SUR LES TERRES PRUSSIENNES
DE LA POLOGHB.
$ I.-Geographie,hydrograpbie, géologie, statistique.
Les contrées que nous allons décrire étaient connues sous les dénominations générales de Poméranie et de Prusse.
La Poméranie polonaise devint plus tard Prusse polonaise ou royale; mais la Prusse proprement dite ne s'étend que de U rive droite de 1a Wis-
tule au Niémen, dans la direction de l'ouest à l'est, et des frontières septentrionales du royao. me de Pologne du congrès de Vienne, à la mer Baltique. C'est une largeur de 60 lieues sur 70 de longueur. La superficie de ce pays ne déj>asse pas 1,190 lieues carrées. D'après le recensement de 1835, sa population monte à un million six cent mille Ames; ce qui
quarante-quatre habitants par lieue carrée, quoiqae les landes, bois, lacs et marais soient là en disproportion avec le terrain habitable.
En général le pays est plat, et ce n'est qne da côté de la mer que s élèvent de petits monticules, formés par les alluvions qui retiennent les (lots de la Baltique dans ses limites.
Un grand nombre de rivières arrosent le pays. Leurs sources se cachent dans les lacs qui y sont très-nombreux; elles ont une pente douce, lente, leurs lits sont larges, sablonnent, et pour la plupart elles ne sont pas flottables. Une ligne d'élévations peu sensibles partage le pays en deux versants, l'un qui conduit les eaux vers le midi, et l'autre vers le nord.
Oo remarque sur le versant méridional i
La Dricença, germanisée en Drewentx ; elle court dans la direction sud-ouest ; sa source est à Osterede.et sejoint à laWistuleprèsdeTborn, au village de Zlotorya. Elle est flottable. La Drwença fait en partie la limite entre les royaumes actuels de Pologne et de Prusse. Sur ses bords on rencontre beaucoup de ruines, et de châteaux fondés par les chevaliers Teutoniques.
L'Ossa, petite rivière coulant dans la même direction, affine dans la Wistule, et baigne le bourg et la forteresse de Grudzionz { Graudeatz ).
Uue foule de rivières s'écoulent vers le midi, et portent le tribut de lenrs eaux aux rivières de la Pologne, au Boug et a la Narew. Elles sont pour la plupart flottables. Les plus remarquables sont : Dxialdowka (Soldau), qui, en entrant dans le royaume de Pologue, prend le nom de Wkra ; Orzyca, Skwa, Pissa, Elk (Lyk).
Sur le versant septentrional, nous mettrons en première ligne :
Le Pregel, qui se forme des trois petites ritières: la Pissa, VAngram et l'Inster; elle est navigable depuis Insterburg, et débouche dans le Frisch-Haff.
VAUa, utile à la navigation intérieure, se joint avec le Pregel près de Welau.
La Szesxupa sort du palatinat d'Aogustowo, forme la ligne frontière, et se perd dans le Niémen.
Lt Niémen (Memel en allemand, Ckronui en latin ), fleuve national de la Litvanie, chanté par les Weïdalotes, les Prussiens et les Litvaniens. LeNiémen, après avoir baigné les villes de Grodno et de Kowno, arrive en Prusse, charge de lourds t, et les porte dans W golfe de Curisch*
LA POLOGNÉ. «SB
Haiï, où il se débouche par plusieurs embouchures. A trois lieues et demie de Tylsa (Tilsit) ce fleuve se partage en deux bras qui prennent d'autres noms. L'un de ces bras s'appelle /* Ross ou Russ, l'autre la Gilga. Quelques géographes ont regardé ces bras du Niémen commé des rivières distinctes. La Gilga se partage encore en trois bras: l'un conserve son nom, l'autré prend celui du Niemonin, et le troisième s'appelle h Tawé. Par le grand canal de Frédéric (Grosserfriederiehsgrabe) le Niemonin se joint avec la Deina, rivière canalisée qui débouche dans le Pregel. Le petit canal de Frédéric ( Kleinerfriederichsgraben ) joint le Niemonin an. Pregel. Ainsi, par le système de canalisation, le! deux grands golfes de Prusse, le Frlsch et le Rurisch-Haff ontune communication facile et accélérée. Les villes de Krolewiec ( Kœnigsberg ) et de KIaypeda (Memel) peuvent correspondre par eau.
La Wistule, qui coule dans une autre direction à l'ouest, arrive du royaume de Pologne actuel, près de Thorn, fait un coude vers Bydgoszcz (Bromberg) où elle reçoit la rivière de Brda, qui, par le canal de Bygdoszcz, communique avec la Noteç ( Netze ) et la Warta ; celle-ci, par un autre canal, est jointe à l'Oder. Cette chaîne de canalisation, habilement combinée, s'étend jus-' qu'à l'Elbe, qui débouche dans la mer du Nord, et lie ainsi les deux mers de l'ancienne ligue anséatique. Mais revenons à la Wistule. De Bydgoszcz ce fleuve tourne vers l'est, emporte la rivière de la Czarnawoda (Schwarzwasser) en vue de la ville de Swiecé (Schwets), se redresse dans la direction da nord, se divise en deux grands bras, dont l'un conserve son nom, et l'autre prend celui de Nogat; plus bas il s'élance par deux bras dans la Baltique, qui s'avance pour le recevoir, et par deux autres bras avec le Nogat et se perd dans le golfe de Frischliaff.
Il nous reste à mentionner deux petits golfes qui font la vraie providence du pays. Ils le couvrent des attaques de la Baltique, et vivifient son commerce en formant deux grands ports qui ne désemplissent jamais, excepté en hiver.
Le FrisckeMaff (le golfe frais, récent), appelé en latin S mus, et Lacus tenedicus, ou bien Mare recens, et par les anciens Prussiens Belibtbo, s'étend de Koênigsberg jusqu'aux bouches de la Wistule et du Nogat. Sa longueur est de 21 lieues, sa largeur moyenne de 5 lieues. Son Ht a peu de profondeur ; l'entrée de la Baltique,
appelée pompeusement le détroit de Gatt, n'a que 12 pieds de profondeur et 1750 mètres de largeur. Les grands navires ne peuvent y entrer ; on décharge à Piltau les marchandises sur les allèges, et on les transporte dans les villes maritimes situées sur le golfe. Une langue de terre , appelé Fri$che-Naehrung ( presqu'île récente), sépare le golfe de la mer. D'après l'histoire du pays, ce golfe n'existerait que depuis l'année 1190, où une tempête affreuse surpassant cette langue de terre forma un golfe.
Le Kurisch-Haff(\e golfe Kouronien ou Kourlandais, Kuronska Zatoka en polonais, et Lacut vel Sinus Curonicus en latin) est le second golfe de la Prusse, entre Krolewiec (Koënigsberg) et Klaypeda (Memel) ; il a 23 lieues de long et 10 de large. Son détroit est de la même largeur que celui de Frisch-Haff, mais la profondeur de ses eaux est de 19 pieds. Il y a beaucoup de récifs et de bancs de sable dans ce golfe ; ses eaux sont souvent bouleversées par les bourrasques de la Baltique ; elles sont si fortes, que dans la presqu'île couronienne (Kuronska-Kepa) les sables couvrent parfois les huttes des pécheurs.
Du côté de la mer on rencontre quelques saules chétifs, mais sur le versant opposé il y a des bois de sapins et de bouleaux. Quatre relais de poste, et quelques habitations isolées de pêcheurs, forment la population de cette plage stérile.
Mais revenons à la terre ferme.
Le terrain n'est pas le même partout; à l'est il est médiocrement labourable, à l'ouest marécageux et sablonneux ; mais tout à coup, à l'extrême nord-ouest, dans le delta formé par la Wistule et le Nogat, son bras qui tombe dans le Frisch-Haff, le sol devient d'une prodigieuse fertilité, c'est une oasis au milieu des sables. Ce coin de terre s'appelle Wielkie Zulawy ( Gross Werder) dans le district de Malborg. Les Maie Zulatcy ( Klein Werder) font une partie distincte, entre la rive gauche de la Wistule et la petite rivière de la Motlawa (Moltaw), et appartiennent à la ville de Gdansk (Dantzig), ancienne capitale de la Poméranic polonaise. Le terrain, riche en produits agricoles, et surtout en herbes potagères et arbres fruitiers, apporte de grands profits au cultivateur; mais il manque de bois à brûler, on est forcé d'avoir recours à la tourbe qui y abonde. Le bétail est de la meilleure espèce. Tout y prospère. Le paysan, seul habitant de cet Eden, est libre et riche. Pourtant les déborde-
ments de la Wistule y causent des dégâts. Le terrain est bas pendant les grandes eaux, le fleuve inonde les prairies; pour l'empêcher, on a élevé de grands remparts sur les bords. Une commission spéciale est chargée de veiller à ces débordements.
Les forêts, ces lieux de délices et de fêtes, ces sanctuaires des dieux, qui protégeaient les habitants païens de ce pays, ne présentent que le faible reflet de ce que les traditions nous ont transmis. Le glaive des chevaliers Teutons décima les arbres et la population. — Malgré toutes les dévastations, les forêts occupent encore un sixième du pays, et fournissent d'excellent bois de construction pour les navires et pour d'autres usages. La forêt de Kaparow, dans les environs de Koënigsberg, est la plus renommée du pays.
On rencontre dans ces forêts la biche, le sanglier, le lièvre, le loup, le renard et la martre. Sur les bords de la mer on aperçoit souvent des dauphins et des phoques.
Les rivières et les bords de la mer fournissent toutes sortes de poissons excellents; on dit pourtant que les harengs ont émigré en masse de ces eaux, et qu'il faut les y faire venir de loin. On ne sait pas assigner une cause à celte émigration, on les y sale aussi parfaitement bien que partout ailleurs.
Les ruches regorgent d'abeilles.
La chaux, le plâtre, la tourbe, le minerai de fer, l'argile, mais surtout l'ambre jaune s'y trouvent en abondance.
Le pays confiné dans les limites de la Wistule et du Niéme ne jouit pas, malgré sa zone tempérée, d'un climat très-doux; le printemps s'y ressent de l'hiver, l'automne est toujours pluvieux.
Arrêtons-nous maintenant aux divisions géographiques de ces contrées. Non-seulement ce coup d'oeil est important pour la connaissance des changements que ce pays a subis à différentes époques, mais il est indispensable pour l'intelligence de l'histoire politique des peuples et des dominateurs de la Prusse. Ainsi nous allons donner cette géographie par ordre chronologique, et nous restituerons aux villes et châteaux leurs noms nationaux, à côté des dénominations, entre parenthèses, imposées par les chevaliers Teuloniques et par la maison électorale de Brandebourg. Ceci prouve évidemment que la Prusse est tout à fait étrangère à l'Allemagne;
que la langue allemande, qui y est dominante aujourd'hui, est une importation du dehors; que le cabinet de Berlin règne entre l'Oder et le Niémen, sur des pays qui peuvent lui appartenir de fait, mais non de droit, et que si jamais ce cabinet parvenait à exercer sa suprématie dans le centre de l'Europe, il serait forcé de rayer de son vocabulaire diplomatique le mot de Prusse, pour le rendre à la Pologne, et prendre celui d'empire germanique, si les destins à venir le
Jusqu'à l'époque de l'établissement des chevaliers teutoniques (1225), ces contrées n'étaient connues que sous les noms généraux de Poméranie, de Kassubie et de Prusse; mais depuis les Teutons jusqu'en 4466, année où ils subirent la loi de la Pologne, la Prusse fut divisée en douze provinces :
1° Sambie ou Samlandie, avec ses villes principales, Krolewieç (Koenigsberg), Rybaki (Fischhausen), Labiawa ou Laskow (Labiau), Gorzelice (Brandebourg), etc.
2° Sudavie, avec Elk (Lyck), Oletzko, etc.
3° Natangie ou Nathanghen, avec Swienta- Siekierka ( Heiligenbeil ), leluwa (Eylau), Pokoiewo (Friedhnd ), etc.
4° Nadravie, avec Tapiewo (Tapiau), Wielawa (Wehlau), Alberga (Alleubourg), etc.
5« Slaumie ou Schalauen, avec Tylza (Tilsit), Ragneta ( Ragnit ), Klaypeda ( Memel ), etc.
6° Bartonie ou Bartiandie, avec Barciany (Bartheo), Bartoszyce (Burthenstein), Jeziorany (Seenboorg), etc.
l'Gattndie, avecSzczytno (Or telsbourg), Nidborg(Neidenbourg),Paszow (Passeuheim), Meluiynek(Hohenatein), etc.
8" Warmie ou Ermeland, avec Brunsberg (Braunsberg ), Warmia (Frauenbourg), Olsztynek (Allenstein), Bisztynek (Bischofstein), etc.
9» Hockerland, ou Oberland , avec Mlynowo (Muhlhausen), Golondz (llolland), etc.
10° Culmie, avec Chelmno (Culm), Torun (Thorn), Grudzionz (Graudentz), Brodniça (Strasbourg) Biskupieç, (Bischofswerder), etc.
11° Pomésanie, avec Malborg (Marienbourg), &tum (Stuhm), etc.
12o Pogesanie, avec Elblong (Elbing), Tolkemit, etc.
