avait été le plus porté à la mort du sieur de Pybrac, ce fut celui qu'il trouva le plus disposé à lui sauver la vie.

» Sitôt que le soleil fut levé, ces voleurs, voyant bien qu'on les envelopperait facilement s'ils allaient toujours en troupe, s'avisent (ayant fait auparavant demeurer le sieur de Pybrac un peu derrière ) de descendre en un petit vallon renfermé, sans toutefois s'éloigner beaucoup, pour partager entre eux le butin, et consultent par même moyen et mettent en délibération ce qu'ils feront du sieur de Pybrac. Plusieurs étaient d'avis de le poignarder. Brisach (qui avait bien plus de crédit pour en commander l'exécution que pour en empêcher la résolution), ayant été présent à la délibération, s'approche en diligence deM.de Pybrac, et, lui donnant un petit coup d'une houssine qu'il tenait à la main, lui dit: « Sauve-toi où tu voudras, et te souviens que tu i tiens aujourd'hui la vie de moi. t

i Ainsi délivré, contre toute espérance, d'un péril si présent, s'en retourna à Montbeillard sans être ni en furie ou colère, ni aucunement changé de visage, pour tant de manx qu'il venait de souffrir, mais avec cette même grâce et contenance qu'il soûlait avoir, si bien qu'il n'avait besoin d'aucune consolation, mais laissait dans les esprits de tous ceux qui le considéraient une admiration de sa grande constance, tant il supportait patiemment et doucement les afflictions dont il se servait et aidait pour exercer sa vertu.

» Delà il va à Bàle et à Soleure, d'où ayant avant toute chose dépéché en diligence vers les principaux seigneurs de la Pologne qui tenaient les Etats, il continue son voyage à grandes journées, et, après avoir passé la Bohême et vu l'empereur Maximilien à Prague, qui l'y reçut avec beaucoup d'honneur, il arrive finalement en Pologne.

» Etant à Pozen, ville de la Grande-Pologne, i! fit une autre dépêche aux mêmes seigneurs, par laquelle il les suppliait très-affectueusement de ne vouloir pas rompre la diète, puisqu'il était si proche d'eux, jusqu'à ce qu'il leur eût exposé en une si honorable compagnie de tant de seigneurs la charge qu'il avait de son maître, se promettant que, quand il aurait été ouï, ils ne songeraient à

<l« 'l avait naturellement dans le visage, avait I rien moins qu'à faire élection d'un autre roi. Ces

lettres (pour n'avoir été présentées au sénat que

sur la rupture de l'assemblée) furent bien lues publiquement, mai» pour tout oela mal reçues, On ne lui voulut rien accorder de oe qu'il désirait* et vous en loucherai les raisons en peu de mois.

• L'empereur Maxi milieu, ayant été refusé en la diète de Warsovie, nonobstant la grande brigue qu'il y avait faite, aussitôt qu'il vit le roi parti da Pologne, jugea que ce départ, ainsi fait à l'insu et contre le gré des Polonais, serait un grand acheminement pour se faire élire en son lieu, commença d'essayer, par tout, les moyens donl il se put aviser, de venir à bout de «a qu'il désirait.

» André Dudit (Dudzios?), Hongrois, maniait celte affaire, bomme nourri aux bonnes lettres, grandement savant, et avec oela bien versé sua affaires de Pologne. U avait déjà gagné et attiré au parti d'Autriche plusieurs sénateurs des plus qualifiés et qui avaient le plus de crédit et d'autorité, qui, non contents d'avoir demandé une assemblée d'Etats pour procéder a l'élection d'un roi, en importunaient par après et trop licencieusement l'archevêque de Gnèzne, pour faire voir à l'empereur leur affection et fidélité au bien de son service.

