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LE CHATEAU DE ZÀÎOR

Souvent, en errant dans nos villes recrépies ou dans nos. campagnes dépeuplées de leurs anciens ornements, et d'où s'effacent chaque jour les monuments de la vie des aïeux, ta vue d'un débris qui a échappé aux dévastateurs.. .. vieut éveiller l'imagination; la pensée en est frappée non moins que les regards ; on s'émeut, on se demande quel rôle ce fragment a pu jouer dans l'ensemble ;on Se laisse entraîner involontairement à la réflexion, à l'étude.... et 1'édiûce entier se relève aux yeux de l'âme. Ch. de Moistaeebbert,

Histoire de sainte Elisabeth

La petite ville de Zator, qui fait partie maintenant de la Gallicie autrichienne, se trouve dans le voisinage de la Wistule, à onze lieues à l'ouest de Krakovié, et là où la rivière de la Skawa coupe les flancs des pentes Karpatiennes ; son château, monument historique de l'ancienne Pologne, sê dresse sur Une élévation.

Il y a peu d'années, on n'y apercevait que des ruines, et ces ruines étaient la trace des révolutions et des guerres suscitées par les invasions des Tatars, des Allemands, des Turks, des Suédois et des Moskovites. La valeur et le courage des Polonais vengeaient en effet les ravages causés par l'ennemi, mais l'image de la désolation restait partbut! Les villes, les villages, les châteaux disparaissaient de la surface, et si par miracle ils échappaient à la rage de l'ennemi, ils étaient abandonnés: la mort avait frappé leurs maîtres. Le château de Zator avait subi le sort commun ; il tombait en ruines, lorsqu'une main bienfaisante, lorsqu'une idée patriotique vint tout à coup redonner la vie à ce respectable débris des glorieux sotivenirs; la propriétaire de ces lieux, madame Thècle Potoçka-Wonsowic/., fit restaurer et embellir cette charmante résidence des anciens ducs de Zator.

Une vaste place, séparée de la petite ville par un mur, mène vers la porte principale du château. Les armes du duché, l'aigle blanc portant

sur sa poitrine la lettre Z, brille au haut de cette porte. La façade 'du château, hérissée de tourelles gothiques, supporte l'aigle blanc de l'époque de la dynastie des Jagcllons, cl les armes du duché d'Osvf iécim, comme pour montrer que Zator en fut jadis vassal. A main droite, trois arches soutiennent une orangerie et des serres chaudes ; derrière elles le parc anglais aboutit à la Skawa, qui porte le tribut de ses eaux à la Wistule. A main gauche se trouve une allée bordée d'antiques arbres : elle sépare le château de l'église.

Le point de vue qu'on découvre du haut des tours ou donjons du château est plein de grandeur et de majesté. Les sommets des Karpates qui cachent leurs aiguilles dans les nuages, les forêts de sapins qui ombragent les paysages d'alentours, les villes de Wadowicé, de Kalwarya, le château d'Oswiécitn, enGn les eaux argentées de la Wistule, tout cela forme un panorama magique. Plus loin encorè on aperçoit dans les flancs des montagnes le beau palais d'Osiek, renommé par ses jardins, propriété des barons Laris. Cet endroit était déjà célèbre à l'époque où vivait l'écrivain Simon Starowolski (1).

Zator était jadis lé chef-lieu d'un district, et

(1) lo tlucaluZatoriensi, palatiun Osîecense baud in décore permunilum. Desiriptiopoloniœ.

arec les terrés d'Oswiécim, il appartenait au duthé de Krakovie, gouverné par les princes de la famille des Pîests. Le roi Kasimir 11 le Juste, qui tint, en 4179, sur les fonts de baptême le 61s de Miéczyslas, duc d'Oppeln de Silésie, lui donna son nom de Kasimir, et jcomme l'enfant était neveu du roi, il lui donna en propriété Oswiécim et Zator. Son petit-fils Bilbom prit en 1306 le titre de doc de ces deux seigneuries. Les empereurs d'Autriche, possesseurs actuels de ce pays, met ton i entre leurs autres titres ceux de ducs (TOâwiécim et de Zator, quoique ce dernier bourg soit la propriété d'un particulier.

Sous le règne de Wladislas-Jagellon, vers l'ao 1433, les deux frères Janus et Wenceslas régnaient, le premier à Oswiécim, et le second a Zator. Alors la haute noblesse, s'arrogeant des privilèges qui ne lui appartenaient pas, formait des bandes â part, et faisait des excursions à main armée les uns contre les autres, ou dans les pays limitrophes. Parmi eux, il y avait un nommé Dzierzek Rytwianski, aux armes de Jastrzembieç. Il engagea à sa solde une bande de cavalerie et d'infanterie, pour attaquer nuitamment le château de Zator et s'en emparer, dans le but d'augmenter sa fortune, qui était déjà considérable par l'héritage de son oncle, l'archevêque de Gnèzne, Albert. Le reste du duché d'Oswiécim subit le même sort.