En l'année 4466, on forma trois palatinats et un duché-évéché, qui ûrent partie intégrale de la Pologne sous le titre de Prusse royal» ou 0, et le reste fut gardé par tes Teutons
TtWK II.
mais, en 4525, lorsque l'Ordre leutonique fut cassé, et lorsqu'on forma un duché de Prusse, ou Prusse ducale ou électorale, vassale de la couronne de Pologne, on donna à celle partie une autre division territoriale qui conserva, jusqu'à 4773, c'est-à-dire jusqu'au premier partage de la Pologne, l'organisation suivante :
1° La Prusse polonaise ou royale était composée de trois palatinats : Poméranie, Culmie et Malborghie, et duché-évéché de Warmie.
le palaitnat de Poméranie était subdivisé eu dix districts : Tczewo (Dirschau), Nowe (Neuenbourg), Gdansk (Dantzig), Swiecie (Schwetz), Tuchola (Tuckel), Cszlochow (Szlochau), Mirachow (Mirchau)j Puçk (Putzig), Koscierzyn (Behrendi), Skarszew (Scboëneck). Les districts ou starôsties de Lauenbourg et de Butow, qui en faisaient autrefois partie, lurent cédés, en 4657, aux brandebourgeois.
Le palatinat de Culmie était subdivisé en deux terres : de Culm et de Michalow,qui composaient sept districts : Chelmno (Culm), Torun (Thorn), Grudziondz (Graudentz), Radzyn (Rehden), Kowalew (Schœnsee), Brodniça (Strasbourg), Nowemiasto (Neustadt).
Le palatinat de Malborghie était subdivisé en quatre districts : Malborg (Marienbourg), Sztum (Sluhra), Kiszpork (Christbourg), Elblong (Elbing).
Le duché-évéché de Warmie était subdivisé en onze districts ou plutôt grandes paroisses : Brunsberg ( Braunsberg ), Warmia ( Frauenbourg), Melsak (Mœhlsach), Orne lia (Wormidt), Swientagora (Heilsberg), Bisztynek (Bischofstein), Gakteszkat (Gutsladt), leziorany (Seebourg), Olsztynek (Allenstein), Wartberga (Warthbourg), Roszla (Kœssel).
11° Le nocBE de Pansas ou Prusse docale. formait deux départements» allemand et litvanien. Chaque département se divisait en districts, et ces derniers en grands et petits bailliages.
Dans le département allemand il y avait trois districts : Samland, Natangen, Oberland. (Cette dernière dénomination était connue sous deux noms : Oberland ou Hockerland, provenant de Hohenland, qui veut dire pays haut ou élevé.)
Le département litvanien était divisé en bailliages dits de Lituanie et ceux de Pologne.
Les grands bailliages du département allemand étaient, dans le district de Samland : Krolewieç (Koenigsberg), Rybaki (Fischhansen). Szakini«>
(Scbaaken), Labfawa (Labfaa), Tapiewe(Tapiau;; daas le district de Natangen : Gorzelice (Brandenbourg), Balga (Balgben), Bartoszyce (Bartenstein), Goradawa (Gerdauen), Bareiany (Barthen), Rozany (Rostenbourg), Angora (Argenbourg), Szottow (Schesten); dans le district d'Oberland : Dombrowa (Gilgenbourg), Szczylno (Ortelsbourg),Nidborg (Neidenbourg),Ostro\v (Ostcrode), Jelawa-Niemiecka (Deutsch-Eylau), Kwidzyu (Marienwerder), Gurowo (Schœnbcrg), Morawa (Mohrungen), Marchia (Preuschmark), Golonds (Preusch-Holland).
Sans le département Utvanien, il y avait les grands bailliages litvanieiu: Rlaypeda (Memel), Tylsa (Tiisil), Ragneta(Ragnit),.Osirowieç (losterbourg) ; et des grands bailliages polonais : Oleçko (Oletzke), Elk (Lyck), Ianowo (lohannisbourg), Loszyce (Lœtzen), Runowo (Rhein), Nowydwor (Neuhof).
Après le partage de la Pologne en 4773, le cabinet de Berlin» pour donner plus d'ensemble aux provinces envahies, et dans l'intention de fondre plus intimement la Prutse polonaise avec la Prusse ducale, forma deux provinces appelées West Prcussen (Prusse occidentale) et Ost-Preussen (Prusse orientale). La première fut partagée ea West-Preussisch Kammer-departament (Chambre départementale de la Prusse occidentale) et en Nelx-Dislrickt (District de Notée). Cette Chambre départementale formait alors sept arrondissements (Rreiss) : Kwidzyn (Marienwerder), Malborg (Marienbourg), Chelmno (Culm), Michalow (Micbehu), Tczewo (Dirscbau), Starogrod (Stargardt), Cboynice (Kontiz).
L'QstrPreussen (Prusse orientale) fut partagée on Osi Preussisck K ammer-departament (Chambre départementale de la Prusse orientale), et en LxUauiêche Kammer-departament (Chambre départementale de Litvanie). Le premier département contenait les huit arrondissements suivants : Samland ou Schaacken, Tapiau, Brandebourg, Braunsberg, Heilsberg, Mohruogen, Neidenbourg. Le second département contenait les arrondissements d'inster bourg, Olelzko, Schehsteo.
En 4807, à, l'époque de h création du grandduché de Warsovie, Culm, Thorn, Bydgoszcz (Bromberg),etc, flrent partie du duché; mais en 1815, lorsque fut consommé le sixième partage de la Pologne, on donna aux terres prussiennes une nouvelle organisation. Il y a donc j maintenant quatre grands arrondisssements : |
4° De Kœnigsberg, divisé en vingt districts;
3° De Gumbinen, divisé en seize districts;
3° De Danizig, divisé en huit districts;
4° De Marienwerder, divisé en treize districts.
La ville de Bromberg avec son territoire fait partie do grand-duché de Posen.
Une autre division territoriale est réservée à l'avenir, alors que toutes les parties de l'ancienne république polonaise se trouveront de nouveau réunies, et qu'on tracera des frontières aux palatinats, aux castellanies, et que les noms des villes et des villages germanisés retrouveront leurs dénominations nationales : slavo-polonaises
§ II. — Hisloire politique; culte» religieux.
Les Hérules sont les ancêtres des peuples qui habitent les bords de la mer Baltique, dans sa direction sud-est. Les Litvanicns, lesSamogitiens et les Prussiens en forment les principales branches.
La dénomination de Prussiens (Borussi ou Porussi des anciens) parait provenir de Russ : c'est ainsi que s'appelle l'un d,es bras du Niémen, comme on l'a vu plus baut. Les Prussiens qui habitaient le pays à l'ouest du Niémen, le long du Russ, s'appelaient Po-Russ; de là Prussiens.
Parmi les écrivains anciens et modernes qui ontdécritcescontrées,Théodore Narbutt, Litvanien, tient le premier rang ; son ouvrage n'est pas encore terminé ; mais, à en juger par le commencement, personne avant lui n'a si bien approfondi son sujet, et la lin de son travail est trèsimpatiemment attendue.
La Chronique du xir* siècle, écrite par Christien, premier évêque catholique de la Prusse, est pleine de notions inexactes sans doute, mais qu'on accppte à défaut de preuves et de détails plus complets, sur la religion, les mœurs, les lois et les habitudes du pays. La Chronique nous dit : Les habitants de la Prusse étaient des gens simples et hospitaliers, sobres et tempérants, d'une taille moyenne, peu parlant, et ne sachant ni lire ni écrire. Quand une chose leur paraissait digne de mémoire, ou bien quand ils avaient à marquer le jour de leur assemblée, ils incisaient leur bâton ou bien faisaient des nœuds sur le cordon. Les vieillards, les malades, les femmes et les enfants s'abritaient dans des huttes d'argile j lu jeunesse restait toujours cam-
pée devant les grands bûchers, jetant flammes et famée à travers les branches des vieux chênes, sous lesquels les guerriers se plaçaient de préférence. Le gibier et les poissons leur servaient de nourriture ; le pain leur élaii inconnu.
Une troupe de Skandinaves, des Danois sans doute, jetée par la tempête sur la plage, leur apporta la civilisation moderne et deux chefs, dont ils se firent des rois. Mais, à peine civilisés, ils pillèrent les biens de leurs voisins.
Les Skandinaves apprirent aux Prussiens à bâtir les maisons, à élever le bétail et les troupeaux, à faucher les herbes pour les conserver pendant l'hiver, et surtout à élever les abeilles et à faire de leur miel des boissons enivrantes. La communauté des femmes rendit bientôt les Skandinaves membres de la môme famille, et infiltra dans le sang et les mœurs prussiennes le désir du pillage. Les querelles et les assassinats commencèrent à désoler le pays ; Bruteno et Waydewutys, deux frères, chefs skandinaves, se décidèrent, pour mettre un terme au désordre, à s'emparer du pouvoir. Bruteno assembla le peuple et le harangua de la manière suivante : « Le désordre est au comble, vous allez vous » égorger les uns les autres : ne vaut-il pas » mieux mettre un terme à ces horreurs ? Yoyez » les abeilles : quand elles n'ont plus de roi, » elles périssent! 11 en sera de même de vous. Il » faut donc choisir on roi pour vous sauver, et lui » promettre obéissance ; il vous jugera daus vos
> différends, punira les coupables, et vous défen-
> dra contre les agressions de vos voisins.» Après ce discours, le peuple le proclama roi, et lui jura obéissance et dévouement. Bruteno, maître absolu du peuple, céda le pouvoir royal à son frère Waydewutys, et, de concert avec lui, institua des dieux et se fit lui-même grand -prêtre [Krircc-Kriwyto, maître de la hache et de la hachette qui servaient au sacrifice). Bruteno, autre Moïse, s'occupa avec Dieu de rédiger la loi pour les sacrifices. C'est à Romnowe qu'il établit le temple : il y trouva un chêne qui avait six toises de circonférence; il l'entoura d'ornements, el» après avoir assemblé le peuple dans ce lieu, '1 dit (1) : < C'est ici que vos dieux veulent tester à jamais, c'est ici qu'ils veulent recevoir
(I) RoiDttowe dériyedu mot litranien romumt, modestie, recueillement, ou endroit deatmc aux saints mystères de la
Ml'gion. œ temple était situé au confluent de Bci&lcin dan*
le Pr
'Iliade
dans le voisinage «c trouve jusqu'à présent
vos offrandes et vos sacrifices, écouler vos prières! et vous les défendrez contre les ennemis. Ils vous déclarent, par Kriwe-Kriweyto, que, s'ils exaucent vos vœux, vous aurez de belles femmes, beaucoup d'enfants, de l'abondance, du miel ici-bas et dans l'autre monde» Mais si vous désobéissez, malheur à vous! les corvées et les redevances amaigriront vos corps et vous réduiront à la misère, vous éprouverez la faim et la soif, vos femmes et vos enfants deviendront esclaves, et le roi tombera dans l'ignominie. > A ces paroles de détresse» le peuple poussa des gémissements affreux; Bruteno» profitant de la terreur, donna le signal, et on déeou>
vrtt à l'instant trois idoles de bois Voilà les
dieux, ô peuple élu! s'écria le prêtre* adore-les» prosterne-toi pour implorer leur clémence. > Et le peuple se jeta la face contre terre et adora les idoles. Une des statues représentait le dieu des moissons: Warpinta$ (Warpus, l'épi en laiton); une autre, le dieu du feu et de la foudre : Perkounat; et la troisième, IHktalù (Piktamis,la méchanceté), dieu de la colère et de la mort.Ces trois divinités furent introduites dans les cavités du chêne. Devant Warpintas on plaça un vase plein de lait, couvert d'une gerbe, dans lequel on mit un serpent qui devait y être conservé avec soin. Perkounas avait pour offrande perpétuelle Une bûche, et le feu était entretenu par les prêtres. A Piktalis on offrit dans un vase trois tètes : une d'hommes, une de vache et une de cheval; c'était l'offrande de la vie. A une certaine distance, tout autour du chêne sacré, on étendit des voiles qui cachaient les divinités aux yeux du mU gaire : l'entrée n'en était permise qu'au grandprêtre et à ses vicaires, les WéïdahtM , sorte dé lévites. Les weldalotes étaient choisis parmi lé peuple ; mais leur conduite devait être irrépro* chable.et la chasteté leur était prescrite; la garde du lieu sacré et son entretien leur furent confiés; la réception des offrandes, l'alimentation dufeu perpétuel et des feux des rêtes leur appartenaient. Ils devaient rester dans les environs du temple, enseigner aux habitants la crainte des dieux, et prêchei4 la concorde.
Après l'inauguration des dieux, Kriwe-Kri* Weyto fit entendre une seconde fois le discours précédent.
Ces promesses de bonheur firent le meilleur effet sur le peuple ; il se retira dans ses campagnes, confiant dans la justice do ses nouveaux protecteurs, et dans la sagesse de Kriwe-
Kriweyto. L'idolàtrie.comme toute religion naissante, en imposant de nouveaux devoirs, donne des nouveaux plaisirs.
Outre les trois principales idoles, Kriwe- Kriweyto fit comprendre au peuple l'existence d'un Dieu supérieur, le Dieu de tous les temps et de toutes les nations, le Père éternel. Ce Dieu, «elon Kriwe- Kriweyto, régnait sur la terre et dans le ciel; mais aucune prière, aucune offrande ne lui furent adressées; il était inflexible dans sa volonté; il régissait le monde entier, tandis que les autres dieux ne veillaient qu'au bonheur du pays qui les adorait : c'est YÂUfader. Mais, outre le Dieu suprême et les trois dieux de la pro vince, les Prussiens reconnaissaient plusieurs dieux subalternes, dont voici les noms :
Sxitayksztis, dieu de la lumière ( Braga des Scandinaves, Pbœbusdes Grecs).
Pilxoitit, dieu des granges et des richesses.
Pergrudis, dieu des prairies, des feuilles et des grains.