» Il y avait une autre aorte de gens dans la Pologne , lesquels, soit qu'ils fussent poussés de leur intérêt particulier et que quelques-uns d'entre eux pensassent bien mériter la oouronne, soit aussi (comme il est plus vraisemblable) que tous les hommes ont cela de naturel de se vouloir gouverner un chacun à sa fantaisie et vivre à son humeur, et ne laisser brider ses volontés au gré d'autrui, il n'y eut jamais moyen de les induire à donner leurs voix et suffragos pour l'empereur. Ceux-ci, n'ayant point encore témoigné de bonne volonté pour personne, se disuient être du parti de Piast et ne pouvoir porter leurs vœux que pour lui j cela voulait dire qu'il ne fallait pas aller oheroher un roi chex les nations étrangères, mais le choisir dans la Pologne, et Polonais d'origine, de 1s même façon qu'il Se trouve, à ce qu'ils disent, dans (es annales de Pologne, un certain homme de basse condition nommé Piast, avoir été élu roi; qui a fait que depuis, quand quelqu'un donne sa voix à un Polonais pour être roi, on dit qu'il a élu le Piast, et de fait on use de ce terme et on le nomme de la sorta jusqu'à ce que l'élection soit faite et confirmée.

i Partant, les Impérialistes et les Piasts (qui

étaient les deux faction! auxquelles le royaume de Pologno se trouvait emporté) ne s'accordant qu'en ce seul point de haïr également le roi de France (lours affeotions étant en cela semblables, mais leurs desseins bien différens), von* laient lui faire perdra la dignité royale qu'il avait dans la Pologne,

» Pour y parvenir, ils n'eurent de cesse qu'aux sitôt après le départ du roi ils ne fissent faire li diète de Warsovie, où fat résolu cette ambassade en France, leur intention n'étant pas d'ob* Unir ee qu'ils proposaient, ù savoir que dsassix mois la France fût en paix, et que pur ce même moyen le roi retournait en Pologne, mais d'avoir un prétexto et sujet d'apporter quelque nouveauté et changement aux affaires.

» Pour le faire court, aussitôt que le jour fut assigné, en envoie de toutes pirts de la Pologne des députés «les provinces pour se rendre à Sien* zyça, et dès l'ouverture il se fait un décret, par lequel on cesse et rend nulle l'élection ci-devani faite de Henri III, pour roi de Pologne; et bien que peu de personnes (encore ne anis>je quelle sorte de gens ) eussent osé signer cette délibération» toutefois les Impérialistes, pensant être au-dessus de leurs prétentions, n'ayant plus de bride qui les retint, et se trouvant en entreprenant quasi plus puissants que les autres, s'en vont tout de suite de ce pas donner leur voix en faveur de l'Empereur ou d'Ernest.

» Les Piasts, dont les conseils n'étaient pas encore bien digérés, se jettent au beau milieu de l'assemblée, représentent les anciennes baines et encore tontes récentes de leur nation avec les Allemands ( car il est vrai qu'il y a parmi les ni* tions voisines, qui ne sont pas même distinguées ni séparées d'aucune rivière ou montagne-rtniar* quable, comme une succession de haine), et résistent opiniâtrement aux Impérialistes.

» Le nombre cependant n'était 'point à mépriser de ceux qui demeuraient, pendant l'incertitude des affaires, affectionnés au parti de le France, entre lesquels l'archevêque de Gnèiao était un des principaux qui favorisaient le parti, et Jean Tencxyneki apportait de son côté tout plein de bonne conduite en cette affaire, suivi du castellan de Weynict et d'un certain Czecxuga, homme courageux et hardi, qui avait eu autrefois commandement, lesquels, bien qu'ils ne pussent pas s'opposer à de si puissantes factions, de quelque pari toutefois qu'ils penchassent, ils donnaient no

grand branle aux affairée. La Pologne était agitée do la aorte de toute» parte par cet mouvements. w*A* surplus, les impérialiste» et lei Piuets