Mais l'audace de Rytwianski fut punie. Dans an combat livré près de Siéwierz, il fut battu par les Silésiens, et force lui fut d'abandonner le duché au roi de Pologne, au prix de 1,000 marcs d'argent. Jagellon rendit le duché à Wenceslas, a condition toutefois que celui-ci rendrait au roi le fort de Berwald, l'antre des brigands et des voleurs de grands chemins ; cette condition fut acceptée, et Weuceslas avec ses deux fils, Przémyslas et Jean, devinrent tributaires de la couronne. Jagellon avait fait ce sacrifice dans l'intention d'empêcher que ces contrées ne se germanisassent, à l'instar de la Silésie, qui malheureusement subit cette fatale influence. Cette crainte était d'autant plus fondée, que déjà, en 1337, Jean Oswiécimski, chanoine de Krakovie, s'était soumis, comme duc d'Oswiécim, à l'autorité de Jean de Luxembourg, roi de Bohême.

Le brigandage de Rytwianski trouva des imitateurs. Janus Oswiécimski inquiétait, en 1432, les contrées qui avoisinent Zator et Krakovie, et il détroussait les négociants qui voyageaient entre Krakovie et Breslau. 11 dépouilla Wié-

raynek lui-même, déscendant de Nicolas Wiérzynek, le célèbre trésorier du roi Kasimir-le- Grand, d'une somme de 3,000 florins, valeur énorme pour le temps.

Les nouvelles de ces rapines étant parvenues a la connaissance du roi Kusimir-Jagcllon, qui présidait alors la diète de Lublin, il envoju le staroste JanUs-Jassa-Szciekocki, et le chambellan Jean Kuropatwa, punir l'audace d'Oswiécimski. Le coupable, effrayé des conséquences de celte affaire, se rendit à Krakovie, pour faire amende honorable au roi, et celui-ci ordonna d'abord à Jean Czyzewski, et ensuite à Kuropatwa, de garder en son nom roval le duché d'Oswiécim. Mais la parole d'Oswié'cimski n'était point franche, et dès que le roi partit pour la Litvanie, il recommença ses brigandages. Repoussé du côté d'Oswiécim, il se barricada dans lé fort de Wolek. Jean Tenczynski, palatin de Krakovie, vint l'y assiéger; effrayé des suites de cette guerre, Oswiécimski finit par s'arranger, et céda à la couronne, au prix de 20,000 gros de

Prague, le duché. Dans la même année 1454, Wenceslas et la noblesse de ces contrées prêtèrent, entre les mains du roi, serment de fidélité.

Cet arrangement paraissait fixer, pour longtemps, le sort des duchés d'Oswiécim et de Zator ; mais il n'en fut pas ainsi, et en 1457 surgit une nouvelle cause de perturbation. La lie des soldats indisciplinés et mal payés, composée des Bohémiens, des Silésiens et des Polonais, s'établit d'abord sur la montagne dite Zebracza, et plus tard dans les bourgs de Myslcnicé et Wapienna-Gora. Janus Oswiécimski aidait sous main cette coupable opposition. L'armée régulière de Pologne fut employée contre ces perturbateurs du repos public; mais elle ne put réussir à soumettre les rebelles. On ouvrit donc de nouvelles négociations, et la couronne fut obligée de signer avec Oswiécimski un traité ( 24 février 1437) par lequel ce dernier obtint une somme de 50,000 gros de Prague (équivalant à 200,000 ducats de Hollande), et alors tout fut terminé, et la tranquillité se rétablit.

A la mort de Wenceslas, Janus, son frère, devenant duc de Zator, céda en 1494 son duché au roi Jean-Albert, au prix de 80,000 ducats ; outre cela, on lui payait 520 ducats annuellement, et seize tonneaux de sel tirés des salines de BochniaetWiéliczka. A la mort de Janus (1513), Zator fut transformé en starostie. Depuis l'année 15G4, ces duchés faisaient partie du palalinat

de Krakovie. Sous l'année 1649, on trouve Jean Lubomirski, étant nommé siaroste de Zator.

Pendaut les guerres de la confédération de Bar (1768-1772), ces contrées furent témoins de plusieurs combats livrés pour Tindépendauce nationale.

En citant les faits principaux qui se sont passés à Zator, nous ne pouvons omettre l'étrange

événement qui arriva aux personnes de la suite du roi Henri III, à l'époque où ce roi fuyait de Krakovie, pour gagner la France et le trône de Charles IX. Cet événement est un des mémorables souvenirs qui .se rattache aux annales de Zator; et nous allons le communiquer à nos lecteurs dans l'article suivant.

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