Gardaytis, dieu des pilotes.
Anuêzantis, dieu de la santé et des maladies.
Atrimpa*, dieu des mers ( Niord des Scandinaves).
Puszkaytiê, dieu des arbres sacrés.
Et de plus, une foule de dieux, de demidieux, des gnomes et des sylphes, etc. Les femmes étaient exclues de ce ciel païen. En Prusse, les fêtes en l'honneur des dieux se célébraient ordinairement par des libations. A l'approche du printemps, avant de sillonner la terre, on rendait hommage au demi -dieu Pergrudis. Les habitants des villages voisins s'assemblaient dans une maison où l'on avait transporté d'avance deux ou trois tonneaux de bière : leur nombre diminuait ou augmentait selon le nombre de fidèles qui, dans cette occasion, se présentaient en foule pour boire de la bière et encore pour honorer les dieux. Quand tout le monde avait pris place, le weïdalotc, qu'on appelait Wursxkaytyt, saisissait la coupe pleine de bière, l 'élevait dans ses mains, adressait une prière au dieu fêté, et l'implorait pour qu'il donnât un bel hiver et un doux printemps.
Après celte invocation, il déposait la coupe sur la table, puis la reprenait avec ses dents et buvait la bière d'un seul trait ; après avoir bu, il jetait la coupe par-dessus sa tète : un homme attrapait la coupe en l'air, et la remettait sur la table ou la rcroplissaitde nouveau. Le weïdalote faisajt,après,
une cérémonie en l'honneur de Perkounas, pour le conjurer d'épargner les blés, de ne pas toer les hommes par la foudre et ne pas incendier les maisons. La coupe attrapée en l'air passait pleine de bière dans les mains du plus Agé, du plus riche et du plus honorable parmi les assistants; chacun buvait et remettait la coupe à son voisin. Ce tour achevé, les demi-dieux Szwayksztis, Pflwitis, n'étaient point oubliés dans celle fêle. Les dieux et les anciens régalés, on en venait au vulgaire, et la même coupe servait encore à toute la compagnie, jusqu'à ce qu'on eût vidé les tonneau. Ensuite on entonnait les chants en l'honneur des dieux. La libation s'appelait Gërymiê. La bière pour la fête s'achetait sur les fonds des villages fédérés à cet effet : c'était une espèce de dîme; chaque village cédait un terrain et le cultivait à tour de rôle gratuitement; le produit de ces terres était destiné à l'achat de la bière. Au moins cette corvée profitait à tout le monde.
Après les fêtes d'invocation, on faisait des offrandes en expiation. Les dieux farouches voulaient du sang; les Prussiens sacrifiaient on bœuf ou un bouc en preuve de repentir, et c'est le sacrificateur Wurszkaytis qui était chargé de l'exécution. Tons les assistants circulaient autour du bouc, et confessaient leurs péchés en silence; la promenade finie, Wurszkaytis égorgeait la bête, et le peuple recueillait le sang de la victime pour en asperger les maisons, les granges, le bétail et même les enfants : le sang de l'animal consacré apportait le bonheur. La chair de la victime, dépecée par Wurszkaytis, était mise dans une chaudière ; et pendant que la viande cuisait, le prêtre récitait des prières et faisait des contorsions; les hommes s'asseyaient autour de la chaudière, et les femmes leur apportaient un paié de farine de seigle. 11 n'était pas permis d'emporter les restes de cette viande ; on les remettait dans la chaudière pour en régaler le premier venu. La bière arrosait le repas; et ordinairement Wurszkaytis jetait beaucoup de sel sur la viande, pour que les brasseurs pussent avoir leur part dans l'offrande.
Les Prussiens encore païens brûlaient leurs morts. Cette coutume se pratiquait, en cachette, même après l'introduction du christianisme ; et on découvrit dans le pays des vases remplis de cendres, qui provenaient de la consécration des corps. Voici la cérémonie telle que l'ont décrite les chroniqueurs. Un homme à peine était-il mort, on le mettait dans un bain et on le lavait, après
quoi on apportait une tonne de bière ; on en vidait la moitié, et on s'assoyait autour du corps pour vider le reste. Chacun des convives, en buvant, parlait au cadavre : Pourquoi es-tu mort, mon ami? lui disait-on ; est-ce que tu n'as pas de belles femmes, des enfants et des bestiaux ? Après le tour du dernier, on prenait congé du mort et on le priait de saluer les parents, les frères, les cousins et les amis, et on lui recommandait de vivre avec eux en bonne intelligence. Cette recommandation faite, on mettait au mort ses plus riches habits, on lui attachait ses armes, on lui donnait un morceau de toile avec quelques pièces de monnaie, et ou posait sur sa tète un pot de bière bien enfermé. Si c'était une femme, on Ini jetait du fil pour qu'elle pût reprendre sa robe quand elle serait décousue. Pendant qu'on mettait le mort sur un chariot, la jeunesse montait snr des chevaux et commençait à courir. Il y avait toujours nn poteau sur lequel on mettait une pièce de monnaie ; le premier arrivé s'en emparait. En courant on criait : Eyte, pareyte, pakieltet (Allez, arrivez, ramassez ! ) Cette lutte voulait dire qu'on poursuivait et dispersait les mauvais esprits qui pouvaient barrer le passage 3a mort. Cela fait, on traînait le chariot au lieu de la sépulture : les riches, on les enterrait; les pauvres, on les brûlait. Au grand seigneur tous les honneurs : hors le feu, on lui sacriGait son cheval et «es chiens, pour qu'il pût chasser dans l'autre monde. De plus, on jetait dans l'urne des agrafes de colliers qui devaient lui servir d'ornement dans les fêtes. Si c'était un prince qui mourait, le peuple le pleurait pendant quatre semaines; chaque passant ou voyageur était obligé de boire au bonheur du décédé, et de recevoir on cadeau en souvenir de l'événement.
Les mariages étaient aussi pompeux que les inhumations. Un homme, en choisissant une fille, était obligé de l'acheter à ses parents par un don de plusieurs vaches ou chevaux, et en outre il foi donnait un jupon. La fille achetée invitait ses unies à pleurer et à se lamenter avec elle. O "M mère! 6 mon père! s'écriait - elle, qui vous fera votre lit? qui vous lavera les pieds? qui gardera et soignera vos troupeaux ? 0 mon chat hien-aimé! 6 mon chien, mon oie, mon cochon de bit t qui vous caressera? Tout cela était accom- P^né de pleurs et de gémissements qui amaigrissaient et enlaidissaient la jeune fille ; et, faut-il le croire, il était de nécessité qu'elle s'enlaidit avant le mariage. Enfin quand elle était tout à
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fait laide, on lui déconseillait la tristesse, on lui disait de se conserver pour son mari, et la jeune fille de rire et de sauter sur le chariot que le mari envoyait pour l'amener chez lut. Arrivée au village de son fiancé, elle était reçue par un homme qui lui présentait un tison et de la bière, en lui disant : Tu entretiendras le feu chez ton mari, comme tu ^entretenais jadis chez Us parents. Bois de la bière, c'est ton mari qui te l'envoie pour te rafraîchir. Lorsqu'elle s'approchait de la porte, on criait : Kie la vexis atdarik ! (Holà ! ouvrez la porte ! ) Son cocher sautait du chariot et courait attraper un mouchoir déposé sur uu tabouret; les convives lui disputaient le passage; mais il devait tromper leur vigilance et emporter le mouchoir; après quoi on asseyait la ûancée sur le tabouret, et on lui lavait les pieds. Ensuite on la régalait de bière, on lui bandait les yeux, puis on lui mettait du miel sur la bouche. Un des anciens la prenait par la main et faisait le tour de la maison, et à chaque porte lui disait : Trauk ( lire ) : les portes se sont ouvertes. La promenade finie, un ami du mari apportait dans un sac toutes sortes de graines, les répandait dans la chambre en disant : Que les dieux vous donnent l'abondance, si vous garde* la foi. Le repas suivait les cérémonies; après le repas, les danses. A la dernière danse, une des jeunes compagnes coupait par surprise la tresse de la fiancée, et les femmes mariées lui mettaient un bonnet qu'elle devait porter jusqu'à la naissance d'un fils. On la menait au lit : elle résistait, on la battait, la pinçait, la poussait, jusqu'à ce qu'elle tombât dans la couche nuptiale. Le mari arrivait gai, joyeux, avec ses camarades qui apportaient en même temps un coq rôti. Les mariés le mangeaient en présence de la compagnie, qui se permettait à cette occasion des propos badins. Il fallait absolument que ce fût un coq, et non pas un chapon, ni aucun animal qui pût engraisser. Ainsi finissait la cérémonie nuptiale.
Un homme pouvait avoir trois femmes, ni pins ni moins ; mais si cet homme en possession de trois femmes rendait mère une fille, il était condamné à être dévoré par les chiens. Cette loi marquée au coin de la férocité avait un pendant dans uneautre contre l'adultère. Ce délit, soit qu'il fût commis par la femme ou par l'hommme, était puni par le supplice du bûcher ; les cendres des criminels étaient jetées au vent; les enfants nés de ce commerce étaient jugés incapables d»
remplir les fractions de weïdalotes. Une veuve
jeune sans enfants pouvait avoir commerce avec des célibataires jusqu'à la conception. Après quoi elle devenait weïdalote (vestale), et, sous peine de mort, gardait la chasteté, et c'est la communauté qui l'entretenait. Un homme qui perdait sa dernière femme pouvait se remarier ; car, dit la loi, < il n'est pas bien qu'il s'at-
• triste jour et nuit, et qu'il n'ait personne pour » le consoler. » Pourtant la femme qu'il avait choisie ne devenait son épouse qu'après un premier enfant. Voilà pour les mariages. Les autres coutumes n'étaient pas moins sauvages.
Si un membre de la famille, femme, enfant, frère, n'importe, tombait malade, le chef de la maison pouvait ordonner qu'on les brûlât tous, » et les dieux s'en réjouiront, > dit la loi. c II i est permis à chaque homme de se brûler lui et » son enfant en holocauste à Dieu. Le feule con-
> sacrera, et il se réjouira avec les dieux. — » Un i assassin pouvait être arrêté par les parents de » la victime qui disposaient de sa vie. — Quicon- » que commettait un vol était pour la première
• fois fustigé avec des verges; en cas de récidive,
> on employait les cordes; enfin, au troisième
> délit, on était livré aux chiens. • Quant au servage, la loi disait explicitement : t Personne ne
• peut être forcé au travail, mais doit y être » engtgé par une convention volontaire. ■ Quiconque dépassait les autres dans une course de chevaux était réputé noble. Enfin Kriwe- Kriweyio recommandait au peuple de visiter t lesdieux et leur apporter des offrandes, ce qui
• leur était agréable. » Pour compléter ce tableau des mœurs des anciens Prussiens, il nous reste à décrire quelques cérémonies religieuses, comme celles des anniversaires des morts, et plusieurs outres superstitions et coutumes.
La fête cominémorative des morts s'ouvrait par des larmes et finissait par de la bière. Les hommes s'asseyaient à une table particulière, servis par deux femmes. Elles tiraient de leurs besaces du pain, du sel, des poissons cuits ou frits. Un profond silence régnait dans toute l'assemblée. Chacun jetait sous la table une partie des mets, et on versait une coupe de bière : c'était une offrande pour les morts. Après le repas, tout le monde se levait, et on se mettait à boire jusqu'à s'enivrer. En buvant on criait : Gaydù pas gaydis; wie nus pan andros : Le coq après le coq; l'un après l'autre, et la féte était finie. Celte fêle des morts, que les traditions
ont conservée jusqu'à nos jours en Samogitie, a été décrite, en belles scènes dramatiques, par le poêle Adam Mickiewicz, dans son poëme : Dxiady ( la Fctc des morts ) , traduit en français par M. Burgaud des Marels.
Les Prussiens païens partagaient encore les superstitions des autres peuples.
On consultait les devins et les sorcières pour savoir chez qui se trouvaient les effets volés; la sorcière disait le secret après avoir répandu de la bière et fondu de la cire, ou entaillé un bâton d'une manière bizarre.
En entrant dans un village, il fallait faire attention : car le pied droit mis le premier signifiait le bonheur ; le pied gauche, au contraire, pronostiquait un fâcheux accident.
Celui qui se réveillait le premier la nuit des noces était sûr de mourir le premier.
Uyavaitdans cette prédiction un cruel tourment, surtout pour les deux époux !
Quand un lièvre traversait la route, c'était un signe de malheur; un loup, au contraire, était un signe de bonheur. On explique ce préjugé de cette manière : il valait mieux que le lièvre fût tué et mangé, et il est heureux que le loup soit passé sans foire de mal.