commencèrent première ment à dire tout haut eue le roi les avait méprisés jusque-là qu'il a'avait pas seulement envoyé ses ambassadeurs ea Pologne ( car pour ceux que l'on disait être en chemin, il n'y en ayait point; c'étaient noms supposés et forgée à plaisir), et comme on apporta la nouvelle de l'accident survenu à M. de Pybrac, ils ae moquèrent des courriers. « Vrai- » ment, disaient-ils, voilà un étrange cas, que de «tant d'ambassadeurs du roi de France, qui sont «venus en ce royaume, H n'y en a jamais eu que »le sieur de Pybrac qui soit tombé entre les i maies des voleurs; chose merveilleuse que ce «seul argent que le roi envoyait en Pologne, ■ comme on veut faire croire, n'ait pu être eon-

• dnit sinon par un chemin dangereux et plein

• de brigands, vu que le roi envoie tous les jours «de grandes sommes de deniers en Allemagne, » pour y faire des levées de Reistres. Hé I qui ne «connaît les finesses et artifices de ces Français? «Premièrement, on nous assurait asse* hardi* » ment que le roi reviendrait, pu"» après qu'il ne «pouvait venir, mais qu'il nous enterrait des «ambassadeurs, finalement on vit parier d'am- »bttiad«ur«, mais qui ont été arrêtés et pris par «des volen/s, Tous contes que cela» et qui ee » sont bcirauej^àtmmi les petits enfants*. Quant «à eux, qv't$*i*ient'ïésolti3 de parachever ce •qu'ils avaient commencé, et qu'ils voulaient «faire élection d'un roi qui n'eut Ipas tant d'oc- «cupatiou et d'affaires sur les bras, mais qui »pût prendre la conduite et gouvernement du »feyaume de Pologne, et s'y donner entière- 'went. t

$ Ainsi 1 uin. 0t 1 ni 1 1 1 . t .

faction s'oppose vive- **l a« paru de France, et pendant qu'elle contourne et emploie tout le temps ea ces disputes, l*i impérialistes ont avis de î'Eeaperetir, et les P«sts d'un autre endroit, que ie maréchal de

Regarde «*» P*»»é «*> il«J*« «l q« M. de Py- \*w s'approche. Sur cette nouvelle, les veUà les m et les antres hors de doute.

• Us Impérialistes pressent l'affaire, afin qu '«« vam que M. de Pybrac arrivât, on procédât à une ■Wwelle élection, se faisant accroire «(comme o* tour en avait donné quelque espérance, et yen pas, sans raison) que ce serait l'Empereur . A r opposite les Pie&ta, ne trouvant Un ni quel Empereur m élu, ni que le roi de France eeit coa-

Armé, né veulent que tirer l'affaire en longueur.

» Hessire Jacques Faye, sieur d'Kspesses, de^ puis avocat dé roi et président au parlement' de Paris, était pour lors ambassadeur ordinaire en Pologne pour 8a Majesté, personnage de mérite1 et en réputation de fort homme de bien, fort vigilant et éloquent. Il s'employa pour faire qué l'on attendit M. de Pybrac, qui n'était éloigné de Steneyca que de trois journées.

» Le sieur Pybrac, ayant su tout ce qui s'était passé, cherchait à se rendre la fortune favorable pendant qu'elle ne penchait encore de nul côté. Pour y parvenir, il dépêche en Prusse, écrit nu cierge, au sénat et aux communautés des villes, môme aux ducs et princes ( lesquels reconnaissent le roi de Pologne pour leur souverain), se plaint a eux que l'ambassadeur du roi leur apportant la paix et la sûreté (qui sont les plus grands biens que les hommes peuvent souhaiter au monde), il n'avait pas été attendu à Steoxyea par ceux qui reçoivent avec tant d'bumanité.voiro écoutent avec attention et douceur les ambassadeurs des Moskovites et des Scythes ; qu'il savait bien que cela ne venait point de la part des plus avisés (dont il n'y en avait pas faute, Dieu merci, en Pologne), mais de certaines gens qui ne deman* daient qu'à faire leur profit du mal public, aux*, quels, si l'on ne s'opposait d'un commun consentement, il était à craindre que dans peu de temps les nflalres de Pologne seraient réduites à tel point, qu'on n'y pourrait plus donner aucun remède? qu'il leur avait rapporté de la part du roi des conditions dont voici un sommaire :