Une maladie quelconque était un indice de la disgrâce divine ; donc, au lieu des médicaments dont on ne connaissait pas alors l'usage, les parents et les amis recommandaient le malade, par des prières et des offrandes, à la protection des dieux. La mort était regardée comme une juste punition ; le rétablissement signifiait la miséricorde divine ; mais il arrivait souvent que le Wurtxkayiis, voyant les tourments du malade, demandait pardon aux dieux de couper court à leur toute-puissante vengeance, et, avec uno pieuse résignation et des larmes aux yeux, s'approchait du malade, lui mettait an oreiller sur la Ggure, cl l'étouffait ainsi aveo une tendresse atroce. Voilà les Prussiens tels que les avaient formés leurs hôtes et maîtres, les Skandinaves, les Danois. Ils leur apprirent à adorer des dieux sanguinaires, et abrutirent leur esprit par l'usage démesuré de la bière, celte ambroisie des Skandinaves. Us firent une loi contre la débauche qui n'existait pas avant leur arrivée; ils établirent la distinction du lien et du mien, et par conséquent la punition du vol. L'esprit belliqueux des Danois "passa dans les Prussiens, et les provinces avoisinantes s'en ressentirent bientôt. La province de Maxovie, située au
midi de la Prusse, fut la première qui reçut le
choc terrible de ses voisins. Plusieurs princes mazoviens parvinrent à dompter et à assujettir momentanément les Prussiens, et môme à obtenir d'eux un tribut en enfants ; mais, dès que la fore ; revena. a ceux-ci, ils se révoltaient contre leurs maîtres. Cet état de guerre continuelle décida, en 997. Boleslas le Grand, roi de Pologne, à convertir ce peuple à la religion chrétienne. Dans ce but, il invita Adalbcrt, évêque de Prague, à veuir dans le pays prussien pour y prêcher la foi ; mais l'apôtre fut tué par les Prussiens le 23 avril 997, et son corps fut enterré àGnèzne.
Boleslas le Grand, inquiété à l'est par les ducs russiens, et à l'occident, sur différents points, par les Margraves, remit à d'autres temps les affaires prussiennes ; et les Prussiens, ne sentant plus l'autorité qui les contenait, ravagèrent le pays, emmenèrent les enfants et le bétail, et les vendirent aux marchands qni venaient par la Baltique. Ces désastres forcèrent le roi à châtier le brigandage des Prussiens. 11 entreprit contre ces païens une expédition en 1014; la victoire suivit ses pas: il conquit leurs trois plus fortes villes de ce temps, Radzyn, Balga et Romnowe. La terreur saisit les Prussiens: les uns s'en fuirent dans des bois et des marais inabordables; les autres se mirent a genoux devant le vainqueur, lui demandant grâce, et promettant d'embrasser sa foi et de loi payer un tribut. Boleslas, en signe de dominalion daus ces contrées, fit enfoncer dans la rivière de l'Ossa ,aux environs des villes actuelles Radzyna (Kehden) et Leszno (Lissa), des colonnes en fer et y lit graver ces mots : Ici est la Pologne (Hic est Polonia). Les Prussiens no tinrent pas leur promesse dans la suite; les colonnes de la domination polonaise furent renversées plus tard par les chevaliers teuloniques pour détruire les souvenirs de la suprématie de la Pologne; mais le souvenir en survécut jusqu'au temps où la Prusse, fatiguée de l'oppression monacale, invoqua la protection de la Pologne, comme on le verra plus bas.
Les désordres qui affligèrent la Pologne après la mort de Boleslas le Grand et Mieczyslas II, surnommé, à juste titre, le Fainéant, enhardirent les Prussiens à faire de nouvelles incursions en Pologne. Dans la partie nord-est, au delà de la Wislule, un lieutenant du roi Mieczyslas, nommé Maslaw, se fit de nombreux partisans, et établit sa puissance en transformant cette contrée en une province distincte de la
le nom de Mazovîe. Les siens, d'abord combattus par lui, lors des désordres qui suivirent en Pologne la mort de Mieczyslas II, devinrent ses intimes alliés au retour de l'héritier de la couronne, Kasimir Ier le Restaurateur. La campagne à peine ouverte, Maslaw éprouva la perversité de ses alliés : il perdit la bataille ; les Prussiens, craignant pour leurs biens, se saisirent de l'usurpateur et le pendirent, en écrivant au-dessus du gibet ces mots : Tu as voulu t'élever trop haut, et bien haut tu es pendu (1047). Cette trahison les préserva de la juste punition qu'ils méritaient pour leur brigandage. L'obéissance, tes tributs, la conversion furent promis au roi et tenus jusqu'à sa mort. Mais son successeur, Boleslas II le Hardi^ fut forcé de sévir encore contre ce peuple. Boleslas, à peine arrivé dans leur pays, fut obligé de lever le siège de la ville de Grodek (Graudentz), et de se porter d'un autre côté pour combattre les Bohémiens et les Moraves. Cette retraite subite enhardit les Prussiens : ils s'élancèrent sur la Pologne, et ta ravagèrent; mais le retour inespéré de Boleslas les refoula dans leurs bois et marais, où, poursuivis vigoureusement, ils se trouvèrent dans la nécessité de feindre pour la troisième fois la fidélité au roi des Polonais.
Les successeurs de Boleslas furent placés dans la même nécessité que leurs prédécesseurs : Wladislas-Herman, Boleslas III, dit Bouche -de-Travers, Boleslas le Frisé, Kasimir II le Juste,. Leszck le Blanc firent des expéditions en Prusse, la combattaient et l'assujettissaient toujours. Le partage de la Pologne entre les enfants de Boleslas III, en affaiblissant ses moyens, enhardit ses ennemis. La Mazovie, voisine de la Prusse, échut en partage à Konrad à l'époque du règne de Leszek le Blanc, son frère. Ce prince injuste et emporté avait peu de souci des malheurs du pays.
Vers ce temps, au commencement du xm»
siècle, les chevaliers croisés, chassés de la Palestine, se vouèrent à l'extirpation du paganisme en Europe. Dans ce but, on les expédia dans les pays entre les bouches de la Wistule et le golfe de Finlande. Les nombreuses peuplades qui habitaient les bords de la mer Baltique étaient de la même race que les Prussiens, et reculaient en différents sens devant les Tentons qui envahissaient le littoral. Des réfugiés du nord-est, arrivés en Prusse, unirent leurs forces pour dévaster la Mazovie. Le prince de ce pays. Konrad^ s'obligea envers les Prussiens, pour obtenir leur
amitié, à payer le tribut. Un jour, ne) pouvant décider ses sujets ù lui fournir de bon gré les différents effets que lui demandaient les païens, il invita ses vassaux à un festin, et, à la fin du repas, il commanda à ses soldats de dépouiller les convives de leurs habits et bijoux, et envoya ces bardes aux Prussiens comme tribut demandé. Il se fit brigand de son peuple. Mais comme les Prussiens ne cessaient, malgré les tributs payés, d'envahir la Mazovie, d'emmener les enfants et les femmes, de décimer la race mâle et de brûler le pays, Konrad se décida à faire la guerre, et appela à son secours les chevaliers Porte-Glaives. Vingt-cinq de ces chevaliers arrivèrent en Pologne pour exterminer la nation prussienne, et s'établirent à Dobrzyn sous le nom de frères de la milice du Christ; mais ils furent bientôt exterminés eux-mêmes. Alors Konrad, incapable de forcer les Prussiens à respecter ses frontières, engagea, en 4235, les croises de Jérusalem établis en Allemagne à venir à son secours, et leur donna des terres aux environs de Chelmno(Culm), sur la frontière de la Prusse. Les croisés, de leur côté, s'engageaient à combattre les Prussiens, a6n de conquérir leur pays et de rendre la moitié de la conquête au duc de .Mazovie ; en cas d'infraction à telle clause de l'engagement que ce soit, les croisés se réservaient tout le droit à la possession de toute la terre conquise. Une foule de guerriers arrivèrent d'Allemagne, se dispersèrent dans la Prusse et commencèrent à y fonder leur domination. Pour la Pologne, ses relations avec les Prussiens finissent, et les guerres avec les croisés commencent : c'est une nouvelle époque dans l'histoire de Pologne; les combats continuent, mais l'ennemi change.
Par leur esprit allier, par le déchaînement de leurs passions, les croisés se Oient bientôt délester par les Polonais. Us vivaient dans le célibat, mais ils n'en étaient pas moins corrompus, et ils eurent une funeste influence sur les mœurs du peuple. Ils ne considéraient et ne cherchaient que leur profit; en un mot, l'avarice et la luxure furent leurs principaux caractères ; l'astuce et la force furent leurs uniques moyens. La Terre-Sainte renvoya ces démons en Europe pour la punir des vices que cette dernière voulait implanter dans son sein, tourmenté depuis tant de siècles par tous les barbares du monde connu, par les païens et les chrétiens.
L'entrée des croisés sur la terre prussienne, comme on l'a vu, fut marquée par une défaite
complète. Mais les renforts qui leur arrivèrent
de la Pologne et de l'Allemagne remirent bientôt leurs forces, et leur permirent de tenter de nouvelles expéditions. Us se fortifièrent d'abord à Culm, où commandait Konrad de Landsberg, fameux par son bras vigoureux et son œil vigilant; ils poussèrent môme jusqu'à Thorn, et élevèrent en face de cette ville un petit fort, qu'ils appelèrent Dembowa. Les Prussiens.de leur côté, se retranchèrent dans une position derrière la ville, et nommèrent ce lieu Rogow. Les forces des deux côtés étaient au grand complet ; en 1229 un engagement décisif tourna au profit des croisés et des Polonais : les Prussiens se retirèrent successivement deThoro, de Marienwerder.d'EIbing; Pipiu, leur chef, pris par les croisés, fut attaché à un arbre et éventré vif. On fit mourir en sa présence plusieurs centaines de ses compagnons d'armes : le feu dévorait les victimes que le glaive abattait, le sang étouffait la flamme. Les croisés celte fois prirent leur revanche poules supplices que les Prussiens avaient fait subir à leurs frères. L'épouvante saisit tout le pays; on s'enfuyait dans le fond des bois, des marécages : les croisés marchèrent en vainqueurs sans trouver de résistance; ils arrivèrent jusqu'au Niémen, où un nouvel ennemi les attendait. Mais tandis qu'ils s'avançaient dans l'est, et le subjuguaient au nom du Christ, du pape et du grand-maitre de l'ordre, tandis qu'une foule de marchands allaient s'y établir, et exploiter cette terre vierge, et que les prêtres couraient prêcher la loi aux gentils, ceux-ci dirigèrent leur force vers le midi, au nord de la Mazovie, et la ravagèrent encore. Aux cris de détresse des Maioviens, il fallut rebrousser chemin, poursuivre l'ennemi; mais celui-ci, averti à temps, se dirigea vers le nord-est, et s'approcha de la nie, où régnait l' usurpateur Swienlopelk,. de Leszek le Blanc. Dans ces marches et contremarches continuelles, la victoire passait rapidement d'un camp à l'autre, et les combattants, fatigués de ces alternatives, demandèrent une trêve. En 1239« la guerre recommença ses ravages. Swientopelk, maître de la Poméranie, envahit la Pologne, et s'empara de Bydgoszcz { Bromberg) à l'aide des Prussiens. Konrad courut sur lui, ravagea son propre pays, chassa l'ennemi, qu'il ne voulait pas détruire pour pouvoir le lancer ensuite en cas de besoin contre ses parents qui lui faisaient ombrage. Plus à lest, les croisés de Prusse s'allièrent en 1237 avec
les chevaliers Porte-Glaives qui guerroyaient en Livonie, et jurèrent réciproquement d'extirper la race païenne. En 1240, les Prussiens Grent do accord avec Swieoiopelk dans le but de détruire l'Ordre. Ce but était bien précisé de pari et d'autre ; le combat dura douze ans. La religion fut reniée, les colons allemands et polonais égorgés par les Prussiens; le feu et les ravages des campagnes suivirent les croisés. Leur établissement définitif fut retardé, mais non empêché a jamais. Pendant ce temps, au plus chaud de la guerre, un légat du pape arriva en Prusse, pour partager le pays en quatre diocèses : Warmie, Sambie, Pomeranie cl Culm. En 1246, un noble polonais apporta à l'Ordre des secours plus efficaces que la bénédiction du pape : le riche et brave Widga de Czorsztyn envoya en Prusse de nombreux chariots de provisions de bouche. Widga arriva avec un nombreux cortège, et ranima le courage des chrétiens. Vers ce même temps, Konrad, duc de Mazovie, engagea plusieurs milliers de Prussiens et des Jadzffingues a son service, et combattit avec leur secours Boleslas le Chaste, prince souverain de toute la Pologne ; il tenta de lui arracher le sceptre, lui qui ne savait ni dignement gouverner, ni défendre la principauté qu'il avait reçue en partage.Tous les princes en Europe étaient alors dévorés de la même passion : partout l'envie promettait!» dévastation. Konrad, forcé de faire retraite, ramena avec lui les Prussiens en Mazovie; mais ne les payant point, ils mirent son pays à contribution ; ces contributions furent si onéreuses qtt les habitants se levèrent en niasse et détruisirent, près de Ciéchanowiec, le corps auxiliair e. 900 Prussiens furent tués, 200 furent faits prisonniers et réduits à l'esclavage, le reste s'enfuit en Prusse.
Les croisés, en guerre continuelle avec Swientopetk, demandèrent du secours aux puissances chrétiennes. En 1255, Ottokar II, roi de Bohême, accompagné des margraves de Brandebourg et de Moravie, et de l'évêque d'Olmutz, arriva en Prusse avec des renforts considérables en hommes, laissant les frais d'entretien à la charge des Prussiens. Cette expédition mit fin à l'opposition prussienne, décida les régnicoles à embrasser li foi chrétienne, et força Swientopelk à abandonner ses alliés. La guerre finie, on construisit plusieurs villes et forteresses en l'honneur des illustres auxiliaires : Bransl >erg, en mémoire Brans, évéque de Prague, qui convertissait
tandis que son maître décapitait les gentils; Brandebourg, pour perpétuer la mémoire du margrave Otton, qui assistait le roi de Bohême. Il ne se doutait pas que, dans ces mêmes contrées, un de ses descendants, cinq siècles plus tard, s'érigerait de sa propre volonté, et malgré la volonté des autres, roi de la Prusse.
Les païens ébranlèrent encore! une fois, mais momentanément, la puissance des croisés. Enl2Ci, Mindowe ou Mendog, tour à tour prince et roi de Lilvanie, païen et chrétien, chrétien et païen, fatigué de l'autorité que les croisés exerçaient dans son pays, renia le christianisme, excita à la guerre les Prussiens, les Lettons et les Litvaniens, et se proclama roi de Litvanie et de Prusse. Entre 1263 et 1266, on défit les Jadzwingues, alliés de Mendog; lui-même mourut subitement vers le même temps; les croisés attaquèrent avec des forces nouvelles : il fallut courber la tête. Ici finit pour l'histoire la nation prussienne; elle ne vit plus que de nom : les maîtres du pays, les Teutons, les croisés, prennent leur place. La race primitive est extirpée; ce qui en survit n'est qu'un résidu; la sève fut consommée; la foi chrétienne absorba leur nationalité; les colons allemands dans les villes ont étouffé les campagnards timorés et peu nombreux; le pays s'est repeuplé, mais plus par les Teutons que par les Prussiens.
Les chevaliers Teutons, à peine établis dans la Prusse, envahirent la Samogitie sur les Litvaniens et formèrent des liaisons avec les chevaliers Porte-Glaives de la Livonie, qui se proclamèrent leurs vassaux. Cette possession immédiate de la partie sud-est de la Baltique constitua l'Ordre.et l'enhardit à former le projet de détruire la Pologne et. la Lilvanie. La Mazovie et la Poméranie furent dans ces temps l'objet de leur convoitise. En 1293, ils dévastèrent en partie la première de ces provinces. La Pologne, partagée entre des princes rivaux, ne put tirer vengeance de cette insulte. En 1307, le gouverneur de la Poméranie de Danlzig, Szwenca, se déclara en pleine révolte contre ses maîtres polonais. Les margraves de Brandebourg, qui avaient profilé des désordres de la Pologne, s'introduisent illicitement dans la possession de la Marche brandebourgeoise, appelée «le nos jours le Brandebourg, favorisent la révolte et envoient des remforts en hommes et en { armes. On cerna le château de Danlzig, où se I réfugia, fidèle à ses devoirs, le slaroste Bognsz.
m LA POLOGNE.
La ville, envahie par les Brandebourgeois, menaçait le château el le sommait de se rendre. Le roi Wladislas Lokiétek, à peine revenu de son long exil, ne put seconrir les assiégés ; le fidèle et brave Bogusz conseilla au roi de requérir l'appui des chevaliers qui, redevables à la Pologne de la moitié de la Prusse qu'ils retenaient en entier dans leurs mains, devaient au moins reconnaître l'hospitalité polonaise par la délivrance de la Pomëranie. L'Ordre consentit de répondre ù la réquisition, mais dans un but hostile à la Pologne. D'abord on stipula que tous les frais de la guerre seraient payés d'avance, et ce n'est qu'après avoir satisfait à cette obligation que les Polonais, cernés dans le château, virent s'approcher les chevaliers Teutons. Une vigoureuse sortie de la garnison polonaise força les margraves à qoilter la ville ; on introduisit alors les guerriers de l'Ordre dans le château, dont une moitié était a leur garde et l'autre occupée par les Polonais ; mais, dès que le danger fut passé, on vit arriver en foule les chevaliers, qui s'emparèrent du château, insultèrent la garnison polonaise, et, enhardis par leur nombre, firent prisonnier le gouverneur de la forteresse. Bogusz fut emprisonné, et les chevaliers expédièrent au roi, à Krakovie, un message où ils protestèrent de leur fidélité, et déclarèrent qu'ils délivreraient le gouverneur et remettraient le château, au moment où la somme qu'ils prétendaient leur être due aurait été payée. Mais Wladislas Lokiétek ne se laissa pas fasciner par ces paroles : il savait bien que ce n'était qu'un subterfuge pour gagner du temps, aGn de s'emparer de toute la province avec le nom du roi. Il ne pensa pas que la somme demandée les disposerait à quitter le pays. 11 se souvenait que le duc de Mazovie, Leszek, éiant prisonnier de guerre chez le roi de Bohème, leur engageait une partie de son domaine, la terre de Michalow sur la Drwença, et qu'il ne pouvait la retirer de leurs mains, malgré l'offre d'un remboursement, à gros intérêts, du capital prêté. Pourtant on entra en négociation, et on vit alors plus clairement que les chevaliers ne pensaient nullement se désister de la ville de Dantzig, et même qu'ils projetaient de conquérir toute la province. Ils demandaient des sommes énormes, et, au lieu de continuer les accommodements, ils aimèrent mieux attaquer les garnisons polonaises dans les villes foru-s I -,
résistance des assiégés 'fut inutile ; en vain ot envoya des renforts : la mauvaise foi, les promesses fallacieuses, la promptitude dans l'exécution des projets conçus, déjouèrent la valeor. En 1319, la Poméranie danlzikoise, appartenant aux rois de Pologne, fut incorporée à la Prusse.
Wladislas Lokiétek, en guerre avec Henri «le Glogau, son compétiteur à la couronne de Polo* gne, ne pouvait punir l'insolence de l'Ordre, qui lui proposa, en 1311, dans la conférence de Brzest en Kuïavie, d'acheter la Poméranie avec de l'argent, et l'établissement d'un cloître avec quarante moines, et la reddition du fort Niesiawa avec les bourgades d'Orlow el Murzynow. Le* chevaliers, voyant qu'ils ne pouvaient réussir auprès du roi, s'adressèrent au margrave de Brandebourg pour l'achat de la Poméranie : ils lui envoyèrent une somme d'argent : le margrave accède à la proposition, vend le pays qui n'était pas à lui . Si le forfait des chevaliers semble révoltant, que dire de ces margraves qni légalisaient leur brigandage? Et pourtant, le roi de Prusse, le roi philosophe, Frédéric II, s'appuya de cette vente, pour prouver aux yeux du monde, en 1773, que la Prusse polonaise appartenait depuis ces temps reculés à la maison de Brandebourg ! Les chevaliers, se méBant de leurs droits, suscitèrent des ennemis au roi de Pologne, intriguèrent contre lui auprès du pape Jean XXII, pour qu'il lui refusât le titre de roi. et auprès de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, en l'excitant à faire valoir ses droits à h couronne. Le pape envoya les ordres de restitution aux chevaliers ; mais ils rirent des prétentions du chef de l'Eglise et de ses bulles d'excommunication. La guerre recommença enJBrasdebourg, en Prusse et en Mazovie.
Tandis que Wladislas Lokiétek réparait se* forces ébranlées, les Teutons ravageaient la Grande- Pologne, où ils furent conduits par Vincent de Szamotuly, palatin disgracié de ce pays. Vincent de Szamotuly, voyant tant de malheur», promit de trahir les Teutons comme il avait trahi sa patrie.
Le 27 septembre 1331, le roi des Polonaii remporta une victoire sur les Teutons à Plowcé, et, malgré cette victoire, le roi ne tenta pas de poursuivre l'ennemi qui, l'année suivante, recommença les hostilités. Le roi WladUasetaii vieux, et les longues souffrances avaient af-
faibli son esprit ; il crut à la parole des Teutons et se dirigea en Silésie pour tirer vengeance des dévastations que les Silésiens avaient commises. En agissant ainsi, il satisfaisait une vengeance inutile et laissait reprendre haleine à ceux qu'il pouvait détruire avec profit. Les forces loi manquèrent enfin ; après tant de désastres et de victoires, le roi Wladislas Lokiétek (le Bref) mourut, en adressant à son fils Kasimir le Grand ces paroles : t Garde-toi de rien céder aux che- » valiers Teutons et aux margraves de Brande-
» bourg Plus heureux que ton père, chasse-
i les d'un royaume où la pitié leur avait ouvert
• un asile Rappelle-toi qu'ils se sont souillés
» delà plus noire ingratitude. >
Le vieillard mourut, et Kasimir, soigneux de conserver ce qu'il possédait et de faire fleurir la prospérité de son pays par l'industrie et le commerce, oublia les avertissements de son père, oublia l'avenir du royaume dont la garde lui était confiée; il conclut, en 1334, une trêve avec l'Ordre leutonique,et,enl335, lui céda ses droits sur le pays occupé, en stipulant le retour de la Kuïavie, que les chevaliers, malgré les termes précis du traité, surent retenir jusqu'à 1343. Le pape Benoit XII, voyant que, par l'aliénation d'une province de la Pologne, le revenu du dealer de saint Pierre perçu dans tout le royaume allait diminuer sensiblement, piotesta contre le traité, et ordonna aux chevaliers de se désister de leurs prétentions : mais si le pape avait a cœur le denier de saint Pierre, l'Ordre n'en pensait pas moins à ses bénéfices , et la bulle resta sans résultat. Les nobles Poli nais protestèrent contre la cession de la Pomét anie et des droits sur la Prusse ; ce traité resta donc illégal et sans valeur, car le roi n'avait le droit d'aliéner les provinces du royaume qu'avec le consentement des grands et de la noblesse. Si Kasimir était assez fort pour faire respecter sa volonté, la nation n'en était pas moins libre de garderies souvenirs de sesdroitsimprescritibles. La Pologne commença à renaître, et les Teutons dirigèrent leurs excursions sur le territoire de la Litvanie. Les habitants de ce pays les combattaient sans cesse, mais sans aucun résultat ; car les dissensions intérieures de leurs princes fournissaient des alliés aux Teutons dans ces mêmes princes, dont quelques-uns cherchaient an refuge en Prusse, comme par exemple Witoldeo 1382. Kieystut, père de Witold, ût*entir
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plusieurs fois aux croisés la pesanteur de son bras, et la bataille de Rudawj (17 février 1370), dont les résultats ne penchèrent réellement d'aucun côté, causa cependant des pertes douloureuses a l'Ordre. Les chevaliers, de leur côté, s'avançaient souvent jusqu'à Wilna, dévastaient le pays, emmenaient le peuple et pillaient les trésors. Ils regardaient la Samogilie comme leur propriété : sujet de guerres continuelles, mais nécessaire à l'Ordre pour ses communications aveclaLivonie. L'Allemagne alimentait les rangs des chevaliers* ses enfants accouraient en Prusse pour combattre les ennemis de la foi, qui ne haïssaient pas tant la religion chrétienne que ses cruels propagateurs.
La trêve dont jouit la Pologne sous le règne de Kasimir le Grand, qui vécut en bonne intelligence avec les chevaliers, et qui visita même par curiosité leur capitale Malborg (Marienbourg) en 1369, se prolongea sous le règne de son successeur Louis d'Anjou, roi de Hongrie et de Pologne. Mais la fille de celui-ci, la belle et bienfaisaute Hedwige, héritant en 1385 du trône de Pologne, contracta un mariage avec Jagellon, prince païen de la Litvanie,qui, en vertu de la condition de ce mariage, se convertit à la religion chrétienne avec sa famille et sa nation. La Lîlvanie devint dès lors chrétienne, et joignit ses forces à celles de la Pologne pour combattre les chevaliers Teutons; et par suite de cette conversion, ces derniers durent renoncer à leur esprit de conquête.
Un acte de mariage fit donc plus que ne firent toutes les cruautés exercées en Litvanie par les Teutons. Celte union de forces convenait si peu à l'Ordre que Conrad Zolner, son grand-mattre, missionnaire chrétien, refusade tenir sur lesfonis de baptême Jagellon, qui prit depuis ce temps le nom de Wladislas. En 1386, le grand-maltre s'aventura dans la Litvanie pour exciter et soutenir dans la révolte André Wigund, prince de Trubeçk, frère de Jagellon. On voulut arracher la Litvanie a ce dernier pour en faire un Etat à part, et rompre ainsi à jamais les liens qui commençaient à l'unir à la Pologne. Les volontaires polonais coururent en Litvanie , et réunis aux régnicoles sous le commandement de Skirgello et de Witold, cousin de Jagellon , parvinrent à chasser les chevaliers et à vaincre les princes vassaux rebelles. Mais, en 1392, Witold, offensé que Jagellon confiât le gouvernement de (a Lilva-
nie non pas à lai, mais à son frère Skirgello, se rendit chez les Tentons et dévasta avec eux son propre pays. Mais bientôt, convaincu de la mauvaise foi de l'Ordre, il le quitta, obtint le duché de la part de Jagellon, et, d'accord avec lui, chassa ses alliés de son pays. Jagellon, après cette guerre, revint en Pologne , travailla à extirper Jcs abus qui s'étaient introduits sous le règne du nonchalant Louis, et demanda à Ladislas,duc d'Opole, la restitution après sa mort de la terre de Dobrzyn et deWielun, qu'il tenait en vasselage. Wladi^las chercha un subterfuge et engagea la terre de Dobrzyn à l'Ordre, qui ne demandait pas mieux que d'avoir un prétexte pour la guerre. Ce fut la vertueuse Hedwige qui empêcha la collision ; elle conseilla an roi une transaction, et elle dit aux envoyés des chevaliers : « Vous
* êtes si avares, que vous trahissez non-seule- » ment votre roi, mais votre Dieu, pour assouvir
> votre avarice. Vous jurâtes de garder foi et
* obéissance aux rois de Pologne, comme à vos » seigneurs et bienfaiteurs, qui vous défendaient » souvent contre les païens, et vous avez trahi » votre parole; vous vous dites chrétiens, et » vous gaspillez le bien du pauvre comme des
> brigands. Allez , dit-elle en finissant , moi je
> puis décider le roi à abandonner la guerre, car
> je ne veux pas que le sang chrétien soit ré- » pondu par les chrétiens; mais vous verre»,
> après ma mort, une juste punition suivre vos
> procédés indignes. » Et les paroles de celte sainte femme s'accomplirent.