« Que le roi chérit et affectionne tellement l'Etat de Pologne, que, pour son bien et repos, voire même, pour sa grandeur, il emploiera tout ce que Dieu lui a donne ; qu'il n'épargnera ni son crédit, ni ses amis et alliés, ni se» sujets, ni ses moyens et richesses, ni ses vaisseaux» ni ses armées; qu'il a songé avant toute autre chose à la sûreté de l'Etat de Pologne, et traité soigneusement avec le Turk, et fiait en sorte qu'il gardera wviolablemeat l'alliance qu'il a avec le royaume de Pologne.Davaatage, que l'empereur et le roi de Suède ( qui sont le» prince* les plus voisins de la Pologne), n'innoveront aucune chose au préjudice des anciens imites ; qu'd leur en «mit écrit et reçu la réponse telle qu'il h pouvait déairor. Pour le regard du M oskov îte, s'il taisait le fol, H lui mettrait en tête de si grandes forces, qu'il lui ferait bien

24o LA POLOGNE.

» contre deux si puissants royaumes;. qu'il était » résolu de soudoyer les TaUrs. » .; ,

» Par ce moyen, le roi assurait l'Etat au dehors ; ne restait qu'à mettre la paix au dedans, laquelle pût produire un solide et assuré repos, unir les royaumes et les rendre florissants; finalement, qu'il voulait tellement unir et joindre la France et la Pologne par intérêts mutuels et réciproques, que, les commodités des deux royaumes venant à,se mêler, les biens fussent communs entre eux, sans toutefois que le mal de l'un fût en aucune façon communicable ni préjudiciable à l'autre. Voilà ù peu près ce qu'il leur écrivit, et dont souvent il discourut en particulier avec les sénateurs, chevaliers et seigneurs du pays.

• Mais tout cela ne put rien auprès des gens qui faisaient la sourde oreille, et qui ne la pouvaient ouvrir à la vérité ; aussi que ceux qui conduisaient la négociation pour l'Empereur n'épargnaient rien pour corrompre par présents et promesses les plus retenus. Ces gens-ci , ennuyés de cette longueur et impatients de ce qu'ils espéraient, veulent qu'on fasse une assemblée d'Etats, et la demandent premièrement à belles prières à l'archevêque de Gnèzne, par après le pressent par leurs imporlunilés, enûu l'obtiennent par menaces. On ne doute plus aussi que les Piasts

ne veuillent la même chose ; même que ceux qui' du commencement, avaient, d'une façon bravache, témoigné en paroles tout plein de bonne volonté envers le roi, et protesté tout haut de le vouloir servir, se montrèrent par après froids et mal affectionnés quand ce vint aux effets, s'étant laisses emporter avec les autres à l'impétuosité du cou* rant. Ainsi, sur la fin de l'automne, on assigne le jour de la diète pour l'élection du roi.

» M. de Pybrac, voyant qu'il n'avançait rien pour quelque remontrance qu'il leur eût faite, qu'au contraire il les animait contre lui ; que ce peuple était si las de l'état présent des affaires, qu'à quelque prix que ce fût, il voulait une autre forme de gouvernement ; il apercevait même déjà que la haine croissait contre lui et contre le nom français ; aussi qu'il ne recevait que des lettres pleines d'animosité, d'injures et de menaces de diverses provinces de la Pologne et de la Litvanie; ayant jugé qu'il serait honteux qu'en sa présence on nommât en cette assemblée un autre roi que son maître, il s'en retourna en France. >

Telle fut la fin des négociations et des aventures de Pybrac. Les Polonais élirent Etienne Batory, dont le caractère et le règne effacèrent glorieusement le caractère indolent et le règne éphémère de Henri III en Pologne.

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