En 1402, la guerre recommença : Skirgello, dépossédé du grand-duché en faveur de Wilold, excita les chevaliers, comme l'avait fait dix ans auparavant le même Wilold, froissé dans son ambition. Cette guerre finit en 1404 par un traité où la restitution de la terre de Dobrzyn à la Pologne fut stipulée moyennant 50,000 florins. La Samogitie resta en possession de l'Ordre. Le roi convoqua la diète (novembre 1404), et l'impôt demandé pour le rachat de la terre de Dobrzyn fat accordé; mais les Teutons retardaient la restitution et inquiétaient la Litvanie. En 1408, Wladislas-Jagellon envoya de Pologne en Litvanie un grand renfort en blé, car la disette y décimait le peuple. Les chevaliers s'emparèrent du transport et tuèrent les conducteurs à Ragneta, ville frontière. Wilold, pour venger ce brigandage, occupa la Samogitie. Les chevaliers, sans répoodre au sujet du blé confisqué, firent demander au roi de Pologne s'il voulait abandonner
Witold à son tort, ou bien faire la guerre pour
lui. Jagellon ne pouvait délaisser son frère, etea même temps ne voulait pas déclarer la guerre; il envoya donc à l'Ordre l'archevêque de Gnèzoe, Nicolas Kurowski, comme médiateur. Le grandmatlre de l'Ordre, Ulric de Jungingen, reçut le messager avec arrogance, et le menaça de U guerre. Kurowski, piqué au vif par ses paroles, lui riposta avec courage : * Contenez- vous, loi
> dit-il, et ne pensez pas qu'on puisse effrayer » les Polonais avec la guerre ; sachez qu'en éteni dant votre glaive sur la Litvanie, vous verrej » nos sabres dans votre propre pays. — le sais » très-satisfait de l'apprendre, dit le moine fon- » gueux ; vous me le dites de la part du roi, » J'aime mieux la tête que les pieds ; je préfère la » terre fertile de la Pologne aux landes de la Lit- » vanie; j'aime mieux un pays riche que les repaires
> de la misère. > Kl l'action suivit ses paroles ; il envoya ses troupes pour dévaster U Pologne; Dobrzyn , Rypin, Lipniki , Bobrowniki , Zlotorya devinrent sa proie. Ce n'est qu'à Bromberg qu'il trouva de la résistance, et l'hiver le força de demander une trêve, quoique les Polonais n'ensseDt pas encore bougé de leurs quartiers. Pourtant Jagellon, malgré les bons offices du roi de Bohême, qui ne demandait, pour faciliter la conclusion de la paix, que la reddition entre ses nuis* de la terre de Dobrzyn, préparait ses moyens, conférait avec Witold dans 1a forêt de Bialowiez, oùl'ou faisait une grande chasse pour approvisionner en gibier l'office du roi, qui devait entrer ca campagne. Sigismond, roi de Hongrie, s'efforçait de détacher Wilold de la cause de Jagellon, co lui faisant entrevoir le couronne royale de Litvanie. Cette fois Wilold resta sourd aux insinuations de l'étranger. Enfin les armées belligérantes se rencontrèrent entre Tanenberg et Grunewald (juillet 1410), et les Teutons furent écrasés.
La paix de Thorn en 1411 mit trêve à la guerre; mais en 1414 il fallut la recommencer. Les chevaliers, forcés à la paix, ne cessèrent d'appuyer les prétentions de Swidrygello enLilvanie, et l'excitaient à la révolte contre le roi <k Pologne ; mais leur puissance faiblissait de jour en jour : leur mission avait fini par l'introdociion du christianisme en Litvanie par les Polonais, et la bataille de Grunewald épuisa leurs ressources pour longtemps. L'intrigue seule resta comme moyen agressif et défensif. En 1422, ils font an traité a Mielno avec la Litvanie. En 1451, p»r appuyer les manœuvres de Swidrygello, il» dé-
vastent la Euïavie; mais voyant la défaite de ce prince, ils s'empressent de conclure la paix avec la Pologne, en 1436, à Brzcst en Kuïavie. Depuis celle époque l'Ordre tombe en décadence : il ne reçoit plus de renforts en hommes de l'Allemagne, car il n'a plus de pays à conquérir; la fainéantise s'acclimate dans son sein, jadis si actif; les abus des grands-maîtres envers leurs subalternes, les exactions et les violences de ceux-ci exercées sur leurs inférieurs et contre les habitants des villes, amènent, nous ue dirons pas la ûo de l'Ordre en Prusse, car la somnolence du roi Kasimir IV y mit obstacle, mais son affaiblissement et son vasselage envers la* couronne de Pologne. Reprenons le Gl de l'histoire; voyons grossir les mécontentements, et racontons l'organisation et l'action d'une société sortie du sein de l'Ordre, et qui décida son affaiblissement et sa destruction.
On connaît les sociétés, les confréries qui se formaient dans ces temps en Allemagne, sous des titres divers, ayant pour but la défense de l'honneur et des mœurs. En 1397, le 21 septembre, quatre puissants chevaliers de l'Ordre teutoniqoe, possesseurs de biens dans le voisinage de la ville de Rarizyn (Reden), formèrent la Société des Uzardi : ce furent deux frères, Nicolas et Jean de Rymk.et Frédéric et Nicolas de Kitnow, frères saisi. Leur profession de foi ne contient rien d'ostensiblement hostile à l'Ordre : ils se promettent appui et fraternité dans tous les cas, l'assurance des possessions et des secours mutuels, la défense de la vie et le sceau du secret, enfin la solution, par voie d'accommodement dans le sein de la Société, des différends qui pourraient surgir entre les associés. Voilà le but patent; le reste est demeuré secret. D'abord on n'acceptait de nouveaux membres que de ceux de l'Ordre ; plus tard les notables de villes, les ■«ires, furent aocoeillis; mais l'unanimité était nécessaire pour l'admission. Les grands-maîtres connaissaient l'existence de la confrérie, autorisent ses pratiques, et même accordaient des subsides. Une affaire d'argent, dans la pénurie où te trouvait l'Ordre, occasionna en 1414 les premières collisions entre le grand-maître et la confrérie. Un membre de la Société voulut remplacer legrand-maltre, et même l'empoisonner, s'il le fal- ™t. pour y réussir : le complot découvert, on saisit le» coupables, on leur trancha la tête ; quelques- ■as s'enfuirent auprès du roi de Pologne, et en tant bien accueillis. Depuis ce temps (1412),
la confrérie s'efface dans l'histoire du pays, mais son activité ténébreuse perce à travers les nuages qui l'enveloppent. Les terres de Radzyn, de Chelmno (Culm) et de Torun (Thorn), pépinières de la confrérie, donnent en 1433 le premier signal des hostilités contre l'Ordre teutonique, et concourent à la formation de la ligne prussienne on 1459-1440, pour s'opposer aux excès dos chevaliers. Jean Cregemberski, chef de la force armée de la terre de Cuira, moteur de la ligue, parla ainsi, comme orateur de la confrérie de l'Ordre, au grand-maltre : t Les districts et les
> villes liguées ont décidé de chercher, par la fon-
• dation de la ligue, à garantir leurs franchises, » leurs droits et leurs biens. » Ce même Czegemberski apparaît, en 1451, sur la liste de la confrérie.La ligue et la confrérie agissaient séparément, mais leurs buts les rapprochaient : ils avaient eu vue l'amélioration de l'état du pays par une réforme salutaire. La confrérie avait quelque espérance que la réforme nécessaire pouvait s'opérer par l'Ordre lui-même ; la ligue en doutait: voilà la différence qui paralysa leurs efforts jusqu'en 1448. En 1450, Jost Weuingen arriva d'Allemagne pour l'élection dn grand-maltre, et dit aux anciens de l'Ordre : t C'est par le glaive, et non » par la négociation, que vous serex forcés d'amener à l'obéissance les révoltés. Toute l'AUeroa-
■ gne vous soutiendra, le pape vous prêtera son
• appui. Quant à moi, je saurai défendre digne-
■ ment l'honneur et les droits de l'Ordre auprès
■ du pape et de l'empereur. Mais vous, grand» » maître, saihez gouverner le pays sans indulgence
• coupable. > Cette menace ne servit qu'à consolider la ligue et à la rapprocher de la confrérie. En 1451, le pape envoya un légat pour apaiser la révolte. Les bourgeois et la noblesse ne voulurent pas même l'écouter; on loi dit: «Le légat est
• l'évèque de Silves (en Portugal), où les raisins » et les figues poussent abondamment ; il y a là
> des hommes qui fêtent trois jours différents dans » la semaine, c'est-à-dire il y a des chrétiens, des
• Juifs et des païens (ils parlaient probablement
> des Maures) : pourquoi ne s'occupe-t-il pas de
• leur conversion ? Il n'est pas nécessaire ici :
• nous sommes tous de bons chrétiens. iCes paroles moqueuses et insolentes à la fois nous montrent que la ligue possédait des gens d'un sens exquis, et que sa force pouvait braver la puissance papale. Pourtant on négocia encore avec le grand-maltre; on le suppliait d'avoir égard à ta misère du pays, aux sacrifices qu'on avait faits autre-
fois pour l'Ordre. L'autorité, comme toujours et partout ailleurs, répondit par des menaces et par des punitions. Alors (en 1432) la Société des Lézards se décida à envoyer des missionnaires au roi de Pologne pour invoquer sa protection. Le roi la promit, et la confrérie commença à parler haut dans la ville dcThorn. • Us ne veulent plus,
• dit un komtur (officier de l'Ordre) dans son rap-
• port au grand-maître, ils ne veulent plus s'apa peler les alliés de notre Ordre; ils s'appellent » maîtres de Thorn. Georges Berge joue un grand
• rôle dans cette ville, fait atteler des chevaux
• à son carrosse comme un souverain, porte des
> plumes d'autruche, des bottes blanches, des vê- » tements de pourpre avec hermine. Dieu veuille
• que son ambition ne dure pas longtemps!
> M. Tylleman Wege, son conseiller, a donné des
• ordres pour que personne ne hante ceux qui sont
• sortis de la ligue; qu'on les regarde tous comme
• des parjures; qu'on ne reçoive même leurs
• gens au service des particuliers, et qu'on méconnaisse leurs armes et leurs lettres. » Pour obvier à tous les obstacles, la ligue envoya ses députés à l'empereur pour lui représenter ses doléances sur l'état du pays ; de l'autre côté, la confrérie sondait la Pologne pour savoir si elle pouvait, en cas de danger, compter sur l'assistance des Polonais. A Krakovie , on leur fit les plus belles promesses ; à Vieune, on les congédia jusqu'à l'année suivante ; mais on les accueillit avec une attention remarquable , et même avec une préférence marquée, sur les envoyés de l'Ordre. En 1453, on négocia avec le grand-maître, mais vainement. En août même année, on établit un conseil de direction; ce conseil n'était composé que de membres de la confrérie : la ligue n'entrait dans l'action que par consultation. On commença à s'armer des deux côtés : la confrérie engageait des hommes ; l'Ordre approvisionnait et fortifiait les places. A la fin de 1453, Jean Bayzen, chef de la confrérie, ancien confident du grand-maître, arriva à Krakovie et demanda au roi de prendre la Prusse sous sa protection. Un conseil fui tenu chez le roi ; la noblesse, le clergé, l'université, opinèrent pour que la Prusse fût prise sous la protection royale, et Jean Bayzen repartit avec le consentement du roi, donné pourtant non sans quelque répugnance, parce que l'Ordre leulonique, de son côté, offrait au roi Kasimir 1 V de grands avantages, et l'empereur, qui donnait sa fille en mariage au roi, était opposé à l'union de la Prusse
avec la Pologne. Malgré ces obstacles, il fallut accepter, car la naiion désirait ressaisir son patrimoine, et les prières de la bourgeoisie prussienne étaient pressantes : la ligue, en cas de refus, voulait s'offrir aux rois de Hongrie et de Bohême ; une autre partie inclinait en faveur du roi de Danemark. Cette concurrence influn beaucoup sur la décision du roi, et lui servit d'excuse auprès de l'empereur.
t Sire, disait Bayzen, vous savez tout ce que nous avons eu à souffrir dans les années écoulées, nous et nos ancêtres, des odieux et révoltants procédés du grand-maître et de l'Ordre. Pourtant, nous croyons devoir énumérer quelques circonstances pour mieux démontrer la justice de nos plaintes. D'abord le grandmaître avec son Ordre, inconstant et pervers, a envahi traîtreusement et criminellement la Poméranie polonaise. Plus tard, méconnaissant le traité concluavec le roi Kasimir, pour assouvir son avarice, ne rêvant que la conquête des terres de Pologne, il s'empara de la terre de Dobrzyn et de la Kuïavie. Mais vaincu par ton père (Wladislas Jagellon ), il quitta ce pays et ses villes dévastées à moitié. Ton père remit à l'Ordre ses terres et ses châteaux, et l'obligea dans k ebateau de Nieszawa de lui payer 100 nulle marcs d'argent (5 millions de francs). Bientôt l'Ordre mentit à sa parole, se souleva contre son souverain et fut de nouveau forcé de lai jurer fidélité. Depuis, l'Ordre trama des liaisons avec Boleslas Swidrygayllo, ennemi de l'État et de son père, et profitant de la guerre civile, il a dévasté la terre de Dobrzyn et la Kuïavie. Enfin, voyant ses possessions dévastées, il reconnut ta , puissance, lenormité de ses crimes et le pouvoir du Dieu punissant le parjure : mais ce quatrième traité aurait été sans doute violé par lui, si nous n'y avions rois obstacle.
> On voit encore des traces des perles que nous essuyâmes pendant la guerre avec le royaume de Pologne; on peut compter les familles, le» enfants, les amis qui perdirent dans ces calamités les plus chers objets de leur cœur. On se souviept encore des outrages qu'ont subis nos femmes et nos filles. Mais toutes ces pertes ae nous affligent pas autant que la mauvaise foi avec laquelle on foulait aux pieds les traités conclus sous la foi de la parole la plus sacrée, et les violences par lesquelles ou nous force à contribuer aux guerres que nous délestions dans le
fond de nos consciences. Nous étions forcés d'exposer nos vies, et le grand-maltre ne se souciait nullement de notre salut ni ne nous convoquait à son conseil : enfermés dans leurs châteaux, les chevaliers ne méditaient que notre perte. Parmi tant de malheurs, l'ennemi intérieur était pire que celui du dehors. Les commandants des châteaux, sans autre forme de procès, sans raison quelconque, uniquement pour assouvir leurs passions brutales, emmenaient nos femmes et nos filles dans leurs repaires, et nos plaintes furent suivies de la dévastation de nos biens. Opprimés que nous étions, nous avons formé une ligne,' une alliance, pour notre propre défense. Les deux grands-maîtres Paul cl Ronrad ont toléré, et même permis notre union, comme un moyen pour obtenir justice. Mais le grand-maltre actuel, Louis voulait la dissoudre : nous en appelâmes à l'empereur; mais justice nous a été refusée. Nous étions condamnés à nous dissoudre et à payer 600,000 florins ; cet arrêt nous rendit serfs de l'Ordre. Après la prise de cette décision, on nous menaça des vengeances ; et même les procureurs du grand-maltre ont condamné trois cents des nôtres à la peine de mort. Cette injuste décision de l'empereur nous força à prendre les armes: parce que ce n'est pas aux hommes, mais aax femmes de souffrir un pareil esclavage. La miséricorde de Dieu nous a secourus : dans une vingtaine de jours plus de vingt places fortes furent prises. Le nouveau et levieuxThorn, Danlzig, Elbiag, Grudziondz, Elzbung, Golub, Kowalé, Gniéw.Swiécé, Papow.Juchol, Holland, Koenigsberg, Radzyn, Nidburg, Brandeburg.Prusmork, Morak, Brodniça, Chelm, Dzialdow, Ostcroda, Braciany sont dans nos mains. Sire, le monde le sait, et le grand-maltre lui-même dit dans ses lettres que vous êtes son unique protecteur et défenseur légitime ; les terres de la Poméranie, de Culm et de Michalow furent jadis détachées de votre royaume : nous venons, 6 trèsgracieux roi, vous supplier de nous prendre à tout jamais pour vos fidèles et dévoués sujets. Ne nous repoussez pas, nous jadis arrachés à Totre royaume et revenant aujourd'hui spontanément sous votre puissance. Nous venons nous soumettre à votre pouvoir ; nous implorons votre protection : nous vous livrons nos villes, nos terres, nos cités, nos châteaux et places fortes. Sire, il ne manque que votre acceptation pour nous mettre sous votre protection ; écoutez nos Prières, et les prières de ceux qui nous ont
envoyés à vous. Si vons nous acceptez, nous votts appartiendrons; si vous nous repoussez, nous allons tomber devant nos ennemis. Vous ferez bientôt la conquête des châteaux qu'ils gardent; et vous régnerez depuis la mer de la Livonie jusqu'à la mer Occidentale (la Baltique). Ni l'alliance, ni le serment (dont nous-mêmes nous sommes liés), ne doit vous arrêter; le grandmaître le violait envers nous en massacrant les habitants de Tczewo ; il le violait en s'associant avec vos ennemis en Litvanie. Les chevaliers n'ont pas eu honte d'empiéter sur vos terres ; les papes, reconnaissant vos possessions, ordonnaient qu'elles furent rendues; ont-ils obéi aux commandements du pontife?
• Peut-être jugerez-vous notre pays indigne d'appartenir h votre royaume. Vous avez des droits sur nos terres ; le denier de saint Pierre y reste comme témoignage de votre pouvoir; ce denier, destiné en offrande aux saints apôtres, parle cloquemment en votre faveur. Sire, que nos larmes, que les larmes de ceux qui attendent votre décision touchent votre cœur, et raniment nos espérances. »
A ces mots, les députés prussiens tombèrent à genoux en signe d'obéissance, et le roi prit leur pays sous sa protection.
Ainsi s'opéra l'union de la Prusse avec la Pologne; mais ce n'est qu'après quatorze ans de guerre, qu'une partie de cette Prusse entra dans la possession polonaise. L'indolence du roi, le manque des fonds, les intrigues des empereurs d'Allemagne, prolongèrent cet état si funeste aux habitants. Cette guerre finit par la paix de Thorn en 1466 (voyez vol. II, pages 123— 12(>), et la Pologne n'obtint que l'ancienne Poméranie Dantzikoise, la Prusse sur le Nogat et la Wistule, l'évêché de Warmie, et l'ancienne terre de Culm. On forma trois palatinats de Dantzig, de Malborg et de Culm, qui se résume encore de nos jours sous le nom de la Prusse occidentale, autrefois dite royale. Mais ce n'est pas la lin des combats que la Pologne eut à soutenir dans ce pays contre la perfidie de l'Ordre et de ses successeurs. Nous allons raconter brièvement les événements les plus importants qui concernent l'histoire polonaise.
La fidélité de l'Ordre ne dura pas longtemps : poussé par l'empereur d'Allemagne, il suscitait à la Pologne des guerres continuelles. La Moskovie, délivrée depuis peu (en 1477) du joug tatar, tourna ses armes (en 1479) contre la
Pologne, et combina ses projets avec les grandsmallres teaioniques. Plus tard, Frédéric, duc de Saxe (1498-1511), invité à prêter hommage au roi de Pologne, refusa de le faire, et *c rendit en Aile magne pour éviter une explication formelle. On voulut déclarer la guerre au vassal révolté, mais la mort subite du roi Jean Albert empêcha l'exécution de ce projet. On négocia à Posen, on négocia à Thorn (en 1510) ; l'empereur s'empressa d'interposer ses bons offices en faveur de l'Ordre, mais il ne put parvenir cette fois à tromper les Polonais, quoique leur mansuétude donnât trop de temps au repentir des chevaliers. En 1512, l'empereur, voyant qu'il ne pouvait dominer en Pologne, ni par ses conseils, ni par la femme qu'il voulait donner au roi, jeta le masque, s'unit avec le grand-duc de Moskovie et excitait les chevaliers à la révolte. Albert, le grand-maitre, refusait l'hommage dû et invoquait l'intervention de la diète d'Allemagne, pour juger entre lui et le roi de Pologne, Sigismond 1er, son oncle. La Moskovie rompit la paix, et commença les hostilités en Lilvanie. La bataille d'Orsza, gagnée par les Polonais sur les Moskoviies en 1514, décida l'Ordre à expédier an roi de Pologne unedéputation à Wilna pour le féliciter. Sigismond, connaissant bien ses trames, donna une réponse presque dans les mêmes termes que celle fuite par Napoléon, après la bataille d'Àusterlitz, à l'ambassadeur prussien : < J'accepte yos félicitations dans le sens que vous me les fuites. » Il parait que la maison régnante de Prusse Suit les bonnes traditions de ses devanciers... En 1519, les Tatars envahirent et dévastèrent le midi de la Pologne ; la bataille de Sokal tourna à leur Avantage ; Yassili, grand-duc de Moskovie, allié des Tatars, qui guerroyait et incendiait les villages en Lilvanie, s'approchait vers la capitale : ce moment fâcheux fut choisi par le grand-maltre de l'Ordre pour attaquer la Pologne dans le nord de ses possessions. Il fallut un grand courage pour tenir tête à tant d'agresseurs àja fois : le roi Sigismond eut ce courage,et il triompha de ses ennemis. La campagne Contre l'Ordre teutonique s'ouvrit en 1520. Nicolas Firlcy, grand -général , débuta par la prise de plusieurs villes et châteaux; le sort des armes rendit le grand-maltre plus raisonnable et le décida à demander une négociation. Le pape et les princes d'Allemagne vinrent lui offrir leurs bons offices ; quelques renforts en hommes, venus par la mer, enhardirent l'Ordre à recom-
mencer les hostilités, et le roi de Pologne en fut pour son bon vouloir. La victoire celle fois encore couronna les efforts des Polonais, la famine et le glaive détruisirent les alliés d'Allemagne : le grand-maltre implora la clémence du roi son oncle, qu'il combattait tout à l'heure impunément. L'empereur sollicita pour lui, et une trêve de quatre ans lui fut accordée en 1521. Quatre ans plus tard, à l'expiraiion de la trêve, en 152-i, Albert, grand-maltre de l'Ordre, jeu l'habit de moine, se fit luthérien et épousa une femme qu'il aimait éperdûment. L'empereur et le pape tressaillirent décolère contre leur ancien protégé; mais le roi de Pologne, pour s'assurer sa fidélité, pour l'obliger par la reconnaissance, le couvrit de sa toute-puissance, et dit aux ennemis du duc de Prusse, vassal de la Pologne : < Que personne ne lui fasse tort, je suis roi de Pologne, son maître; quiconque le touche me blesse.» Les puissants du jour se lurent à ces paroles, et le 10 avril 1525, on vil, duus la cilé de Krakovie, sur la grande place carrée, le roi Sigismond 1er, assis sur le trône, donner un étendard a Albert, duc de Prusse ou de Krolewiec (Kœnigsberg), agenouillé sur le marche-pied. L'étendard était orné d'une aigle noire portant Une couronne au* tour du cou, et la lettre S sur la poitrine, arme* de la Prusse. Le prince jura fidélité pour lui et ses héritiers. 11 a tenu sa parole, lui, et oi^nie ses descendants... Mais malheureusement l'héritage fut assuré même à ses frères, ducs de Franconie, et passa de leurs mains dans la maison de Brandebourg. Le roi Sigismond croyait, parcelle érection d'un duché Jde Prusse, la détacher de ses relations avec l'Allemagne, la religion réformée et l'intérêt de la nouvelle dynastie lui faisaient prévoir ces conséquences; mais lu même profession de foi fut adoptée par l'Allemagne du nord; la maison desmargravesde Brandebourg, électeurs de l'empire, devenue héritière d'Albert, comprima la Pologne de l'ouest entre la Marche de Brandebourg du nord et le duché de Prusse,el, avec l'aide de ses co-envahisseurs, se traça une ligne de communication qui prolonge ses EiaU depuis le Niémen jusqu'au Bhin. Celle ligne fui parcourue par Napoléon, qui arriva de France en Pologne sans quitter pour ainsi dire les Etats de Sa Majesté prussienne; malheureusement il négligea de rétablir l'ancien état des choses. Mjis revenons à l'histoire.
i Les chevaliers, dit Frédéric le Grand dans » ses Mémoires pour servir à l'histoire de la tnaison
• de Brandebourg, se conduisirent comme font les
• plus faillies : ils se contentèrent de protester > contre ce r|ti'ils ne pouvaient pas empêcher, i Ils transférèrent leur résidence en Francooie, dons la ville de Morgenllieim (dans le royaume de Wurtemberg), et molestèrent à plusieurs reprises la Pologne de leurs réclamations ; mais ce fut en vain : ils projetèrent des expéditions en Prusse (en 1554-1563); ils excitèrent la ville de Dantzig à la révolte (en 1566); mais, découvertes à temps, ces menées restèrent sans aucun résultat.
Les descendants d'Albert prêtèrent, à leur avènement au duché, l'hommage ordinaire de \asselage aux rois de Pologne. Ils prétendirent aux droits de siéger dans le sénat et de concourir aux élections des rois. Ces droits leur furent niés et refusés, et il y eut à cet égard des contestations à main armée. La religion réformée gagnait ch ique jour plus de terrain en Prusse; les villes polonaise* de celte province, ayant embrasse la doctrine nouvelle, poursuivaient les prêtres catholiques et pillaient leurs églises. Les rois de Pologne furent forcés de sévir contre ce débordement : Sigismoud Ier punit sévèrement la ville de Dantzig qui se révoltait sans cesse; la cupidité en fut le motif principal. Etienne Balory, à son avènement au trône de Pologne.se vit dans la nécessite d'assiéger cette ville et de la battre en bièche. Une forte amende pécuniaire fut imposée aux habitants. (Voyez tome II, page 105.)
L'an 1618, la maison de Brandebourg entra en possession «le la Prusse ducale. On en conféra solennellement le titre à Warsoviepar la remise d'un étendard, apiès la foi jurée par Jean-Sigistnond, gendre d'Albert. Les trois frères de celuici, Ernest, Christien et Jean-Georges assistèrent à la cérémonie, et chacun d'eux louchait l'étendard en signe d'héritage et de fidélité. A Jean- Sigismond succéda, en 1619, Georges-Guillaume ton Gis ; il fut faible et traître dans sa conduite. U Suède tombait alors de tout son poids sur la Pologoe : le duc ne voulut pas repousser les Suédois, et n'osa pas se déclarer contre le roi de Pologne; il fit semblant de résister au roi de Soède, et lui ménagea les moyens de s'établir
dans lu p
russe tant <h
icale que royale. Quand
l'armée suédoise débarqua à Pilawa (en 1626), le commandant de cette place lira du canon avec de la poudre sans boulet : ce fut plutôt un salut qu'une résistance. Pour prix de cette bravoure, •a Prusse fut dévastée par les soldats de Gustave- Tome m.
Adolphe.— En 1632, lors de l'élection dcVladislas IV, l'électeur de Brandebourg vint réclamer lesj)réiendiis droits des ducs de Prusse; on les repoussa comme d'ordioaire^ton reprocha à l'élecleur son indigne conduite, sa lâche résistance et ses menées occultes avec les Suédois. Les envoyés de l'électeur sentirent la justice de ces reproches, se turent, et prêtèrent, l'année suivante, après le couronnement du roi, le serment de fidélité. Us persuadèrent à leur prince qu'on ne pouvait plus duper les Polonais ; le duc partagea leur opinion, et n'attendit que le moment propice pour rompre avec la république de Pologne, et conquérir par fat et nefat la souveraineté. Celle occasion ne se présenta point sous le règne de Wladislas IV (1652-1648). Mais la crise qui s'accomplit sous le règne malheureux de Jean» Rasimir jeta les premiers fondements de la puissance du royaume actuel de Prusse.
L'année 1655, les Suédois envahirent la Pologne au nord-ouest, tandis que les Moskovites la tourmentaient à l'est : la Grande-Pologne, la Prusse et la Lilvanic furent à la fois infestées par les ennemis. La Prusse polonaise ou royale tint bon, et ne voulut même pas conûer sa garde aux soldats du duc de Prusse, qui se présentait comme ami de la Pologne, et qu'on soupçonnait de connivence avec les Suédois. Bientôt la réalité justifia les méfiances des Prussiens- Polonais. L'électeur de Brandebourg, Frédéric- Guillaume, après quelques escarmouches insignifiantes, s'allia, par le traité de Kœnigsberg (1656), avec le roi de Suède, Charles-Gustave, contre la Pologne, et obtint de lui la Warmie et la ville de Brunsberg, toutes deux faisant partie de la Prusse polonaise. La guerre embrasa toute la Pologne; Dantzig et d'autres villes résistèrent bravement aux ordres et aux menaces des adversaires de la couronne. Un nouveau traité fut conclu dans la même année, à Marienbourg, entre le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg. Par ce traité, l'électeur acquérait la Grande-Pologne, c'est-à-dire les palatinats de Posen, de Kalisz, Lenczyça, Siéradz et la terre de Wiélun. C'était le prix de sa félonie. Il joignit ses soldats à l'armée suédoise, et combattit les Polonais près de Warsovie. La victoire resta a l'agresseur et au parjure. Le roi de Suède, voulant plus fortement attacher à sa cause l'électeur, accorda, par le traité de Labiau, l'indépendance à sa possession prussienne, et leva le vasselage du duché envers la couronne de Pologne,
donl il se croyait déjà possesseur. Mais bientôt on coup de fortnne rétablit un peu les affaires de In Pologne : l'électeur tourna ses armes contre son allié, chassa de Posen les soldats de celui-ci, et conclut en 1657 un traité d'alliance offensive et défensive avec la Pologne, parce qu'il lui promit six mille hommes contre les Suédois, en échange de la levée d'hommage envers sa couronne et pour son duché de Prusse. Dans cette douloureuse situation on lui accorda tout : l'indépendance, l'héritage vassal dans la ligne de Franconie, les districts de Lawenbourg et de Buiow, dans le palalinat de Poméranie, en fief lige. On lui engagea la ville d'Elbing pour la somme de 400,000 thalers, et la staroslie de Draliim pour 120,000 thalers. Le traité de Welan et de Bydgnszcz confirmèrent ces pernicieuses stipulations : le jésuitisme poussait le roi à toutes ces folies, l'astuce de l'ennemi profita de tous ses désastres. Pour prix de tant de sacrifices, la Prusse polonaise fut délivrée det Suédois, et respira librement après tant de violences.
•Depuis cette époque, les grands débats, les sanglantes collisions cessent temporairement entre la Pologne et la Prusse ducale. Celle-ci devient royaume de Prusse,en 1700, sous Frédéric III, en vertu d'un accommodement entre l'électeur de Brandebourg et l'empereur d'Allemagne. Le roi de Prusse promit foi et amitié a la république de Pologne, garantit l'intégrité de son territoire, et en 1772 envahit la Prusse polonaise (excepté les tilles de Dantzig et deThorn), et l'incorpora dans •On royaume. La perfidie alla plus loin : en 4793, la Grande-Pologne devint la proie de l'avide allié, qui ne cessa de protester de son désintéressement, et de pousser les Polonais à des réformes salutaires, en Rengageant à servir la république de ses armées et de sa personne.
En 1795,1a Mazovie et un district de la Petite- Pologne (Czenstochowa) vinrent augmenter les possessions du roi de Prusse : cette partie de la Pologne reçut le titre de Prusse méridionale, et fut connue, dans le monde diplomatique, sous Ce nom bâtard jusqu'en 180G. Dantzig et Thorn furent envahies dès l'an 1795. La paix de Tilsit. en 1807, changea la Prusse méridionale en grandduché de Varsovie. Dantzig devint ville libre ; mais la Prusse proprement dite, la Prusse ancienne et la Poméranie dantzikoise restèrent à la maison de Brandebourg. Les événements de 181» conservèrent le statu quo, quant à la Prusse royale. Uue portion de la Grande-Pologne, déta-
chée du grand-duché de Varsovie, fut baptisée dn nom de duché de Posen, et forme de nos joors une province de la couronne actuelle de Prusse.
Tristes vicissitudes humaines I... mais l'avenir est gros d'événements
Ijx Prusse occidentale et orientale compte aujourd'hui 2,026,927 habitants sur 1178 milles carrés géographiques. Elle offre actuellement un aspect assez satisfaisant sous le rapport matériel.... les manufactures, l'agriculture et le commerce vivifient ce pays ; mais la liberté
politique n'y existe point La population
se compose d'Allemands dans les villes, de Polonais et de Litvaniens dans les campagnes. Les Polonais occupent le pays frontière du soi* disant royaume do Pologne ; les Litvaniens, celle du palatinat d'Augnslowo et du gouvernement de Wilna, la régence de Gombin; dans le reste du territoire, comme dans les mannfacturcs elles fabriques, la population est mixte : toutes les races s'y rencontrent. La distinction religieuse est la seule marque de nationalité qu'il est permis aux habitants de faire reconnaître: les Polonais et les Litvaniens sont et restent catholiques, et appellent, avec une sorte de méprisses autres habitants luthériens. Les catholiques ost accueilli à bras ouverts les Polonais qui sont venus se réfugier en 1851dans la Prusse, et dirent avec tristesse : cO nos bons frères, pourquoi i avez-vous déposé les armes? nous vous atlen- • dions armés pour nous débarrasser de ce roi i de Prusse et de son fisc ! »
Abordons maintenant l'histoire et la description de la ville de Malborg.
MALBORG.
Murienburg en allemand. Celte ville est située sur la rive droite du Nogat, à huit lieues sud-e»t de Dantzig. Sa fondation date de 1302. Les chevaliers, en s'emparant du territoire prussien, y bâtirent un château fort dans le style gothique. C'est la plus ancienne des fondations de l'Ordre teutonique ; elle précède de beaucoup la fondalion de la ville elle-même : on la reporte à 12** Ce château est partagé en deux grands bâtiments également endommagés par le temps- La partie du château qui touche à l'église de Sainte- Marie est méconnaissable, à cause des ravages des guéries que la ville a endurées; on a transforme celle partie en une sorte de grenier. Le
du milieu est mieux conservé*, et le gouvernement actuel a entrepris la restauration de ce monument, selon les projets primitifs qui furent retrouvés daus les archives de la ville. Le château se compose de quatre étages : le plus haut, et en mène temps le plus beau, servait à loger le grand-maltre de l'Ordre. Ce qui étonne le plus dans cet édifice, ce sont les voûtes sur lesquelles reposent tous les appartements, leur excellente disposition, la bonne qualité des matériaux qui servirent à la construction et la parfaite maçonnerie. Toutes les chambres présentent une suite d'arcades qui s'étayent sur de grands piliers de granit. C'est une grande et étonnante structure que ces arcades et ces piliers, montant d'étage en étage à fatiguer l'œil accoutumé à la diversité. Le pilier du fond de la cave a la forme d'un panier déployé : c'est là-dessus que s'appuient tout le bâtiment, tous les piliers et toutes les arcades. Les piliers du premier étage, où demeuraient les domestiques, sont de forme carrée et d'une grande dimension ; ceux des étages supérieurs sont taillés en octogone, plus sveltes d'étage en étage. La colonnade s'embellit en montant; les salles du haut du bâtiment sont ornées de piliers de granit élégants, façonnés avec soin, avec des ornements à la place des chapiteaux. La grande salle des séances des chevaliers n'a qu'un seul pilier où viennent aboutir toutes les arcades. Dans celte salle on . aperçoit une pierre enfoncée dans le mur ; voici l'histoire de cette pierre, d'après ce que rapporte la tradition :
Le roi Jagellon assiégeait le château et sommait les chevaliers de rendre la place : mais ils n'obéirent point à cette sommation. Force lui fut de recourir au stratagème ; à cette ûn il gagna un des serviteurs des chevaliers, et lui demanda le moyen d'anéantir les Teutons. Le domestique lui promit de donner le signal en se montrant à la fenêtre, quand les chevaliers seraient assemblés dans la grande salle, et lui conseilla de lancer tin projectile qui abattrait le pilier unique soutisn de toute la voûte. Le roi profita de ce conwil; le serviteur parut à la Fenêtre, et en disparu avec rapidité : on jeta bientôt une pierre tisonne; elle pourfendit la fenêtre , ébranla la ■aile, et manquant le but, se blottit dans le coin o« on la voit encore.
Les matériaux, comme nous l'avons dit, sont d'aoe bonne qualité ; les briques conservent tout leur éclat, et le ciment est si dur, qu'en le frappant avec du fer on fait jaillir des étincelles. C'était un
des édifices les plus forts en Europe ; on avait It coutume de dire : Ex luto Marienburg, Offen es saxo, ex marmore Mediolanutn. La commodité s'y joint à la force. Un puits en pierre au milieu du château fournissait de l'eau à tous les étages ; de longs tuyaux descendaient dans la cour. Le puits étaitentouréd'abreuvoirsenpierresctde conduits d'eau. Dans chaque salle de réunion on voyait des services tout préparés ; les mets et les vins y entraient sans que les domestiques parussent dans le lieu du conseil : la discrétion fut assurée aux bons buveurs, et il n'en manquait pas dans l'Ordre; le vin, la bonne chère et les femmes occupèrent plus les maîtres de ce château que les ordres du pape et le salut de la chrétienté. La chaleur montait d'en bas et se répandait dans les appartements par des bouches pratiquées à' cet effet dans toutes les chambres et toutes les salles. Le rez-de-chaussée fut séparé des caves par une double voûte ; c'était là que reposaient les richesses de l'Ordre. On ne sait pas bien qui découvrit le premier ces niches, et si l'on y trouva quelque reste des riches butins que les chevaliers arrachaient à la Pologne et à la Litvanie. Les ornements de la salle haute, comme ceux des salies du bas étage, furent altérés par le temps. On y voyait les portraits de tous les grands-maîtres de l'Ordre, depuis son établissement en Prusse jusqu'à l'expulsion des chevaliers de la ville, dans le xv« siècle. Ce château , restauré par les largesses du roi actuel et celles du prince royal, ainsi que les offrandes des habitants de la province, est un modèle de la structure ancienne; il sert de résidence aux autorités locales, et en même temps aux assemblées publiques.
A côté du château on voit l'église de Sainte- Marie, sous l'invocation de laquelle la ville fut bâtie. C'est son plus ancien monument; on reporte sa fondation à 1260. Au sommet de l'église, dans sa partie extérieure, du côté du maltre-autel, on aperçoit un bas-relief de la Vierge, bien conservé ; l'énormité de celte pièce et sa dorure font tout son mérite, car l'art n'y est pour rien.
La ville compte, outre celle-ci, une église catholique et une église luthérienne, quelques écoles et cinq mille habitants. Le commerce de bois et deux grandes foires, voilà toute son industriel En U40, le roi Wladislas-Jagellon occupa la ville, mais ne put s'emparer du château; en 1460, son descendant Kasimir, en payant la solde due aux soldats de l'Ordre, obtint de ceux-ci la reddition de la place, et4y introduisit sa(garnison ; en 1626,
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les Suédois prirent le château d'assaut ; en 1044, le feu endommagea ses murailles; en 1631, après nu combat sanglant, les Suédois s'emparèrent de nouveau de Marienburg ; et en 4656, le sort y couronna la perfidie du vassal de la Pologne, comme nous l'avons vu plus haut. Cependant Marienburg, qui fut chef-lieu du Palalinat, resta ù lu Pologne jusqu'à l'année 1772.
Depuis lors elle fait partie du royaume de Prusse et de la régence de Marienwerder (Kwi- |
dzyn), formée de l'ancienne Prusse polonaise, et qui un beau jour reviendra à la Pologne indépendante, parce que le pays qui possède tout le cours de la Wistule ne peut pas se passer de son embouchure ; le cabinet de Berlin l'a reconnu loimême. Tout y rappelle la domination polonaise, les souvenirs historiques, les intérêts matériels et la sympathie des habitants !
André Slowaczynsii.
CÉRÉMONIES CIVILES et RELIGIEUSES.